Spe Salvi ferait-elle débat aussi en France?

Dans son blog, Isabelle de Gaulmyn remarque à juste titre que l'encyclique Spe Salvi fait débat... en Italie.
Et c'est vrai, pour ceux qui lisent l'italien, il suffit de consulter la rubrique très fournie que lui consacre le blog de Rafaella: Enciclica Spe Salvi: lo speciale del blog.
Dans l'ensemble, il y a, il me semble, beaucoup plus de réactions positives que de critiques, celles-ci émanant des habituels contempteurs du pontificat, parmi lesquels La Republicca, un journal de "centre gauche"... au même titre que "Libération" (!), est au premier plan, défendant les mêmes contre-valeurs sociétales que le quotidien gauchiste français.

Isabelle de Gaulmyn écrit notamment:
Eugenio Scalfari, prestigieux fondateur de la Repubblica (centre gauche), sous le titre « le pape qui réfute le monde moderne » en propose une lecture lui aussi critique, mais de deux pages, finement argumentées, où il déplore l’absence de référence à Vatican II, et le caractère trop européen.
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On pourra lire ici le texte original en italien.
Traduction en cours...?

Je note que l'absence de référence à Vatican II a été au contraire saluée par d'autres obsevateurs, d'un bord différent, évidemment, mais pourquoi pas?, comme le signe prometteur, non pas d'une rupture, mais d'une ouverture vers un avenir plutôt apaisé, après les turbulences post-conciliaires. (Rien sur Vatican II )
Ceci aurait pu être souligné autant que cela.

La France est, comme toujours, très en retrait. Il faut croire que le sujet ne passionne pas grand monde, chez nous, les gens sont bien trop occupés par leur pouvoir d'achat, (je n'ai rien contre, mais quand je vois le train de vie modeste que les gens ont connu lors des "Trente Glorieuses", je me dis, comme le Saint-Père, qu'il doit y avoir autre chose dans la vie!) et la libération annoncée d'Ingrid Bettancourt.

Les réactions du journal l'Humanité n'en sont qu'une plus grande surprise. Il faut dire que le Saint-Père les avaient pris indirectement à parti, en réglant son compte au marxisme (L'erreur de Karl Marx ), et l'organe du parti communiste a exercé son droit de réponse.

On est donc étonnés (presque agréablement) de trouver sur le site de l'Humanité pas moins de 4 articles, pas trop caricaturaux, ce qui est un record pour la presse française, et parmi eux, il y a même un entretien avec Mgr Simon, l'archevêque de Clermont.

Les réactions de Michael Loewy, présenté comme directeur de recherches émérite au CNRS, Enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales et membre du Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux (avec un tel pedigree, on n'attend rien de mieux) et de Frédéric Lenoir, directeur du "Monde des Religions" et accessoirement romancier sont finalement "de bonne guerre" : que le Pape soit qualifié par eux d'ultra-conservateur et de réactionnaire n'a rien pour surprendre. Leur mauvaise foi militante prouve que l'épisode de la théologie de la libération, 'leur' est restée en travers de la gorge. Et surtout, que le Pape est un "adversaire" certes, mais que l'on respecte, et surtout qui inquiète, car on lui soupçonne une réelle influence.
Frédéric Lenoir, souvent invité par les medias pour donner son avis sur l'actualité du catholicisme -en l'éreintant-, au même titre que Christian Terras, ou Odon Vallet, conclut son article par ce portrait du Pape Benoît:
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C’est un personnage extrêmement réactionnaire, un des théologiens les plus conservateurs de la Curie romaine. Il enferme l’Église dans une posture sectaire de peur du monde moderne qui rappelle celle de Pie IX au XIXe siècle, et il est en train de faire marche arrière sur toutes les avancées qu’avait réalisées Jean-Paul II dans le domaine du dialogue oecuménique et interreligieux. On est loin des Évangiles !
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La dernière phrase témoigne d'un toupet phénoménal. Mais le reste confirme mieux que n'importe quelle louange que le Saint-Père emprunte la voie juste!



LíHumanité des débats

- Benoît XVI rompt-il le dialogue entre chrétiens et marxistes ?
Jean de Leyzieu
Une synthèse de l'encyclique honorable, et sans agressivité.
Lire: Spe Salvi par l'Huma (1)

- Aucune encyclique ne pourra briser les luttes populaires
Michael Löwy, directeur de recherches émérite au CNRS
L'aigreur paléo-marxiste. Il ne veut pas voir que le Pape a répondu -et comment!- à ses critiques.
Lorsqu'il dit, en effet:
c’est précisément parce qu’il croit à la liberté que Marx ne prescrit pas un modèle tout prêt de ce que doit être la société postrévolutionnaire. C’est aux individus « librement associés » de la société sans classes qu’il incombera la tâche de choisir les formes de vie et les institutions de l’avenir.
... le Pape lui répond clairement:
Il [Marx] a oublié que l'homme demeure toujours homme. Il a oublié l'homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal."
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Pour savoir qui dit La vérité, il suffit de regarder le bilan -c'est évidemment plus facile aujourd'hui qu'il y a cinquante ans... Il faut être irréductible pour continuer à voir dans le communisme une idéologie généreuse, presque comme une nouvelle évangile, que "des" hommes auraient salie, et pour faire de Staline un bouc émissaire afin de mieux dédouaner ses sanguinaires prédécesseurs.
Lire: Spe Salvi par l'Huma (2)

- « Le pape enferme l’Église catholique dans une posture sectaire »
Frédéric Lenoir, directeur du Monde des religions
Lire: Spe Salvi par l'Huma (3)

- « Pas d’espérance sans engagement militant »
Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont.
Lire: Spe Salvi par l'Huma (4)