La "la´cité positive" fait quelques vagues

Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Saint-Jean de Latran commence à faire couler (un peu) d'encre.
Cela risque d'en rester là, car les media grand public ne souhaitent manifestement pas voir l'opinion - surtout lorsqu'elle garde une empreinte de catholicisme- s'emparer du "fait religieux". Elle a très modestement couvert l'évènement, n'en retenant le plus souvent que l'aspect people des amourettes de Nicolas Sarkozy (il y a heureusement quelques exceptions qui pourraient susciter l'envie d'en savoir plus: Sarkozy et "le plan de Dieu" ).

Indépendamment, donc, des jugement suscités par l'attitude du président, les réactions dans la presse française sont assez variées.
- Il y en a qui jouent à se faire peur, et font semblant de croire que la laïcité, à défaut de la république est en danger.
Parmi ces derniers, évidemment, la gauche, à court d'idées... Une opposition factice est toujours bonne à prendre.
- A l'autre bout de la chaîne, il y a ceux qui mettent un grand espoir dans l'avenir, attribuant au fameux discours une importance que je trouve disproportionnée, y voyant même une rupture historique dans l'attitude de la France (face AUX religions, ou au "fait religieux", ce qui n'est pas neutre, il faut quand même le souligner).
Le seul problème de ce groupe d'analyses en est le préambule: il existerait plusieurs Nicolas Sarkozy. C'est un lieu commun, auquel je ne crois pas. Surtout quand les "deux" sont si différents (en psychanalyse, on parlerait de schizophrénie, je n'y crois pas davantage, et c'est trop commode).

Le Monde, au moins sur son site internet, publie pas moins de cinq articles, ce qui fait un peu beaucoup, pour un exercice scolaire, un discours diplomatique, sinon opportuniste, révèlant un comportement à géométrie variable, oscillant en fonction de l'interlocuteur, une compilation de citations, bourrée de références dont je suis prête à parier que le président les a découvertes en les lisant (elles sont vraisemblablement dûes à la plume de Max Gallo).

Je fais décidément partie des sceptiques.

Sur son blog, Yves Daoudal s'est livré à un exercice réjouissant: il a relu avec nous le discours prononcé en 1996 par Jacques Chirac à l'adresse de Jean-Paul II, à la veille des célébrations du 1500ème anniversaire du baptême de Clovis. On sait ce qui en a résulté, lors de la visite du Saint-Père à Reims.
Bon, il est peut-être injuste d'attribuer à Sarkozy les calculs et les errements de son prédécesseur. Mais il n'est pas non plus interdit d'y penser aujourd'hui, et de garder les yeux ouverts...

Sarkozy à Rome. Le souvenir de Chirac...

Yves Daoudal
Les discours de Nicolas Sarkozy à Rome, devant le pape et à Saint-Jean de Latran, peuvent surprendre les novices. Si on les écoute d’une oreille distraite, on a l’impression que le nouveau chanoine exalte la France chrétienne. En réalité, il combine de façon subtile et habile l’impératif circonstanciel (à Rome, on ne peut que dire du bien du christianisme et se montrer héritier de la tradition chrétienne) et l’impératif présidentiel de la laïcité républicaine.

En réalité, son discours est beaucoup plus « laïque » que celui de Jacques Chirac lors de sa visite similaire à Rome en janvier 1996. Nicolas Sarkozy, pourtant moins laïcard que Jacques Chirac (par américanisme, et parce qu’il faut une « laïcité positive » pour favoriser l’islam), n’a pas osé se faire écrire des discours aussi hypocrites que son prédécesseur : reprenant, au début, certains éléments du discours chiraquien, il a tenu aussi à exposer sa vision de la laïcité, alors que Chirac s’en était abstenu. On sait que Jacques Chirac était très attaché à la loi de 1905. Ses discours de Rome étaient des violations massives de la loi de 1905. Ils étaient surtout en contradiction patente, et tout aussi massive, avec sa politique....

Lire la suite: Sarkozy à Rome: le souvenir de Chirac

Dans la presse franšaise

On apprend que le discours pourrait l'oeuvre de Max Gallo, ce qui est totalement vraisemblable, et explique sa participation au voyage.
Max Gallo est un homme qui semble extrêmement sympathique, et à qui l'âge a procuré une apparence de sagesse. Mais quel caméléon! Son parcours précédent (que l'on consultera sur Wikipedia) a de quoi donner le tournis. Espérons que le navire de sa pensée est enfin arrivé à bon port!

Dans le Figaro: Sarkozy abolit la distinction entre sphères privées et public. Une analyse assez lucide: Sur des sujets majeurs, son action semble faire fi d'un regard chrétien. En voulant déjudiciariser le divorce, il le facilite un peu plus. En cherchant à encourager le travail le dimanche, il contribue à le banaliser. À Bercy, comme ministre des Finances, puis dans sa campagne, il a posé une forme d'égalité entre couples hétérosexuels et homosexuels. Pour Nicolas Sarkozy, le rappel des racines chrétiennes de la France n'est donc en rien le signe annonciateur d'une supposée politique chrétienne.
Le Monde
Le site Politique.net: Le président de la République en a-t-il trop fait avec le Pape? Ou, si l'on veut "La laïcité est en danger" !!
Catholiques de l'UMP: "Vatican, Nicolas Sarkozy ne laisse pas indifférent".
Liberté Politique: Ce site -dont j'apprécie souvent les articles- fait partie de ceux qui voient dans le discours "une rupture incontestable". Je serais la première à me réjouir si leur analyse s'avérait....


<<< Sarkozy chez le Pape

Nicolas Sarkozy, pas si catholique
Sarkozy chez le pape: encore trois mots