John Allen et Aschau

Une autre erreur du spécialiste. Pour les "initiés" !! (7/5/2008)
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Il faut lire auparavant cet article: The Vatican's Enforcer of the Faith (I)



Vincent Towney a déniché dans le livre d'Allen "The Vatican's enforcer of the faith" des erreurs que le lecteur profane n'est évidemment pas en mesure de découvrir, ni même de soupçonner.
Des erreurs assez graves, car elles prétendent apporter des preuves, afin d'étayer une théorie.
A ma modeste échelle, j'en ai moi-même trouvé au moins une autre, qui n'est pas sans signification, on va le voir, et qui laisse elle aussi planer quelques doutes sur le sérieux de son travail de recherche.

Le premier chapitre du livre porte le titre assez effrayant "Growing up in Hitler's shadow".
On se référera au texte de Vincent Towney, pour voir le message que (clairement) Allen tente de faire passer. Il est trop repris par l'ensemble des medias pour que l'intention soit anodine.
Page 13, un paragraphe est consacré au village où le petit Joseph a passé ses années d'enfance entre 1932 et 1937. Il en a parlé lui-même dans son livre de souvenirs, et il n'y a aucune raison de mettre en doute la véracité de ses propos. Je dirais même que l'idée ne peut pas en effleurer. C'est impossible.

J'ai scanné le paragraphe en question, je n'ai pas envie de le traduire, mais c'est assez simple à lire, et voilà ce que cela donne:



Aschau-am-Inn

Ratzinger has said that his father's criticisms of the Nazis forced another relocation, this time in 1932 to the even smaller village of Aschau-am-Inn at the foot of the Alps (to be more precise, the foot of the Kampenwand, 1,669 meters high) and seven miles from the largest lake in Bavaria, the Chiemsee. The Ratzingers were assigned lovely housing on the second story of an old country home that had been built by a farmer and rented to the police. As the police supervisor, Ratzinger was entitled to the upper floor; his lieutenant lived on the lower floor, where the offices were also located. There was a meadow outside and a carp pond, in which the young Joseph Ratzinger once almost drowned while playing.
Aschau is said to be one of the most beautiful small villages anywhere in the world, with stunning views of the Alps and the Priental, or Prien Valley. A nearby village was the home of "Müllner Peter," one of the more famous Bavarian painters. Officially, the village describes itself as a health tesort and winter sports location. There's also a fair bit of church history here, starting with the Hohenaschau Castle, which looks down into the valley, and which dates from the twelfth century. Its Schlosskapelle, or Castle Chapel, is a terrific example of baroque piety, as are the two magnificent towers of the local baroque-era church....



Il donne une foule de détails historiques et touristiques tout droit sortis du guide Michelin, sur le prétendu merveilleux village au pied des Alpes ... mais on ne lui en demande pas tant!
En réalité, l'abondance des détails masque la vacuité du propos.
Car il s'est trompé de village.
Il faut savoir qu'il y a en Bavière deux villages portant le nom d'Aschau, situés à environ 70km l'un de l'autre, de part et d'autre du Chiemsee, côté Ouest, l'un un peu au Sud (Aschau im Chiemgau) qui est effectivement le joli village blotti dans les Alpes bavaroises dont parle Allen, et l'autre au nord, Aschau-am-Inn, modeste bourg rural sans aucune prétention touristique..




 

... dont la seule particularité est d'accueillir une usine qui fabrique la poudre servant aujourd'hui au lancement des fusées: une activité pas franchement glamour, donc, pour reprendre le vocabulaire de John Allen, on est très loin des trésors de l'art baroque, et la pauvre petite église d'Aschau a fêté le centenaire de sa construction en 1990, ce que le même John Allen devrait savoir s'il avait enquêté ailleurs que sur Google, et surtout lu attentivemnt le livre de souvenirs de Joseph Ratzinger (page 15 dans l'édition en français, on voit bien que l'Aschau qu'il décrit ne PEUT pas être celui d'Allen).
C'est là que la famille Ratzinger a vécu pendant 5 ans.
Je le sais, parce que quand je me suis rendue en Bavière, il y a trois ans, j'avais préparé un itinéraire, et j'ai fait la même erreur que lui, ce qui nous a fait perdre quelques heures (pas vraiment, en fait, car l'endroit est effectivemnt ravissant).
Voir photos ici, et en particulier la signature du cardinal Ratzinger et de sa soeur en 1990, dans le livre d'or de l'auberge locale : beatriceweb.eu/sursestraces/baviere05
J'ai donc, en toute modestie un peu enquêté, moi aussi. Avec au moins cette différence, je n'écrivais pas un livre sur un sujet sensible, et je ne prétendais pas connaître (ni, a fortiori, décrire!) la vie des paysans sous Hitler dans un village de Bavière, pour en tirer des conclusions hâtives.

Cette erreur (dérisoire, peut-être, mais significative) laisse planer un doute fâcheux sur la fiabilité de tout l'édifice, déjà bien mise à mal par Vincent Towney.
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Cela ne m'empêche pas, évidemment, de continuer à penser que John Allen est un bon journaliste, un "bosseur" cultivé et curieux, mais ces qualités n'en font pas nécessairement un bon biographe, ni un bon historien.



Küng (utilisé) contre le Pape
La famille blessée au coeur

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