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Le pouvoir de Rome

(à propos du dernier billet de Sandro Magister): une initiative du Saint-Siège qui pourrait bien être un des bons fruits de Ratisbonne (23/5/2009)

Une suite de Ratisbonne?
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Dans un billet du 19 juin 2007 (9 mois après, donc, le célèbre discours qu'on ne présente plus..., ce n'était pas un hasard si les musulmans étaient les premiers invités) , intitulé "Les diplomates musulmans vont à l'école. Chez les jésuites", Sandro Magister nous informait que "Pendant trois semaines, des représentants des états islamiques de la Méditerranée et du Moyen Orient ont étudié l'Eglise catholique et sa politique internationale à l'Université Pontificale Grégorienne de Rome"

Et d'expliquer:
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Les diplomates qui participaient au cycle d’études ont suivi une présentation des institutions de l’Eglise catholique et des objectifs principaux inhérents à sa mission: la promotion de la justice, le respect de la personne et donc des droits de l’homme – en particulier le droit à la vie et à la liberté religieuse – et l’accomplissement du bien commun universel, c'est-à-dire une vie en commun pacifique, basée sur la connaissance et le respect réciproques. Une explication: cette action s’articule autour de l’Eglise universelle et des Eglises particulières, dans les sociétés civiles et dans les rapports avec les états et les organismes internationaux. Elle constitue un facteur important de stabilité “politique“ et d’inspiration éthique dans notre société mondialisée.
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Au terme de ce cycle, les commentaires des participants ont été très positifs, parfois enthousiastes. Un diplomate nord-africain a écrit:

"Cette compréhension d'un idéal religieux voué intrinsèquement à l'amour, à la paix, à la défense des droits de l'homme et à la charité me conforte dans l'idée que la foi dans sa diversité Abrahamique est indispensable pour la sérénité du monde".
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L'initiative a été reconduite l'année suivante, cette fois, c'était les diplomates africains:

Et cette année, c'est l'Asie qui est invitée, nonobstant la barrière culturelle apparemment infranchissable qui sépare ce continent du creuset culturel représenté par la religion catholique.

C'est l'objet du dernier billet hebdomadaire de Sandro Magister, qui mérite vraiment d'être imprimé, avant d'être lu.
Il s'intitule: Tous les chemins mènent à Rome. Même ceux qui viennent d'Asie, et il se prolonge par l'intervention, en conclusion du symposium, de l'ambassadeur du Japon près du Saint-Siège, M. Kagefumi Ueno, manifestement homme de grande culture, "penseur de formation bouddhiste et shintoïste", en poste à Rome depuis novembre 2006.

Et il nous explique pourquoi, justement, comme diplomate, il a "choisi" le Vatican, poste apparemment peu prestigieux pour un japonais, puisque dans son pays, les catholiques représentent moins de 0.5% de la population.

Toute sa réflexion me paraît une réponse à la célèbre phrase attribuée à Staline: "Le pape, combien de divisions?". Et aussi, accessoirement, à tous ceux qui répandent stupidement l'image-caricature d'un Pape solitaire, enfermé dans sa tour d'ivoire (i.e. simple rat de bibliothèque) sans contact avec le monde extérieur dont il ignorerait tout (*).

Et cette réflexion est intéressante aussi parce qu'elle revêt une valeur universelle, qui dépasse largement le cadre des simples relations diplomatiques, et du dialogue culturel avec l'Asie.

C'est là que le Pape donne tout son sens à son titre de Pontife: bâtisseur de ponts.

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Les réponses du diplomate japonais

Extraits (texte complet ici: http://chiesa.espresso.repubblica.it... )
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1. (..) il y a trois ans, j’ai demandé à mon gouvernement de m’envoyer à Rome. "Vous êtes sûr?" m’a demandé avec un air étonné le vice-ministre auquel j’avais adressé ma demande. "Tout à fait sûr" ai-je répondu. Un mois plus tard, j’étais nommé.
Une fois en poste, à chaque fois que je rencontrais un responsable du Vatican, je lui parlais de mon souhait de dialoguer sur des questions de civilisation avec des hommes d’Eglise. Un jour, un cardinal m’a dit: "Mon cher ambassadeur, vous êtes vraiment au bon endroit, parce que c’est nous qui avons créé la civilisation occidentale".

2. Le Pape, point de convergence du monde entier:
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(..) comme ambassadeur d’un pays non chrétien, je ne suis pas tenu de suivre les affaires religieuses, mais seulement les non religieuses. Pourtant, je suis toujours occupé parce que le pape reçoit souvent des chefs d’état ou de gouvernement, des dirigeants d’organismes internationaux. Beaucoup d’entre eux viennent de pays non chrétiens. Je dois donc rédiger un rapport. Au cours des trois dernières années, par exemple, tous les chefs d’état ou de gouvernement des pays du G8 ont été reçus en audience par le pape, sauf le premier ministre japonais. Leurs rencontres avec le pape font l’objet d’une forte couverture par les médias internationaux, en plus de celle des médias nationaux, publicité qui à son tour encourage d’autres leaders à se rendre chez le pape. De ce point de vue, le Vatican exerce une sorte de magnétisme, il est un centre d’action internationale et de diplomatie. Quelques mois après mon entrée en fonctions, j’étais convaincu que le Vatican est un acteur important de la communauté internationale, même quand les aspects religieux sont laissés de côté.

3. Le pouvoir moral
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Début janvier 2007, quelques mois après mon arrivée ici, tous les diplomates, dont moi et mon épouse, ont été invités par le pape à écouter son discours de début d’année sur la situation internationale, dans la Salle Royale du Palais Apostolique, là où trois jeunes représentants japonais rencontrèrent le pape Grégoire XIII en 1595, dix ans à peine avant que le Japon n’interdise le christianisme. Dans la Salle Royale, comme chaque année, le pape s’est adressé aux diplomates en français. Son discours a duré environ trois quarts d’heure. Presque toutes les questions importantes ont été abordées, depuis des sujets globaux comme la pauvreté, le désarmement, les actions de paix, le règlement des conflits, les droits de l’homme, les minorités, les migrations, le changement climatique, jusqu’aux problèmes régionaux en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et ainsi de suite. Le pape a traité environ 45 sujets importants. Le lendemain, son message était transmis dans le monde entier, avec un impact sur la société internationale, tandis que mes services rédigeaient un rapport détaillé pour Tokyo.
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A travers son message, j’ai vu la volonté du pape de jouer un rôle de "gardien" de la société internationale. Si l’on écoute son discours sans savoir qui parle, on peut penser que l’auteur est le secrétaire général des Nations Unies. Oui, les deux personnages ont un rôle semblable, en ce sens que le pape et le secrétaire général de l'ONU jouent tous les deux un rôle important de "gardiens de la morale internationale".

Bien sûr, les discours du pape retiennent l’attention du monde parce qu’il représente 1,1 milliard de catholiques. Mais, plus fondamentalement, on pense que son pouvoir moral et son autorité morale ont été renforcés à partir du moment où, en 1870, le Vatican a perdu presque tout son territoire. Jusqu’à cette époque, les possessions du Saint-Siège s’étendaient à la moitié de l’Italie et, en ce sens, il était une puissance temporelle comme l’Espagne et la France. En tant qu’état temporel, il avait des intérêts financiers à protéger. Il avait le devoir de protéger des citoyens et un territoire. Il avait des intérêts nationaux dont il devait prendre soin. Mais la perte de son territoire l’a libéré de ses "intérêts nationaux". Quand on écoute le président des Etats-Unis ou celui de l’Inde, on interprète naturellement leurs discours comme concernant leurs intérêts nationaux. Mais quand le pape parle d’affaires internationales, on n’interprète plus ses discours comme cachant les intérêts nationaux du Vatican. Cela permet au Saint-Siège de parler des questions internationales d’un point de vue humanitaire, éthique, moral. Paradoxalement, en perdant son pouvoir séculier, le Vatican a accru son pouvoir moral.

4. Le pouvoir intellectuel
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Un autre aspect surprenant est la fréquence des séminaires et colloques organisés par divers organismes et institutions du Vatican, avec la participation de cerveaux du monde entier.

Par exemple, l’académie pontificale des sciences tient son assemblée de chercheurs tous les deux ans. En novembre dernier, elle a tenu une session plénière sur "L'évolution de l'univers et des êtres humains", au cours de laquelle d’éminents savants de nombreux pays ont discuté de ce sujet pendant quatre jours selon différents points de vue scientifiques. Ayant assisté à quelques séances, j’ai été impressionné. Après l'inauguration de la session plénière, le pape a remis une médaille à une douzaine de nouveaux membres, dont un chercheur japonais et trois ou quatre prix Nobel.
Ces deux dernières années, des séminaires qui m’ont intéressé concernaient l'islam, les droits de l’homme, le darwinisme, le soin des enfants, l'eugénisme, etc.
Bref, le Vatican dispose d’un système qui donne au pape accès aux opinions des meilleurs cerveaux du monde, ce qui enrichit encore ses messages et renforce ses pouvoirs moraux.
En ce sens, le Vatican n’est pas qu’un état, c’est aussi un ensemble de "think tanks", eux-mêmes en réseau avec de nombreux "think tanks" éminents du monde entier. Le Saint-Siège fonctionne comme un carrefour d’intellectuels, qui donne à ceux-ci l’occasion de discuter et d’échanger des points de vue. Dans ce contexte aussi, le Vatican offre des biens publics .

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(*)

Une solitude dont le Saint-Père en personne a récemment fait justice, et un rayonnement qu'il expliquait en ces termes aux journalistes de la télévision allemande venus l'interroger en août 2006 à Castelgandolfo, avant son départ en Bavière (voir ici: http://beatriceweb.eu/Blog06/.. ).
A la question:
"Vous êtes au Vatican, cela vous coûte peut-être d’être un peu loin des personnes, coupé du monde, ici aussi dans le très beau cadre de Castelgandolfo...",
il répondait:
"A vrai dire je ne suis pas si seul que cela.
Naturellement il y a – pour ainsi dire – les murs qui rendent l’accès difficile, mais il y a une « famille pontificale »,
je reçois chaque jour de nombreuses visites, surtout quand je suis à Rome. Il y a les évêques qui viennent, il y a d’autres personnes, il y a les visites d’Etat, de personnalités qui veulent parler avec moi personnellement et non seulement de questions politiques. Dans ce sens il y a une multiplicité de rencontres qui grâce à Dieu me sont données sans cesse. Et il est aussi important que le siège du Successeur de Pierre soit un lieu de rencontre – n’est-ce pas? Depuis l’époque de Jean XXIII d’autre part, le pendule s’est déplacé aussi dans l’autre direction: les papes ont commencé à rendre visite eux aussi."

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Dimanche de l'Ascension à Monte Cassino Sonnette d'alarme