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Une visite chez le Pape

Un reportage paru dans Die Zeit en novembre 2006. Les dirigeants de la maison d'édition Herder en visite à Rome, à l'occasion du cinquantenaire de la publication du 1er article de Joseph Ratzinger. Traduction par Marie-Anne (29/6/2009)

Mon amie Marie-Anne m'a envoyé une coupure de l'hebdomadaire allemand "libéral" Die Zeit (Le Temps), dont j'avais déjà extrait pour ce site une interviewe de Georg Gänswein.
L'article date du 16 novembre 2006, me dit-elle, et il relate la visite au Vatican des représentants de la maison d'édition Herder, en souvenir du 1er article du jeune Ratzinger chez eux, en novembre 56, exactement 50 ans plus tôt.
Pas étonnant, ajoute Marie-Anne, que ce sont eux qui vont avoir le droit de publier les oeuvres du Pape, y compris le second volume de "Jésus de Nazareth". Notre Pape est fidèle à ses amis...

J'ajoute qu'en plus de m'envoyer la coupure, Marie-Anne a eu la gentillesse de le traduire en français, ce qui n'est pas un mince travail.
Merci à elle!

[L'article contient des révélations tout à fait inédites, notamment sur la façon d'écrire du saint-Père. Quelques (rares) passages, que j'ai mis en italique, m'inspirent cependant une certaine réserve, car ils reprennent les clichés habituels, de façon pas très convaincante: par exemple que le saint-Père a envie de "décamper" quand il prononce sa catéchèse. Qu'il essuie furtivement sa main après chaque baiser de son anneau (quelque chose que je n'ai jamais observé, et qu'il lui serait vraiment difficile la plupart du temps). Et le "on m'avait prévenu..." . Qui est ce "on"?]

Die Zeit, 16 novembre 2006
Article signé par Christian Amend


Chez le Pape
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Comment le saluer ? Quelles sont les impressions au terme d’une visite de 3 jours ?
– Qu’est-ce qu’on va lui dire lorsqu’on ne dispose que de quelques minutes ?
La maison d’édition HERDER a invité quelques collaborateurs avec des journalistes à Rome pour fêter un “jubilé”. En effet, c’est le 8 novembre 1956, donc il y a exactement 50 ans, qu’un jeune docteur en théologie, âgé de 29 ans, nommé Joseph Ratzinger avait signé son premier contrat de travail avec l’éditeur.
Il s’agissait d’un article destiné à être publié dans le Dictionnaire de théologie et de l’histoire de l’Église, sous le titre :
Résurrection de la chair, le corps ressuscité”.
204 lignes imprimées, rémunérées par 25 Pfennig. Le jeune auteur avait livré son texte à la date exacte, comme c’était convenu.
Entre temps le docteur en théologie est devenu professeur, et le professeur a fini par devenir pape. Tout en étant pape, il donne l’impression – d’après ce qu’on dit de lui – de rester un pofesseur, un intellectuel qui préfère se tenir en compagnie de ses livres. On se souvient de son déménagement au palais apostolique qui n’était vraiment achevé qu’après le transfert de ses livres.
Le Cardinal Lehmann a reconnu l’auteur égal à lui-même dès ses premiers écrits en tant que pape. Et l’un de ses étudiants, invité à Castel Gandolfo s’empressait d’ajouter :
– Nous avons écouté la conférence d’un scientifique ; à peine avait-il terminé son discours que le pape a demandé la parole pour résumer en ses propres termes, ce qui venait d’être dit. C’est ainsi qu’il faisait déjà à l’Université ; lorsque quelqu’un disait quelque chose de très compliqué, le professeur Ratzinger savait le résumer en peu de mots, avec clarté et netteté.

En septembre dernier, le discours de Ratisbonne a provoqué la première tempête médiatique du Pontificat. Le monde musulman était en ébullition lorsqu’un lecteur de Munich s’adressait à Herder pour dire : “Il y a sans doute une erreur à la page 93 (12e ligne), dans le livre de Joseph Ratzinger, intitulé : “L’esprit de la Liturgie”.
Eh bien, envers et contre tout, le lecteur recevra une réponse par l’intermédiaire du fidèle secrétaire Georg Gänswein, signée par Benoît XVI, pour dire que la citation après vérification s’est avérée exacte, elle est bien de Tertullien !
Ce dernier déclare d’ailleurs à propos de la fameuse citation de Ratisbonne. "Le pape a fait une conférence parmi ses pairs en se disant : si je cite quelqu’un cela ne veut pas dire que je suis d’accord avec la citation ! (…)"

Et maintenant, si c’est vrai que derrière ce pape se cache un professeur, comment se déroule une audience chez lui ? Mercredi dernier l’homme en blanc était assis sur l’estrade devant la basilique St Pierre. Les pèlerins étaient au nombre de 15 mille ce jour-là !
Pendant qu’il parle, il bouge à peine, le buste est légèrement penché en avant, mais les pieds ne tiennent pas en place ! Les chaussures sans lacets de cuir rouge, sont en mouvement perpétuel. Il se penche en avant, en arrière, tout en restant assis comme si son corps voulait se lever et seulement la raison l’empêchait de décamper, quittant la foule qui remplit la place St Pierre.
Le pape commence donc à parler, assis à l’ombre pendant que le soleil brille tout autour.
“Chers frères et sœurs. Le thème de la dernière catéchèse était la conversion de l’apôtre Paul. Aujourd’hui nous allons examiner deux aspects : la foi comme fondement de notre existence, et notre participation personnelle à la vie de Jésus.”
Le pape est assis sur un siège de bois foncé, recouvert d’un tissu clair, à sa gauche, un crucifix, derrière lui, son fidèle secrétaire Georg Gänswein avec qui il forme désormais un tandem rodé.
A peine a-t-il terminé son discours en italien, Georg G. lui tend une autre feuille dans une autre langue, et cela recommence 3 fois. Tout d’un coup, la main du secrétaire fait quelque chose d’insolite : nous en verrons l’effet sur la figure du pape : il va sucer discrètement une pastille pour la gorge qu’il vient de recevoir tout en continuant à parler comme si de rien n’était.
On a l’impression qu’il lui tarde d’en finir. Il n’a pas le passé comédien de Jean-Paul II, qui était très à l’aise dans ce scénario. L’ancien professeur n’en a pas l’habitude même s’il sait que désormais tout cela fait partie de son métier de pape (???).
Mais voilà que maintenant les groupes de visiteurs seront salués, dans leur langue respective. Dès qu’ils entendent leur nom, ils sautent en l’air, éclatent en applaudissements, tandis que le pape se tourne dans leur direction avec le sourire, leur faisant signe de sa main levée. Cela doit être fatigant, que de lever la main droite une douzaine de fois. Lorsqu’on lui annonce une communauté luthérienne de Berlin, il a l’air étonné, comme s’il se disait : “Ça alors, même les Berlinois qu’on croyait perdus pour nous sont là !” Et lorsqu’il apprend la présence de certaines paroisses de sa chère Bavière, le message change tout à coup. Les doigts feront remuer discrètement l’air, comme font les amoureux qui ne désirent pas que les autres s’aperçoivent de leur geste !
Et voici le moment des rencontres. On m’a prévenu que si Benoît XVI n’avait pas supprimé le baiser de l’anneau il n’aime pas trop qu’on le touche. Il suffirait d’esquisser une inclination. En effet, je vois que le pape, assis sur son siège reçoit les évêques qui s’approchent l’un après l’autre. Certains lui baisent l’anneau malgré tout. Mais dès qu’ils tournent le dos, Benoît XVI l’essuie d’un geste rapide.
Tout d’un coup le pape vient vers nous avec sa suite ! Il a le soleil sur le visage lorsqu’il me tend sa main étonnamment petite ! Je la prends, et regardant l’anneau je m’incline en disant : “Saint Père, je suis le rédacteur de l’hebdomadaire “Die Zeit”. Le pape sourit. C’est un sourire bienveillant, mais j'aperçois un peu d’ironie au coin des lèvres. “Je me réjouis, dis-je, qu’après le discours de Ratisbonne le dialogue se renoue… ” Je n’ai pas le temps de finir ma phrase quand quelqu’un me prend doucement par le bras, en disant en anglais, mais avec un accent italien : Next one, please – Le suivant, s.v.p., Please follow me, Suivez-moi, s.v.p. Et voilà que ma conversation avec le pape se réduit à cette bribe de phrase faisant allusion à son discours…
Benoît XVI fait quelques pas en avant, heureux de trouver des amis ! Il salue aussi bien son ancien que son nouvel éditeur chez HERDER, respectivement âgé de 77 et de 45 ans !
– Ah, Mr Johna, comme il est beau de vous revoir ! Vous continuez à travailler dans les coulisses ? lui dit-il avec un visage radieux. Le mouvement se ralentit, surtout pas de précipitation ! Le pape est dans son élément, parmi des livres, au moins pour quelques minutes.
L’éditeur plus jeune a le droit à une conversation professionnelle :
– Connaissez-vous l’auteur de la nouvelle traduction de St Bonaventure, Mr Menke ? c’est une Viennoise ? comment s’appelle-t-elle déjà ?
– Saint Père, répond Mr Menke, Vous me posez une colle ! Je ne le sais pas !

Le pape sourit, comme pour dire : Cela ne fait rien, je voulais seulement échanger quelques mots sur des livres, cela me suffit !
Manuel HERDER (le descendant de la famille qui a fondé la maison d’édition en 1801) lui transmet alors une nouvelle édition de Tertullien, faisant allusion au courrier du lecteur. Le secrétaire prend le livre sous sa protection. Décidément, dans la vie de cet homme, les livres jouent un rôle déterminant.

Dans l’après-midi de ce mercredi, après l’audience, Georg Gänswein nous reçoit au Palais apostolique, à l’étage juste au-dessus de l’appartement privé de Benoît XVI.
Georg G. nous parle de sa vie quotidienne auprès du pape. En fait, c’est lui qui passe le plus de temps avec le Saint Père du matin au soir, excepté le travail au bureau, les visites ad limina et les coups de téléphone.
Lorsque le fardeau pèse trop lourd sur ses épaules, Georg G. sait comment s’y prendre pour faire respirer un peu le Saint Père. – Et alors, comment ? pose-t-on la question. – Cela, je ne vous le dirai pas ! – répond-il.

Mais revenons au pape écrivain.
Quels sont les points forts et les points faibles de Benoît XVI en tant qu’auteur ?
– Il écrit très facilement, dit son éditeur actuel, à peine si l’on a besoin de le corriger. Mais il écrit sans alinea, sans titrer les paragraphes, sa pensée coule de source, comme un fleuve. Par contre, il accepte volontiers lorsqu’on lui propose de structurer le texte par quelques paragraphes supplémentaires qui rendront la lecture plus agréable.
– Pourquoi a-t-il publié tant de livres au lieu de réaliser une seule grande œuvre ?
C’est l’ancien éditeur qui répond : – Joseph Ratzinger a toujours dit que sa tâche à la tête de la Congrégation de la Doctrine de la Foi lui avait laissé peu de temps pour rédiger un tel travail. Mais je pense que ce n’est pas là la vraie raison. Un ouvrage volumineux ne correspond pas du tout à la façon dont il conçoit les livres.
Mr Johna évoque alors le souvenir d’une session de trois jours chez Herder en 1967 à laquelle ont participé des éditeurs mais aussi des théologiens, et parmi eux J. Ratzinger. Il s’agissait d’une publication d’une série de livres et il ne s’est pas contenté d’y apporter ses remarques uniquement sur le plan théologique. Il donnait aussi des idées pour les volumes de tel ou tel livre de la série, en disant : – Si je me base sur ma propre expérience, je dois dire que je préfère lire trois livres minces plutôt qu’un gros volume. Car à la fin des petits livres j’ai l’impression d’être arrivé au bout !
Donc pas de gros volume, mais plutôt plusieurs minces qui permettront mieux d'intervenir, d’exercer une influence, comme c’est le cas de deux autres écrivains profanes de sa génération. Tous les trois étaient jeunes après la guerre, et une fois lancés, personne ne pouvait les arrêter. Dans l’Allemagne de l’époque les aînés n’avaient pas grand’chose à dire. Et malgré la divergence des points de vue de ces trois jeunes auteurs, force est de constater qu’ils ont gardé jusqu’à nos jours même physiquement, leur allure de jeunesse!
– Quel sera le livre de chevet du pape ?
Après notre entretien avec le secrétaire privé, nous quittons le Palais apostolique ; le garde suisse lève la main pour nous saluer. Entre-temps la nuit est tombée.

Quelle est notre impression après cette visite chez le pape ?
Il me semble qu‘il fait plutôt jeune. Il n’a vraiment pas l'air d’un vieil homme.
Avant cette rencontre, lorsque Benoît XVI s'appelait encore Joseph Ratzinger, je ne savais pas autre chose de lui, sinon qu’il représentait la ligne intransigeante du Vatican combattant tout ce qui est libéral dans l’Église. Je ne connaissais aucune photo sur lui. Il représentait un pouvoir invisible et redoutable ! Lorsqu’il est devenu pape, voilà qu’un paradoxe s’est produit: Alors qu’on aurait pu s’attendre que l’homme devenu pape soit isolé du reste de l’humanité, voilà que, bien au contraire, grâce aux médias et à ses images, on lui découvre sous ses traits qui n’ont pas changé un aspect tout à fait humain.
Quel livre va-t-il lire ce soir ? La nouvelle édition de Tertullien ? On encore d’autres livres sur l’Islam ? Avec quelles lectures prépare-t-il son voyage de Turquie, maintenant tout proche ?
La place St Pierre est devenue vide. Un dernier coup d’œil vers le haut, jusqu’à la fenêtre du Pape. On y aperçoit encore de la lumière.

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