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L'Encyclique révolutionnaire

Benoît XVI est-il favorable au mondialisme? Ou le pape de la "gauche plurielle"? Ni l'un ni l'autre, bien sûr, c'est beaucoup plus subtil que cela. Une réflexion de Carlota, autour d'un article d'un éditorialiste espagnol, Eduardo Arroyo (28/7/2009)

Nous avons déjà pu apprécier Eduardo Arroyo : Discours du Caire: réactions espagnoles et aussi A propos du phénomène Michael Jackson

Carlota

J’ai entendu récemment Pierre Hillard (*) qui s’exprimait sur une radio au sujet de l’encyclique « Caritas in veritate » et faisait, il me semble, un raccourci contestable concernant la création d’une autorité politique mondiale qui serait de la part du Pape Benoît XVI un encouragement de facto au mondialisme.
Or dans son encyclique « Caristas in veritate » le successeur de Pierre et vicaire du Christ, quoiqu’on puisse en penser, ne mélange pas le temporel et le spirituel (même si, peut-être, certains prélats et hommes d’église catholique le font à leur niveau).
L’Église n’a pas de solutions techniques à offrir (ce n’est pas son rôle) et ne prétend « aucunement s’immiscer dans la politique des États ».
D’ailleurs même sous Néron, les chrétiens n’ont été encouragés par leurs évêques à se révolter contre le pouvoir!
Il est en effet écrit dans « Caritas in veritate »: « Face au développement irrésistible de l’interdépendance mondiale, et alors que nous sommes en présence d’une récession également mondiale, l’urgence de la réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des Nations, trouve un large écho ».

Mais on y peut lire également : « il existe un danger constitué par le nivellement culturel et par l’uniformisation des comportements et des styles de vie. De cette manière, la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions des divers peuples, à l’intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l’existence en vient à disparaître. Éclectisme et nivellement culturel ont en commun de séparer la culture de la nature humaine. Ainsi, les cultures ne savent plus trouver leur mesure dans une nature qui les transcende, et elles finissent par réduire l’homme à un donné purement culturel. Quand cela advient, l’humanité court de nouveaux périls d’asservissement et de manipulation ».

Il est révélateur de constater que le moindre des mots de Pape et de ses interventions est repris, le plus souvent hélas, dans le sens contraire, mais pour le compte de tout un chacun…Quitte à dire ensuite, mais cela ne date pas d’aujourd’hui, c’est la faute de l’Église…
Je ne suis pas compétente en économie mais je ne peux que constater malheureusement quotidiennement les conséquences de la crise.
Que le Saint Père ose, si je puis m’exprimer ainsi, mettre sans relâche, « les pieds dans le plat », est pour moi chaque jour une raison de l’admirer et d’espérer. C’est une confirmation du rayonnement de l’Église Romaine qui porte la Parole du Christ au monde.

Eduardo Arroyo, éditorialiste anticonformiste sur http://www.elsemanaldigital.com le rappelait récemment.
Et même si son texte touche l’Espagne et plus particulièrement un théoricien de l’économie libérale de son pays (Pour mémoire le taux de chômage en Espagne est de près de 18% - La France et plupart des pays de l’Union Européen : environ 10 %), Arroyo insiste sur cette possible troisième voie présentée dans la doctrine sociale de l’Église, une voie qui n’est ni le capitalisme sauvage ni l’économie étatique dirigiste.

Arroyo: un moment intellectuel majeur

(traduction Carlota)
L’encyclique révolutionnaire du Pape qui laisse bouche bée « El País », par Eduardo Arroyo - 17 juillet 2009
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Chacun veut tirer la couverture à soi. Le journal de Prisa (NDT : en référence à El País, déjà cité, journal créé en Espagne en 1976 et s’apparentant beaucoup au journal français Le Monde), les libéraux, ou, à ce train-là, Zapatero lui-même (ndt: au pouvoir depuis 2004, sa politique progressiste dans le domaine de la vie et des mœurs notamment en faveur d’une plus large légalisation de l’avortement est âprement combattue par les pro-vie en Espagne, mais son activisme dans ces domaines permettrait pour certains de cacher ses graves échecs dans le domaine économique).
Chacun prend ce qui l’intéresse dans un document de grande importance.

Bien que je n’en sois encore qu’à la lecture je crois que l’encyclique du Pape Benoît XVI Caritas in veritate est l’un des faits les plus importants du moment intellectuel que nous vivons.
De son contenu, nous pouvons dire que les uns et les autres veulent la pointer du doigt à leur compte, dans le sens de vouloir se l’attribuer, ou tout au moins rechercher sa compatibilité avec une des versions de l’idéologie dominante.
Il y a quelques jours, dans La Razón – ( NDT : Journal espagnol créé en 1998, plutôt de centre droit) Carlos Rodríguez Braun (**) s’émerveillait de ce que le journal El País considère Benoît XVI comme un Pape “de la gauche plurielle” parce qu’il demandait justice pour les plus pauvres.
Rodríguez Braun émergeait difficilement de sa stupeur, commençant à argumenter dans son article et finissant par se demander si celui qui considère que l’unique mariage valide est celui d’un homme et d’une femme est bien de la « gauche plurielle ». Ce raisonnement est valable mais, cependant, l’argumentation générale révèle les principales faiblesses de l’esprit de parti idéologique, plus grave encore quand il se transforme en une tournure d’esprit, comme c’est le cas pour Rodríguez Braun.
Et pourquoi?
Eh bien tout simplement parce qu’on ne peut considérer le Pape Benoît XVI ni comme un Pape « de la gauche plurielle », ni non plus comme un Pape « libéral » ou « des diverses droites », tout au moins comme l’entendent les partis qui se définissent ainsi en Occident.

Et c’est qu’indépendamment du parti politique et du niveau religieux, Benoît XVI a une hauteur de vue intellectuelle suffisante pour ne pas se laisser étiqueter par l’idéologue de service.
Une lecture de l’encyclique, abstraction faite des réflexes bien pensants en usage, nous apporte plus d’enseignement que si nous cherchons son parallèle dans je ne sais quel discours de Zapatero.
Ainsi, quand le Pape demande « qu’on mette en marche un profond renouveau moral et culturel et un discernement responsable sur ce qu’il faut faire pour le bien commun », il est sans doute en train de dire que le monde meurt non pas à cause de programmes politiques mais à cause des hommes. C'est-à-dire que quand tout le monde envisage un nouveau parti pour subvenir aux “problèmes des citoyens” Benoît XVI fait appel directement à l’homme, à chacun d’entre nous. De cette façon, personne ne peut prendre la tangente et prétendre que cet appel concerne celui d’à côté et nous pas soi-même, comme ont l’habitude de le faire les politiques de tous bords.

Si en outre il ajoute que “la règle de l’économie de marché ne peut être seulement le profit”, il dit que le marché doit avoir des règles. Par le ton général de l’encyclique, en plus, il est évident que ces règles doivent tendre vers un but, celui de la justice comme conséquence du Règne de Dieu sur Terre ; ces règles sont un moyen pour atteindre le but et c’est pour cela qu’il y a des règles. Si elles ne permettent pas de l’atteindre ce but c’est comme si il n’y en avait pas eues. Et donc que les règles sont un moyen et non pas une fin ou, dit autrement, que s’il y a des règles mais si ces règles n’atteignent pas le but visé, c’est comme s’il n’y avait pas eu de règles.

Plus encore: Benoît XVI a l’audace, non exempte d’embûches et nécessitant des nuances, de solliciter une “autorité politique mondiale” en faveur de l'économie, de sorte qu’il est encore évident dans la vision de l’un des principaux intellectuels de la planète et du chef spirituel d’un milliard de personnes, que ce qui touche à l’économie doit être subordonné au politique.
Il faut se alors se demander : Quel libéral souscrira à cela ?

L’idée choquera, c’est normal, quelqu’un comme Rodríguez Braun qui dit qu’ « il n’est pas clairement établi que le capitalisme sans règles ait jamais existé ou puisse en réalité exister, mais ce qui ne fait pas de doute c’est ce que qui existe aujourd’hui, c'est-à-dire des marchés largement contrôlés et régulés dans le monde entier, spécialement le marché où réside l’origine de la crise, qui est celui de l’argent” (Référence : "Tous contre le capitalisme sauvage" sur Libertad Digital.es du 2.11.2008 – NDT : autre journal espagnol sur la toile sur lequel l’économiste tient une rubrique).

Il faut beaucoup d’œillères idéologiques (NDT : Pour certains économistes libéraux, il y a encore trop de régulation, c’est ce qui créée les crises dont celle que nous connaissons actuellement) pour prétendre qu’il existe un contrôle de fer sur les marchés, et cacher, en même temps, que cette intervention, c’est l’intervention de l’abattoir, très bien organisée mais qui se termine invariablement par la mort du bétail. Cette « régulation » a permis qu’un particulier expulse la livre sterling du système monétaire européen en portant préjudice à des centaines de milliers de personnes. Elle a permis également que l’industrie nord–américaine soit dans une franche récession, avec des centaines de milliers de chômeurs, du fait de la délocalisation économique de ses entreprises dans le sud-est asiatique, ou même que tous les ministres de l’économie prient pour que des « investisseurs » installés à des milliers de kilomètres, ne décident pas un jour, pour on ne sait quelles sages raisons, de faire transiter des milliards de dollars ou d’euros vers une autre zone de la planète où ils vont tripler et pas seulement doubler leurs bénéfices en portant de nouveau préjudice à des gens qui travaillent toute la journée et vivent au jour le jour.

Braun ne comprend pas qu'il ne suffit pas d’avoir des règles, mais qu’elles doivent être efficaces.

Et le simple concept « d’efficacité » implique un critère hiérarchique supérieur qui englobe nécessairement le marché, l’économie et l’ensemble des lois techniques qui prétendent le réguler. Ce sont précisément ces affirmations contrefactuelles (NDT : ce qui aurait pu être si..., mais qui n'est pas) comme celle que fait Rodríguez Braun, qui en ont amenés beaucoup à parler de « fondamentalisme libéral » et à donner de puissants arguments aux idées dépassées de la gauche. Pour cela nous sommes beaucoup à penser que si les libéraux n’existaient il faudrait que la gauche les invente. Il est de plus en plus évident que si, les libéraux comprenaient que la dé-régularisation totale du marché, vers laquelle ils semblent tendre puisqu’ils en demandent toujours plus, implique l’esclavage pour les plus faibles économiquement parlant, cette idéologie libérale, quoique discutable et douteuse pour d’autres raisons, gagnerait en crédibilité et serait attractive pour aux moins ceux qui ont un salaire.

Pour tout cela, l’encyclique du Pape Benoît XVI ne cesse d’être un souffle d’air frais pour ceux qui aspirent à un débat différent et sans contrainte à cette époque de crises globales, crises dont presque personne ne sait à quoi on les doit.


(*) Pierre Hillard : auteur notamment de « La décomposition des nations européennes » - 2005 et « La marche irrésistible du nouvel ordre mondial » - 2007
(**) Carlos Rodríguez Braun (Buenos Ayres, 1948), docteur en Sciences Économiques de l’ Universidad Complutense de Madrid et professeur d’histoire de la pensée économique dans la même université. Il a dit notamment : « La négation de cette réalité (NDT : le capitalisme, dont il n’est pas établi qu’il soit dérégulé, ne peut être responsable d’un argent qui est un monopole public), pour comble de malheur, non seulement occulte la responsabilité des autorités dans la crise économique mais leur procure précisément l’excuse dont ils ont besoin pour limiter encore plus les libertés des citoyens. »

La lettre de Jeannine Amor non est Caritas