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A Rome et en voyage: le Pape vu de près (VII)

7e chapitre de la biographie par Michael Mandlik, traduite par Marie-Anne ...
Le voyage en Bavière, et celui en Turquie (21/6/2010)

Voir les chapitres précédents: A Rome et en voyage: le Pape vu de près (VI)

Marie-Anne m'écrit: Il est intéressant de voir rétrospectivement combien notre St Père suit son but avec sa courageuse humilité.
Je n'ai pas de mots pour remercier mon amie de ce travail énorme!!

 



- VII -
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Avec Benoît XVI en Bavière
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A peine l’avion avait quitté la piste d’envol en ce 9 septembre 2006, déjà la question suivante a été adressée au pape : “ Comment voyez-vous la situation des catholiques allemands aujourd’hui ?”

Avant de répondre, Benoît XVI tient à dire : “Je voudrais exprimer tout d’abord la joie que j’éprouve en m’envolant vers mon pays. Ce sera bon de revoir encore une fois mon pays natal, de parcourir les lieux où j’ai vécu. Et je sais qu’ensemble nous allons faire une grande célébration de la Foi pour nous encourager mutuellement. Je n’insisterais pas tellement sur la fatigue qui se fait sentir chez les catholiques allemands comme partout ailleurs, pour la bonne raison que durant ces semaines écoulées j’étais un témoin émerveillé des préparatifs pleins de dynamisme. C’est incroyable combien d’énergies ont été déployées par tous, et je ne sais vraiment pas comment remercier. Tout cela ne vise pas seule­ment ma seule personne, mais cela exprime le fait qu’ensemble nous formons l’Église de façon à devenir une force de paix pour la nation et pour le monde. Voilà pourquoi j’arrive chez moi plein d’espérance et de gratitude.

“Saint-Père, lui dis-je en lui tendant le micro, cela ne vous arrive-t-il pas à certains jours d’éprouver un peu de nostalgie quand vous êtes à Rome ?”

Il répond avec un sourire qui illumine son visage : “ Mais bien sûr, puisque c’est ici que j’ai grandi. Mon cœur reste bavarois. D’autre part, il y a tellement de souvenirs emmagasinés dans ma mémoire, que je peux très bien me promener dans les paysages de mes souvenirs. En fait, je ne me sens pas si loin que cela ; sans compter que je peux appeler mon frère tous les soirs au téléphone.”

Le soleil est au rendez-vous avec un ciel bleu clair lorsque le pape descend de l’avion. Il est attendu par les prélats, mais aussi par des Bavarois de toutes les localités, qui se font remarquer par leurs costumes traditionnels. Les fanfares jouent trois hymnes : celles du Vatican et de l’Alle­magne sont suivies par celle de la Bavière, tandis que les différents drapeaux sont agités par le vent de l’arrière-saison. Les chasseurs alpins de Tegernsee sont présents, bien sûr, pour saluer leur pape avec les coups de canons devenus familiers. Cet accueil triomphal sera réservé au Saint-Père en tous les lieux de son enfance et de sa jeunesse qui avaient contribué à sa formation spirituelle, depuis Marktl-am-Inn et Munich jusqu’à Altötting et Ratisbonne, en passant par Pentling et jusqu’à cette messe d’adieu qu’il présidait à la cathédrale de Freising là même où il avait été ordonné prêtre en même temps que son frère Georg, le 29 juin 1951.

Le malentendu
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Mais le pape bavarois qui est venu dans son pays natal est en même temps le Chef suprême de l’Église universelle. Et par-delà des festivités, il a laissé un message qui ne favoriserait pas l’autosatisfaction insouciante de ses auditeurs. Ce qu’il voulait dire à Munich et à Ratisbonne tout comme à Freising, c’est que le “choc des civilisations” tant de fois évoqué un peu partout, ne signifie nullement une rivalité entre les différentes cultures et les religions, mais vise plutôt une confrontation, avec la menace du fanatisme et du nihilisme.

Dans son homélie prononcée le 10 septembre à Munich il a formulé une critique à la fois de la société européenne qu’américaine, en évoquant notre “surdité” par rapport à la Foi, lorsqu’en oubliant Dieu on érige le techniquement possible en norme suprême, ce qui mène indu­bitablement au cynisme. Le dialogue interreligieux se trouve entravé en Occident lorsqu’on exclut Dieu totalement du champ visuel de l’homme. L’instauration du règne suprême de la Raison ne peut qu’effrayer les civilisations africaine et asiatique qui ressentent cette mentalité comme une menace.

Benoît XVI a pris la défense des croyants d’autres religions en disant : « Ce n’est pas la foi chrétienne qu’ils ressentent comme menaçante pour leur identité, mais bien au contraire, le mépris de Dieu, le cynisme, lorsqu’on ridiculise le sacré pour affirmer sa propre liberté, et qu’on érige le progrès comme critère ultime de l’éthique. – Chers amis, ce n’est pas ce cynisme que les peuples attendent de nous lorsque nous parlons de tolérance et de rapprochement des cultures. La tolérance dont nous avons un besoin urgent inclut le respect de Dieu et de ce qui est sacré. C’est ce que nous devons réapprendre. Et cela ne deviendra possible que si la foi en Dieu renaît dans le monde occidental, si nous prenons de nouveau conscience de la présence de Dieu en nous et autour de nous. »

J’avoue qu’en écoutant ce discours j’étais un peu abasourdi ; je ne m’attendais pas à cette critique de l’Occident, ni à cette main tendue à l’islam en ce moment où les caricatures de Mohammed faisaient tant de bruit. On ne pouvait pas être plus explicite pour exiger le respect pour une religion qui tend à envahir de plus en plus l’Europe. Cela me paraissait donc d’autant plus tragique qu’après le discours de Ratisbonne l’opinion publique n’a pas du tout tenu compte de celui de Munich, bien au contraire ! Et les actes de violence qui ont suivi au Moyen Orient et en Afrique du Nord ont démontré, hélas, combien la compréhension entre l’Orient et l’Occident est loin d’être acquise.

Après une lecture plus attentive du discours du pape, on avait tort d’identifier la citation de l’empereur byzantin du moyen âge avec sa propre pensée à lui. Et face aux réactions véhémentes de certains médias occidentaux le pape n’avait plus qu’à s’excuser publiquement pour son discours. Mais Benoît XVI a su trouver l’unique solution pour sortir de cette impasse. Il a pris la parole à diverses occasions pour s’expliquer, manifestant son regret que certains passages de son discours avaient pu blesser la sensibilité des musulmans tout en regrettant également que ces passages avaient été interprétés dans un sens tout à fait contraire à ce qu’il voulait dire. Pour finir, il a invité dans sa résidence de Castel Gandolfo les ambassadeurs de 20 pays musulmans. Là, dans un discours très nuancé, il a de nouveau rappelé que « le dialogue entre les religions et les cultures est une nécessité vitale dont dépend notre avenir ».

Après cet entretien du 25 septembre, les participants ont déclaré leur satisfaction aux journalistes qui les attendaient à la sortie.




Le Voyage au Bosphore
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Ce voyage prévu pour novembre serait-il maintenu ou au contraire, annulé ? On n’en savait trop rien, en cette fin septembre 2006. Le gouvernement turc a assuré le pape qu’on ferait tout pour sa sécurité. Cependant, en Occident on n’était pas prêt à oublier que la première pesonnalité qui réagissait haut et fort au discours de Ratisbonne, c’était Ali Bardakoglu, le chef des musul­mans turcs. Mais Benoît XVI avait la ferme intention de continuer le dialogue interreligieux même après cette période d’irritation et d’actes de violence. En y regardant de près, il n’avait pas le choix car l’annulation de ce voyage aurait donné raison justement à ceux qui prônaient la violence.

En plus, le pape avait un motif œcuménique très important ; son but était de signer le 30 novembre une déclaration commune avec le patriarche de Constantinople, Bartholoméos, pour marquer une avancée cosidérable sur le chemin de l’unité entre l’Église d’Orient et d’Occident.

Il est donc arrivé le 28 novembre à Ankara. Malgré son visage impassible, la nervosité était présente d’un côté comme de l’autre. Jusqu’au dernier moment on ignorait si sa rencontre avec le premier ministre R. T. Erdogan aurait lieu ou pas. Or Benoît XVI a pu souverainement maîtriser cette première journée de son voyage en déclarant qu’il ne serait pas opposé à une éventuelle entrée de la Turquie dans l’UE. En entendant cela l’opinion publique a brusquement changé en sa faveur si bien que sa photo prise en compagnie non seulement d’Erdogan, mais aussi d’Ali Bardakoglu a figuré à la une de tous les journaux, comme si le malentendu n’avait jamais existé !

Le deuxième jour de sa visite a été consacré à Ephèse pour y vénérer la “maison de Marie”, lieu aussi cher pour les chrétiens que pour les musulmans. Lors de la messe célébrée pour la minorité catholique on voyait le pape très détendu, tout comme s’il se trouvait place St Pierre !

Encouragé par les réactions positives de la veille, Benoît XVI a poursuivi son objectif en demandant aux croyants de prier pour la paix au Moyen Orient. “Nous devrions constituer un véritable pont en implorant la paix et la réconciliation entre chrétiens, juifs et musulmans vivant sur cette Terre que les adeptes de trois religions considèrent comme Sainte.”

La presse turque, en général hostile à l’encontre du pape, a pourtant apprécié l’évocation du souvenir de son prédécesseur Jean XXIII qui fut nonce apostolique en Turquie et surtout sa déclaration qui venait du fond du cœur : « J’aime les Turcs ». Tout cela devait contribuer au bon déroulement de sa visite.

Rome d’Occident et Rome d’Orient
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Du point de vue des autorités turques, le patriarche Bartholomeos n’est que le Président des chrétiens grecs-orthodoxes de la Turquie. Mais la majorité de l’Église orthodoxe ainsi que l’Église catholique romaine le voient tout autrement. Il est à la tête d’environ 300 millions de chrétiens orthodoxes et son patriarcat a la primauté d’honneur puisque son origine remonte à l’apôtre Saint André lui-même. Le 7 décembre 1965, le Concile Vatican II a mis fin au schisme qui séparait les deux Églises depuis 1054. Mais le chemin du rapprochement n’est pas sans problèmes ; la communion eucharistique est retardée par une divergence de vue concernant la hiérarchie non seulement avec Rome mais aussi entre les différents patriarcats autocéphales.

Benoît XVI a choisi le 30 novembre, fête de l’apôtre St André, pour signer une déclaration commune à Istanbul, autrefois Constantinople. Pour les orthodoxes, en général plus ancrés dans la tradition que les chrétiens occidentax, ce lieu était tout indiqué pour accomplir un tel geste. Pour beaucoup d’entre eux, la conquête et le pillage de Constantinople par les croisés en 1204 restent encore présents dans la mémoire comme si tout s’était passé hier. De même ils pensent que l’invasion turque de Mohammed II, en 1453 a été facilitée par le fait que la Rome d’Orient se trouvait affaiblie par le schisme. Tout cela n’est qu’un souvenir lointain pour les Occidentaux, mais ici, ce passé douloureux reste gravé dans les lieux même de ces événements historiques.

La personnalité de Benoît XVI contribue de façon décisive à ce rapprochement entre catholiques et orthodoxes. Son but consiste en effet d’orienter le regard des chrétiens vers la source de leur Foi commune, en dégageant cette Foi de tout ce qu’au cours des siècles on a pu rajouter en empêchant de jaillir l’eau de la Foi dans toute sa pureté. Cette perspective correspond à la spécificité orthodoxe qui envisage avant tout la rectitude de la Foi, de telle sorte que le document “Dominus Jesus” publié en 2000 par la Congrégation de la Doctrine de la Foi si mal accueilli en Occident a reçu un très bon écho chez les chrétiens d’Orient. Ce qui ne provoque chez nous Occidentaux qu’un haussement d’épaules, en Orient prend tout sens sens. Par exemple le pallium porté par Benoît XVI le 24 avril 2005 leur a rappelé la continuité avec la succession apostolique. Ou encore le Motu proprio de 2007 autorisant l’usage du Missel de 1962 en même temps que celui de 1970 correspond également à la sensibilité orthodoxe. En Occident on lui a reproché de permettre aux prêtres de “tourner le dos aux fidèles” sans scruter la profondeur théologique de cette façon de célébrer. En fait l’intention était de se tourner ensemble, le prêtre en même que l’ assemblée des fidèles vers l’Orient : pour signifier qu’ils sont pèlerins sur terre en regardant vers la Croix, vers la direction indiquée par la Bible d’où le Christ ressuscité reviendra. Cette orientation géographique des églises – les bâtiments aussi bien que l’assemblée des fidèles – a été suivie durant presque 2000 ans dans toute la chrétienté, jusqu’à la récente réforme de 1970. Pour toutes ces raisons les orthodoxes considèrent ce pape – au même titre que son prédécesseur Jean-Paul II – comme un partenaire valable pour le dialogue œcuménique.

En regardant Benoît XVI participer à la célébration de la fête de St André, en ce 30 novembre 2006, le recueillement du succession de Pierre reflétait son attitude intérieure toute centrée sur le mystère de la Foi. Et dans son homélie il n’a pas manqué de rappeler combien la séparation des Églises continue à représenter un scandale pour le monde. Il a souligné aussi la nécessité du dialogue interreligieux et l’urgence de la lutte contre toute forme de violence et de discrimination. Outre la signature de la Déclaration Commune, l’apparition au balcon du Patriarcat des deux Chefs d’Eglises échangeant le baiser de paix signifiaient un message fort pour l’engagement commun sur le chemin de l’œcuménisme. Force est de constater que la carte géo­graphique des religions serait différente sans cette séparation d’il y a un millénaire.

Le pape a-t-il prié ou pas ?
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Selon les prévisions, la visite apostolique devait comporter aussi une halte à Hagia Sophia ; dans cette immense basilique si emblématique pour toute la chrétienté. Mais jusqu’à la dernière minute on n’était pas du tout assurés qu’avec nos caméras on puisse y pénétrer. D’abord parce que depuis la conquête ottomane de 1453 la basilique a été transformée en une mosquée, ensuite parce qu’en 1935, K. Atatürk – au nom de la laïcité – interdisait tout culte en ce lieu. C’est pourquoi Paul VI a commis un faux pas aux yeux des autorités turques, lorsqu’au cours de sa visite de 1967, il s’y est mis à genoux. Quant à Jean-Paul II, venu à son tour à Hagia Sophia, il n’a pas fait de prière publique pour éviter tout malentendu.

Et Benoît XVI ? Nous l’avons vu pénétrer en ce haut lieu ; se laissant expliquer en détails par le guie de et l’interprète tout ce qui concerne ce “musée”. Il regardait vers le haut et aussi sur les côtés tout en se dirigeant vers l’abside. Losqu’il s’est arrêté enfin devant l’espace où autrefois se tenait l’autel, les observateurs l’épiaient pour voir ce qu’il allait faire. Le pape a su éviter le piège en cette situation délicate, à sa façon à lui. Il ne s’est pas agenouillé. On ne l’avait pas vu prier non plus. Il écoutait avec attention les explications de ses hôtes turcs. Mais il a élevé son regard dans la direction de la mosaïque de l’abside qui représente la Mère de Dieu avec son Enfant, comme pour la saluer. Et c’était tout. Voyant cela, même les autorités turques les plus laïques devaient admettre que tout cela était “politiquement correct”.

Mais ce qui a tout particulièrement retenu l’attention des médias, c’était sa visite – pas du tout prévue – à la mosquée bleue ! Là s’est passé quelque chose qu’en effet, personne n’aurait osé imaginer. Il est vrai que la visite de Jean-Paul II à Damas, en Syrie avait déjà fait sensation, puisque c’était pour la première fois qu’un pape franchissait le portail d’une mosquée. Cette fois-ci l’accent sera mis par Benoît XVI sur l’importance du dialogue interreligieux. Les caméras l’auront montré au gros plan, en train de remuer les lèvres, tandis qu’il se tenait debout auprès du grand mufti qui priait…

Le Souverain Pontife a-t-il prié lui aussi, en même temps que le chef religieux musulman ? Dans un premier temps, le porte-parole du Saint Siège s’abstenait de répondre aux journalistes. Car, s’il s’agissait d’une prière, cela aurait entraîné des conséquences inimaginables dans les relations islamo-chrétiennes. Finalement la salle de presse du Vatican a fait savoir que “le pape n’a pas prié ; il s’est contenté de faire une méditation.” On s’en tint donc au plus petit dénomina­teur commun entre les trois religions issues d’Abraham.

Mais en fin de compte, une seule image parle plus que mille paroles et la nouvelle sur le pape qui aurait prié à la mosquée bleue s’est répandue comme une traînée de poudre aussi dans le monde islamique. Et Benoît XVI a fini par rompre la glace en Turquie. La plupart des commen­taires ont souligné son attitude respectueuse vis à vis de l’Islam, qualifiant le Souverain Pontife comme un véritable faiseur de pont entre Orient et Occident. On a noté également le fait insolite que les musulmans avaient accepté le cadeau du pape : un rosaire ! dans leur mosquée.

Après cela, le pape était tout à fait détendu, pour célébrer la messe, entourée de la minorité catholique, à la cathédrale dédiée au Saint-Esprit à Istanbul. Les différents rites y étaient large­ment représentés ; parmi les invités se trouvaient le patriarche Barthéloméos ainsi que des délé­gations protestantes. Dans son homélie Benoît XVI a insisté sur l’effort œcuménique à continuer en rappelant aussi que les chrétiens ne veulent nullement s’imposer ; ils demandent seulement de pouvoir vivre leur foi en toute liberté.

La lettre de Jeannine (XV) Certains s'agitent, d'autres agissentů