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NoŽl Les collages de Gloria Bénin Blasphème au théâtre Indignés Assise Allemagne (suite) 2011: L'Année BenoÓt

P. Seewald: nous avons vu un petit miracle

L'interlocuteur du Pape pour trois livres avait répondu aux questions de Kath.net AVANT. Aujourd'hui, APRES, il livre ses impressions sur le Saint-Père bien sûr, mais aussi la société allemande,et "ses" medias. Passionnante interviewe tous azimuts, traduite là encore par Marie-Anne (3/10/2011).

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Texte original en allemand: http://www.kath.net/detail.php?id=33283
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L'interviewe précédente: http://benoit-et-moi.fr/ete2011/



Ce qui s’est passé, c’est un petit miracle.

KATH.NET, Munïch- 27 septembre 2011
Interviewe exceptionnelle avec Peter Seewald sur la visite du pape

Malgré l’incroyable bourrage de crâne précédant sa visite, un nombre impressionnant de gens était là pour l’accueillir, sans broncher
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KATH.NET: Et maintenant que le pape est reparti ; quelle est votre impression après son voyage ?

Peter Seewald : C’est qui s’est passé, c’est un petit miracle. Peu avant son arrivée les médias se sont déchaînés contre l’Eglise avec une telle agressivité et avec tant de préjugés que l’opinion en était terrorisée… A tel point que cela m’a fait penser à Georges Orwell, "1984", où il est question d’un ennemi imaginaire, une sorte d’épouvantail inventé pour attiser la foule. Dès qu’on lutte contre l’indifférence, du moment qu’on ne veut pas se plier devant les mécanismes de la politique ou des médias, on est traité d’obscurantiste. Et là où cette tactique ne suffisait pas on est allé jusqu'à prononcer une oraison funèbre sur le pape.Mais malgré cet incroyable bourrage de crâne un nombre impressionnant de gens était là pour l’accueillir sans broncher.


KATH.NET: Personne ne s’intéresserait à lui, tel était le pronostic.

P.Seewald : Oui, c’était cela ; les Allemands se détourneraient de toute ces sottises, disait-on. Rien n’est aussi anachronique de nos jours que de rester encore catholique !
« Après l’euphorie momentanée au début du pontificat, avait déclaré "Stern“, beaucoup d’Allemands se sont éloignés de leur compatriote de façon irrémédiable. » Le monde continuerait à tourner aussi bien même si ce Vatican n’existait pas… Et voilà que tout cela a été démenti. Où sont-ils maintenant ceux qui auparavant ne cessaient de critiquer, de protester? On ne les voit plus. Au lieu de cela, on estime que le nombre des personnes qui se sont déplacées pour écouter le pape et pour célébrer la messe avec lui s’élève à 350.000, sans compter les millions de téléspectateurs ! Les livres du pape sont devenus des best-sellers comme jamais auparavant (ndlr: Peter Seewald est mieux placé que personne pour en parler!). Et le nombre de ceux qui l'ont écouté à la télé le Dimanche juste avant sa venue a battu tous les records.
Et c’est vrai qu’en Allemagne, rares sont les occasions où l’on peut encore entendre tant de paroles sages et intelligentes, et vraiment essentielles comme cette fois-ci ! Et elles étaient prononcées toujours avec amour même si elles étaient destinées à avertir avec sollicitude. Ces paroles resteront gravées dans les cœurs pour servir de norme, de pierre milliaire aux futurs débats, pour baliser le chemin que l’Eglise d’Allemagne devrait parcourir pour se renouveler. "Ne vous laissez pas vous détourner”, disait le pape en élevant la voix. “Ne perdez pas le but ! Ne perdez pas votre confiance en Dieu ni la joie de croire!” C’est ainsi que le pape a confirmé “ses frères” conformément à sa tâche de successeur de Pierre. Et cela va nous apporter une aide décisive; on pourra s’appuyer là-dessus en ces temps troublés.


KATH.NET: Quelles étaient les zones d’ombre ?

Peter Seewald : Bien sûr, cette visite a révélé aussi quel est le niveau de notre pays, concernant la démocratie, la tolérance, la vie spirituelle, ou encore l’éducation, le savoir-vivre. Assez souvent on pouvait penser aux gens de Nazareth qui ne voulaient pas écouter le Prophète revenu dans son pays. “Il ne fait aucun miracle” hurlaient beaucoup de médias ; ceux qui travaillent comme des fous pour attiser l’opinion contre le pape, et prêchent une sorte de Patchwork de la foi. Ils constatent en gémissant que les gens tournent le dos à l’Eglise catholique. Mais en réalité, dans cette Eglise le nombre des membres qui la quittent est moins élevé que celui des déserteurs des partis, des syndicats, des associations, ou de l’Église protestante.
Autre exemple : A Erfurt, le pape a accompli un geste vraiment historique alors que ses adversaires criaient : “Il n’a apporté aucun cadeau !” Comme si on voulait en quelque sorte précipiter le successeur de Pierre du sommet de la colline. Mais finalement, on pouvait le voir traverser cette meute sauvage des médias, nullement embarrassé, même pas une seconde ! C’est dommage que beaucoup n’ont pas saisi l’occasion pour montrer un peu de “fraternité chrétienne”.
C’est qu’une partie du protestantisme s’inscrit encore dans la ligne de l’anti-papisme. Jadis l’homme de Rome avait été appelé l’Anti-Christ, maintenant il est soi-disant l'Anti-Moderne. Mais ce qui est le plus important, c’est qu’après avoir rencontré le pape beaucoup de personnes ont manifesté leur grande satisfaction ; ainsi les représentants de l’orthodoxie, du judaïsme et de l’Islam, mais aussi le président de l’Eglise luthérienne d’Allemagne qui disait textuellement : “Je suis très content.” Et cela fait partie d’une certaine démagogie lorsque le Journal de l’Allemagne du Sud (Le Süddeutsche Zeitung) intitule son article en affirmant que « Le pape décevait les protestants. »
Je pense que les frictions ont aussi leur valeur. Elles donnent ainsi plus d’impact à cette visite que dans le cas contraire où tout se serait déroulé sans frottement. On peut voir cela lorsqu’on veut allumer une allumette. Si on n’a pas se frotter contre la surface il n’y aura pas de flamme. Voilà pourquoi il ne faut pas avoir peur des controverses. On appelle cela : “L’Esprit souffle où il veut”.
Benoît XVI, voilà que ce petit pape (ndlr: je suppose que Peter Seewald fait allusion à un passage de "Lumière du Monde", où c'est Benoît XVI qui, en toute humilité, se définit ainsi, par opposition à son "grand" prédécesseur: qu'il nous soit permis, pour une fois, d'être vraiment en désaccord avec lui!!), à la fin devient si grand !
Il parle avec une profondeur substantielle, même si sa voix est tellement douce qu’elle paraît sans force ; on est littéralement obligé de tendre l’oreille ; mais “celui qui a des oreilles, il l’entend” vraiment. Avoir un pape, cela ne représente donc pas un déficit ; bien au contraire. Si l’Église perd son pouvoir et son influence en tant qu’institution, le ministère du successeur de Pierre deviendra d’autant plus important. Il représente non seulement une autorité contre l’affaiblissement de la foi ; il devient surtout un grand signe pour le monde. C’est qu’il n’annonce pas soi-même, mais Celui qui, par sa Croix, a transformé le monde d’une manière décisive. Et ce pontife ne se lassera pas de nous démontrer le problème principal de notre temps, à savoir que nous avons perdu de vue l’existence de Dieu ! Or un monde frappé de cette sorte d’amnésie ne pourra plus fonctionner.


KATH. NET: Le pape Benoît XVI a parlé clairement, surtout à Fribourg, de la situation actuelle de l’Eglise en Allemagne. Il lui a demandé de ne pas être « du monde » (ent-weltlichen). Il a dit textuellement : “L’Eglise donne souvent plus d’importance à l’organisation et l’institution qu’à sa vocation d’ouverture à Dieu et au monde des autres”.
Plusieurs observateurs affirment qu’en disant cela, le pape aurait pensé aussi à l’impôt que les catholiques doivent payer en Allemagne. Qu’en pensez-vous ?

Peter Seewald: Pas forcément. Et sûrement pas en premier lieu. L’impôt pour l’Eglise est un sujet complexe et compliqué. Le débat qui le concerne n’est qu’à ses débuts. Le pape a clairement expliqué son estime et sa gratitude envers tous ceux qui – et il y en a des millions – œuvrent pour l’Eglise, la Caritas ou l’annonce de la foi, soit officiellement, soit sous forme de bénévolat. Mais il est vrai aussi que l’Eglise est devenue en beaucoup de domaines trop satisfaite d’elle-même, trop bien installée. C’est pourquoi il faut être très honnête lorsqu’on remplit une fonction en tant que chrétien, il faut vivre sa vocation chrétienne de façon authentique. Et ce n’est pas une sinécure. Chaque crise joue en quelque sorte le rôle d’une vérification. Le pape renvoie à la Parole de Dieu exprimée dans la Bible : “Ne vous conformez pas au monde. Mettez le Christ au centre de votre existence.” Et en ce qui concerne la communauté de ceux qui croient au Christ, le successeur de Pierre ne peut pas se contenter d’une Église basée sur des conseils mais bien plutôt sur la Foi. On ne doit pas inventer l’Église. Elle existe déjà. Qui saurait l’améliorer plus que le Christ lui-même ?


KATH.NET: Samedi soir, à la veillée des jeunes, le pape Benoît a déclaré explicitement entre autres que “Ce qui nuit à l’Église, ce ne sont pas ses adversaires, mais les chrétiens tièdes”. A qui a-t-il fait allusion ?

Peter Seewald: A vous et à moi, je suppose. Le pape aime louer, encourager, bâtir des ponts, mais aussi avertir. Quand on est chrétien on a toujours besoin d’être de nouveau stimulé dans son évolution, son cheminement, son témoignage, son agir chrétien pour ne pas rester sur place. Surtout dans notre environnement actuel qui est de plus en plus déterminé par une culture païenne et athée. Moi personnellement, je suis toujours effrayé lorsque je constate d’avoir raté une occasion pour choisir le juste et l’important, en parole ou en action. Mais le pape montre le chemin. J’ai été très impressionné de le voir durant sa visite avancer avec courage, sans se laisser détourner, comme une charrue qui trace son sillon. Il portait son message de bon pasteur même si, parfois cela paraissait un peu amer comme un remède. Et il faisait cela non pas avec une puissante mise en scène, mais bien au contraire, avec la totale impuissance d’un homme qui s’abandonne à Dieu. Un homme sympathique, aimable, plein de sollicitude pour les hommes qui ont encore devant eux la partie la plus importante de leur vie, c'est-à-dire celle qui aura un niveau supraterrestre.
On doit dire encore une chose clairement : quiconque a analysé les résultats des deux ou trois dernières décennies de l’évolution de l’Eglise doit tirer la conclusion suivante : la religion de la pédagogie sociale ou du bien-être du tournant du millénaire est maintenant dépassée. On a essayé de se conformer à la modernité. Mais sans les fruits escomptés. Tout n’était pas faux dans cet essai, mais en fin de compte, il a échoué. Le pape ne cache pas cette problématique. Il ne veut pas une fausse paix, mais une paix conclue avec honnêteté. Il ne fait pas partie de ceux qui embellissent la situation et essaient d’en camoufler le sérieux comme Küng et sa compagnie. Tout le monde pouvait le constater. Mais il ne faut pas non plus tout noircir comme le font ses adversaires qui n'ont plus d’arguments.


KATH.NET: Avant l’arrivée du pape à la veillée des jeunes à Fribourg, pendant une heure, les organisateurs voulaient faire un sondage parmi les jeunes à propos des sujets d’actualité comme l’ordination des femmes ou de l’homosexualité. Par contre, il n’y avait pas de prière ni de préparation spirituelle selon le témoignage de nombreux jeunes. Quel est votre avis là-dessus ?

Peter Seewald : C’était complètement à côté de la plaque
. Celui qui agit de la sorte n’a pas encore compris quel est l’enjeu aujourd’hui. Il n’a pas 'pigé' non plus le sérieux de la situation. Bon, nobody is perfect. Mais hélas, c’est avec de telles choses que, à l'aide de ceux qui détiennent le pouvoir des médias, on a réussi de créer un vide spirituel. C’est parce que l’Eglise depuis des décennies ne s’occupait que des sujets de deuxième ou de troisième ordre. Aujourd’hui la situation est telle que beaucoup de monde ne connaît plus du tout sa religion. Ils ne savent plus rien de l’Evangile, ni des sacrements. Des notions comme la « grâce » par exemple, leur sont devenues complètement étrangères. C’est là qu’il faut de nouveau s’investir, dans l’initiation, dans l’école de la foi. Le pape a donné les orientations justes. Il a expliqué que l’avenir de la foi et de l’Eglise se décidera dans le contexte de la liturgie et de l’Eucharistie. Un véritable changement ne se produira que par la transformation des cœurs. Là réside la grande différence avec les partis, les entreprises ou les organisations de la société. L’Eglise catholique croit moins à l’effet des réformes structurelles qu’aux forces spirituelles, et en définitive, à l’action de l’Esprit Saint. Elle ne compte pas sur l’avoir mais sur l’être. Elle croit tout simplement que Dieu existe, un Dieu qui ne se contente pas de nous regarder de loin. Laissez vous contaminer par les jeunes Eglises du monde entier, disait le pape. Au lieu de donner des leçons au monde, l’Eglise d’Allemagne pourrait beaucoup apprendre de l’Eglise universelle.
Pour être bref : le successeur de Pierre veut nous conduire à la Source qui n’est pas la sienne, ni celle du Vatican, mais elle est là où jaillit « l’eau de la Vie ». Oui, il existe une Eglise qui protège cette source, qui en prend soin, c’est là notre certitude et notre joie. Par sa visite en Allemagne, le pape a contribué à poser des jalons, en posant des limites au pouvoir insensé de la politique, de la science, et aussi de l’Eglise ; il a ouvert ainsi de nouvelles portes conformément à la devise de ce voyage : “Là où est Dieu, il y a un avenir”. Mais le contraire est aussi vrai : "là où il n’y a pas Dieu, l’avenir n’existera pas".


KATH.NET:
Merci du fond du cœur pour l’interviewe.

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