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Après le jene

Le miracle d'un peuple catholique qui a obéi à son pape. Très bel article d'Antonio Mastino (10/9/2013)

Antonio Mastino n'est pas un françoismaniaque inconditionnel (je dirais même: bien loin de là; qu'on se rappelle l'article plutôt sévère qu'il avait écrit après la visite à Lampedusa, benoit-et-moi.fr/2013-II/articles/lampedusa-un-mois-apres), et son témoignage, au lendemain de la journée de jeûne et de prière décrétée par François samedi dernier n'en a que plus de valeur: les thuriféraires inconditionnels obtiennent en général le résultat opposé à celui recherché, selon le principe d'hétérogenèse des fins évoqué dans l'article (dernier exemple en date: la R4 de François, décrite avec moult détails hagiographiques sur Vatican Insider).

Donc, Antonio Mastino a fait samedi dernier une expérience "spéciale". Il a vécu la journée de jeûne dans un village de Sicile (dont je crois me rappeler qu'il est originaire) où il passe ses vacances. L'injonction papale y a été extrêmement suivie, et on comprend son émotion, qu'il convient toutefois de replacer dans ce contexte particulier. Il est improbable que le même succès se soit retrouvé dans les grandes villes, encore moins en France, et le ressenti est forcément différent.
Quoi qu'il en soit, l'acte posé par François peut paraître son premier vrai geste de Pape, et l'article que je traduis ci-dessous est le plus bel hommage qui lui ait été rendu (et que j'ai pu lire!) depuis le début du Pontificat.
Il rejoint le témoignage d'un fidèle, recueilli sur le site Pro Liturgia y compris cette constatation guère surprenante: la soirée a été piètrement relayée sur les médias dits catholiques. [1]

Après le jeûne: le miracle d'un peuple catholique, qui a obéi à son pape
Antonio Mastino
7/9/2013
Original en italien www.papalepapale.com , ma traduction
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Il est minuit: J'ai fait le «voeu du silence», c'est-à-dire le voeu de ne rien écrire sur Facebook, de renoncer aux mots, qu'ils soient ou non vains. Je parle (j'écris) maintenant. Parce que la cloche de l'église-mère sonne, dans le village de Salento où je suis en vacances: elle annonce la fin du jeûne. De tous les jeûnes: même celui des mots écrits. Et me revoilà donc, parce que je ressens le besoin de témoigner quelque chose, tout de suite.

Juste à ce moment la cloche a cessé de sonner, donc. Qu'il est beau de se reconnaître à nouveau communauté chrétienne dans les signes d'appartenance, dans ces pratiques qui toujours devraient nous rassembler mais qu'on nous a fait perdre: ce jeûne purificateur et collectif, qui semble venir après un empiffrage long et insensé, c'est un baume. Si doux qu'il semble presque évaporer son essence pénitencielle et de transmuter naturaliter en quelque chose de festif.

J'ai regardé ce pays, et la route devant, et toutes les autres: partout, les gens ont mis sur le trottoir, devant l'entrée des maisons, des bougies parce que, disent-ils, «c'est le pape qui l'a dit». On a beaucoup parlé du jeûne, par ici, tant et si bien que cela semblait mal de ne pas le faire, parce que «c'est le pape qui l'a dit», et donc, chacun à sa manière, l'a fait. Et en ce samedi, les églises sont remplies de personnes recueillies dans la prière, parce que «c'est le pape qui l'a demandé» (au moins, c'est ce qui s'est passé dans ce village, qui a de bons pasteurs; ailleurs, là où il y a des prêtres vétéro-progressistes, beaucoup moins). Les bancs étaient remplis de gens qui ne sont pas exactement des pratiquants, mais à eux aussi «le pape avait dit» de le faire. Quelle joie de se réveiller un matin et de se rendre compte que les catholiques, au moins une grande partie, à l'unisson, ont obéi à une invitation d'ordre pratique (très pratique) du pasteur universel et souverain pontife.

Le peuple chrétien, si l'on sait lui parler, est bien disposé à reprendre ces pratiques qui, avec trop de précipitation et d'imprudence - pris alors d'un accès de démolition typiquement post-conciliaire - ont été ignominieusement rejetées comme «inutiles» et «insignifiantes». Mais un peuple a besoin de s'identifier à quelque chose qui, dans la pratique, est commun à tous et lui fait se sentir communauté. Troupeau avec un seul berger qui le fait paître dans le même pré, la même herbe.

Tout cela s'est passé aujourd'hui. Un peuple a jeûné, prié ensemble, manifesté son adhésion symbolique et concrète à travers les signes du catholicisme romain, afin de conjurer une guerre dans un pays dont la plupart ne savent même pas exactement où il se trouve, mais que tous perçoivent subliminalement comme l'étincelle qui embrasera le monde entier. Alors ils l'ont fait, parce que «le pape l'a demandé» disent-ils tous.

Et ici, en toute honnêteté, il faut faire deux comptes. Ne s'agit-il pas de cette hétérogenèse des fins , qui renverse en son exact opposé les propositions des démagogues et des idéologues, et de ce pape, n'attendait-on pas au moins qu'il rompe les rangs du monde catholique et qu'il liquide la papauté? En réalité, jamais comme aujourd'hui le peuple catholique n'est apparu uni (et uni dans la piété la plus méprisée et détesté par les progressistes et les modernistes); jamais comme aujourd'hui la papauté n'a semblé en meileure santé. Le souverain pontife plus «puissant» (mais au sens chrétien du terme) que jamais. Guide charismatique et psychopompe (conducteur des âmes) du peuple du Christ Dieu unique. Ces opinionistes, 'je-sais-tout', catholiques frelatés, vaticanistes 'radical-chic' (gauche caviar) (qui sait ce qu'ils attendaient de François), on peut dire qu'ils sont restés 'comme deux ronds de flan' (ndt: je traduis un peu au hasard, mais dans le contexte, Mastino utilise une expression en patois romain que je ne comprends pas: “con ‘na sola e ‘na scarpa rossa in mano”).

Quant aux soi-disant «traditionalistes», qui militent pour défendre à outrance l'autorité et l'obéissance au pape (au moins en paroles), ceux-là aussi sont appelés à réfléchir: que s'est-il passé aujourd'hui? Faites-vous deux comptes et un examen de conscience.

Je crois que nous devons un peu tous nous demander si la stratégie (en admettant qu'il s'agisse de cela) de communication du pape, si son langage, ses manières d'agir ne sont pas vraiment ceux qu'il faut pour notre époque. Tant qu'ils n'avaient rien produit d'autre que des photographies, des applaudissements et des «Viva il papa» sur la Place Saint-Pierre, c'était une chose qui pouvait être considérée comme déplacée, sinon nuisible: le triomphe de la superficialité, de la poudre aux yeux, avons-nous pensé. Mais maintenant, cependant, que de nos propres yeux, nous avons vu quels résultats concrets ils avaient obtenus naturellement, ne devrions-nous pas les réévaluer ou au moins méditer dessus?

Un peuple catholique qui de manière aussi responsable, ponctuelle et spontanée, accepte l'invitation de son pasteur suprême, le Pape, à se rassembler au même moment dans la pénitence, la prière, dans des signes d'appartenance à une foi, pour sauver ce qui peut être sauvé de ce monde, de ces temps, c'est une grande chose. Et je l'approuve.

Oremus pro pontifice nostro Francisco ...et non tradat eum in animam inimicorum eius (et qu'il soit préservé de tout mal) - en particulier des «catholiques» adultes et des «papistes» laïcistes de la dernière heure, ceux des éditoriaux de la Repubblica.

     

Note

(1)
Les prêtres et des laïcs qui ne voyaient en François que le « pape sympa » ont dû être un peu décontenancés ce samedi soir. Rassembler autant de monde Urbi et Orbi durant toute une soirée, où le Pape parle finalement peu et où on le voit prier simplement, avec des chants et des moments de prières qui étaient ce qu’ils étaient (le laïcs qui a besoin d’un support pour prier le « Je vous salue Marie » face à l’assemblée...) mais soirée recueillie, sobre... Peut-être le moment le plus « liturgique » depuis qu'il est Pape : une harmonie où tout semblait normal, de la tenue du Pape à l’adoration relativement longue, les soutanes noires des cérémoniaires, la ferveur de l’assemblée, le déroulement des chants.
Bref, il faudrait que nos évêques et nos prêtres qui ne cessent de louer le Pape aient le courage d’en faire de même ! Sans fioritures, sans bruit, sans une multitude de laïcs, mais avec de vrais chants, de vraies prières de l’Eglise, de vrais moments d’adoration...
Effectivement, on a eu un Pape qui nous guidait dans la prière, vraiment très dignement, le plus simplement qui soit et partant, le plus efficacement.

Je suis étonné de voir ce matin à quel point cette soirée est piètrement relayée sur les médias dits catholiques.

Ceux qui ne voient en François que le « pape des pauvres », le « gars cool » sont peut-être en train de faire fausse route : on le constate en regardant les photos de l’audience générale de mercredi dernier : les gens (évêques, prêtres et laïcs) n’ont plus aucune tenue, plus aucune éducation. C’était déjà souvent le cas chez Benoît XVI, mais le phénomène est accentué avec le Pape François : on ne respecte plus sa fonction de représentant du Christ sur terre, désormais, le Pape c’est monsieur tout le monde : on l’embrasse, on lui serre juste la main, on lui tape sur l’épaule, on lui offre des horreurs - je suis poli - donnant l’impression d’avoir été achetées au magasin de souvenirs de Palavas-les-Flots. A quand la poupée en coquillages pour mettre sur la télé ?
On peut comprendre que certains soient décontenancés en rencontrant le Pape, oubliant certains réflexes du protocole et de la simple bienséance ; tout le monde aura la plus grand indulgence. Il ne faudra pas compter sur la jeune génération de prêtres pour redresser cette situation : on peut le voir sur la photo ci-dessous où l’on voit deux prêtres... si, si : les deux portent bien un col romain. Mais « cool les gars : on est chez le Pape ! »

Il se pourrait qu’hier soir, à la veillée de prière, des catholiques romains aient pu découvrir leur Pape.