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Quand Hans Küng parle de Paul VI

Esquisse de portrait , dans ses "Mémoires", du Pape bientôt béatifié. Une "découverte" de Monique (13/10/2014)

Ce portrait a été écrit probablement en 1963, ou peu après, au moment où Paul VI est monté sur le Trône de Pierre.
Venant d'Hans Küng, il est bien sûr à lire entre les lignes...
Monique poursuit son investigation dans les pages des foisonnants Mémoires du "dissident" (ou plutôt, aujourd'hui, de l'ex-dissident), pour y découvrir éventuellement d'autres allusions à Paul VI.
Il serait intéressant de voir comment son jugement a évolué après Humanae Vitae, dont on sait que la "correction" était devenue pour lui, par la suite, un des chevaux de bataille de prédilection, brandi régulièrement (avec grande emphase médiatique) contre Jean Paul II, puis Benoît XVI (*) .

     

Hans Küng nous dit avoir connu personnellement G.B. Montini ,dans son livre: "Mémoires. Mon combat pour la liberté", (éd. Novalis Cerf, 2006).
Voici un extrait, à l'approche de la béatification, le 19 octobre 2014, de ce grand Pape, qui nomma Joseph Ratzinger archevêque de Münich et le fit Cardinal en 1977.
(Monique)

* * *

J'avais pu faire la connaissance personnelle de Montini à la villa d'été des évêques de l'Italie du Nord, à Gazzada.
Lui qui avait fait preuve d'un réel engagement pastoral auprès des jeunes intellectuels de Rome et ensuite en tant que conseiller spirituel de l'Union des étudiants catholiques pour la région de Rome et finalement pour toute l'Italie, alors qu'il était encore un jeune fonctionnaire (minutante) du secrétariat d'Etat, s'est donné aussi à fond en tant qu'archevêque de Milan dans l'administration, la pastorale et le renouveau liturgique de ce diocèse. Il a recherché les contacts avec toutes les couches sociales, prononcé des homélies dans les églises, les hôpitaux, les prisons et même les usines.
Le nouveau pape est donc sans doute un évêque socialement engagé et bienveillant et non un monarque comme Pacelli, mais il n'est pas non plus un collègue parmi ses collègues évêques, comme le fut Roncalli. C'est plutôt un souverain toujours soucieux de sa dignité.
Dans ses lettres pastorales, ses homélies et ses écrits, il cite des théologiens français progressistes comme Congar, de Lubac, voire Teilhard, et des théologiens allemands comme Rahner et moi-même. Mais a-t-il véritablement intégré leur pensée? Cela n'est pas clair. Sa formation et son parcours ne lui permettent guère, en tout cas, de comprendre la relativité historique des structures hiérarchiques médiévales (cléricalisme, absolutisme et célibat).
Compte tenu de son origine, de sa carrière et de sa mentalité, il est facile de comprendre pourquoi Giovanni Battista Montini est rapidement perçu comme une sorte de Hamlet: "Il nostro Amleto di Milano"; cette parole est même attribuée à Papa Giovanni (Jean XXIII) qui est lui-même une figure paternelle. A la différence de Roncalli, caractérisé par son humour, son attitude cordiale universelle et son insouciance fondée dans sa confiance de croyant, Montini, comme le prince danois de Shakespeare, a davantage de tendances à la rumination, à l'hésitation plutôt qu'à la décision; il est plus porté à la mélancolie qu'à la joie. Il a davantage tendance à douter de lui-même et à réfléchir, un trait de caractère que l'on appréciera à sa juste valeur quand on sera confronté à son successeur polonais, par trop sûr de lui.
Montini est peut-être le seul pape du XXe siècle qui mérite le qualificatif d'intellectuel, dans un sens large du terme.
Je suis content de le connaître personnellement et malgré toutes mes réserves, j'espère avec sympathie qu'il saura s'imposer, lui qui a tant de qualités.

J'ai hâte de connaître ses premières décisions, qu'il ne pourra pas éluder maintenant qu'il est devenu pape.

(*) Un portrait n'est jamais neutre. Celui-ci montre comment Paul VI était reçu par une certaine frange de l'Eglise. Ce Pape a vécu avec dignité une époque terrible pour l'Eglise. Lui aussi a parcouru un chemin de Croix en voyant toute son oeuvre galvaudée et détournée par les tenants de "l'esprit du concile".
(Monique)

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