Le cadeau de Nol du pape Benot

C'est la sortie en librairie (en italien...) d'un recueil d'homélies qu'il a prononcées "a braccio" à Pentling entre 1986 et 1999. En espérant qu'il y aura une édition en français.

>>> On peut l'acquérir ici: Libreria del Santo.

 

Il est vraiment extraordinaire (et tellement émouvant) de penser que le "puissant" cardinal Ratzinger, le bras droit de Jean-Paul II, venait chaque dimanche de ses courtes vacances dans la petite église paroissiale, pour y dire la messe et y prononcer l'homélie dominicale, comme un simple curé de campagne. Les fidèles ont-il perçu la chance qu'ils avaient? Et y a-t-il une plus grande preuve d'humilité de la part du grand théologien, reconnu comme tel par ses pairs et appelé quelques années plus tard à occuper la Chaire de Pierre?

Les médias catholiques italiens ont donné hier un certain relief à l'évènement. J'ai traduit trois articles, trouvés respectivement sur Zenit, Aleteia, et dans l'OR (même s'ils se répètent un peu...).
En attendant de traduire (dès que possible) la première homélie, reproduite dans l'Osservatore Romano.

(..) j'ai pensé que peut-être, cela pourrait être beau pour d'autres, et pas seulement pour les habitants de Pentling, d'aller pour ainsi dire à la messe du dimanche avec moi et d'écouter le Seigneur.

L'Osservatore Romano

le 19 Décembre 2015.
(via Il Sismografo)
Giovanni Maria Vian

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Il est aussi petit que précieux, ce recueil de dix homélies inédites que le cardinal Joseph Ratzinger prononça durant les vacances d'été entre 1986 et 1999 à Pentling, le petit village aux portes de Ratisbonne, où le cardinal avait acheté une maison pour s'y retirer avec son frère une fois qu'il aurait achevé son service à Rome. Une circonstance, comme on le sait, qui ne s'est pas produite, puisque le théologien, qui s'était installé à Rome en Février 1982 comme préfet de l'ex Saint-Office, et avait été élu après le très court conclave de 2005, n'a jamais quitté Rome, où il vit depuis près de trente-quatre ans.
A l'origine, il y a la transcription des enregistrements des homélies prononcées a braccio, envoyée à Benoît XVI par Christian Schaller, de l'Institut Benedikt XVI, révisées par l'auteur, publiées il y a quelques mois dans l'original allemand (Joseph Ratzinger, Pentlinger Predigten, Regensburg, Schnell & Steiner, 2015) et aujourd'hui en italien dans la traduction de Pierluca Azzaro, revue par Lorenzo Cappelletti, avec une note introductive de don Giuseppe Costa (directeur de la LEV) et une brève préface de Benoît XVI lui-même (Le omelie di Pentling, Città del Vaticano, Libreria Editrice Vaticana, 2015). «Je me suis attelé à leur lecture - écrivait le 6 Mars, avec sa simplicité habituelle, le pape émérite - avec une certaine curiosité et aussi avec un peu de scepticisme. Pourtant, très vite, lire ces textes est devenu pour moi non seulement une rencontre avec la Parole de Dieu, que j'avais essayé d'interpréter comme une réalité présente, mais aussi un voyage au cœur des beaux jours passés. Je voyais revivre devant moi la petite église de mon pays et, avec elle, la foi, la prière et le chant de tous ces gens avec qui je me sentais chez moi. Et alors, j'ai pensé que peut-être, cela pourrait être beau pour d'autres, et pas seulement pour les habitants de Pentling, d'aller pour ainsi dire à la messe du dimanche avec moi et d'écouter le Seigneur».

Nous publions intégralement la première des dix homélies (24 août 1986), riches d'idées et qui s'achève avec le commentaire de l'Evangile de Matthieu sur les clefs du royaume des cieux, du 22 Août 1999. «Nous ne sommes pas seuls dans le brouillard de ce monde», concluait ce jour d'été Ratzinger, «nous ne sommes pas seuls avec nos échecs, mais Dieu est bon et nous donne la grâce du pardon chaque fois que nous en avons besoin».

Aleteia

En vacances (et à la messe) avec Ratzinger: les homélies de Pentling


Simplicité et la prophétie. Une "collection (1) de perles": dix textes inédits des années 80-90 réunis dans un volume de la Lev. Avec une préface de Benoît XVI
it.aleteia.org/

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Dans la maison de Pentling (Bavière), une petite villa blanche de deux étages avec jardin, il a passé ses moments de repos, entouré par l'affection des siens, à la fois durant les années où il était professeur de théologie dogmatique à Ratisbonne, et quand il était à Rome comme préfet la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Pentling a toujours été le lieu idéal pour les retraites et les vacances de Joseph Ratzinger, ensuite Benoît XVI, le lieu où il avait prévu de passer ses années de retraite. Un petit volume rassemble aujourd'hui «Les homélies de Pentling», dix textes inédits, enregistrements de plusieurs prêches prononcés dans les années 80 et 90 par le Cardinal dans l'église du village, dédiée à Saint Jean. Textes que le pape émérite - comme il l'écrit dans la préface - relut d'abord «avec curiosité et aussi avec un peu de scepticisme». Cependant, «lire ces textes est devenu pour moi non seulement une rencontre avec la Parole de Dieu (...), mais aussi un voyage au cœur des beaux jours passés. Je voyais revivre devant moi la petite église de mon pays et, avec elle, la foi, la prière et le chant de tous ces gens avec qui je me sentais chez moi».
Et ainsi, il a donné le consentement: «J'ai pensé que peut-être il pourrait être beau pour les autres, et pas seulement pour les habitants de Pentling, d'aller pour ainsi dire à la messe le dimanche avec moi et d'écouter le Seigneur».

Les textes, en dehors de petites corrections, conservent le style familier avec lequel ils sont nés, cette façon profonde et simple à la fois, qui est le trait caractérique de ce grand théologien et pape.
«Une authentique collection de perles», écrit l'éditeur. Chaque texte «est comme une miniature des grands thèmes qui font la réflexion théologique et pastorale» de Joseph Ratzinger-Benoît XVI: le mystère de l'amour de Dieu, l'origine et la nature de l'Eglise, la signification et l'importance de la juste adoration de Dieu; la relation entre liberté et vérité, entre foi et raison, entre foi et politique. Ce sont des textes qui ne perdent jamais, y compris en abordant les grands thèmes de la vie et du monde, la dimension intime du rapport entre chaque homme et Dieu, le seul dans lequel l'homme peut retrouver sa stature et la dignité, dans lequel se joue sa liberté et le salut.

Les paroles de Ratzinger résonnent souvent comme prophétiques. Comme celles de 1987, quand il souligne «combien l'Église risque aujourd'hui de s'éteindre» si la foi se transmet comme tradition plutôt que comme vie. Quelques années plus tard, il parlera d'«églises vides» et de «disciples qui s'en vont», de l'indifférence qui est «la manière la plus radicale de rejeter Dieu». Dès 1986, Ratzinger parle de la fatigue l'Europe: «N'y a-t-il pas en nous une confiance en soi qui est à la fois indifférence et mécontentement? N'y a-t-il pas un mécontentement, une mauvaise volonté dans la foi, une acrimonie dans l'Église, qui n'ont plus rien à voir avec la proximité de Jésus?».
En 1996, la veille de la Pentecôte, il parle de la liberté comme lien avec Dieu.
Dans une homélie de 1999, face au drame du Kosovo, Ratzinger se concentre sur la violence qui éclate dans le monde là où l'homme se détourne de Dieu: «Là où Dieu n'est plus craint, les hommes deviennent terribles, terribles l'un pour l'autre (...) parce qu'ils ne parviennent plus à voir Dieu dans l'autre; parce qu'ils ne craignent plus de blesser la présence sacrée de Dieu dans l'autre».
Le premier texte date d'il y a 30 ans, en 1986. Il parle de l'histoire de Dieu et de l'homme: «Quand nous commençons à vouloir dire à Dieu s'il devrait permettre Auschwitz ou pas, s'il a été juste en ceci ou cela, nous choisissons une perspective que nous ne savons pas (...). La tâche qui nous est donné est autre: non pas élucubrer, mais vivre!».
Il dira trois ans plus tard, commentant le même passage: «A moi, à chacun de nous, il dit: "ce ne sont pas ceux-ci ou ceux-là, qui seront sauvés, mais plutôt celui qui essaie de toute sa force d'entrer par la porte étroite».
En 1987, le dimanche avant la Pentecôte, il parle de la façon dont nait l'Église: «Au commencement de l'Eglise, il y a toujours un acte de foi. (...) Il est important qu'il y ait non seulement notre Eglise, mais Son Eglise». Près de dix ans plus tard, il dira: «L'Église, nous ne pouvons pas "la faire" avec nos décisions, nos consultations et nos débats. (...) L'Eglise ne peut naître que si nous sommes touchés par Dieu».
En 1991, le thème est l'Eucharistie: «Il est devenu un Dieu à portée de main, un Dieu qui se met entre nos mains». Et il propose une sorte de reformulation du Notre Père: "Donne-nous aujourd'hui notre pain essentiel". Le pain dont notre être a besoin».
En 1998, une réflexion qui résonne aujourd'hui plus actuelle que jamais: «(...) La violence est devenue si forte qu'elle a atteint le sommet de nos préoccupations et nos craintes; si forte que lutter contre elle nous apparaît comme la priorité absolue», mais «aussi nombreuses que seront les prisons que l'Etat pourra construire et les forces de l'ordre qu'il pourra payer, ce ne sera pas suffisant, parce que le bien a été confiné dans la discrétionalité».
Dans la dernière homélie rapportée, il est question des «clefs du royaume des cieux». Thème plus approprié que jamais pour ce Jubilé de la Miséricorde. Les «clés» de l'Église sont le pouvoir du magistère, de dire la parole définitive et infaillible. Ce qui importe est «ce que le Père céleste nous donne, ce qui ne provient, ni de la chair ni du sang. (...) Si l'Église n'a pas cela, alors nous n'en avons pas besoin (...)». Et «même le pape ne peut pas faire ce qu'il veut. Il n'est pas un monarque absolu (...), il est le garant de l'obéissance (...) du fait que nous professons la foi de l'Eglise que lui, envers et contre tout, défend contre les opinions du moment». Il y a une autre clé, conclut le cardinal Ratzinger: «C'est le pouvoir de rémission, de pardon des péchés (...). En fin de compte la véritable clé du Royaume des cieux (...) c'est le pardon. "
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(1) Collana: en italien, le même mot désigne un collier et une collection

Zenit

Le pape émérite en librairie avec les homélies inédites de Pentling


Un «cadeau» de Ratzinger à ses concitoyens, mais pas seulement, dans le nouveau volume de la Libreria Editrice Vaticana, qui sortira en librairie le 18 décembre
www.zenit.org

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 «J'ai pensé que peut-être il pourrait être beau pour les autres, et pas seulement pour les habitants de Pentling, d'aller pour ainsi dire à la messe le dimanche avec moi et d'écouter le Seigneu». Ce sont les mots du Pape émérite Benoît XVI dans la préface du livre «Les homélies de Pentling», inédites jusqu'ici et maintenant publiées en italien par la LEV.

Un petit cadeau de Noël que le pape émérite offre non seulement à ses concitoyens de Pentling, mais à nous tous, «dans l'espoir qu'il sera utile à beaucoup d'autres pour comprendre et vivre la parole de l'Évangile», note encore Benoît XVI dans la préface. Un moyen simple pour entrer dans le chemin de l'Année sainte qui vient de commencer, et se laisser interpeler par des questions qui, vraiment, vont au-delà du cours du temps.

«Parlons de nous: ne sommes-nous pas tous, nous chrétiens d'aujourd'hui, au moins ici en Europe centrale, comme ces contemporains de Jésus? - demandait le cardinal Ratzinger dans une homélie prononcée en Août 1986 - N'y a-t-il pas en nous une confiance en soi qui est à la fois indifférence et mécontentement? N'y a-t-il pas un mécontentement, une mauvaise volonté dans la foi, une acrimonie dans l'Église, qui n'ont plus rien à voir avec la proximité de Jésus? Et ne nous sentons-nous pas trop sûrs [de nous]?».

«Il émerge ces textes si limpide - écrit dans une note introductive le directeur de la LEV, le père Giuseppe Costa - ce qui est un des traits fondamentaux des textes de Ratzinger, l'une des clés de son succès comme écrivain: la capacité d'ouvrir immédiatement aux "petits" le sens des Ecritures, sa capacité à traduire leur message dans les termes de notre monde d'aujourd'hui».