"Suivre Jésus": Mgr Vigano cite Benoît XVI

dans son dernier message, adressé aux évêques qui assistent au Sommet vatican sur les abus (22/2/2019)

Ce message a été transmis à ses "porte-parole" Marco Tosatti et Aldo Maria Valli, et reproduits sur leurs blogs respectifs, en anglais et en italien.


Nous ne pouvons pas ne pas voir comme un signe de la Providence que vous, Pape François et les frères évêques représentant l'Église toute entière, êtes réunis le jour même où nous célébrons la mémoire de saint Pierre Damien. Ce grand moine du XIe siècle a mis toute sa force et son zèle apostolique à renouveler l'Église de son temps, si profondément corrompue par les péchés de sodomie et de simonie. Il l'a fait avec l'aide de fidèles évêques et de laïcs, en particulier avec le soutien de l'abbé Hildebrand de l'Abbaye de Saint-Paul extra muros, le futur pape saint Grégoire VII (1).

Permettez-moi de proposer pour notre méditation les paroles de notre cher Pape émérite Benoît XVI adressées au peuple de Dieu lors de l'audience générale du mercredi 17 mai 2006, commentant le passage même de l'Evangile de Marc 8, 27-33 que nous avons proclamé sur la Messe d'aujourd'hui.

Pierre vivra un autre moment significatif de son chemin spirituel aux alentours de Césarée de Philippe, lorsque Jésus pose une question précise aux disciples: "Pour les gens, qui suis-je?" (Mc 8, 27). Jésus ne se contente cependant pas de la réponse par ouï-dire. Il attend de la part de ceux qui ont accepté de s'engager personnellement avec Lui une prise de position personnelle. C'est pourquoi, il insiste: "Pour vous, qui suis-je?" (Mc 8, 29). Et Pierre répond également au nom des autres: "Tu es le Christ" (ibid.), c'est-à-dire le Messie. Cette réponse de Pierre, "ce n'est pas la chair et le sang qui [lui] ont révélé cela", mais elle lui fut donnée par le Père qui est aux cieux (cf. Mt 16, 17), et elle contient comme en germe la future confession de foi de l'Eglise. Toutefois, Pierre n'avait pas encore compris le contenu profond de la mission messianique de Jésus, le nouveau sens de cette parole: Messie. Il le démontre peu après, en laissant comprendre que le Messie qu'il poursuit dans ses rêves est très différent du véritable projet de Dieu. Devant l'annonce de la passion, il se scandalise et proteste en suscitant la vive réaction de Jésus (cf. Mc 8, 32-33). Pierre veut un Messie "homme divin", qui accomplisse les attentes des gens en imposant sa puissance à tous: c'est également notre désir que le Seigneur impose sa puissance et transforme immédiatement le monde; Jésus se présente comme le "Dieu humain", le serviteur de Dieu, qui bouleverse les attentes de la foule en prenant un chemin d'humilité et de souffrance. C'est la grande alternative, que nous aussi, nous devons toujours apprendre à nouveau: privilégier nos propres attentes en repoussant Jésus ou accueillir Jésus dans la vérité de sa mission et mettre de côté les attentes trop humaines. Pierre - impulsif comme il l'est - n'hésite pas à prendre Jésus à part et à lui faire des reproches. La réponse de Jésus anéantit toutes ses fausses attentes, lorsqu'il le rappelle à la conversion et à le suivre: "Passe derrière moi, Satan! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes" (Mc 8, 33). Ce n'est pas à toi de m'indiquer la route, moi, je choisis mon chemin, et toi, remets-toi à ma suite.

Pierre apprend ainsi ce que signifie véritablement suivre Jésus. C'est son deuxième appel, semblable à celui d'Abraham dans Gn 22, après celui de Gn 12: "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Evangile la sauvera" (Mc 8, 34-35). C'est la loi exigeante de la sequela Christi: il faut savoir renoncer, si nécessaire, au monde entier pour sauver les vraies valeurs, pour sauver son âme, pour sauver la présence de Dieu dans le monde (cf. Mc 8, 36-37). Bien qu'avec difficulté, Pierre accueille l'invitation et poursuit son chemin sur les traces du Maître.

Et il me semble que ces diverses conversions de saint Pierre et sa figure tout entière sont un grand réconfort et un grand enseignement pour nous. Nous aussi, nous avons le désir de Dieu, nous aussi, nous voulons être généreux, mais nous aussi, nous attendons que Dieu soit fort dans le monde et transforme immédiatement le monde selon nos idées, selon les besoins que nous constatons. Dieu choisit une autre voie. Dieu choisit la voie de la transformation des coeurs dans la souffrance et dans l'humilité. Et nous, comme Pierre, nous devons toujours nous convertir à nouveau. Nous devons suivre Jésus et non pas le précéder: c'est Lui qui nous montre la route. Ainsi, Pierre nous dit: Tu penses connaître la recette et devoir transformer le christianisme, mais c'est le Seigneur qui connaît le chemin. C'est le Seigneur qui me dit, qui te dit: Suis-moi! Et nous devons avoir le courage et l'humilité de suivre Jésus, car Il est le Chemin, la Vérité, et la Vie.


Maria, Mater Ecclesiae, Ora pro nobis,
Maria, Regina Apostolorum, Ora pro nobis.
Maria, Mater Gratiae, Mater Misericordiae, Tu nos ab hoste protege et mortis hora suscipe.


+ Carlo Maria Viganò
Archevêque titulaire d'Ulpiana
Nonce Apostolique
21 février 2019
Mémoire de Saint-Pierre Damien

NDT


(1) Dans son éditorial d'hier, Riccardo Cascioli écrivait sur La Bussola:

Quand, le 12 septembre dernier, le Pape François a annoncé que la rencontre des présidents des Conférences épiscopales du monde entier sur le thème des abus de mineurs commencerait aujourd'hui, 21 février, il n'a sans doute pas remarqué que cette date coïncide avec la mémoire de saint Pierre Damien. Le moine et docteur de l'Eglise, qui vécut au XIe siècle, est célèbre pour son Liber Gomorrhianus (Livre de Gomorrhe) ; sous-titre d'une édition moderne: «homosexualité ecclésiastique et réforme de l'Eglise».

C'est une coïncidence très significative, encore plus si l'on considère que le livre s'adressait au Pape Léon IX, pour qu'il puisse intervenir de manière draconienne contre cette «vile pratique». «Dans nos régions - écrivait Saint Pierre Damien - se développe un vice scélérat et obscène. Si la main de la punition sévère ne l'affronte au plus tôt, l'épée de la fureur divine va certainement se déchaîner de manière terrible, menaçant le malheur de beaucoup. Ah, j'ai honte de le dire! (...) La saleté sodomite se glisse comme un cancer dans l'ordre ecclésiastique, comme une bête sanguinaire qui se déchaîne dans le bercail du Christ avec libre audace». Bien que le langage brut ne corresponde pas bien à notre époque, le jugement et l'avertissement concernent l'Église de tous les temps.

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