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ENTRETIEN AVEC UN ANGLICAN DE LA COMMUNAUTÉ TRADI
 

Tolowa Nona est évêque de la Communauté Anglicane Traditionnelle du Détroit de Torrès, des îles situées entre l'Australie et la Nouvelle-Guinée. Un article qui nous fait voyager, traduit par Carlota (8/7/2011)

-> A propos du retour des anglicans de la TAC dans le sein de l'Eglise de Rome en octobre 2009, et de la Constitution apostolique Anglicanorum Coetibus, dossier ici: http://benoit-et-moi.fr/2009/...




Carlota:

Voici la traduction d’un entretien réalisé par Bruno Moreno pour le portail InfoCatólica. Il concerne la Communauté Anglicane Traditionnelle de l’archipel du Détroit de Torrès (*) et va donc nous faire voyager en cette période de vacances!
Il ne concerne que « quelques brebis » du bout du monde, mais il nous rappelle aussi et une fois de plus l’action du Saint Père. Il illustre aussi l’universalité du message du Christ. Une universalité (dans le meilleur sens et non pas dans celui que veut nous faire adopter la mondialisation) que cette extraordinaire Espagne, ses fils et filles, ont tant contribué à propager. À quelques jours des JMJ, en pensant à l’Espagne d’aujourd’hui qui continue à beaucoup donner mais souffre aussi beaucoup dans sa foi catholique, il est je crois important de se le rappeler.

Orignal ici.




 

«Peut-être l’Espagne peut-elle nous aider comme elle a aidé tant de zones de l’Église ».

Tolowa Nona, évêque de la Communauté Anglicane Traditionnelle, préside l’Église du Détroit de Torrès, des îles situées entre l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Son troupeau est petit, avec quelques huit cents fidèles, mais il a demandé au Saint Siège de former son propre ordinariat, séparé de celui d’Australie, pour être intégré au sein de l’Église Catholique. Le détroit fut découvert par un Espagnol et évangélisé des siècles plus tard par l’anglicanisme. Grâce à l’offre du Pape, 10% de la population que compte l’archipel est sur le point de rentrer dans l’Église.




 
 

(Bruno Moreno/InfoCatólica)

Quand le christianisme est-il arrivé dans la zone du Détroit de Torrès ? Quand a été créée l’Église du Détroit de Torrès ?

Le christianisme est arrivée avec la Société Missionnaire en 1871 (ndt La « London Missionary Society » fut à l’origine fondée en 1795 par des anglicans évangéliques) En 1915 la mission fut confiée à l’Église Anglicane d’Angleterre (en Australie), laquelle à son tour est devenu l’Église Anglicane d’Australie. L’Église du Détroit de Torrès a été fondée le 1er janvier 1998.
L’arrivée du christianisme en 1871 fut bien reçue du fait des pratiques culturelles et religieuses déjà établies dans le Détroit de Torrès. L’Évangile a été perçu comme le point culminant de ces pratiques. La liturgie anglicane de la Messe solennelle fut reconnue, avec une grande surprise, comme l’accomplissement d’une liturgie qui ressemblait à celle du culte [ndt indigène] du Mal (n’oublions pas que la Messe solennelle anglicane ressemble beaucoup à la Messe solennelle catholique traditionnelle). On a dit que la religion pré-chrétienne des habitants des îles du Détroit de Torrès, d’une certaine façon, fut comme l’Ancien Testament pour nous.

-Êtes-vous les seuls Anglicans de la zone du Détroit de Torrès ou bien y-a-t-il d’autres groupes anglicans ?
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Il y a deux autres groupes qui utilisent la dénomination d’Anglicans : l’Église Anglicane d’Australie et un groupe « indépendant » anglican.

- Combien de laïques, de pasteurs et d’églises approximativement compte l’Église [de la TAC] du Détroit de Torrès ?
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Il y a 800 laïcs, un évêque, 13 pasteurs et 5 diacres.

- D’où vient la majorité de ses membres? Étaient-ils chrétiens d’autres confessions ou des non croyants avant de se convertir en membres de l’Église du Détroit de Torrès ?
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La majorité de nos membres viennent de l’Église Anglicane d’Autralie et quelques uns d’autres Églises.

- Et vous, si ce n’est pas indiscret ? Vous êtes né dans une famille anglicane ou êtes-vous un converti ?
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Je fais partie d’une famille anglicane pratiquante.

- Vous avez affirmé que l’offre du Pape est « le développement le plus important dans l’histoire chrétienne du Détroit de Torrès depuis la prédication de l’Évangile ». Pourquoi est-ce si important ? Qu’en attendez-vous déjà ?
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Nous espérions que quelque chose viendrait du Pape mais bien sûr nous ne connaissions pas les détails. L’union entre l’Église d’Orient et d’Occident (ndt: dans l’organisation de la TAC) était un objectif du Concordat de Saint Louis (Etats-Unis) de la Communion Anglicane Traditionnelle à laquelle nous appartenons. Notre droit canonique local le reconnaît également comme but.
L’histoire chrétienne récente (durant plus ou moins ces 40 dernières années) dans le Détroit de Torrès a été compliquée. L’Église Anglicane d’Australie qui était habituellement la plus nombreuse, est en train de tomber en chute libre du fait des femmes prêtres, du mariage entre personnes du même sexe, des nouveautés liturgiques, etc. Par ailleurs on voit surgir beaucoup de nouveaux groupes de type pentecôtiste. L’unité de foi que procurait l’Église Anglicane est restée sérieusement fracturée. D’autres nouvelles églises ont souvent des doctrines nouvelles, et créatrices de division, alors qu’elles affirment être «l’unique chemin », comme par exemple la doctrine de ce qu’il faut baptiser les adultes et par immersion complète. L’offre du Pape pourrait constituer, en dernier ressort, une nouvelle unité, cette fois basée sur l’autorité de l’Église Catholique et le fondement sûr de la foi.

- Après un Synode (ndt de cette église) qui a eu lieu ce mois-ci, vous avez demandé un ordinariat propre, séparé de l’australien. Pourquoi ? Pensez-vous que le Vatican va accepter la proposition ?
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Évidemment, nous travaillons étroitement avec « l’autre » ordinariat australien. Beaucoup de leurs prêtres viendront de la Communauté Anglicane Traditionnelle, comme nous, et beaucoup sont des amis et collègues de l’Église Anglicane d’Australie. Cependant le Détroit de Torrès a besoin d’être un ordinariat séparé pour beaucoup de raison dont :‘Sa position éloignée par rapport au reste de l’Australie. Par exemple nous sommes à 800 km de la ville australienne la plus proche, Cairns. Les habitants des Îles du Detroit de Torrès appartiennent à une culture unique, différente de celle des Aborigènes et de celle des autres Australiens.
Notre foi catholique a eu une influence dans notre culture et notre culture a donné forme à notre foi catholique. Nous voulons que cela continue.
À la différence de la plus grande partie de l’Australie, le Detroit de Torrès est économiquement déprimé et la majorité des gens, bien qu’elle ait les mêmes droits sociaux, sont assez pauvres, avec des prix élevés pour la nourriture, le transport et les voyages. Comme catholiques nous espérons recevoir de l’aide pour ce qu’on pourrait appeler une « zone de mission".
Beaucoup de personnes originaires des îles du Détroit de Torrès vivent dans la zone continentale de l’Australie et l’Église constitue un lien important entre le Détroit, sa culture et sa famille.
Nous espérons que Rome accepte notre demande, car il nous semble qu’elle rentre dans les critèreres du "Anglicanorum coetibus".

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- Le Catéchisme de l’Église Catholique sera la profession de foi normative pour les ordinariats. L’accepter sera-t-il un problème pour les membres de l’Église du Détroit de Torrès ?
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Non, ce que fait le Catéchisme de l’Église Catholique, en grande partie, c’est exprimer ce à quoi nous avons toujours cru et que nous avons enseigné. Il y a quelque différence dans la forme d’expression et dans les termes qui ne sont pas familiers mais, avec une bonne explication, nous ne le voyons pas comme un problème. Mieux, il s’agit d’une opportunité pour manifester de nouveau notre foi et pour en approfondir la connaissance.

-Comment comprenez-vous la primauté du Pape?
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Le Pape est le successeur de Saint Pierre, qui fut choisi par le Seigneur pour diriger les Apôtres et « confirmer la foi de ses frères ». Évidemment le ministère du Pape s’explique dans le Catéchisme de l’Église Catholique.

- Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez eu à faire face jusqu’à présent?
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Un de signes que c’est ce que nous devions faire est qu’il n’y a pas eu d’opposition interne importante à cette décision. Bien sûr il y a eu et il y a toujours beaucoup de question. Il s’agit d’une décision importante et transcendantale pour nous et parfois ce n’est pas facile de comprendre les concepts qui sont liés et de déchiffrer la signification de quelques unes des parties des documents.

- Comment sont vos relations avec Mgr Peter Elliot, le délégué du Pape pour l’ordinariat en Australie? Et avec le reste du clergé catholique?
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Monseigneur Elliott continue à beaucoup nous aider et a de la sympathie pour nos propositions. Lui-même est un ancien Anglican et fils d’un pasteur anglican, de sorte qu’il nous comprend très bien. Nous avons aussi de très bonnes relations avec Mgr James Foley , notre évêque diocésain local. Quant aux autres membres du clergé catholiques, il y a de tout, depuis ceux ne savent pas beaucoup de choses sur les ordinariats à ceux qui ont une attitude pleine de joie et de bienvenue envers nous.
Nous avons besoin qu’on nous connaisse plus dans l’Église Catholique, parce que nous aurons besoin de beaucoup d’aide, sous la forme de personnes, d’expérience et de collaboration économique. Les journalistes comme vous peuvent permettre qu’on nous connaisse dans plus de zones de l’Église. Peut-être que l’Église peut nous aider comme elle a aidé tant de zones de l’Église. Après tout c’est un Espagnol, Luis Váez de Torres, le second du commandant d’une expédition espagnol, qui navigua dans notre pays en 1605 et dont le nom fut donné au Détroit de Torrès.

-Quel patrimoine allez-vous apporter avec vous à l’Église Catholique?
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Nous nous incorporerons à l’Église Catholique avec un groupe ecclésial organisé et qui fonctionne, qui déjà croit, enseigne et pratique la foi catholique. Liturgiquement nous amènerons avec nous notre apport culturel à la liturgie, en y incluant de très beaux chœurs à plusieurs voix dans nos langues, l’usage des tambours et d’autres instruments. Nous serons un exemple de comment l’on peut vivre sa foi dans un entourage familial et culturel, au lieu de l’individualisme qu’on a l’habitude de trouver dans d’autres lieux. Nous sommes un peuple très spirituel et nous apporterons notre spiritualité à l’Église (**).




Notes de traduction

(*). Ce détroit et terres avoisinantes furent découvertes en 1606 par le navigateur Luis Váez de Torres (d’origine espagnole de Galice ou peut-être du nord du Portugal), lieutenant de Pedro Fernández de Quirós, à l’occasion d’une expédition au profit de la Couronne d’Espagne (Philippe III d’Autriche, également souverain du Portugal), avec une flottille partie de Lima, avec un passage par le Mexique, et en transit vers les Philippines (territoire espagnole depuis déjà plus d’un demi-siècle).




 
 

La nouvelle de la découverte de ces « terres inconnues du Sud» fut transmise en son temps au souverain espagnol, mais ne devint publique et plus particulièrement auprès de pays étrangers (Angleterre !) que plus de 150 ans plus tard quand l’accès aux archives espagnoles conservées à Manille fut autorisé. Ces îles, également très proches de la Nouvelle-Guinée et « émiettées » dans un étroit et dangereux passage maritime entre l’Océan Indien et l’Océan Pacifique, ont un peuplement d’origine papoue et non pas aborigène d’Australie.

** La traduction de ce texte n'implique pas je prenne position pour l’établissement d’un ordinariat spécifique pour les Îles du Détroit de Torrès. Cela n’est pas de ma compétence ! Par contre je ne doute absolument pas de la beauté des célébrations et de leur solennité car si l’on se réfère à ce que les prêtres espagnols et les autochtones d’Amérique latine firent dans les « missions » et aujourd’hui combien sont ferventes et belles les prières qui montent encore des petites églises catholiques d’Océanie par exemple (y compris avec ou malgré la liturgie du rite ordinaire d’après Vatican II), l’on peut un peu imaginer la solennité priante d’une messe célébrée dans une ex-communauté anglicane traditionnelle devenue ordinariat catholique ou rattaché à celui d’Australie.




La jeunesse du Pape | Arrivée à Castelgandolfo