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LE TIMONIER DE L'EGLISE & L'ANARCHIE DE LA RUPTURE
 

L'attaque contre l'herméneutique de la continuité. Un article d'Armin Schwibach du site kath.net, repris par un site italien (12/7/2011)

Lu la semaine dernière (source):




 



 

L’association autrichienne Pfarrer initiative, qui regroupe près de 300 prêtres de paroisse, vient de lancer un "appel à la désobéissance", soutenu par des organisations de laïcs. Répondant à une interview du quotidien Der Standard, un des curés à l’origine de ce pavé dans la marre, Helmut Schüller, ancien vicaire du diocèse de Vienne et désormais prêtre dans le village de Probstdorf (Basse Autriche), s’élève "contre le refus de Rome d’engager une réforme nécessaire du mode de fonctionnement de l’Eglise".
Parmi les griefs adressés à la hiérarchie catholique: l’impossibilité pour des femmes et des hommes baptisés de prononcer des offices religieux, une nécessité dans un pays où les vocations sont à la baisse et où nombre de prêtres renoncent à leurs fonctions pour pouvoir se marier.
(...)
La Pfarrer initiative demande aussi au pape que, dans un souci de "démocratisation", les fidèles puissent participer au choix de leurs évêques, nommés de manière discrétionnaire par Rome.
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Peut-être est-ce à cet ultime épisode qu'a pensé Armin Schwibach, sur le site catholique allemand kath.net.
Ou peut-être aux propos du patriarche de Lisbonne, le cardinal Policarpo, prétendant dans une interviewwe récente qu'il n'y avait "pas d'obstacle théologique à l'ordination des femmes" (Témoignage Chrétien a traduit l'interviewe, et le Père Scalese réagit avec vivacité, après le retro-pédalage de l'imprudent prélat, mais hélas le soutien apporté à ses propos initiaux par des prêtres portugais!)

L'article a été repris par un site italien, et c'est celui-là que j'ai traduit.
Il interprète les remous et les crises que traverse en ce moment l'Eglise comme un nouvel épisode de l'hérésie spiritualiste de Joachim de Flore, que le Saint-Père avait expliquée lors d'une des deux catéchèses consacrées à son maître, Saint Bonaventure, le 10 mars 2010:

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"A l'époque de saint Bonaventure, un courant de Frères mineurs, dits "spirituels", soutenait qu'avec saint François avait été inaugurée une phase entièrement nouvelle de l'histoire, et que serait apparu l'"Evangile éternel", dont parle l'Apocalypse, qui remplaçait le Nouveau Testament. Ce groupe affirmait que l'Eglise avait désormais épuisé son rôle historique, et était remplacée par une communauté charismatique d'hommes libres, guidés intérieurement par l'Esprit, c'est-à-dire les Franciscains spirituels.
...
Aujourd'hui aussi, il existe des points de vue selon lesquels toute l'histoire de l'Eglise au deuxième millénaire aurait été un déclin permanent... Et alors que se répète cette idée du déclin, il y a également l'autre idée, cet "utopisme spiritualiste", qui se répète. Nous savons, en effet, qu'après le Concile Vatican II, certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise pré-conciliaire était finie et que nous en aurions eu une autre, totalement "autre". Un utopisme anarchique! Et grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le Pape Paul VI et le Pape Jean-Paul II, d'une part ont défendu la nouveauté du Concile et, de l'autre, dans le même temps, ils ont défendu l'unicité et la continuité de l'Eglise, qui est toujours une Eglise de pécheurs et toujours un lieu de Grâce".
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A propos de cette extraordinaire catéchèse sur Saint-Bonaventure (que je comprends encore mieux aujourd'hui!), relire cet article de Sandro Magister: Piloter l'Eglise dans la tempête.




 

Le timonier de l'Eglise face à l'"anarchie de la rupture"
L'attaque contre l'herméneutique de la continuité.
Le renouveau authentique ne peut venir que de Rome et être soutenu par Rome
Armin Schwibach,
8 juillet 2011, Kath.net
(Traduction en italien: http://www.diocesiportosantarufina.it/... )




 

Jésus dans la tempête

 

Saint Boniface a dit: «L'Eglise est comme un grand navire qui navigue sur la mer du monde. Battu comme il est par les différentes vagues de l'adversité, il ne doit pas être abandonné, mais guidé".
Justement en un moment de "tempête" pour l'Eglise, où les vagues semblent frapper toujours plus haut et où souvent, on ne voit pas la lumière apparaître derrière les nuages, la question demeure de savoir comment ce navire peut être guidé. Et les voix ne sont pas rares qui s'élevent, profitant des ténèbres, pour mettre en question les fondements mêmes de la foi, invoquant un nouveau christianisme construit non pas "cum Petro et sub Petro», mais contre le Pape et la hiérarchie, contre l'enseignement de l'Eglise.

Ce n'est pas un hasard si les progressistes de toutes couleurs et de tous âges se manifestent encore et toujours, et de façon absolument factieuse. Par exemple, dans le cas d'un scandale d'abus sexuels, en accusant le célibat, ou des évêques à la retraite et des historiens du Concile appelant à un "Vatican III", qui en ce moment est vraiment le nœud du problème. En effet, il devient de plus en plus évident que l'attaque générale, savamment soutenue par les insatiables et, hélas, infernaux médias de masse, vient de l'intérieur. C'est-à-dire, ceux qui s'intitulaient "nous sommes le pape Benoît" ne luttent pas contre la culture post-moderne du relativisme dans notre société, mais avec des secteurs clés de l'Eglise, profitant du moment de la crise, pour ranimer les habituels éléments de "critique à l'Église."

On mélange tout dans un même pot (souvent sous forme offensive et éhontée) pour contester la mission et la nature de l'Eglise et la ré-interpréter. L'"herméneutique de la continuité" - thème central du Pontificat de Benoît XVI - est apparemment de nouveau sur le tapis. Après la première "rupture" dans l'ivresse du soi-disant "esprit du Concile", dans le délire d'une fausse panique morale, on veut maintenant réaliser de manière décisive un "chemin d'éloignement de Rome", la "rupture" définitive, au nom d'une nouvelle pseudo-religion humanisante, fondamentalement irrationnelle et adaptée. Mais "ne praevalebunt", même s'ils ont à disposition tous les podiums des médias de masse.

L'histoire nous enseigne que le vrai renouveau vient seulement de Rome, et soutenu par Rome. Le successeur de Pierre est au cœur de ce renouveau, réalisable uniquement avec la purification et la renaissance du sens chrétien dans un monde déchristianisé et dans une église laïque. Le Pape est le timonier du navire de l'Eglise ballotté par les vagues, et n'est pas un hasard si Benoît XVI, dans sa catéchèse sur saint Bonaventure lors de l'Audience générale du 10 Mars 2010 (ici), a fourni des informations cruciales pour comprendre son service et sa vision de l'Eglise et de gouvernement de l'Église.

Comme l'avait déjà fait au début de sa carrière universitaire, le jeune théologien Joseph Ratzinger ("La théologie de l'histoire chez saint Bonaventure", Habil.-Schr.Univ. Munich 1955), le Pape, dans la théologie de l'histoire de saint Bonaventure, présente un rythme trinitaire contraire à celui préconisée par Joachim de Fiore et par d'autres, au début de l'Ordre franciscain, qui avait conduit au mouvement des "spirituels". Joachim de Flore voulait expliquer l'histoire comme une histoire de progrès: lde la sévérité de l'Ancien Testament à la liberté relative de l'époque du Fils dans l'Église,jusqu'à la liberté des fils de Dieu dans le temps de l'Esprit Saint, qui finalement était censé être l'ère de paix entre les hommes, de la réconciliation entre les peuples et les religions.

Il est symptomatique que cette interprétation soit à nouveau présentée dans le moment actuel de crise dans l'Eglise: interprétation qui ne correspond pas à l'Eglise "una sancta", mais qui annonce une toute nouvelle ère qui dépasse la révélation de l'Evangile. De la nouvelle interprétation fait partie aussi la négation de la nécessité de l'Eglise hiérarchique. Sur ce point, saint Bonaventure, rappelé par Benoît XVI, avait clarifié qu'il ne fallait s'attendre à aucun Evangile nouveau, ni aucune autre Eglise. Le Christ est reconnu comme centre de l'histoire, et non comme objectif d'une époque.

Encore et toujours, le Pape revient sur l'interprétation d'une histoire marquée par l'idée de déclin. Dans le même temps, Benoît XVI identifie un "utopisme spirituel" qui se répète: "Nous savons en effet qu'après Vatican II, certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise pré-conciliaire était finie et que nous en aurions une autre, totalement «autre». Un utopisme anarchique". Au contraire, le Pape défend l'unicité et la continuité de l'Église, une Église "qui est toujours une Eglise de pécheurs et toujours un lieu de grâce."

Benoît XVI conduira l'Eglise: à sa propre manière, en suivant l'enseignement de son grand maître Bonaventure, chez qui cohabitent "réalisme sain" et "courage spirituel", lesquels se rapprochent le plus possible du cœur de l'Evangile.
Comme s'il parlait de lui-même, le pape explique que "pour saint Bonaventure gouverner n'était pas simplement un acte, mais signifiait surtout penser et prier. A la base de son gouvernement nous trouvons toujours la prière et la pensée; toutes ses décisions résultent de la réflexion, de la pensée éclairée par la prière. Son contact intime avec le Christ a toujours accompagné son travail de ministre général et c'est pourquoi il a composé une série d'écrits théologico-mystiques, qui expriment l'âme de son gouvernement et manifestent l'intention de conduire intérieurement l'Ordre, c'est-à-dire de gouverner non seulement par les ordres et les structures, mais en guidant et en éclairant les âmes, en les orientant vers le Christ. "

Benoît XVI explique encore que les écrits théologiques et mystiques de saint Bonaventure "étaient l'âme de son gouvernement". C'est la même chose pour lui. Son enseignement est "éclairé par la prière et la pensée". Il prie afin que le navire qu'il guide sache résister aux eaux tempêtueuses, soit fortifié par la prière, puisque la prière, quête mystique d'union avec le Christ, construit sa structure porteuse. Le Pape répond à toutes sortes de saletés, à toutes les attaques - par la prière. Ses instruments forts et nobles sont la prédication, l'enseignement, l'exemplarité, la liturgie, l'insistance aimante, parce qu'il est nécessaire de prendre au sérieux le message du christianisme.

Benoît XVI concluait sa catéchèse sur le grand «Docteur séraphique», avec une citation de saint Bonaventure tirée de son chef-d'oeuvre "Itinerarium mentis in Deum" - des mots que le Saint-Père et vicaire du Christ voudrait voir pénétrer profondément dans le cœur de tous les chrétiens. Ces mots constituent, pour le timonier, le point de départ et d'arrivée de la vie: "Si à présent tu languis de savoir comment peut advenir la communion mystique avec Dieu, interroge la grâce, non la doctrine; le désir, non l'intellect; le murmure de la prière, non l'étude des lettres; l'époux, non le maître; Dieu, non l'homme; le brouillard, non la clarté; non la lumière, mais le feu qui tout enflamme et transporte en Dieu avec les fortes onctions et les très ardentes affections... Entrons donc dans le brouillard, étouffons les angoisses, les passions et les fantômes; passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père, afin qu'après l'avoir vu, nous disions avec Philippe: cela me suffit"

Et cela doit suffire. Tout le reste pourrait n'être qu'œuvre de l'esprit du mal et complicité avec les semeurs de confusion. Et ceux qui voudraient être serviteurs du diable - ou peut-être le sont déjà?




Otto de Habsbourg | Boue