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DEUX LETTRES DE R.L. STEVENSON
 

Comment Robert Louis Stevenson découvrit l'Église catholique en Californie. Trouvaille de Carlota. (19/7/2011)




 

Carlota:

On ne présente plus l’Écossais Robert Louis Stevenson (1850-1894), l’auteur du célébrissime « L’Île au trésor » qui fut beaucoup lu et qui continue à inspirer de nombreux films d’aventure.
J’ai traduit un texte espagnol qui évoque deux lettres du célèbre écrivain et dont la conclusion donne à réfléchir.
Les sceptiques leur reconnaîtront peut-être une certaine véracité car Stevenson n’était ni de culture espagnole ni de religion catholique ! Ce qu’il raconte était pourtant l’une des grandes fiertés de l’Espagne (enfin, avant que ne s’empare de l’Europe cette rage des « élites » de revisiter l’Histoire pour mieux atteindre l’auto-détestation-destruction de soi-même et de ses racines!).
Cette formidable œuvre évangélisatrice de l’Espagne a été un peu évoquée dans un célèbre feuilleton des années 50-60 qui passe encore à la télévision sous version colorisée, même si celui qui fut à l’origine du personnage de fiction, un certain « Zorro », s’appelait Johnston McCulley (1883 –1958) et avait sans doute aussi voulu montrer les défauts de l’ancienne administration de la monarchie espagnole absolutiste (qui ne pouvait être que corrompue !) face à l’avènement inéluctable de la démocratie (sur le modèle bien sûr anglo-américain !)




 



 

Stevenson découvre donc la Haute-Californie rattachée aux États Unis d’Amérique après la guerre menée par ce pays contre le Mexique et qui a vu cette ancienne colonie espagnole (jusqu’en 1810) amputée de la moitié de son territoire alors que L’US Army avait pris le château de Chapultepec dominant la ville de Mexico (1847) et que l’US Navy avait débarqué à Vera Cruz.

Traductions (ndt: originaux des textes en espagnol et en anglais )
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En 1879 Stevenson s’est trouvé en Californie. Il a visité la Mission Saint Charles Borromée de Carmel (ndt:ville de presqu’île de Monterrey ), fondée par le Frère Junípero Serra en 1770 et dont l’église est l’un des monuments caractéristiques de la présence espagnole et catholique dans le pays. C’était justement la fête du Patron de la Mission et Stevenson a assisté à la Messe qui était célébrée dans la chapelle. Bien que calviniste de formation et sans idées vraiment définies en matière religieuse, ses impressions ont été telles qu’il a écrit deux lettres qui montrent l’effet de la beauté de la liturgie dans une âme sensible, même non catholique.

« J’ai écouté les vieux Indiens chanter la messe », dit-il.
« Ce fut une nouvelle expérience et une écoute qui en valait bien la peine. C’était comme une voix du passé. Ils ont chanté par tradition selon les enseignements des premiers missionnaires. Je suis sûr que le père Ángel Casanova sera le premier à me pardonner et me comprendra si je dis que ce vieux chant grégorien prêchait un sermon plus éloquent que le sien. Paix et bien sur la terre et à tous les hommes, semblaient nous dire leurs notes. Et à moi, un barbare qui de tous les côtés entend pis que pendre sur la race indienne, écouter les indiens du Carmel chanter leurs mots en latin avec une si bonne prononciation et leurs cantiques avec tant de familiarité et de ferveur, m'a suggéré de nouvelles et agréables réflexions ».

Dans une autre lettre Stevenson insiste encore sur l’impact qu’avaient sur lui, un Anglo-saxon à fond puritain, mais se trouvant dans une mission catholique hispanique, le chant grégorien et la dévotion à la liturgie.
«Un vieil indien aveugle d’environ 80 ans dirige le chant, d’autres indiens composent le chœur. Ils connaissaient encore le chant grégorien sur le bout des doigts et prononçaient le latin d’une manière tellement correcte que je pouvais les comprendre même quand ils chantaient… Je n’avais jamais vu des visages reflétant tant de bonheur et de vie, comme ceux de ces indiens chanteurs. Pour eux, cela n’était pas seulement un acte pour rendre un culte à Dieu mais un moment pendant lequel ils se rappelaient et commémoraient des jours meilleurs, c’était en plus un exercice de culture dans lequel tout ce qu’ils savaient des arts et des lettres restait unifié et exprimé. Et ils invitaient les hommes dans leur cœur à demander pardon aux bons pères d’autrefois qui leur avaient appris à labourer et à récolter, à lire et à chanter, qui leur avaient apporté des missels européens qu’ils conservent encore et étudient chez eux, et qui désormais ont perdu leur autorité au bénéfice de bandits et de manieurs de pistolets sacrilèges. C’est ainsi qu’apparaît épouvantable notre protestantisme anglo-saxon à côté des oeuvres de la Compagnie de Jésus » (Ndt En fait les 21 missions de la Haute Californie furent installées entre 1769 et 1823, par les religieux espagnols, jésuites mais aussi dominicains et franciscains).




Le Pape qui enchante les jeunes: Gênes | JMJ 2011, Madrid