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MGR CHAPUT À PHILADELPHIE (2)
 

Un choix très personnel de Benoît XVI. Une analyse de John Allen, et une interviewe, par lui, du nouvel archevêque de Philadelphie (24/7/2011)

-> Voir ici: Mgr Charles Chaput à Philadelphie




 
 

John Allen fait partie des vaticanistes fondateurs du site Vatican Insider.
A l'occasion de la nomination de Charles Chaput comme nouvel archevêque de Philadelphie, il y a publié un article (assez bref, ce qui est inhabituel de sa part, car il est en général extrêmement bavard!).
Cet article reprenait quelques répliques d'une très longue interviewe de Mgr Chaput, publiée pour le site NCR: elle contient de nombreux éléments qui concernent spécifiquement l'Eglise aux Etats-Unis, de trop longs développements - à mon gré - sur les affaires d'abus sexuels, mais aussi des passages plus personnels, que j'essaierai de traduire... si j'en ai le courage!
L'interviewe faisait suite à un autre article, plus bref, publié juste avant l'annonce officielle sur le même site.
J'ai traduit le petit article sur NCR, et le résumé de l'interviewe sur Vatican Insider: John Allen est américain, et évidemment, pour parler le l'Amérique, il est un peu l'homme de la situation. Et surtout, il est extrêmement intéressant de percevoir, avec cette nomination, l'inflexion que Benoît XVI entend donner à l'Eglise du XXIe siècle. Et le traitement drastique qu'il réserve à la pourriture dans l'Eglise, que représentent ces affaires de pédophilie.




1. Article de NCR

Le Pape nomme Chaput à Philadelphie
18 juillet 2011
Par John Allen
Source.
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L'archevêque de Denver, Charles Chaput, largement perçu à la fois comme un leader de l'aile conservatrice de l'Eglise et un administrateur sévère pour une oeuvre de forte portée éthique, a été nommé par le pape Benoît XVI comme nouvel archevêque de Philadelphie.
Chaput remplace le cardinal Justin Rigali, 76 ans, qui dirigeait l'archidiocèse de Philadelphie depuis 2003.
Chaput, 66 ans, accède à un archidiocèse dans la tourmente en raison de la crise des abus sexuels.
En Février, un rapport d'un grand jury affirmait que 37 prêtres de Philadelphie, confrontés à des accusations crédibles d'abus sexuels, sont restés dans le ministère à Philadelphie, malgré les engagements pris par les évêques des Etats-Unis de «tolérance zéro». Rigali a immédiatement suspendu trois de ces prêtres, puis plus tard, 21 autres. Rigali a également mandaté un ex-plaignant dans une affaire d'abus sur mineur, pour mener une enquête, qui est en cours.
Egalement à la suite du rapport du grand jury, un ancien responsable de l'archidiocèse, Mgr William Lynn, est mis en accusation - premier exemple aux États-Unis d'un officiel catholique inculpé non pour avoir commis des abus, mais pour ne pas les avoir empêchés.

Alors que les catholiques de Philadelphie apprennent à connaître leur nouveau chef, le contraste avec Rigali - connu comme quelqu'un de discret, qui préfère garder un profil public assez bas et agir dans l'ombre - pourrait sembler discordant.
Bien plus franc (ndt: qui met les pieds dans le plat!), Chaput a émergé au fil des ans comme un paratonnerre pour les polémiques. Il est considéré comme une grande voix de l'orthodoxie doctrinale, et comme le champion d'un rôle fort pour les fidèles dans la vie politique.
Entre autres luttes, Chaput a affronté les politiciens catholiques "pro-choix", publiquement réprimandé l'Université Notre Dame pour l'attribution d'un doctorat honorifique au président Barack Obama, et s'est imposé comme une force importante dans le débat national sur le mariage gay et les cellules souches embryonnaires.
Chaput a également sévèrement appelé les catholiques à adhérer à l'enseignement de l'Église. Dans une récente allocution devant un groupe de travailleurs sociaux catholiques, par exemple, il a insisté sur le fait que les organismes de bienfaisance se réclamant de l'Église "ont le devoir d'incarner fidèlement les croyances catholiques sur le mariage, la famille, la justice sociale, la sexualité, l'avortement et d'autres questions importantes."

Avant les élections de 2008, Chaput a publié un livre intitulé Render unto Caesar (Rendez à César), insistant pour que "les gens qui prennent Dieu au sérieux ne restent pas silencieux au sujet de leur foi". Étant donné que la Pennsylvanie est un champ de bataille majeur dans la politique américaine, la visibilité et l'influence Chaput sont susceptibles de croître.

À la lumière de la crise, à Philadelphie, la réaction de Chaput face aux abus sexuel devrait attirer une attention particulière.
Ses admirateurs disent que Chaput a une approche sérieuse de la discipline sacerdotale, et ne se cache pas derrière un quelconque privilège clérical. Robert Brancato, une des victimes d'abus, et ancien habitant de Denver, est membre du Survivors' Network of those Abused by Priests (SNAP), un groupe habituellement parmi les critiques les plus virulents des évêques américains. Pourtant Brancato a exprimé des éloges pour la ligne dure de Chaput.
«Une des premières choses que m'a dites Chaput a été de s'excuser pour ce qui m'est arrivé», a-t-il dit.
À cette occasion, cependant, des groupes comme SNAP, et aux vues similaires, ont fustigé Chaput, non seulement pour son traitement de certaines plaintes, mais aussi pour avoir combattu, dans le Colorado, les efforts pour limiter la prescription dans la poursuite de l'Église catholique sur les plaintes pour abus.

Malgré la rumeur répandue selon laquelle Chaput était en accord avec les ouvertures majeures dans l'Eglise américaine de ces dernières années, sa nomination à Philadelphie est néanmoins ressentie comme une surprise.
S'exprimant "off", certaines sources nous ont dit que Chaput était un choix très personnel du pape Benoît XVI. La plupart des initiés considéraient Chaput comme un "long-shot" (coup à tenter sans grand espoir de succès) pour Philadelphie, en opposition au favori, l'Archevêque Joseph Kurtz de Louisville, au Kentucky, natif de Pennsylvanie et prélat avec une réputation pour le compromis .
Benoît XVI, cependant, a nommé Chaput, consolidant son profil de favori du Pape.

Ces dernières années, Benoît s'est adressé à Chaput pour gérer deux autres missions sensibles: Chaput a fait partie d'une équipe d'évêques chargés de mener un examen des Légionnaires du Christ , et il s'est également vu confier une visite du diocèse de Toowoomba en Australie, sous l'évêque William Morris .
Cette dernière investigation a conduit Benoît XVI à la décision de renvoyer Morris, en partie parce que Morris a suggéré l'ouverture de la prêtrise aux femmes, dans une lettre pastorale.
Bien que Chaput soit originaire de Concordia, Kansas, et ait servi comme évêque dans deux diocèses de l'Ouest - Rapid City et Denver - il a des attaches en Pennsylvanie. Il a étudié dans un collège des Capucins dans l'ouest de la Pennsylvanie, dans le milieu des années 1960, et il a ensuite travaillé pour les capucins à Pittsburgh au cours des années 1970.

Chaput a également un intérêt particulier pour les questions amérindiennes, étant donné que sa mère, morte en 2007, était membre de la tribu Potawatomi.




2. Interviewe de Charles Chaput, Vatican Insider

Chaput, le "conservateur créatif" conquiert Philadelphie
(Source)
Entretien avec le nouvel archevêque capucin franciscain de 66 ans dont la famille a des origines, "indiennes"
John L. Allen Jr.
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Parfois, la nomination d'un nouvel évêque dans l'Église catholique n'est rien de plus qu'un entretien de routine pour consolider un état de fait, l'assignation d'un poste dans le but de huiler les engrenages de l'Eglise. D'autres fois, il s'agit de résoudre un problème spécifique, ou de donner un signal à un groupe particulier. Parfois, cependant, le choix d'un nouvel évêque indique la direction prise par l'Eglise, et la personne qui la conduira à votre destination.

C'est ce qui s'est passé le 19 Juillet avec la décision du pape Benoît XVI de nommer Charles Chaput comme le nouvel archevêque de Philadelphie, choisissant le capucin franciscain de 66 ans pour présider l'un des principaux diocèses catholiques américains, et, probablement, jeter les bases pour en faire un membre du Collège des Cardinaux.

D'une part, le message que le pape Benoît XVI a voulu envoyer avec la nomination de Chaput démontre la volonté de donner à la ville de Philadelphie, un leader solide et décidé pour répondre à la crise des abus sexuels. L'archidiocèse a été secoué par un rapport établi par le grand jury en Février, qui a conduit à la suspension de vingt-quatre prêtres, et à la mise en accusation d'un ancien fonctionnaire de l'Archevêché.
Au fil des ans, Chaput s'est présenté comme un capitaine diligent, manœuvrant le navire au milieu de la tempête, comme quelqu'un prêt à défier toute malhonnêteté ou transgression, sans crainte ni favoritisme.

D'autre part, la nomination de Chaput incarne la direction prise par l'Eglise catholique aux Etats-Unis. Jusqu'à il y a une décennie, la plupart des gens attentifs aux affaires de l'Eglise considérait le franc Chaput comme un peu trop autoritaire, trop clairement identifié avec l'aile conservatrice de l'Eglise, pour être nommé à l'un des postes les plus convoités de la pays.

Manifestement, ce n'est plus le cas. Selon Benoît XVI, ce n'est pas le consensus qui dirige le choix, mais la clarté et le courage - clarté pour promouvoir la doctrine catholique, et courage pour la défendre. Même si, en tant que personne, il est considéré comme une figure étonnamment peu cléricale, Chaput ne le cède à personne pour son orthodoxie tenace.

Voici des extraits d'une interview avec Chaput à l'occasion de sa nomination à Philadelphie.
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- Vous savez sans doute ce que seront les manchettes des journaux: «Le Pape nomme un archi conservateur à la tête de Philadelphie», ou «un fondamentaliste (intégriste) conquiert l'Eglise de Philadelphie». Etes-vous vraiment un archi-conservateur et un intégriste?
- En réalité, je ne me vois pas du tout comme un conservateur. J'essaie d'être fidèle à la doctrine de l'Église comme l'Église l'a transmise. Je ne crois pas, comme chrétien ou comme évêque, avoir le droit de jouer avec la tradition apostolique de l'Eglise. J'espère être créatif et contemporain, en appliquant toutefois cet enseignement, et cette vie structurelle de l'Eglise locale.
Quant à être un intégriste, je pense que les gens qui me connaissent, mes prêtres et tous les autres, diraient que je suis une personne cordiale et gentille, mais je n'ai pas non plus l'intention de tourner le dos aux problèmes. Je n'ai pas l'intention de me cacher. Actuellement, nous devons faire face à des problèmes complexes, et ne pas les laisser se transformer en cancers incurables.

- Où voulez-vous conduire l'Église?
- J'aimerais conduire l'Eglise dans la direction même indiquée par Saint-François avec sa vie et sa prédication au XIIIe siècle, pour embrasser à nouveau la pureté de l'Evangile, sans compromis, en toutes circonstances et en tout temps. Quand je dis "à nouveau", je ne veux pas dire qu'il y a eu une époque "non contaminée" que nous devrions nous réapproprier. Je veux dire, que nous partions toujours de nos origines, et puis que nous essayions de les incarner dans le contexte social contemporain. Dans l'Evangile il n'y a rien dont j'ai honte, ou que je croie être libre de rejeter. Nous devons l'embrasser dans son intégralité.

- Votre nomination marque un tournant, à partir d'une position plus centriste, axée sur la justice sociale au sein de l'Eglise catholique, vers une approche plus «évangélique»?
- Si l'Église ne s'adapte pas aux temps qui passent, elle ne sera pas en mesure de se conformer à l'inspiration de l'Esprit Saint. Je crois que les contributions des évêques de l'Eglise dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt, ont été guidés par l'Esprit Saint, mais ce n'est plus la même chose. Nous sommes dans une époque différente de l'histoire.
Concernant la question de la justice sociale, je ne pense pas qu'on puisse être un évangéliste, ou faire partie de ce mouvement évangélique au sein de l'Eglise, sans être profondément impliqué dans la promotion de la justice sociale, comme l'Eglise l'a été dans le passé. Nous ne pouvons pas prêcher l'Evangile sans le vivre. Si nous n'aimons pas les pauvres, et ne faisons tout notre possible pour améliorer leur condition, nous sommes destinés à aller en enfer.

- Quelle est votre position sur l'interdiction de recevoir l'Eucharistie pour les politiciens catholiques en faveur de l'avortement?
- Je pense que la meilleure façon de gérer cela est justement la position sur laquelle les évêques des Etats-Unis se sont mis d'accord, qui prévoit, tout d'abord, de parler personnellement avec ceux qui prennent des décisions contraires aux enseignements de l'Église. S'ils comprennent pleinement la doctrine de l'Eglise et continuent à agir en conflit avec elle, nous devrions leur demander de ne pas recevoir l'Eucharistie.
S'ils persistent dans leurs décisions de manière scandaleuse, ce qui signifie qu'ils conduisent les autres à se salir du même péché, alors je pense qu'il est nécessaire que l'évêque parle publiquement.

- Les mariages entre personnes du même sexe?
- C'est le sujet de notre temps. L'Eglise entend le mariage comme une relation unique avec une définition unique, qui est l'amour fidèle et réciproque entre un homme et une femme, permanent, et pour le bien des enfants. En tant qu'enfants, si nous ne savons pas que nos parents s'aiment, nos vies sont très instables. Voilà pourquoi je crois que chaque enfant mérite une famille où le père aime la mère et la mère aime le père. Pour nous, redéfinir le mariage comme quelque chose d'autre mine sa notion même.

- Quel est votre point de vue sur la crise des abus sexuels: comment a-t-elle pu arriver, que signifie-t-elle, et qu'est-ce qui nous attend?
- La révolution sexuelle des années soixante et soixante-dix a été un moment difficile pour l'Eglise. Je pense que beaucoup d'évêques de l'Eglise en sont restés dans la confusion, et certains d'entre eux n'ont pas agi correctement parce qu'ils étaient dans la confusion. Il ne s'agissait pas seulement de l'Eglise mais de la société au sens large. Je sais que les autorités civiles ont agi exactement de la même manière que l'Église a agi en cette période. Et aussi les "districts" scolaires. Aujourd'hui, nous vivons dans une époque différente et nous devons faire quelque chose. Il est d'une importance fondamentale de parler aux victimes, qui sont ceux qui ont le plus souffert de cette situation, et à leurs familles. Je crois que l'attention devrait être accordée aux victimes et à ceux qui ont été blessés, plutôt qu'à la défense de l'Église.
Dans le même temps en tant qu'évêque, j'ai le devoir de m'assurer que ce qu'on réclame à l'Eglise est raisonnables à la lumière de l'histoire et de la manière dont ces questions ont été traitées à travers le monde. Je pense que la tendance est de punir l'Eglise comme si elle était seule responsable.

- En principe, s'il y a un fonctionnaire de l'église, qui n'est pas coupable d'abus, mais qui aurait eu la responsabilité d'empêcher que de tels crimes ne soient commis, et qui aurait failli à son devoir, auriez-vous des scrupules à laisser les autorités civiles mettre cette personne en jugement?
- Je pense qu'il est important pour l'Eglise, de suivre les lois d'un pays, partout dans le monde, avec générosité. Nous ne devons pas seulement les respecter en partie. Si les membres de l'Église enfreignent la loi, ils doivent en subir les conséquences. Bien sûr, il est également raisonnable de considérer l'équité de la loi. Les lois peuvent être inadéquates. Elles peuvent être forgées dans une approche sélective et injuste. Le clergé catholique, les laïcs et le public en général doivent être également responsables devant la loi, et personne ne devrait la craindre - mais, bien sûr, cela implique que les lois soient justes, qu'elles soient appliquées de manière égale, qu'elles aient les mêmes implications et les mêmes sanctions pour tous.

- Que me dites-vous au sujet de la responsabilité des évêques dans l'Eglise? Les critiques soutiennent que la reprise ne peut se produire tant que les évêques qui ont caché les abus ne sont pas punis aussi sévèrement que les prêtres qui les ont commis.
- Je le comprends et je pense que c'est une préoccupation légitime. Nous devrions avoir la responsabilité de nos actions dans l'Eglise, et les évêques devraient être responsables comme les prêtres et les laïcs. Je soutiens l'idée qu'il devrait y avoir des conséquences réelles, tangibles, pour ceux qui agissent contrairement aux lois de l'État, à la discipline de l'Église, ou à la loi morale de Dieu

- Pensez-vous que les dispositions sur la responsabilité des évêques sont suffisantes?
- Je vais dire quelque chose que beaucoup de gens dans l'Eglise ne disent pas, à savoir que nous devons étudier ce problème et dy réfléchir très sérieusement. Nous devons aborder la question de la responsabilité, même des évêques, de manière formelle, claire et décisive




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