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SUR LES TRACES DE PADRE PIO
 

Dans la série "lectures de vacances", le récit déjà publié d'une visite privée que fit en 2002 le cardinal Ratzinger à Pietrelcina, pour vénérer la dépouille d'un des plus populaires des saints italiens (26/7/2011)

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Plusieurs articles sur Padre Pio, sur mon site, ici. (en particulier la visite pastorale à San Giovanni Rotondo, le 21 juin 2009: voir surtout la page spéciale sur le site du Vatican)




 

Dans le secret de Padre Pio

"Le premier juin 2002, était un samedi.
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À Pietrelcina, nous étions dans une grand effervescence en prévision de la fête de la proclamation de Padre Pio comme saint, qui devait avoir lieu le 16 juin. Tout Pietrelcina, pays natal de Padre Pio, avait été mobilisé pour cet évènement.
Et voilà que nous surprit la nouvelle que personne n'attendait : dans l'après-midi arrivait le cardinal Joseph Ratzinger -- celui qui aujourd'hui est le Pape Benoît XVI-- demandant de pouvoir visiter les lieux où avait vécu Padre Pio. Nous l'avons accompagné avec joie et cela a été quelque chose de très beau, émouvant même, parce que nous ne pensions pas que le grand théologien allemand, le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, était à ce point et si visiblement intéressé par l'histoire mystique de Padre Pio, considéré comme le saint des gens simples, du petit peuple "

Ainsi s'exprime le Père Marciano Guarino en se souvenant de cette rencontre. Son image, souriante et heureuse, est immortalisée à côté de celle du cardinal Ratzinger sur les photos prises durant cette visite.
A cette époque, le Père Marciano Guarino était curé de l'église principale de Pietrelcina, aujourd'hui il est aumonier dans l'hôpital de soins palliatifs de San Giovanni Rotondo. "Comme on le voit sur ces photographies", dit le Père Marciano Guarino, "j'étais vraiment très heureux. Le cardinal nous avait tous mis à notre aise. Nous pensions que c'était une personne sévère, alors qu'il se révèlait simple et affable ".

De la visite du cardinal Ratzinger à Pietrelcina en 2002 aucun journal n'avait jamais parlé. Il s'agissait d'une visite privée. En outre, à cette époque, tout le monde pensait que Ratzinger, justement parce qu'il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, autrefois le Saint-Office, celui-là même qui, dans les années vingt et trente avait émis diverses condamnations contre Padre Pio, n'était pas un sympathisant du moine de Pietrelcina. On croyait au contraire que Ratzinger, par sa profonde culture théologique et sa formation de grand intellectuel, n'avait pas de "feeling" particulier avec l'humilité de Padre Pio et avec la dévotion populaire que les gens simples lui témoignaient. Et certains soupçonnèrent que le sévère "Gardien de la Foi" était allé à Pietrelcina pour rechercher si, par hasard, dans le pays natal de Padre Pio il n'y avait pas d'exagération dans la dévotion, c'est-à-dire de la superstition.

Mais maintenant que le cardinal Ratzinger est devenu le Pape Benoît XVI et que ses actes montrent chaque jour à quel point il avait toujours été en parfaite syntonie avec son prédécesseur, tous les préjugés tombent.
"A la vérité", dit le Père Marciano Guarino, "nous nous sommes vite rendu compte que le cardinal Ratzinger était un grand admirateur de Padre Pio. Face à ce que nous lui racontions, il était attentif, intéressé, il posait des questions. Devant les endroits où le Père avait vécu, et où étaient avérés tant de phénomènes mystérieux comme les apparitions, les stigmates, les batailles de sang avec Satan, le cardinal s'arrêtait en silence, comme s'il entendait des voix, comme s'il imaginait, même, ce qui s'était passé là. Et il priait. J'ai vu qu'il se mettait à prier. Même moi, j'avais toujours eu une image fausse du cardinal Ratzinger. Comme tout le monde, sur la vague de ce qu'on disait de lui, je l'imaginais sévère, taciturne, réservé, méfiant. Et au contraire, il était doux, affable, souriant, humble, quelqu'un qui vous faisait vous sentir très vite à l'aise, quelqu'un qu'on se mettait tout de suite à aimer".

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- Comment a été organisée cette visite?
"Il n'y a pas eu d'organisation. Le cardinal était à Benevento pour la conclusion du Congrès Eucharistique diocésain. Pietrelcina est distant de Benevento d'une quinzaine de kilométres et le cardinal a dit qu'il désirait visiter les lieux de Padre Pio. Et donc le supérieur de notre couvent a reçu un coup de fil l'avertissant que le cardinal arrivait ".

- Il était accompagné d'autres personnes ?
"Il était accompagné de son secrétaire et de deux ou trois prêtres de Benevento. Aucun protocole. Aucune réception officielle. Il s'est arrêté un moment dans le couvent, pour parler avec le supérieur, qui alors était le père Nazario, et ensuite il a entamé la visite. La première étape a été chez moi, dans l'église paroissiale ".
Une église importante parce que c'était là que Padre Pio disait la messe durant les premières années de sacerdoce. "Elle s'appelle 'Mère de Pietrelcina', parce qu'il s'agit de l'église la plus importante .Tous les matins, Padre Pio disait la messe dans cette église. Nous avons raconté au cardinal Ratzinger que le jeune Padre Pio eut, dans cette église, beaucoup d'apparitions de la Madonne. Ce sont des choses merveilleuses pour qui croit, mais beaucoup y voient de pieuses légendes, des contes fantastiques. Le cardinal Ratzinger, grand théologien, défenseur de la foi, écoutait attentivement et sur son visage je n'ai jamais vu la plus petite marque de surprise, et même pas de méfiance ".

- Combien de temps s'est-il arrêté dans l'église?
"Un long moment. Il voulait tout visiter, avec calme. Je me souviens qu'il nous fit ses félicitations parce qu'elle était bien tenue. Il avait un regard attentif, rien ne lui échappait. Il a vu que l'église était nettoyée jusque dans les angles les plus reculés. Dans l'église nous avions préparé la cloche qui commémorait la canonisation de Padre Pio, qui devait se tenir le 16 juin, donc deux semaines plus tard. La cloche était prête pour la bénédiction. Une cloche historique. Le cardinal s'est arrêté, en admiration devant cette cloche. Il y avait aussi un précieux reliquaire, avec un gant de Padre Pio taché du sang des stigmates, et d'autres reliques. Il observait tout avec beaucoup d'attention et d'admiration."

- Et ensuite où l'avez-vous accompagné?
"Nous sommes allés dans la partie historique de Pietrelcina, où on trouve l'église de Saint-Anne, dans laquelle Padre Pio fut baptisé, et la maison où il est né, où il a passé son enfance, et celle où il a vécu durant les années de sa longue maladie. Le cardinal est aussi monté dans la "tourelle", une chambre située dans une sorte de tour, où Padre Pio se retirait pour prier, et qui, durant une période, a même été sa chambre à coucher. C'est là que sont survenus des faits mystérieux, mystiques, difficiles à expliquer et c'est pourquoi certrains les nient. Mais ce sont faits historiques, qui sont vraiment arrivés et nous les avons relatés au cardinal Ratzinger qui écoutait avec sérieux et participation. A la fin de la visite dans la partie historique, nous l'avons accompagné dans la campagne, à Piana Romana, là où Padre Pio a reçu les stigmates ".

- Donc le cardinal Ratzinger a toujours témoigné d'un grand interêt pour tous ces événements mystiques autour de Padre Pio ?
"Beaucoup d'interêt, mais pas seulement. Comme je l'ai dit, dans chaque endroit qu'il visitait, il se recueillait en prière, il montrait de la dévotion, de l'admiration, de l'amour pour Padre Pio ".

- En 2002, chaque jour les journaux parlaient de Padre Pio. La visite à Pietrelcina d'un cardinal célèbre comme Ratzinger aurait dû être une nouvelle appétissante pour la presse, et pourtant elle passa inaperçue, c'est seul ement maintenant, c'est-à-dire après que Ratzinger soit devenu Pape, qu'on en a eu connaissance : comment cela se fait-il?
"Je ne le sais pas. Peut-être qu'on n'a pas donné de relief à cette visite parce que le cardinal Ratzinger a toujours été réservé. Ou peut-être même par préjugé. Comme je l'ai dit, on pensait que Ratzinger n'était pas un admirateur de Padre Pio. Pourtant, c'est vraiment ce qu'il est. J'ai su, en lisant un petit article dans la revue "Pietrelcina, le pays de Padre Pio", que, dans un livre, il avait longuement parlé de notre Padre Pio, même avant cette visite à Pietrelcina. Et il avait vraiment évoqué ces aspects du Père qui sont liés aux dévotions populaires. Il s'était rappellé du récit d'une femme à un journaliste. Cette femme, enceinte, était gravement malade. Elle avait prié Padre Pio et elle avait guéri. En commentant le fait, le cardinal Ratzinger n'avait pas écrit qu'il s'agissait d'exagérations, de fanatisme. Mais il avait mis en évidence que le comportement de cette femme reflétait la foi vraie. Il écrivit en effet : "Cela paraît naïf et enfantin, mais ce comportement reflète quelque chose de la confiance attavique que nous recevons en don, et qui s'enracine dans la conscience que nous avons de nos frères dans l'au-delà. Ils sont proches de nous, ils peuvent nous aider et nous pouvons les invoquer avec confiance ". C'est vraiment ce qu'ont toujours fait les gens, avec une grande simplicité, en se tournant vers Padre Pio ".

- Combien de temps a duré la visite ?
"Un bon moment ('un paio d'ore'), il me semble. Je n'ai pas pu la suivre en entier parce que je devais dire les vêpres, à la paroisse. Avant de quitter Pietrelcina, le cardinal a signé le registre des visiteurs, en écrivant une belle phrase : - Que le Saint Padre Pio aide toujours ses frères et tous les pèlerins dans l'amour pour le Seigneur souffrant, et dans l'engagement pour la charité, qui jaillit du coeur ouvert du Seigneur - ".

Roberto Allegri, 2005




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