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LES JMJ DE JL RESTÀN EN 4 ARTICLES
 

Depuis la messe d'ouverture présidée par le cardinal Rouco, jusqu'à la cérémonie d'adieu du Saint-Père (29/8/2011)

Je regroupe ici, pour le plaisir, les quatre textes (sans les "notes" éventuelles) traduits par Carlota, et dont les versions originales en espagnol figurent sur le site Paginas Digital.




16 août: La partie est commencée

(JMJ: Restàn (4) )
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Après avoir rappelé l’histoire en marche qui a généré vingt-six ans de Journées Mondiales de la Jeunesse, le Cardinal Rouco a introduit ce mardi (ndt donc le 16 août 2011), une inflexion qui n’est pas passée inaperçue pour les milliers de jeunes présents sur la place madrilène de la Cybèle. Il leur a dit que les coordonnées historiques dans lesquelles ils se meuvent sont différentes de celles dans lesquelles sont nées les JMJ, qu’ils appartiennent à une nouvelle génération.

Le christianisme est toujours ancien et toujours nouveau. Il vit toujours de la même source, de la même mémoire qui devient présent; mais il s’incarne dans des circonstances changeantes, génère de nouvelles formes de présence, il s’approfondit dans la réponse qu’il doit donner aux questions des hommes. C’est quelque chose que le bienheureux John Henry Newman a saisi avec une singulière perspicacité. Et c’était important de le dire sur la place de la Cybèle, précisément au commencement de ces JMJ de Madrid 2011.

Parce qu’il ne s’agit pas d’une simple redite. Il s’agit de découvrir pleins d’étonnement que la foi vécue dans l’Église, n’a de dégoûts ni par rapport aux temps ni par rapport aux lieux. Elle s’incarne, une belle phrase dont nous dédaignons ou réduisons généralement la profondeur. Elle vit le vertige du présent, le défi de l’histoire, le risque de la chair avec ses contradictions et douleurs. Ainsi est notre Dieu, le Dieu de Jésus Christ.

Dans le déjà lointain 1985 l’histoire était marquée par la grande division entre les libertés occidentales et le communisme. L’Europe unie de l’Atlantique à l’Oural était un rêve (des choses de Wojtyla, disaient les malins). En Amérique latine, les régimes de "Sécurité Nationale" étaient habituels, la Chine commençait à peine son décollage. Le monde intellectuel continuait à être dominé dans de larges franges par le marxisme dans ses différentes versions et l’on n’apercevait que la grande explosion des techniques biologiques qui nous font nous pencher sur le rêve amère de l’homme comme propre objet d’expérimentation.

Vingt-six ans après le tableau a beaucoup changé. L’Europe doit revoir son système de bien-être, la techno-science court le risque de dériver vers une nouvelle forme de totalitarisme, la liberté religieuse devient toujours plus un bien rare. L’État démocratique voit se dessécher ses racines philosophiques et morales tandis qu’il se précipite vers la tentation de programmer et de contrôler les consciences à travers ses puissants instruments. Le terrorisme mondial n’est plus une vague menace mais un coup de griffe brutal à toute la peau de la planète Terre. La Chine et l’Inde réclament leur place à table des grands alors que l’Afrique agonise.

« Soyez la génération de Benoît XVI », leur a dit le cardinal Rouco, et des jeunes a jailli un applaudissement nourri. Soyez la génération qui vit dans ces coordonnées-là et il ne sert à rien de les nier. Il y a vingt-six ans nous avons vu, surpris, que le dialogue de l’Église avec les jeunes avait une nouvelle forme, qu’il se déployait avec un air et un enthousiasme inattendu, que la proposition chrétienne donnait forme à une nouvelle présence. Et les héritiers de 68 de se faire échauder. Certains en traînent leur vieille rogne jusqu’à la Puerta del Sol.

Mais l’histoire ne s’est pas terminée et nous ne pouvons pas non plus nous contenter du regard attendri vers ce qui a été. Cela ne s’arrête pas. Maintenant il faut vérifier comment la foi chrétienne, vécue aujourd’hui dans l’Église, façonne des personnes et des communautés capables d’affronter les défis du moment. Ce n’est pas que la foi apporte un manuel d’instructions, c’est qu’elle apporte une intelligence et une liberté inusitées à la personne qui accepte le défi de la vivre en compagnie de l’Église. Comme l’a dit Benoît XVI, nous les chrétiens nous ne contribuons d’une manière décisive au bien de ce qui est notre monde, que si l’intelligence de la foi se convertit en intelligence de la réalité, de cette réalité, passionnante et dramatique, belle et immense, qu’il nous appartient de vivre. La partie est commencée.




18 août: Que personne ne vous enlève la paix

(Le troisième article de JL Restàn sur les JMJ )
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La foi, à sa façon, a aussi besoin de voir et de toucher. Benoît XVI l’a dit en rentrant de Sydney et il convient de le rappeler à son arrivée à Madrid. Les faits se voient et se touchent, et la foi se réfère à un fait, ce n’est ni un moralisme ni une idéologie. C’est la première grande vertu de ces JMJ, qui réveillent les simagrées des hypocrites mais ne laissent pas indifférents les gens simples, pour éloignés qu’ils se trouvent de la tradition catholique.

Déjà dans l’avion le Pape a qualifié les JMJ de « signal, cascade de lumière qui donne de la visibilité à la présence de Dieu dans le monde ». C’est là qu’est leur secret, et pour cela Benoît, le Pape théologien que certains qualifient de froid, ne les laissera pas tomber. Au contraire il s’apprête au dialogue face à face avec les jeunes, un dialogue dans lequel il se sent à l’aise et tranquille.À Barajas (discours à l'aéroport, il a déjà fait une synthèse de tout le sens de cet évènement. D’abord montrer que la relation avec le Dieu vivant, le Dieu de Jésus Christ, génère une humanité plus complète, plus disposée à affronter les défis de l’histoire. C’est une relation qui donne « une lumière pour cheminer et des raisons pour espérer », au milieu d’une telle désolation contemporaine. La relation avec Dieu rend ces jeunes simples et perspicaces, libres et tenaces, engagés dans le bien commun, ouverts au futur.

Le Pape a clairement indiqué que les JMJ ne sont pas un espace limité aux déjà convaincus mais un espace dramatique où la raison et la liberté sont mis en jeu. Pour vérifier ce que l’on a déjà rencontré, pour poursuivre sa quête de la Vérité, pour reconnaître à travers le témoignage des autres cette réponse qu’on espère mais dont on n'est pas encore arrivé à reconnaître ni le nom ni le visage. C’est ainsi que se génère une véritable amitié qui dure, qui fait grandir, qui accompagne dans toutes les vicissitudes de la vie.
À peine a-t-il mis le pied à terre qu’il a voulu rappeler tant de jeunes qui souffrent de persécution ou de harcèlement à cause de leur foi en Jésus Christ. Persécution sanglante dans tant de lieux sur terre et outrage culturelle dans tant d’autres. « Que rien ni personne ne vous enlève la paix, n’ayez pas honte du Seigneur ! », leur a crié le Pape qui a connu les avatars de l’histoire européenne de la seconde guerre mondiale à nos jours. Et il les a invités à un témoignage courageux de leur foi, plein d’amour de l’homme qui toujours est frère. Un témoignage que ne cachera jamais leur propre identité, offert dans un vivre ensemble respectueux avec toutes les réalités présentes dans une société plurielle. Témoins, avec sympathie et sans complexes, dans une cité commune.

Place de la Cybèle, la joie était débordante. Mais le Pape, qui à le voir semblait content, ne se laisse pas porter par de fausses illusions. Il l’a dit aux journalistes : «L’ensemencement de Dieu est silencieux, son fruit n’apparaît pas tout de suite dans les statistiques » .
Du calme, donc, les collègues journalistes et sociologues. C’est certain, comme le reconnaît le Pape avec une simplicité sobre, que beaucoup de ce qui arrive aujourd’hui peut se perdre en chemin (c’est ainsi qu’est l’histoire et la liberté des hommes !) mais il en germera beaucoup et beaucoup donneront leur fruit dans le temps. « Je sais combien en d’autres JMJ, sont nées tellement d’amitiés, tellement de nouvelles expériences de ce que Dieu est présent. Nous avons confiance en cette croissance silencieuse et nous sommes sûrs, même si les statistiques n’en parlent pas beaucoup, de ce que réellement la semence de Dieu grandit. Ce sera pour beaucoup le début d’une amitié avec Dieu et avec les frères, d’une universalité de pensée, d’une responsabilité commune qui réellement nous montre que ces jours donnent leur fruit ».
Des paroles comme une brise légère et limpide qui enlève peurs et fantasmes. Et déjà Pierre est parmi nous, et avec lui le parfum unique de Jésus. Il n’y a pas d’autre secret.




19 août: Vous serez comme des dieux

(JMJ: JL Restàn (2) )
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Que le Pape ait parlé de ceux qui « se croient comme des dieux » et pensent ne pas avoir besoin de racines ni de fondations hormis en eux-mêmes a causé incompréhension et scandale pour certains. La vérité est qu’il s’agit d’un thème éternel depuis les premières pages de la Genèse, et d’une grande actualité. Il est absurde de dire que Benoît XVI s’en est pris aux athées. Bien au contraire, cette affirmation du Pape est à la base de notre système des libertés.

Tout homme loyal à sa propre expérience peut reconnaître qu’il ne possède pas le fondement ni la raison de par lui-même, et qu’il ne peut pas se donner cette racine de par ses propres forces. Il y a des biens, des valeurs qui précèdent ses analyses, des biens devant lesquels l’on doit s’incliner. Cela peut être reconnu par un croyant et par un athée (de fait c’est la clef du fameux dialogue entre Habermas et Ratzinger). Sur cette reconnaissance de ce que nous sommes limités et que nous sommes ouverts à d’autre réalité (mystérieuse), de ce que personne ne peut s’arroger la prétention d’être absolu et autosuffisant, se base précisément la possibilité de signaler une limite à l’arbitraire de n’importe quel pouvoir.

Aucun homme ou femme, aucun groupe ou institution ni aucun État ne peuvent prétendre être absolus, être comme Dieu. C’est le fondement culturel et moral de la démocratie, qui ne s’est pas en vain enraciné dans le sol judéo-chrétien. Un agnostique ou un athée ne doit pas se sentir attaqué par cette réflexion du Pape. Le sen de la propre limite, de la nécessité d’une relation qui nous soutienne et nous constitue, d’une dignité inviolable qui précède nos analyses, consensus et décisions, est la base solide de la vie commune des diverses entités présentes dans une société plurielle.

Précisément ce vouloir « être comme des dieux » a été le véritable Waterloo de la modernité où se sont embourbés ses meilleurs idéaux et où ont grandi les totalitarismes qui ont flagellé le XXème siècle. Cette négation de l’ouverture originale de l’homme, de sa dépendance originale, de sa soif d’Infini, est dans le cœur de la crise de l’Occident et Benoît XVI rend un grand service en la dénonçant.

Le Pape a mis le doigt sur la plaie en abordant de plein fouet la question de la liberté et de ses perversions. Une liberté sans liens devient évanescente, bon plaisir et jeu à l’état pur. Une liberté sans référence à la vérité (laborieusement et loyalement recherchée) se transforme en amertume aveugle ou en puissance supérieure sauvage. Au contraire la grande figure que le christianisme met sur le tapis c’est celle de l’homme créé libre à l’image de Dieu, pour qu’il soit un protagoniste de la recherche de la vérité et du bien. Le Pape s’est demandé (a demandé à tous) « si ce n’est pas cela un sol fermé pour édifier la civilisation de l’amour et de la vie ».

Nous pouvons dire la même chose de la magistrale intervention au Monastère de l’Escorial devant plus de mille jeunes professeurs. La recherche de la vérité sans adjectifs est le signe le plus grandiose de l’humanité et le meilleur service pour la liberté. Quand la connaissance ou le gouvernement se passent de cette recherche, ils se penchent au précipice du totalitarisme (ndt: l’on peut comprendre aisément pourquoi les médias ont si peu parler des messages espagnols du Pape). Des paroles dures mais vraies. Le christianisme, ce n’est pas du gâteau, mais c’est la charité dans la vérité, qui comme le sel dans une blessure peut brûler. Nous le voyons ces jours-ci.
Mais de nouveau insistons dans cette position du Pape qui peut être appelée authentiquement « laïque ». Ce qui nous unit à tous (croyants et non croyants) dans la construction de la cité commune c’est précisément la recherche loyale de la vérité. Cela ne nous divise pas mais nous fait amis et compagnons d’aventure. Dans ce dialogue dans la recherche de la vérité, dans ce témoignage réciproque des raisons de sa propre expérience, réside la laïcité positive, de celle dont Benoît a voulu en être l’enseignant ces jours-ci.




21 août: Une main pour passer à travers de l'orage

(JMJ: JL Restàn (1))
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Et a eu lieu l’inespéré. Malgré les devins et les cyniques, malgré ceux qui traquent la faille et une certaine presse canaille, malgré les faiblesses elles-mêmes de l’Église.
Il faut chercher beaucoup pour retrouver quelque chose d’identique dans l’histoire récente de l’Europe même si la BBC n’en fait pas état. Ils sont arrivés des quatre points cardinaux, beaucoup avec déjà de l’expérience derrière eux, d’autres avec beaucoup de doute, tous cheminant. Et ils ont rencontré un frère, un maître, un père. Avec plus de précision encore, un prophète et un apôtre, le successeur de Pierre.

Cela n’a pas été une semaine facile. La plus chaude de l’été torride madrilène, avec en plus un orage aux Quatre Vents qui par moment à fait se répandre l’inquiétude parmi les organisateurs.
Mais la vie est ainsi.
Les JMJ que voulait le Pape n’est pas un spectacle artificiel qui se voit tranquillement après avoir payé son entrée. C’est la vie même, la vie où surgissent des orages et apparaissent la fatigue et les plaintes. La vie avec sa beauté et sa laideur, la vie qui est toujours recherche et désir, ardente aspiration de l’Infini.

Benoît XVI a tissé une extraordinaire tapisserie avec quatre fils d’or: le cœur de l’homme assoiffé de vérité et de bonheur; Jésus Christ, le Verbe fait chair (Que disent les gens que je suis ?), l’Église, hors de laquelle la figure de Jésus devient un fantôme, proie de l’imagination de chacun ; et le monde (agité et consterné) qui cherche une raison valable pour continuer à espérer.
C’est le grand itinéraire de son pontificat, remettre au centre de la vie réelle Dieu qui est la raison créatrice et l’amour jusqu’à l’extrême. Comme nous l’avons d’une façon si évidente cette semaine à Madrid !

La vie n’est pas une mauvaise blague ni le fruit du hasard, elle n’est pas une fable racontée par un idiot ni une fuite triste vers la mort. C’est le message que l’apôtre Pierre proclame aujourd’hui au nom de Jésus, au milieu du tapage de discours qui au fond tuent l’humain. C’est l’annonce constante de l’Église que Benoît XVI fait résonner aujourd’hui avec la saveur et la force de ces homélies des premiers Pères de l’Église dans le monde païen. Et il semble, qu’entre le bruit et la fureur, entre les rires malveillants que tant ont ébauchés ces jours-ci, cela ouvre la porte à un souffle d’air frais, une brise qui éclaire et repose tout le monde.

Il manquait peut-être, cette exaltation de vent et de pluie aux Quatre Vents, pour que nous le comprenions mieux. Pour que nous ne nous fassions pas de fausses illusions sur ce qui s’était passé, qui n’est pas le fruit d’un plan, ni d’une organisation. Comme l’a dit le cardinal Rouco, la pluie qui importe, c’est celle de la grâce de Dieu, qui est celle qui construit, et non notre réussite. Oui, malgré tout, l’Église est vivante et pointe dans les âmes de beaucoup de jeunes.
Malgré la dérision culturelle en Occident et la persécution sanglante dans tellement d’endroits sur terre, malgré la trahison de ses membres et le manque de beaucoup de ses responsables. Malgré les quarante ans de pilonnage idéologique en Europe. Joseph Ratzinger a dit une fois: « Ce qui me surprend ce n’est ni le péché ni le scepticisme, ce qui me surprend c’est la foi ». Cela a été mon sentiment tandis que j’essayais de présenter en direct ce qui se passait sous mes yeux. Eppur si muove pourrions-nous dire en face du tribunal du nihilisme.

Pour autant, une lecture triomphaliste de tout ce qui s’est passé serait myope. Bien plus, c’est quelque chose qui nous remplit d’humilité et de silence, qui nous renvoie à la responsabilité. Comme l’a dit aussi le cardinal Rouco, maintenant nous savons d’une façon plus claire en quoi consiste le fait d’accompagner les jeunes, de quel type de maîtres et de propositions ils ont besoin. Nous savons aussi que ce chemin n’est pas un chemin de roses. Jamais auparavant il n'y a eu autant d’hostilité (minoritaire et radicale, certes, mais elle a réussi à s’infiltrer dans diverses couches sociales). Et en outre comme l’a dit le Pape, nous devons penser beaucoup aux autres jeunes, ceux qui n’ont pas voulu être là, soit pas ignorance, arrogance, contamination idéologique, ou simplement parce que le cœur humain peut se fermer et dire non.

Qu’allez-vous dire à vos compagnons et amis quand vous allez rentrer chez vous ? -
leur a demandé cet homme sage et tranquille, doux et génial, intellectuel et homme du peuple. « Le Seigneur, vous a mis à ce moment de l’histoire (autrement dit, ne perdons pas notre temps à le nier) pour que continue à résonner grâce à votre foi (Quelle disproportion) la Bonne Nouvelle du Christ ».
Quelques jours avant il leur avait presque crié : « Que rien ni personne ne vous ôte la paix ! », et aux Quatre Vents, presque comme dans une confidence finale, il leur avait laissé une promesse : « avec le Christ on peut affronter tous les orages de la vie ».
Ce qui est en jeu c’est le bonheur de chaque homme.
Merci, votre Sainteté pour avoir réuni et soutenu ce peuple.




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