Le NoŽl de Pepperlin

Une nouvelle écrite par Gabriella Abile, en décembre 2005 (texte original en italien, ma traduction)
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Son petit nez pressé contre la vitre gelée, les joues rosies par l'émotion, le petit garçon au doux regard bleu contemplait l'ours en peluche, le souffle suspendu, les coudes appuyés à la vitrine.
Son frère Georg, un peu plus grand que lui, le tirait par un pan de son manteau, en lui disant: "Allons-y, à présent,¨Pepperlin, rentrons à la maison! Le repas va être prêt.!"
Leur maison se trouvait juste en face du magasin de jouets, où le petit ours était exposé depuis plusieurs jours avec quelques autres jouets, et différentes babioles.

Le pelage rugueux couleur miel et les petits yeux sombres envoyaient des signes amicaux au petit Joseph depuis qu'il était mystérieusement apparu dans un angle de la vitrine, en même temps qu'une petite pancarte que l'enfant, eu égard à son âge si tendre d'à peine deux ans, ne pouvait pas encore lire.

Aucun des autres jouets exposés n'avait attiré son attention. Quant à Georg, avec un plaisir enfantin, il avait remarqué la peluche, mais le bambin très subtil qu'il était avait senti qu'elle était entrée dans le coeur de son frère au point d'être déjà "à lui".

Les routes, les maisons, les arbres de ce coin de Bavière étaient déjà depuis longtemps recouverts de neige.
A certains endroits, la route qui menait de leur maison au magasin de jouets était gelée. Tous les jours, les deux petits frères, se tenant solidement parla main, allaient rendre visite à l'ours en peluche, et, défiant audacieusement les rafales de vent chargées de neige gelée, restaient immobiles, silencieux, regardant à la dérobée à travers la vitre.

La vendeuse les avait remarqué, et un soir, s'encadrant à la porte du magasin, elle leur avait fait signe d'entrer, et avaient échangé avec eux quelques propos amusés. A présent, les deux enfants avaient un motif supplémentaire pour être contents. Ils savaient que l'ourson avait aussi un nom: Teddy!
Et c'est ainsi qu'entre Teddy et Pepperlin était né un dialogue doux et silencieux.

C'était l'avant-veille de Noël, et le petit village de Marktl était tout entier décoré pour la fête. La soirée était calme, constellée d'étoiles. Georg et Pepperlin sortirent par le portail, et, comme à l'accoutumée, leur mère les suivit du regard pendant un long moment. Mais cette fois-ci, ses yeux étaient plus tendres que d'habitude, et, en particulier, elle s'arrêta à regarder avec fierté le plus grand de ses fils. Clignant imperceptiblement ses yeux vifs, il la salua d'un sourire.

Les deux frères traversèrent le jardin devant la maison, l'emplissant de leurs rires enfantins, se jetant de menues brindilles et petits cailloux imprégnés de neige qu'ils avaient ramassés dans l'allée, et parvinrent une fois de plus devant le magasin.
Mais... Teddy avait disparu!
Pepperlin jeta un cri, et sans se soucier de son frère qui lui répétait de ne pas pleurer parce que l'ourson reviendrait sûrement, il se jeta par terre, frappant ses petits poings avec rage.
Puis il éclata en pleurs qui se prolongèrent jusqu'à la maison, où Georg dut le traîner comme un petit chien attaché à la chaîne d'un chagrin intolérable.
Cette nuit-là, dans son petit lit, l'enfant resta pendant des heures les yeux ouverts à fixer les objets dans la pièce immergée dans une pénombre menaçante, jusqu'à ce que le sommeil vienne calmer son angoisse et lui restitue dans ses rêves le bien-aimé Teddy.

Assis à table avec la famille, et les voisins qui étaient venus festoyer avec eux, Pepperlin, de temps en temps, baissait mélancoliquement les yeux en repensant au petit ours qu'il imaginait heureux au milieu de plein d'autres petits ours pareils à lui, peut-être à côté d'un sapin de Noël semblable à celui qu'il avait devant lui.
De temps en temps, il jetait un regard furtif vers les paquets au pied de l'arbre, il les examinait tous avec curiosité, jusqu'à ce qu'il rencontre le regard sévère d'un adulte. Alors il retournait dans les bras de Maria, sa soeur, qui avait huit ans.
La cloche sonna minuit.
Au douzième coup, après la récitation des prières, les enfants bondirent sur leurs pieds. Il y eut une grande agitation: souhaits, baisers, cartes colorées volaient...
Pepperlin entendit à peine son frère réciter une comptine suivie d'un tonnerre d'applaudissements, car il était subjugué par un gros paquet qui l'avait intrigué toute la soirée. Ses parents s'en étaient aperçus, amusés, et l'encouragèrent à le prendre. L'enfant s'en saisit, le tourna et retourna maladoitement à plusieurs reprises, et en arracha l'emballage, jusqu'à ce qu'il en sortît une boîte en carton. Il tira le couvercle, le déchirant, et sous les ovations, le coeur dans la bouche, il finit par en extraire le contenu: Teddy!
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C'est la veille de Noël 2005.
Assis avec de hauts prélats autour d'une table élégamment dressée, pour consommer un repas frugal avant de célébrer la Messe de Minuit solennelle, Papa Benedetto ferme à demi ses yeux célestes, revivant en pensée ce Noël si lointain.
La nostalgie de cette ambiance intime et festive l'envahit. Mais juste l'espace d'un instant: à présent, sa famille , c'est le monde entier, ses frères, ce sont tous les hommes!
Et Teddy? Qu'est-il devenu? Cette lontaine nuit de Noël, il était resté assis tout seul pendant des heures, au milieu du salon. Aujourd'hui, il se sera envolé au Paradis des Ours!
Parce que, c'est connu: pour chaque enfant, il existe un ours en peluche, et pour chaque ours, il y a une place au Paradis.
Et cela aussi, c'est connu: les papes aussi ont été des enfants


 

<<< Joseph et Chico