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Benedict XVI, an intimate portrait

La biographie de référence par Peter Seewald, traduite en anglais. Un passage traduit en français: "son" 19 avril. (14/12/2008)


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L'image choisie pour la couverture illustre à merveille ce qu'il décrit très bien dans le livre comme "ce regard particulier de Ratzinger", au-dessus des verres de lunettes ou de côté, avec un coup d'oeil très rapide.



Ignatius Press: Benedict XVI

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Ignatius

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Les éditions Ignatius sont propriétaires des droits sur les livres de Joseph Ratzinger pour les Etats Unis.
Voir ici une interviewe de son fondateur, le Père Jésuite Joseph Fessio (Le Legs de Benoît).
On y trouve donc probablement tous ses livres, traduits en anglais (voir boutique ici) et aussi des ouvrages (biographies, études, etc.) sur lui.
La biographie-référence de Peter Seewald, parue juste après l'élection ( Benedikt XVI, Ein Porträt aus der Nähe, Ullstein, 2005) vient d'être traduite en anglais sous le titre Benedict XVI, an intimate portrait.
Je l'ai commandée et reçu très vite. Si le texte était en français, je pense que j'aurais pu le dévorer en une nuit. Là, je lis bout par bout, à petit rythme, mon "Robert et Collins" à portée de main, faute de pouvoir faire mieux.

C'est une biographie, pour l'impression que j'en ai après les premières pages, qui ne ressemble pas aux autres, car c'est le portrait d'un ami par un ami. Peter Seewald connaît bien Joseph Ratzinger, avec qui il a co-écrit deux très longs livres-interview, traduits en français sous les titres "Le sel de la terre", et "Voici quel est notre Dieu" (dont ce livre raconte en détail toutes les circonstances, mais je n'en suis pas là), c'est-à-dire qu'il le connaît avec le coeur, et avec leur patrimoine culturel bavarois commun, et il ne craint pas de se mettre personnellement "en scène".
A ce titre, c'est donc une autobiographie, autant que le portrait d'un Joseph Ratzinger très humain, très proche de nous, un homme que nous avons des raisons d'aimer.
Le livre s'ouvre sur la première rencontre du journaliste avec le cardinal préfet, au Palais du Saint-Office, en 1992.
Il décrit son attente dans l'antichambre, avec un photographe, venu faire son job, puis l'arrivée du cardinal:
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"La porte s'ouvrit, et un petit, délicat, gentleman entra, plus petit que je n'imaginais. Il se hâta vers nous avec un long "Jaaa", et étendit les mains en un geste d'évêque" (page 13-14)
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Puis nous assistons au conclave, mais - et c'est ce qui est très original dans son approche - vu de l'extérieur, c'est-à-dire non pas par d'hypothétiques cardinaux (dont personne ne connaît rien, à vrai dire, sinon par des "révélations" truquées de journaux hostiles) mais par le journaliste et ami, venu tout exprès à Rome pour y assister, à la fois pour des raisons professionnelles et personnelles. Sous cet angle, c'est presque un roman.

Qu'il soit venu pour des raisons personnelles, cela apparaît clairement dans le chapitre qui conclut la première partie, intitulé, bien sûr, "Habemus Papam".
J'ai essayé de le traduire... et c'est un vrai bonheur de retrouver l'ambiance du 19 avril 2005, Place saint-Pierre.
Y compris et malgré ceux qui se sont acharnés à ternir la joie de l'instant (ici, les deux cardinaux allemands en prennent pour leur grade!), Dieu sait que nous les avons entendus, chez nous aussi, et depuis, les faits se sont chargés de les ridiculiser.

Habemus Papam

Benedict XVI, an intimate portrait, pages 66-68
Ma traduction

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Après l'élection, trois tenues sont préparées dans la «chambre des larmes » un petit dressing room meublé d'un canapé rouge, juste derrière la Chapelle Sixtine. (Ce nom a été donné en raison de l'état émotionnel dans lequel de nombreux papes nouvellement élus se sont de toute évidence eux-mêmes trouvés.) Un de ces vêtements est long, l'autre est grand, et le dernier est pour le "trapu". Pourtant, étrangement, la soutane n'est ni trop grande ni trop large pour cet homme qui semble si petit. La calotte blanche (ou, pileolus) est si mal repassée qu'elle ressemble à la casquette de randonnée d'un bavarois (wanderkdppi).
« On a l'impression qu'elle vient juste d'être cousue », murmure quelqu'un à côté de moi (ndt : le texte d'origine, vérifié en allemand, semble une coquille, car il est dit "à côté de lui", ce qui est incompréhensible). Et même avec toutes ces nouveautés, on peut voir le vieux pull-over noir fatigué du cardinal émerger des manches mi-longues. Il s'agit évidemment d'une petite farce de la part de la divine providence, pour nous rappeler, sur les photos officielles du Pape, aujourd'hui et toujours, que l'Église du Christ est une Église des pauvres.


Comme le lourd velours rouge tendu derrière les fenêtres de la loggia de Saint Pierre commence à se déplacer, la place devient momentanément rigide, immobile. C'est le plus ancien cardinal diacre, le Chilien Jorge Arturo Medina Estévez, qui apparaît à la foule, de derrière les rideaux. Peu à peu, d'autres cardinaux viennent sur le balcon, à côté de la façade. Un dossier grand format est présenté au Cardinal Medinez [Estevez] du côté gauche, et un micro à droite. «Frères et sœurs», commence t'il en italien. Une pause. Ensuite, il le répète en anglais, français et allemand. Une autre pause. La tension est de plus en plus écrasante. « Annuntio vobis Gaudium magnum - je vous annonce une grande joie. » Sur la Place, une première vague d'applaudissements gonfle. « Habemus papam, nous avons un pape». Le prélat chilien a un sens brillant du suspense. Il fait une autre pause -dramatique afin de monter sa voix dans un bégaiement sensationnel, « le très révérend Josephum ... ... Cardinalem ... Ratttzingerrrr. »
Tonnerre d'applaudissements. La Place Saint-Pierre tremble. Des gens tombent dans les bras les uns des autres. Et lorsque le nouveau Souverain Pontife de la chrétienté catholique, heureux et souriant, met enfin le pied sur le balcon de l'église Saint Pierre face aux fidèles, un vent d'allégresse sans fin enfle. Des centaines, des milliers de personnes sautent en l'air, et applaudissent comme des fous, ensorcelés par la magie de l'instant. Joyeusement excités, comme des enfants dans un théâtre ou dans un cirque au moment de l'arrivée de l'invité surprise.
Complètement captivé, je tiens ma main devant ma bouche, comme beaucoup d'autres. Un frisson, une vague chaude parcourent mon corps des pieds à la tête. Une deuxième vague suit. Des vagues de bonheur tels qu'on en ressent très, très rarement. À la naissance de ses propres enfants - oui, quelque chose comme ça. Ensuite, viennent les larmes dans mes yeux. Pas des inondations, mais des gouttes, de grande joie, qui, si je pouvais les voir, doivent être comme les cristaux scintillants. L'incroyable s'est produit. La montagne a tourné rond. L'esprit est devenu visible.
Le visage de Ratzinger, en fait, porte encore des traces de la lutte qui doit avoir eu lieu en lui. Comme avec le patriarche de la bible Jacob, quand il a lutté avec Dieu sur la rivière Jabbok. Il ressemble à quelqu'un qui a pleuré. Et nous devons supposer que c'est ce qu'il a fait. Dans son émotion grandissante devant la condescendance du grand Dieu qui, à la fin de sa vie, a confié au petit Joseph du petit Marktl am Inn, qui s'est toujours considéré comme un homme fragile, la totalité du troupeau. On ne pouvait pas ignorer la note d'épuisement dans sa voix.
A la suite du « grand Pape Jean Paul II », commence le nouveau pape, « les cardinaux m'ont choisi, moi, un simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur». Ce qui me console, dit-il, c'est que le Seigneur « est en mesure de travailler aussi avec des instruments insuffisants», et donc «je me confie à vos prières »
Dans la métamorphose du conclave, Joseph Ratzinger devient Benoît XVI, et il semble presque qu'une nouvelle aura ait commencé à se former devant les yeux de tous autour de la figure du pape, comme un deuxième corps invisible. Une auréole qui proclame qu'il est désormais fort et prêt à suivre le chemin jusqu'au bout. Le passage d'un pontificat à l'autre, dans lequel l'étincelle de sympathie pour l'ancien pape saute vers le nouveau, a maintenant eu lieu - même si, à première vue, ce n'est pas encore l'amour qui afflue vers le nouveau pontife. Mais à coup sûr, le Süddeutsche Zeitung n'a jamais affiché un titre aussi pieux que le jour où, pour la première fois après un demi millénaire, un chrétien d'Allemagne est de nouveau monté sur la Chaire de Pierre: « Celui qui croit n'est pas seul. »

En ces instants où la fumée blanche tant attendue montait dans le ciel, j'avais le sentiment d'être littéralement debout sur les nuages.
Mais il ne m’a pas fallu longtemps pour revenir sur terre. Pas plus tard qu'avec l'émission spéciale de la ZDF, pour laquelle un réalisateur m'avait invité sur le toit des studios dans la Via della Conciliazione, l'amère réalité s'était déjà dressée entre le ciel et la terre. Au cours de l'émission, on montrait les visages de tristes Allemands dans les zones piétonnes. Ils étaient tristes, car à leurs yeux un si triste allemand avait été élu. Le présentateur était également triste. Et les cardinaux allemands Lehmann et Kasper, qui étaient assis à côté de moi à ma gauche, n'avaient pas vraiment l'air d'avoir tiré le billet gagnant. Ce n'est que grâce à un très grand effort qu'ils réussissaient à garder un visage poli.

De façon dérisoire et avec l'intention de l'offenser, des gens l'appelaient « l'innocent qui persécute ». Il est vrai que cet homme a gardé quelque chose de l'innocence. Ratzinger semble toujours très ému et inspiré par la grandeur du Seigneur et la beauté de sa création. Je connais un prêtre qui fond en larmes quand il commence à parler de l'amour infini de Dieu. Ratzinger ne pleure pas. Mais il perd littéralement la moitié de son poids quand il parle de la grâce, de la plénitude, et de la miséricorde de Jésus-Christ. Il semble la ressentir, en faire lui-même l'expérience, et il la porte vers les autres avec un enthousiasme qui ne faiblit pas.

Tard dans la soirée, j'ai bu une autre bière au "Gemini". J'étais le dernier client, et à cette heure, ce n'était pas vraiment agréable, à l'extérieur. Peu de temps après avoir quitté la Place Saint-Pierre, j'avais trouvé une bonne trentaine de messages sur ma messagerie vocale provenant d'agences de presse, d'émissions de télévision et de radio, et de rédacteurs en chef. Le plus sympa venait de mon ancien co-équipier Christian: «Je ne peux pas croire que l'ami de mon meilleur ami est le Pape ».
Mais l'humeur n'y était plus. Pas en raison des tristes Allemands. J'étais tout simplement trop épuisé pour saisir plus d'un petit morceau de la chose inconcevable qui venait de se produire.
Vingt-quatre heures après que le nouveau pape ait été élu, nos deux livres étaient numéro un et numéro deux sur la liste des best-seller.

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Michel De Jaeghere