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Aux représentants de l'Université de Parme

Un discours riche et personnel: les nouvelles technologies informatiques et le risque de repli sur soi et d'impossibilité de se concentrer, toute réforme doit commencer par soi-même, la liberté... (2/12/2008)

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Fotografia Felici

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A 12h15 le lundi 1er décembre, dans la Salle de la Bénédiction, le Saint-Père Benoît XVI a reçu en Audience les Professeurs et les Étudiants de l'Université de Parme.


Audience aux professeurs et aux étudiants de l'université de Parme
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Un discours du Saint-Père très personnel et particulièrement riche, plongeant avec son érudition habituelle dans l’évocation d’une éminente figure de l’Eglise de l’An Mil (San Piero Damiano) pour nous rappeler quelques vérités d’aujourd’hui.
Les habitués des catéchèses du mercredi savent que c’est une technique courante chez lui.

D’abord, le Saint-Père s’adresse à des représentants du monde universitaire, un milieu où il se sent littéralement comme un poisson dans l’eau.
Il aborde plusieurs thèmes; mais il me semble que l’essentiel, en relation avec la personnalité de Piero Damiano qui était alors à la recherche d’une heureuse synthèse entre la vie d'ermite et l'activité ecclésiale, soit pour notre époque "la tension harmonieuse entre les deux pôles fondamentaux de l'existence humaine : la solitude et la communion".

1. Attention aux nouvelles technologies, l’ordinateur risque de couper (les nouvelles générations) du monde pour vivre de plus en plus dans un univers virtuel, et de rendre incapables de vraie concentration. (tout professeur en fait l’expérience personnelle, et tout utilisateur intensif de l’ordinateur devrait connaître le risque, j'en suis consciente)..
« Les nouvelles générations aujourd'hui sont fortement exposées à un double risque, dû principalement à la diffusion des nouvelles technologies informatiques… »
2. Mise en valeur du côté communautaire de la recherche universitaire. Une belle idée qui avait été développée par Laurent Lafforgue (Le Pape et le mathématicien ).
« L'Université, au contraire, pour sa nature vit vraiment de l'équilibre vertueux entre l'instant individuel et celui communautaire, entre la recherche et la réflexion de chacun et la confrontation ouverts aux autres, dans un horizon tendanciellement universel. »
3. Toute réforme doit commencer par soi-même. Un thème à méditer profondément dans tous les domaines.
« … toute réforme authentique doit être d'abord spirituelle et morale, c'est-à-dire doit partir des consciences. …es modifications structurelles et techniques sont vraiment efficaces si elles sont accompagnées d'un sérieux examen de conscience de la part des responsables à tous les niveaux, mais plus généralement de chaque professeur, chaque étudiant, chaque employé technique et administratif. »
4. Le concept de liberté :
« Selon l'Evangile et la tradition de l'Eglise, est vraiment libre toute personne, communauté ou institution qui répond pleinement à sa nature et à sa vocation ».
C'est, très clairement, le concept de liberté que le Saint-Père s'applique à lui-même, et il nous invite à faire pareil.
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Texte original en italien sur le site du Vatican.
Ma traduction:

DISCOURS DU SAINT PERE
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Monsieur le Recteur,
Illustres Professeurs,
Chers étudiant et membres du personnel administratif et technique!

Je suis heureux de vous accueillir, dans cette rencontre que vous avez voulu pour commémorer les racines anciennes de l'Université de Parme. Et je suis particulièrement content qu'en vous référant à cette période, vous ayez choisi comme figure représentative celle de Saint-Pierre Damien, dont nous venons de célébrer le millénaire de la naissance et qui dans les écoles de Parmes fut d'abord étudiant, puis maître.

[Ici, le Saint-Père salue protocolairement les personnes présentes]

Comme vous le savez, l'université a été mon domaine de travail pendant de nombreuses années, et même après l'avoir quittée je n'ai jamais cessé de la suivre et de me sentir spirituellement liée à elle. Souvent, j'ai eu la possibilité de parler dans différentes Universités, et je me rappelle très bien être venu aussi à Parme, en 1990, où se déroulait une réflexion sur « Les voies de la foi au milieu des changements du temps présent » (cf Svolta per l’Europa, Edizioni Paoline 1991, pp. 65-89).
Aujourd'hui je voudrais m'arrêter brièvement avec vous sur la « leçon » que nous a laissé Saint-Pierre Damien, en y cueillant quelques points de particulière actualité pour le milieu universitaire d'aujourd’hui.

L'année dernière, à l'occasion de la mémoire liturgique du grand Ermite, le 20 février, j'ai adressé une lettre à l'ordre des moines de la Congrégation des Camaldules (ndt: congrégation monastique de l'ordre de Saint-Benoît fondée au XIème siècle par un moine bénédiction, Saint Romuald: http://it.wikipedia.org/wiki/Congregazione_dei_Camaldolesi ) dans laquelle j'ai mis en lumière combien est particulièrement valide pour notre temps la caractéristique centrale de sa personnalité, c'est-à-dire l'heureuse synthèse entre la vie d'ermite et l'activité ecclésiale, la tension harmonieuse entre les deux pôles fondamentaux de l'existence humaine : la solitude et la communion (cf Lettre à l’ordre des Camaldules, 20 février 2007).
Ceux qui, comme vous, se consacrent aux études supérieures - pour leur vie entière ou seulement dans l'âge juvénile - ne peuvent pas ne pas être sensibles à cet héritage spirituel de Saint-Pierre Damien.

Les nouvelles générations aujourd'hui sont fortement exposées à un double risque, dû principalement à la diffusion des nouvelles technologies informatiques : d'une part, le danger de voir toujours plus se réduire la capacité de concentration et d'application mentale sur le plan personnel ; de l'autre, celui de s'isoler individuellement dans une réalité toujours plus virtuelle. Ainsi la dimension sociale se disperse en mille fragments, tandis que celle personnelle se replie sur elle-même et tend à se fermer à toute relation constructive avec les autres et avec ceux qui sont différents de soi.
L'Université, au contraire, pour sa nature vit vraiment de l'équilibre vertueux entre l'instant individuel et celui communautaire, entre la recherche et la réflexion de chacun et la confrontation ouverts aux autres, dans un horizon tendanciellement universel.

Notre époque aussi, comme cette de Pierre Damien, est marquée de particularismes et d'incertitudes, par carence de principes unifiants (cf ibid.). Les études universitaires devraient sans aucun doute contribuer à qualifier le niveau de formation de la société, non seulement sur le plan de la recherche scientifique au sens strict, mais même, plus généralement, en offrant aux jeunes la possibilité de mûrir intellectuellement, moralement et civilement, en saffrontant les grands questions qui interpellent la conscience de l'homme contemporain.

L'histoire compte Pierre Damien parmi les grands « réformateurs » de l'Église après l'an Mil. Nous pouvons le définir comme l'âme de cette réforme qui porte le nom du pape Saint Gregoire VII, Ildebrando de Soana, dont Pierre Damien fut un étroit collaborateur à l'époque où, avant d'être élu Évêque de Rome, il était Archidiacre de cette Église (cf Lettre à l'ordre des camaldules, 20 février 2007).

Mais quel est le concept naturel de cette réforme ?
L'aspect fondamental que nous pouvons tirer d'écrits et plus encore du témoignage personnel de Pierre Damien est que toute réforme authentique doit être d'abord spirituelle et morale, c'est-à-dire doit partir des consciences.
Souvent aujourd'hui, en Italie aussi, on parle de réforme universitaire. Je pense que, toutes proportions gardées, cet enseignement reste toujours valide: les modifications structurelles et techniques sont vraiment efficaces si elles sont accompagnées d'un sérieux examen de conscience de la part des responsables à tous les niveaux, mais plus généralement de chaque professeur, chaque étudiant, chaque employé technique et administratif. Nous savons que Pierre Damien était très rigoureux avec lui-même et avec ses moines, très d'exigeant dans la discipline. Si nous désirons un meilleur environnement humain en qualité et efficacité, il faut, avant tout, que chacun commence par se réformer soi-même, en corrigeant ce qui peut nuire au bien commun ou lui faire barrage d'une façon ou d'une autre.

En liaison avec le concept de réforme, je voudrais mettre en relief aussi celui de liberté.
En effet, la finalité de l'oeuvre réformatrice de Saint-Pierre Damien, et d'autres parmi ses contemporains, était de faire en sorte que l'Église devienne plus libre, avant tout sur le plan spirituel, mais ensuite aussi sur le plan historique.
De façon analogue, la validité d'une réforme de l'Université ne peut avoir comme contrôle que la liberté : liberté d'enseignement, liberté de recherche, liberté de l'institution académique envers les pouvoirs économiques et politiques. Ceci ne signifie pas l’isolement de l'Université par rapport à la société, ni qu'elle soit sa propre référence, ni, non plus qu’elle poursuive des intérêts privés en profitant des ressources publiques. Ce n'est certainement pas cela la liberté chrétienne! Selon l'Evangile et la tradition de l'Eglise, est vraiment libre toute personne, communauté ou institution qui répond pleinement à sa nature et à sa vocation, et la vocation de l'Université est la formation scientifique et culturelle des personnes pour le développement de la communauté sociale et civile toute entière.

Chers amis, je vous remercie parce qu'avec votre visite, au-delà du plaisir de vous rencontrer, vous m'avez donné l'opportunité de réfléchir sur l'actualité de Saint Pierre Damien, au terme des célébrations millénaires en son honneur. Je souhaite tout le bien possible pour l'activité scientifique et didactique de votre Université, et prie pour que, malgré les dimensions maintenant considérables, elle tende toujours à constituer un universitas studiorum, dans lequel chacune puisse se reconnaître et s'exprimer comme personne, en participant à la recherche « symphonique » de la vérité.
À cet effet j'encourage les initiatives de pastorale universitaire, qui s'avèrent être un précieux service à la formation humaine et spirituelle des jeunes. Et dans ce contexte je souhaite aussi que l'église historique de Saint-François au Pré puisse être rapidement rouverte au culte, au bénéfice de l'Université et de la Ville entière.
Pour tout ceci, qu'intercèdent Saint-Pierre Damien et la Bienheureuse Vierge Marie Marie, que vous accompagne aussi ma Bénédiction, que j'accorde volontiers à vous, à tous vos collègues et à vos proches.

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