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L'AUTRE PAPE DES MEDIAS ALLEMANDS
 

... et pas seulement allemands! Et aussi le "Pape vert". Deux articles pour remettre les faits à l'endroit, dans "La Bussola". (29/9/2011)

-> Discours du Pape au Bundestag, 22/9/2011.




 
 

En Allemagne, les médias racontent un «autre» Pape
Vito Punzi
29/09/2011
(La Bussola)

Les exagérations habituelles de la presse allemande sur le discours de Benoît au Bundestag. À quelques exceptions près.
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Avec les 17 discours offert lors de la récente visite dans sa patrie, Papa Benedetto a donné à ses compatriotes, pas seulement catholiques, et à nous tous, un beau patrimoine à méditer longtemps. Comme on pouvait s'y attendre, c'est sur celui tenu au Bundestag le 22 Septembre que les médias et les commentateurs de langue allemande ont fait la course pour en faire ressortir les aspects partiels au détriment des passages substantiels du texte. Disons-le tout de suite: pas tous, s'il est vrai que le Frankfurter Allgemeine , après avoir écouté Benoît XVI, s'est demandé par la voix de Georg Paul Hefty «pourquoi donc l'événement du pape orateur au parlement avait soulevé par avance autant d'oppositions»? Et l'éditorialiste lui-même tente une réponse: «En réalité, il n'y a là rien de surprenant, étant donné que c'est la terre du protestantisme religieux et politique, et aussi celle de l'individualisme généralisé».

Comme cela s'est produit ailleurs, cette fois encore, le pape allemand a fait croire à nouveau (ndt: càd redonné la foi à) plus d'un commentateur. Dans le numéro du 22 Septembre de l'hebdomadaire libéral Die Zeit - dirigé par l'italo-allemand Giovanni Di Lorenzo - Evelyn Finger avait écrit que «Benoît a peur de la démocratie» et que «son Église devient plus autocratique qu'elle ne l'a jamais été». La même Finger, cependant, commentant le discours devant le Bundestag, n'a pu qu'écrire: «L'homme le plus puissant de la chrétienté n'a pas parlé en missionnaire ou en possesseur de la vérité, mais plutôt en envoyé d'une antique communauté d'hommes capables de persuader, une communauté qui a probablement quelque chose à dire à nous tous».

Cependant, comme nous venons de le dire, certains ont tenté de plier à tout prix les contenus de l'intervention de Benoît XVI à leur propre vision du monde. «Le pape a salué l'écologie», a écrit Welt, à propos du grand discours. «Le pape consacre le mouvement environnementaliste», annonce la première page du Süddeutsche Zeitung , qui ajoute à l'appui un commentaire de l'éditorialiste Heribert Prantl intitulé «Le pape vert, et le pape des lumières». Depuis la Suisse, le Tages-Anzeiger fait écho: «Le pape a salué les écologistes». Mais certains sont allés encore plus loin: «Le pape a de façon surprenante salué les Verts» titre un commentaire à chaud sur le blog Telecom Germania.

«Mais est-ce vraiment le cas?» s'interroge André F. Lichtschlag, le directeur du journal libéral en ligne "Frei eigentümlich" , «ou bien le pape n'a-t-il pas plutôt donné un coup de semonce au délire autour des questions climatiques, vécues comme un substitut à la religion, les jugeant irrationnelles?».
«La raison positiviste, a dit le Pape, qui se présente de façon exclusiviste et n’est pas en mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel, ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres [..] Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste. Mais comment cela se réalise-t-il? Comment trouvons-nous l’entrée dans l’étendue, dans l’ensemble? Comment la raison peut-elle retrouver sa grandeur sans glisser dans l’irrationnel?».

Et, comme l'a écrit le Spiegel, Benoît XVI n'avait-il vraiment à l'esprit que les combattants de la résistance au régime nazi et à d'autres régimes du passé, quand il a dit à propos du droit et de la justice, qu'ils ne pouvaient pas être déterminés par la majorité? Relisons aussi ce passage dans le discours du pape: «Les combattants de la résistance ont agi contre le régime nazi et contre d’autres régimes totalitaires, rendant ainsi un service au droit et à l’humanité tout entière. Pour ces personnes il était évident de façon incontestable que le droit en vigueur était, en réalité, une injustice. Mais dans les décisions d’un politicien démocrate, la question de savoir ce qui correspond maintenant à la loi de la vérité, ce qui est vraiment juste et peut devenir loi, n’est pas aussi évidente».

Et est-ce vraiment un hasard, pour ne citer qu'un troisième passage largement incompris par les médias, que Benoît XVI ait explicitement comparé l'État qui s'éloigne du droit à une bande de brigands? «Nous avons fait l'expérience de séparer le pouvoir du droit», a déclaré le pape, en rappelant l'expérience nazie, «de mettre le pouvoir contre le droit, de fouler aux pieds le droit, de sorte que l’État était devenu une bande de brigands très bien organisée, qui pouvait menacer le monde entier et le pousser au bord du précipice». Difficile de croire que Benoît a seulement souhaité rappeler les douze ans d'Hitler, comme une citation historique gratuite. En effet, pour actualiser son propos, il a ajouté, «Servir le droit et combattre la domination de l’injustice est et demeure la tâche fondamentale du politicien. Dans un moment historique où l’homme a acquis un pouvoir jusqu’ici inimaginable, cette tâche devient particulièrement urgente».

Pour citer encore Lichtschlag, qui certes n'est pas un catholique , Benoît XVI a été l'auteur d'un « grandiose discours historique» à travers lequel il a proclamé «le contraire du populisme quotidien et de l'illégalité croissante qui le reste du temps sont proclamés dans la Chambre haute».
Combien de politiciens et de journalistes l'ont vraiment compris?




Le Pape Vert?

Comment le pape est vert
La Bussola
Riccardo Cascioli
29/09/2011
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«Le Pape est écologiste», ont titré et commenté de nombreux journaux ces derniers jours à propos d'un passage du discours de Benoît XVI la semaine dernière au Bundestag, le Parlement allemand.
En fait, le Pape a parlé du mouvement des Verts et souligné l'importance de la question écologique, mais les mots qu'il a prononcés sont à des années-lumière de l'adhésion à l'idéologie environnementaliste, comme on a voulu nous le faire croire (ndt: en réalité, il s'agissait surtout d'humour, étant donné que les Verts avaient massivement boycotté le Pape au parlement! la question de l'environnment s'insère pour lui dans un ensemble plus large, et il n'a pas changé de discours depuis qu'il est cardinal. Cf. Discours au Bundestag).

Soulignons brièvement ici au moins deux questions.
D'abord, le pape n'a pas épousé les idées des Verts, mais il en a valorisé les interrogations, l'exigence dont elles sont nées: leur apparition sur la scène politique allemande, a dit le pape, «a toutefois été et demeure un cri qui aspire à l’air frais, un cri qui ne peut pas être ignoré ni être mis de côté, parce qu’on y entrevoit trop d’irrationalité. Des personnes jeunes s’étaient rendu compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans nos relations à la nature». C'est ce «cri» que le pape souligne à juste titre, de même que le lendemain il a valorisé la «question» qui agitait Luther, sans adhérer pour autant à ses réponses.
Mais on pourrait aussi dire la même chose par rapport à 68: il y avait sûrement dans le mouvement étudiant un «cri», un désir de sens qui doit être pris au sérieux et jugé positivement, mais c'est quelque chose de complètement différent de l'adhésion aux mouvements politiciens qui ont ensuite mené la protestation.
A une même question, on peut donner des réponses différentes , voire opposées les unes aux autres. Et affirmer que la question est vraie ne signifie pas en épouser toutes les réponses, mais signifie qu'on doit chercher la réponse.

Et c'est ce qu'a encore essayé d'indiquer Benoît XVI dans le passage suivant du discours au Parlement. Le discours sur l'écologie a été utilisée pour élargir l'horizon: s'il est vrai que «nous devons écouter le langage de la nature et y répondre de manière cohérente», il est également vrai qu' «il y a une écologie humaine. Même l'homme a une nature qui doit être respectée et qui ne peut pas être manipulée à volonté». Et c'est là un point que Benoît XVI a voulu «affronter avec force», parce que, «aujourd'hui comme hier, il est largement négligé».
Même l'homme a une nature qui doit être respecté. L'écologie de l'environnement est alors un moyen pour comprendre l'écologie de l'homme.

La nature, contrairement à ce que nous imaginons , ne correspond pas aux arbres, aux fleuves et aux mers, et même aux animaux, mais au sens pour lequel ils ont été créés; c'est cela que nous devons respecter, tout comme nous devons respecter la nature de l'homme, celui pour mequel toutes choses ont été créées. Et la nature de l'homme est d'être fait à l'image et à la ressemblance avec Dieu, avec ce donc unique qui est la liberté.




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