Lettre de Benoît XVI, réactions (V)

France (et plus largement, aire francophone): l'AFP donne le LA (13/4/2019)

En ce qui concerne les médias laïc(iste)s en France, inutile de lire les réactions une par une. Inutile même de s'aventurer au-delà des gros titres.
Tous s'alimentent à l'AFP, et recopient en l'"enjolivant"plus ou moins la dépêche de l'Agence sovietoïde - à laquelle ils sont évidemment abonnés - rendant compte de la réception de la Lettre du Pape Emérite.
Je me suis amusée à faire une capture d'écran de la page de Micosoft Actualités, rubrique (sélectionnée par moi) <Benoît XVI>
Elle parle d'elle-même.

Cliquez sur les images pour les agrandir


A l'exception de La Croix, dont nous avons déjà parlé - journal avec lequel le pire est presque toujours certain -, et de rares titres, considérés conservateurs (Le Figaro, Valeurs Actuelles), qui offrent leurs propres analyses (Jean-Marie Guénois et Laurent Dandrieu), on a l'impression d'une unanimité - trompeuse, en réalité, car tous remontent à la même source.
Je suis tombée sur un article du Journal de Montréal (l'AFP essaime aussi dans toute l'aire francophone), un peu plus développé que ce qui a été publié par nos propres médias.
Comme objet d'étude (et certes pas pour sa qualité), je me risque à le reproduire ici (voir plus bas).

Notons pour compléter brièvement le tableau que la notice Wikipédia de l'AFP stipule:
L’agence France-Presse (AFP) est une agence de presse mondiale et généraliste d'origine française chargée de collecter, vérifier, recouper et diffuser l'information, sous une forme neutre, fiable et utilisable directement par tous types de médias (radios, télévision, presse écrite, sites internet) mais aussi par des grandes entreprises et administrations.

On pourra juger sur pièces dans quelle mesure l'Agence (qui donne ici presque uniquement la parole à des anti-ratzigeriens certifiés!) satisfait à ses engagements.

Et ne vous y trompez pas. L'AFP est sous perfusion de l'Etat, donc en partie financée par le contribuable - donc par vous et moi. Je lis en effet ICI, sous le titre "11 MILLIONS D'EUROS D'AIDE EXCEPTIONNELLE POUR L'AFP":
L'AFP devrait afficher une perte de 1,7 million d'euros pour 2018 et bénéficiera d'un soutien exceptionnel de l'Etat pour 2019,
selon la direction de l'Agence France-Presse et un compte-rendu des représentants du personnel au conseil d'administration.

Voici donc le texte de l'AFP, en date du 12 avril. Il illustre une évidence, que seul un naïf irréductible ou un aveugle peut ignorer: il n'y a pas de dialogue possible avec certains milieux qui cultivent la mauvaise foi systématique et raisonnent selon une logique exclusivement "mondaine". Ce qui est après tout leur droit, et éventuellement leur rôle, objectera-t-on: certes, mais ils prétendent exiger de l'Eglise qu'elle fasse de même, et ils formatent l'opinion en fonction de cette logique, à travers une information biaisée et partielle, et au mépris de toute déontologie. Ces gens-là vivent dans une autre planète que Benoît XVI, ils ne peuvent tout simplement pas le comprendre, et ne l'essaient même pas.
J'ai bien conscience qu'en les citant, je vais irriter ceux qui pensent (et ils ont raison!) qu'il vaut mieux se concentrer sur ce que DIT le Saint-Père, plutôt que sur ce qu'ON DIT de lui. Mais je l'avoue, il y a des choses qui me restent en travers de la gorge...

J'allais oublier: devons-nous penser, charitablement, que la dernière phrase, qui cite brièvement un commentaire positif - celui du "très traditionaliste" (sic!) cardinal Sarah - est une concession à la "neutralité" revendiquée par l'AFP?

Pédophilie dans l’Église : l’analyse de Benoît XVI sous une pluie de critiques


Journal de Montréal (AFP)
12 avril 2019
Mes commentaires entre []. Les caractères gras sont de moi.

* * *

Une analyse de Benoît XVI pointant la révolution sexuelle de 1968 comme une cause des scandales de pédophilie de l’Église était vendredi torpillée par des experts [!!!] rappelant que le phénomène remonte aux premiers siècles du christianisme.

« Identifier dans les années 1960 le début du phénomène des abus sexuels est totalement contredit par toutes les études scientifiques disponibles », assène Massimo Faggioli [une vieille connaissance], professeur d’histoire du christianisme à l’université américaine de Villanova, en évoquant « les écrits des pères de l’Église des premiers siècles ». « Il existe une vaste littérature historique et juridique sur le phénomène », insiste-t-il dans un blogue.

Le vaticaniste italien Marco Politi [idem] se montre également perplexe sur les propos du théologien allemand Joseph Ratzinger (Benoît XVI), admiré pour son érudition.

« Il sait que la pédophilie a accompagné toute l’histoire de l’institution ecclésiastique, c’est juste que cela a été obstinément caché siècle après siècle. Ratzinger sait bien que le concile des évêques espagnols d’Elvire en 306 a condamné les “violeurs de jeunes garçons” », relève-t-il.

La théologienne française Marie-Jo Thiel, qui vient de publier un volumineux ouvrage intitulé « l’Église catholique face aux abuse sexuels sur mineurs », mentionne aussi un texte de 1741 du pape Benoît XIV (1740-1758) contre les abus sexuels.

Dans 18 pages de surprenantes réflexions [!!!] publiées dans Klerusblatt, un mensuel bavarois destiné au clergé, le pape démissionnaire voici six ans souligne que « la révolution de 1968 s’est battue pour une complète liberté sexuelle, qui n’admettait plus de normes » et que la pédophilie a alors été « diagnostiquée comme permise et appropriée » par certains. Il met également en avant des idées théologiques nouvelles et l’effondrement de la foi en Occident pour expliquer les énormes scandales liés aux prêtres pédophiles.

« C’est vrai que la société des années 1960 est caractérisée par une crise de l’autorité et une permissivité sexuelle. Mais ce contexte n’est pas suffisant à expliquer cette crise », souligne Marie-Jo Thiel, dans les colonnes du quotidien français La Croix. Et « si la pédophilie est due à un manque de foi, pourquoi, alors, autant de prêtres parmi les abuseurs ? ».

Pape manipulé ?
----
Benoît XVI, qui fêtera la semaine prochaine ses 92 ans [façon d'insinuer qu'il est probablement sénile], serait-il sous influence, voire manipulé [accusation scandaleuse, au point que Georg Gänswein a dû s'en justifier dans le NYT], s’interrogent certains spécialistes [autoproclamés!!]. Il s’était en effet engagé à rester discret pour ne pas donner l’impression d’être une autorité parallèle à celle du pape François.

Pour Marco Politi, « quelque chose ne colle pas dans le pamphlet » de Benoît XVI, y compris le moment choisi pour le publier, même s’il a reçu le feu vert du Saint-Siège, quelques semaines après un sommet historique d’évêques consacré aux abus sexuels sur mineurs.

« Le pape émérite aurait dû choisir le silence », estime-t-il, « dans les moments les plus graves, une seule voix doit être entendue au sommet, sinon on sème la confusion ».

Il soupçonne Benoît XVI d’être sous l’influence des cardinaux allemands ultraconservateurs Walter Brandmüller [90 ans, donc pratiquement contemporain de Benoît XVI!!] et Gerhard Müller, ex-gardien du dogme au Vatican non renouvelé par le pape argentin, « engagés dans une vaste opération de diversion pour faire endosser les péchés de pédophilie au sein de l’Église à la culture gaie et à la perte de la foi ». Ces prélats font partie d’une frange traditionaliste, nostalgique de Benoît XVI.

Pour illustrer une certaine « dissolution de l’enseignement de l’Église », Benoît XVI mentionne aussi, comme un cheveu sur la soupe, que « des cliques homosexuelles se sont développées dans différents séminaires » dans les années 1960.

Le pape François [un Pape qui a tout compris, lui!] préfère fustiger le pouvoir exercé en vase clos du clergé (« cléricalisme »), une culture qu’il veut éradiquer, et il met désormais au premier plan la souffrance des victimes d’abus sexuels, quasiment pas évoquée par Benoît XVI.

Massimo Faggioli s’interroge aussi sur la mystérieuse transmission du texte en avant-première à quelques médias américains proches des milieux anti-François [tiens! un complot?], d’autres experts [encore!!] se demandant même si le pape émérite vieillissant en est bien l’auteur.

Le très traditionaliste cardinal guinéen Robert Sarah n’a pas de doutes. « Nous devons remercier le pape émérite Benoît XVI d’avoir eu le courage de prendre la parole. Sa dernière analyse de la crise de l’Eglise me semble d’importance capitale. L’effacement de Dieu en Occident est terrible », a tweeté ce membre de la Curie romaine [l'allusion à la Curie romaine renvoie à l'hostilité connue de François envers elle et à son opposition supposée aux réformes entreprises par François pour assainir la situation].

Tous droits réservés.
La reproduction, uniquement partielle, des articles de ce site doit mentionner le nom "Benoît et moi" et renvoyer à l'article d'origine par un lien.