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L'AUTRE VISAGE DE 'PAPA' RATZINGER
 

C'est celui rapporté par Denis Crouan, le créateur du site Pro Liturgia (1), qui a eu l'occasion de le cotoyer, alors qu'il était cardinal. Il a la gentillesse de le faire partager à mes lecteurs. Un régal! (25/9/2011)




 
 

Pro Liturgia C'est l'occasion de (re)découvrir ce site... d'autant plus qu'il a fait peau neuve (clic!)




 

L’AUTRE VISAGE DU PAPE RATZINGER
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Que l’on me permette de raconter ici trois petites histoire qui, j’espère, permettront de mieux connaître notre « pape Ratzinger » au sujet duquel on dit souvent tout et n’importe quoi pour essayer de faire coller son tempérament à nos petites catégories mentales.

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La première histoire se passe dans mon diocèse, en 1984 très exactement. J’enseignais alors dans un collège privé dépendant directement de l’autorité de l’évêque de Strasbourg. Or, un jour, on m’annonça de façon abrupte mon licenciement. Qu’avais-je fait ? J’avais simplement osé prétendre que les messes qui étaient célébrées dans ce collège pour les élèves ne respectaient pas les normes liturgiques précisées par l’Eglise. Du coup, je fus traité d’ « intégriste » et je n’eus plus le droit d’enseigner dans un établissement privé. On me conseilla même - sans rire - d’aller « voir chez Mgr Lefebvre »… Ce que je ne fis jamais, à la grande déception de mon évêque et de son entourage qui auraient alors eu des arguments en faveur de mon supposé « lefebvrisme ».
Sans travail, sans revenu ni allocations, je me demandais comment m’en sortir lorsque je tombai sur un article du « Figaro » qui présentait un cardinal que Jean-Paul II avait nommé à la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. J’eus alors l’idée d’écrire à ce cardinal - Joseph Ratzinger, un bavarois - pour lui expliquer ce qui m’arrivait et lui demander ce que je devrais faire. A ma grande surprise, une réponse arriva sous forme d’un courrier tapé sur une veille machine à écrire dont les caractères n’étaient même plus alignés. Le cardinal Ratzinger me disait d’aller voir mon évêque pour lui dire qu’il était dans l’obligation de me donner les motifs exacts de mon licenciement s’ils étaient d’ordre théologique. Et il ajoutait que si mon évêque refusait de me donner des explications, je devrai intenter un procès… Dans le même temps, le cardinal se portait garant de ma « catholicité » : les ouvrages sur la liturgie que j’avais publiés étaient en parfaite conformité avec les enseignements de l’Eglise, précisait-il.
Apprenant que j’avais pris contact avec le cardinal Ratzinger, mon évêque eu du mal à contenir sa colère : de quoi se mêlait-on à Rome ? De quoi se mêlait ce cardinal bureaucrate… qui n’y connaissait rien en liturgie ?
Mon évêque refusa de me donner le motif de mon licenciement et par conséquent, suivant le conseil du Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, j’intentai un procès qui m’obligea à faire trois recours en Cassation. Le procès fut gagné ; j’en informai aussitôt le cardinal qui me répondit qu’il se réjouissait que l’issue de l’affaire ait été en ma faveur.
Ce jour-là, j’avais découvert ce qu’il est convenu d’appeler un « prince de l’Eglise », c’est-à-dire quelqu’un qui tient sur des positions aussi claires que courageuses.

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La deuxième histoire se passe à Rome. J’avais l’occasion de passer quelques jours dans la capitale italienne et en préparant un peu mon séjour, j’étais tombé sur un article de journal - encore un ! - où l’on disait que tous les matins, vers 8 heures, on pouvait voir le cardinal Ratzinger traverser la place Saint-Pierre pour se rendre à son bureau de l’ex-Saint-Office.
Je décidai donc d’être un matin, à 8 heures, place Saint-Pierre. A cette heure-ci, il n’y a devant la basilique que des pigeons et quelques vendeurs de cartes postales qui montent leurs stands avant que les touristes n’arrivent… J’attends non loin de l’ « arc des cloches » quand tout à coup, je vois arriver, du côté opposé où je suis, le cardinal.
Le cardinal ? Pas exactement. Je vois plutôt un prêtre qui aurait pu être un simple curé de paroisse rurale du fond de l’Italie. Le cardinal avance de son pas si particulier donnant l’impression qu’il a peur de blesser le sol ; il est en soutane noire, porte un béret et tient d’une main une vieille serviette passablement ramollie par les années, tandis que dans l’autre main il a son chapelet… En le voyant, je me dis que Joseph Ratzinger, avant d’être cardinal, est surtout prêtre. « Prêtre », le plus beau titre que l’Eglise puisse donner à un homme au service de Dieu.
Je m’approche de lui d’un pas assuré et je remarque qu’il ralentit en me voyant, qu’il me regarde même avec une certaine inquiétude. Me prend-il pour un terroriste ? Je me présente et dès qu’il entend mon nom, il me dit : « Vous êtes à Rome ? Pour combien de temps ? » Et tout de suite il me demande des nouvelles d’amis strasbourgeois que nous avons en commun. Je resterai longtemps sidéré par la mémoire de cet homme et par sa bonté lorsqu’il écoute ce qu’on lui dit.
Il me propose de faire quelques pas avec lui en direction de l’aula Paul VI où, dit-il, il doit assister à une rencontre à laquelle sera le pape Jean-Paul II. Tout en marchant, je lui remets une grande enveloppe contenant un dossier préparé par des séminaristes qui souhaitent l’informer des grandes difficultés qu’ils rencontrent au long de leur chemin vers la prêtrise. Le cardinal me remercie et me dit : « Avant la rencontre avec le Saint Père, j’ai un peu de temps pour lire votre dossier ; mais je dois vous avouer qu’ici nous savons bien quelle est la situation de l’Eglise en France… ». Me voici rassuré : on est bien informé au Vatican. J’aurai la joie d’annoncer ça aux séminaristes qui m’avaient « chargé de mission ».

Ce jour-là, je découvre l’immense simplicité et la grande sensibilité du cardinal. Et j’imagine tout de suite combien il doit souffrir lorsqu’il entend qu’on le traite de « Panzerkardinal ». Si pendant la guerre l’ennemi avait eu de tels « Panzer », il n’y aurait eu aucun mort… Joseph Ratzinger est tout ce qu’on voudra sauf un homme dur et intransigeant. Il est un amoureux inconditionnel de l’Eglise ; et un catholique qui aime à ce point l’Eglise ne peut être qu’un homme à la bonté sans limites.

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La troisième histoire est celle-ci : en pleine crise lefebvriste, j’avais rédigé un petit mémoire sur la question du « traditionalisme » en France, que j’avais envoyé au cardinal. A ma grande surprise, je reçus peu de temps après un courrier dont le ton était assez emporté ; j’avais l’impression que le cardinal me soupçonnait de je ne sais quelles manigances au profit de l’aile la plus « progressiste » agissant dans l’Eglise. D’abord, je ne compris pas ; puis, en relisant la copie de la lettre que j’avais envoyée, je m’aperçus que j’avais très mal tourné une phrase : on pouvait, en la lisant, comprendre exactement le contraire de ce que je voulais dire. J’adressai donc un nouveau courrier au cardinal en lui précisant ma pensée et lui demandant de bien vouloir excuser l’erreur que j’avais faite. A peine quelques jours plus tard, je reçus une réponse : c’était le cardinal qui me demandait de l’excuser d’avoir mal interprété ma pensée… Je fus très secoué par ce courrier prouvant la grande humilité de ce théologien hors norme.

Bien entendu, je ne pourrais par finir sans évoquer l’immense joie que j’ai eue, le 2 avril 2005, quand à la télévision j’ai entendu la célèbre formule qui flaire si bon la sainte Eglise catholique romaine : « Annuntio vobis gaudium magnum ; 
habemus Papam : Eminentissimum ac Reverendissimum Dominum,
 Dominum Josephum
 Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Ratzinger
 qui sibi nomen imposuit Benedictum XVI. »
Immense joie, oui ; mais aussi grande tristesse à la pensée que Joseph Ratzinger qui n’aspirait qu’à une chose, revenir dans sa chère Bavière natale et prendre une retraite « de bénédictin » partagée entre la prière et le travail, allait devoir rester à Rome pour tâcher de mettre de l’ordre dans une Eglise souvent aussi complexe que turbulente.

Et aujourd’hui ? Je ne manque jamais d’envoyer un mot au Saint Père à l’occasion de Pâques ou de Noël ; il ne manque jamais de faire envoyer une réponse. Et quand je le vois célébrer la sainte Liturgie, je reprends le livre qu’il m’avait envoyé complété d’une dédicace par laquelle il exprimait « notre amour commun pour la sainte Liturgie. »

Denis CROUAN
Docteur en théologie catholique
Président de Pro Liturgia.




(1) Un alsacien commente la visite à Fribourg

I. A chaque fois que le pape Benoît XVI se rend quelque part, il se trouve un comité chargé de lui rappeler que des adolescents ont été abusés par des prêtres.
Ce qui s’est passé dans l’Eglise est incontestablement dramatique et honteux.
Pour autant, faut-il sans cesse remettre cette question sur le tapis ? Faut-il la redire à ce pape qui a fait tout ce qu'il fallait pour que les coupables soient retrouvés et sanctionnés?
Rappelons que des cas similaires d’abus sexuels ont lieu dans bien d’autres milieux religieux très éloignés du catholicisme, dans le monde de l’éducation… et aussi - surtout, disent même certains - dans le cadre de familles apparemment très « comme il faut ». Mais ces milieux-là n’ont pas, comme dans l’Eglise catholique, une Autorité unique pour les représenter. Ils n’ont pas quelqu’un qui puisse être désigné comme le responsable de déviances commises par d’autres.
Alors on attaque le Successeur de Pierre pour porter atteinte à l’Eglise elle-même, comme s’il n’y avait qu’en son sein qu’arrivent de telles abominations.
Ces attaques très ciblées ne procèdent-elles pas d’une certaine malhonnêteté lorsqu’elles permettent de passer sous silence bien d’autres cas qui n’ont aucun lien avec l’Eglise ?

...

II. On aura remarqué:
- que chaque messe célébrée par le Souverain Pontife est précédée du rappel que la liturgie est un moment de prière et de contemplation duquel il faut évacuer tout ce qui pourrait être une occasion de distraction: applaudissements, agitations de banderoles et de foulards... etc.
- que le Saint-Père, fidèle à l'enseignement conciliaire, n'ôte rien, n'ajoute rien, ne change rien à la liturgie - contrairement à ce qui se fait encore partout en France... avec les vifs encouragements des autorités diocésaines -.

III. L’archidiocèse de Strasbourg et son Pasteur, Mgr Grallet, devraient avoir honte.
Alors que le pape Benoît XVI vient à Fribourg-en-Brisgau, à quelques kilomètres seulement du diocèse alsacien et alors que des fidèles vont aller à la rencontre du Successeur de Pierre, sur le « remarquable » site internet du diocèse de Strasbourg (
http://www.diocese-alsace.fr/ ) ne figure aucune annonce de la venue du pape.
Rien… à part, bien sûr, les stupidités habituelles qui sont sans importance mais sont devenues le pain quotidien des catholiques.
Au demeurant, dans les paroisses (pardon : les « communautés de paroisses »), on est généralement resté tout aussi silencieux à propos du voyage apostolique que fait Benoît XVI dans le diocèse voisin.
Tout ceci est proprement honteux et en dit long sur l’état de dégradation de l’Eglise catholique en terre d’Alsace en dépit de tout le "tralala" qu'on fait autour des "regroupement de paroisses" et de la "mise en place d'équipes" en tous genres.

N.B. On nous fait remarquer que dans la presse locale de ce samedi, un certaine Dominique Fuchs, "animatrice" de la zone pastorale de Mulhouse, déclare que "la visite de Benoît XVI à Fribourg n'est pas notre priorité pastorale."
Il est vrai que pape, où qu'il soit, n'est pas une "priorité" pour les responsables de l' "Eglise-qui-est (subsiste?) en-France"...




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