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Le Québec, terre de mission, comme la France

A propos d'un récent billet de Sandro Magister, une réaction canadienne, transmise par Sheelagh (11/10/2008)

Sandro Magister a consacré l'un de ses derniers billets (8 octobre, http://chiesa.espresso.repubblica.it/.. ) à la situation de l'Eglise au Québec.

Un sujet d'actualité: l'archevêque de Québec, Mgr Ouellet, est en effet rapporteur général du Synode des évêques, sur le thème de la transmission de la parole de Dieu, qui se déroule actuellement au Vatican (Il y a certainement une raison de cause à effet dans ce choix du Saint-Père).

Le titre de l'article trouve forcément un écho en France (il suffit de remplacer Québec par France, et Amérique du Nord par Europe): "Alors que l'on débat à Rome, le Québec a déjà été pris d'assaut. C'était la région la plus catholique d'Amérique du Nord, c'est aujourd'hui la plus sécularisée".

Et il cite l'homélie du Saint-Père, lors de la messe d'ouverture du synode, dimanche dernier ( La vigne du Seigneur (2) ): je l'avais prise pour nous.

On pense spontanément... à la première annonce de l'Évangile, dont jaillirent des communautés chrétiennes initialement florissantes, qui ont ensuite disparu et ne sont plus rappelées aujourd'hui que dans les livres d'histoire. Ne pourrait-il pas se produire la même chose à notre époque ? Des nations autrefois riches de foi et de vocations sont aujourd'hui en train d'égarer leur identité, sous l'influence délétère et destructrice d'une certaine culture moderne.
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La situation que Magister décrit dans ce pays géographiquement lointain mais culturellement très proche, où un certain romantisme idéologique persiste, au moins en France, et surtout chez les jeunes, à voir une sorte d'Eldorado, est tellement proche de ce que nous vivons ici, que l'on pourrait croire qu'il parle de nous:

Article ici, traduction en français Charles de Pechpeyrou: http://chiesa.espresso.repubblica.it..
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Le Québec est la plus vaste province du Canada – cinq fois la taille de l’Italie – mais compte moins de huit millions d’habitants. On y parle le français. Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’empreinte catholique y était encore très marquée. Ses fleuves et ses villages portent des noms de saints, les églises sont très nombreuses, les écoles et les hôpitaux sont presque tous nés de l’initiative religieuse. Les vocations étaient elles aussi florissantes.

A partir des années 60, cependant, on a assisté à une chute verticale. Sans bruit, une "quiet revolution" a fait du Québec un avant-poste de la sécularisation. Aujourd’hui, moins de 5% des catholiques vont à la messe le dimanche. Il y a peu de mariages religieux, les funérailles sont majoritairement civiles, les baptêmes se font de plus en plus rares.

Les lois codifient cette situation au nom d’un fondamentalisme laïciste qui est parvenu, cette année, à imposer à toutes les écoles publiques et privées du Québec – une première mondiale – un cours obligatoire "d’éthique et de culture des religions". Il est interdit aux enseignants qui en sont chargés de se présenter comme croyants et appartenant à une communauté de croyants. Pendant le cours, des informations sont données sur les principales religions du monde et l’on discute de sujets controversés comme l’avortement ou l’euthanasie, avec l’obligation de ne prendre position ni dans un sens ni dans l’autre.

"C’est la dictature du relativisme appliquée dès l’école primaire", a protesté le cardinal Ouellet. Mais sa voix reste isolée. Si 80% des familles continuent de demander l’enseignement de la religion catholique, une seule école, la Loyola High School de Montréal, a présenté un recours devant la cour suprême contre le cours obligatoire désormais imposé par la loi.

Georges Leroux, le philosophe de l’Université de Montréal qui a conçu le nouveau cours, affirme "qu’il est désormais temps de transmettre la culture religieuse non plus comme croyance mais comme histoire, comme patrimoine universel de l’humanité".

A noter que les lois les plus éloignées de la doctrine de l’Eglise ont été votées au Québec par des majorités non pas radicales mais modérées. La loi sur l’enseignement obligatoire "d’éthique et de culture des religions" a elle-même été approuvée par un gouvernement conservateur, dont font partie des catholiques.

En outre, la révolution culturelle qui a changé le visage du Québec n’est plus "quiet". Elle s’est faite récemment plus hostile et plus méprisante envers ceux qui lui résistent. Dans le numéro du 3 octobre d’"Avvenire", le cardinal Ouellet a déclaré:

" J’ai eu récemment une preuve de cette aversion quand j’ai écrit aux médias une lettre ouverte où, entre autres, je demandais pardon au nom de l’Eglise canadienne pour les erreurs que nous avions commises dans le passé (ndr: il n'aurait pas dû!!). Les réactions à cette lettre ont été très hostiles".


En annexe, Sandro Magister propose un article écrit par le cardinal Ouellet dans le dernier numéro de "Vita e Pensiero", la revue de l’Université Catholique de Milan. « Un article d’autant plus intéressant qu’il est paru à la veille d’un synode des évêques précisément consacré à savoir "comment rendre l’annonce de l’Evangile plus efficace à notre époque" », dit-il.

Le cardinal interpelle son pays sur un ton dramatique "Québec, qu’as-tu fait de ton baptême ?", qui n'est pas sans rappeler la mise en garde que Jean-Paul II avait adressé à la France le 1er juin 1980 au Bourget. Et, en s'exprimant dans le quotidien de la CEI, L'avvenire, il ne craint pas d'utiliser des mots très forts: mépris, aversion.
Or, les choses ne sont peut-être pas aussi simples que ses plaintes ne le laissent supposer.
Sheelagh m'écrit en effet:
"Mon seul commentaire est que l'Église, locale et provinciale, ne semble pas vouloir admettre ses propres lacunes, son ignorance...
Les remarques du Cardinal Ouellet me donnent l'impression que les Églises locale/provinciale sont sans tache. Ils sont les premier responsables de la situation actuelle. On a l'impression qu'ils sont les "victimes"...
"

Elle m'envoie un article "pas très récent" (non daté...) écrit par un de ses amis canadiens, George Allaire, qui répondait en quelque sorte par anticipation au cardinal Ouellet, et qui confirme l'impression de Sheelagh.
Ce qu'il dit me paraît pouvoir s'appliquer en grande partie à la France d'aujourd'hui.


L'Église catholique du Québec: une observation clinique d'un moribond
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L'Église catholique du Québec a la fécondité du figuier stérile. Côté chiffres, l'offre et la demande se tiennent. Il n'y a guère de demande de prêtres, de religieux et de religieuses, ni de sacrements, et il n'y a guère de candidats à la prêtrise et à la vie religieuse. Côté personnel, l'indifférence est généralisée et la désolation est exceptionnelle.

La disparition locale d'une religion n'est pas étrangère à la pastorale locale de cette religion.
Consciemment ou non, ses responsables vident institutionnellement leur église.

1. D'abord côté intelligence. L'enseignement religieux autorisé dispensé depuis des décennies aux générations montantes assure que l'Ancien Testament est un tissu d'histoires fabriquées pour prouver un point, à la façon des fables de La Fontaine, qui n'ont guère à voir avec les faits de l'histoire. L'unique "miracle" qu'on y tolère est la coïncidence entre des faits naturels et des paroles de gens de foi: bref, un non-miracle; seulement une interprétation biaisée des faits en faveur d'une option psychique particulière. Quand au Nouveau Testament, l'histoire de Jésus-Christ est remplacée par des présumées histoires expliquant comment des expériences subjectives sans fondement extérieur, dans l'église primitive, ont été traduites en images "miraculeuses" à la façon de poésies religieuses.
- Après l'histoire, on évite et même on interdit l'enseignement spirituel élémentaire qui donne un sens à l'histoire de Jésus-Christ: le combat spirituel pour le salut des âmes, qui est le fondement du renouveau de la charité chrétienne. [Malgré tout son séminaire, un jeune prêtre ignorait que son Église reconnaît dans le Diable un être spirituel personnel qui intervient réellement dans la vie des gens.]
- Et pas de péché, bien entendu, sauf certains sur un plan socio-économique qui dépassent nos responsabilités personnelles. Dans ce contexte, un Jésus Sauveur n'a rien à nous sauver.
- Finalement, rien dans l'enseignement religieux en classe et en chaire explique pourquoi le Pape de Rome est ce fanatique qui s'oppose apparemment aux femmes, aux homosexuels, au divorce, à la contraception et à l'avortement, les grandes "libérations" des temps présents. Fanatique, si on n'en voit pas la décence et la pertinence. Et elle n'est nulle part expliquée.

2. Ensuite, côté pratique, la discipline religieuse entraîne les croyants à désobéir à des exigences élémentaires d'une l'Église qu'on nomme universelle afin de s'en démarquer et d'assurer la différence de l'Église locale. Et il ne sert à rien d'expliquer qu'universel signifie dans toutes les localités.
- Ainsi, l'absolution collective est formellement et strictement interdite par l'Église universelle, sauf en situations rares et graves. Mais elle est devenue pratique courante dans les diocèses du Québec où les restes des croyants sont invités à cette pratique.
- Voyons la communion. Elle exigerait que le communiant approche de la communion en état de grâce, c'est-à-dire en ayant mis sa vie en ordre selon les exigences radicales des commandements de Dieu et de l'Église. Une des exigences graves les plus banales est la participation à la messe du dimanche, sauf empêchement. Pourtant, chez nous, on favorise et pratique la communion universelle des gens qui se retrouvent exceptionnellement à l'église. Autrement dit, on pratique systématiquement la communion sacrilège.
- Quant au mariage catholique, il est distribué comme une commodité sociale aux gens qui affirment n'y pas croire, ou ne pas croire à ses exigences de vie et de fidélité, bref à des gens qui de fait n'échangent pas les voeux qu'on prétend y échanger.
- Un détail, parmi d'autres: l'Église universelle, celle de toutes les localités, interdit à toute personne non-consacrée de faire l'homélie à la messe, insistant que même un séminariste, avant son diaconat, n'a pas ce droit. La pratique de nos localités déroge facilement à cette norme.
- Autre détail: la distribution de la communion doit obligatoirement être faite par un prêtre ou un diacre, et non par des laïcs, sauf exceptions, contrairement à la pratique courante institutionnalisée dans nos milieux.

On comprend ensuite que le coup de génie d'une pastorale locale soit d'émettre un sacre local, "libres en Christ", comme expression de sa foi. Contrastons-le avec l'expression nettement plus riche de Jean-Paul II, qui ne vient spontanément à aucun sacreur: "Notre liberté est de servir le Christ."

Il est naturellement normal, et le contraire naturellement impossible, que des gens dotés d'une intelligence et d'une bonne foi, concluent que la religion catholique locale est une histoire romantique et une pratique aléatoire. Voilà comment les églises se sont vidées. Et les gens d'une autre foi n'ont aucune raison d'y mettre les pieds.

Quant au surnaturellement possible, comme disait le Pape Pie IX, récemment conspué par les médias et béatifié par Jean-Paul II: "Dans les choses humaines, il faut se contenter de faire du mieux que l'on peut et pour le reste, s'abandonner à la Providence, qui palliera aux défauts et aux insuffisances de l'homme".

L'Église locale du Québec est en voie incontournable de disparition.
Mais l'histoire de l'Église catholique rapporte inlassablement que celle-ci ne disparaît jamais. S'il y a un Dieu au ciel, on peut croire que le hasard n'a rien à voir avec la disparition d'un catholicisme local qui s'est installé confortablement dans l'incroyance universelle au moment même où, dans l'Église universelle, les candidats à la prêtrise et à la vie religieuse sont en nombre croissant.

Georges Allaire

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