Alfie, la conjuration du silence

Le coroner refuse sans explication les investigations post-mortem pour établir les causes de la mort du bébé. Enquête d'Aldo Maria Valli (21/5/2018)

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Dossier Alfie

Ce silence obstiné ouvre évidemment la porte aux pires soupçons.... Que justifient d'ailleurs le récit glaçant par Benedetta Frigerio (cf. Comment Alfie est mort) des derniers instants du petit garçon: «Avant sa mort, alors que Thomas était sorti un instant, laissant Kate endormie et un autre membre de la famille dans la chambre, une infirmère est entrée et a expliqué qu'elle allait donner au bébé quatre médicaments (on ne sait pas lesquels) pour le soigner. Après environ 30 minutes, la saturation est tombée à 15. Deux heures plus tard, Alfie était mort».

Sur la mort d'Alfie, une conjuration du silence


Aldo Maria Valli
15 mai 2018
Ma traduction

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Pas d'autopsie, pas de tests toxicologiques post-mortem, rien de rien. Interviewé par le blogueur John Allman, spécialiste en enquêtes sur les morts suspectes, le coroner de Liverpool a répondu que la mort d'Alfie Evans était dûe à des «causes naturelles» et qu'il n'y a donc aucune raison de procéder à des examens avec autopsie sur le corps de l'enfant, dont les funérailles ont eu lieu hier.

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Figure typique des pays anglo-saxons, le coroner est plus qu'un médecin légiste. Il a en effet un pouvoir discrétionnaire assez large, il peut choisir d'enquêter sur une affaire et comment procéder à l'enquête. Il dispose en outre de fonds publics pour réaliser les recherches. Mais dans le cas d'Alfie Evans, le coroner André Rebello a établi qu'«Alfie Evans est mort de cause naturelle et qu'il n'y avait aucune obligation pour un médecin légiste d'enquêter en vertu du Coroner and Justice Act de 2009 ou de toute autre loi».

La réponse peut être lue dans l'échange de mails qu'Allman publie dans son blog et montre une volonté tenace, de la part du coroner, de clore l'histoire au plus vite, sans approfondissement.

«Après la mort d'Alfie - écrit Allman dans le premier mail - j'ai cherché en vain des informations sur les causes, sur des examens post-mortem, sur des examens toxicologiques et sur l'enquête du coroner. J'ai donc décidé d'aller directement à la source. J'ai été choqué par ce que j'ai appris».

Bien que formellement courtois, le coroner dit en substance à Allman de ne pas s'en mêler: en fait, il lui demande d'abord pourquoi il s'intéresse à l'affaire, puis il dit que puisqu'«Alfie Evans est mort de cause naturelle», il n'y a pas d'obligation de procéder à une enquête».

Mais Allman n'abandonne pas son emprise et insiste. Il veut savoir quelle a été la «cause naturelle» de la mort d'Alfie, d'autant plus que sa maladie a été définie comme «inconnue». Si l'on considère qu'il n'y a pas lieu de procéder à une enquête, on présume qu'à présent la cause est connue: alors quelle est-elle, en l'occurrence?

Allman demande à visionner les documents et en particulier la copie du certificat de décès, mais Rebello répond que par rapport au mail précédent, il n'y a rien à ajouter: il n'y a pas eu d'enquête du coroner et pour obtenir l'information demandée Allman doit contacter le bureau local qui enregistre les décès.

Nouveau mail d'Allman qui insiste, et nouvelle réponse du coroner, cette fois un peu moins évasive. Il rapporte qu'«à la suite d'enquêtes préliminaires, le tribunal a statué que ce décès ne nécessite pas d'enquête du coroner». De plus, dit-il, la communication d'Allman «ne fournit aucune information nouvelle par rapport aux documents détaillés auxquels le tribunal a eu accès. «La mort - répète-t-il - est enregistrée comme mort pour cause naturelle» et «puisqu'il n'y a aucune enquête du coroner, il serait inopportun que le tribunal partage avec vous des informations privées sur la famille». L'enregistrement des décès, conclut-il, «est de toute façon dans le domaine public, dans la mesure où n'importe qui peut demander un certificat de décès».

Est-ce tout à fait clair? Nullement. En attendant, nous apprenons qu'il y a eu des «enquêtes préliminaires» et ensuite, il serait intéressant de connaître le texte du document établi par le tribunal. En effet, Allman le réclame: «S'il vous plaît, puis-je avoir une copie de l'ordonnance ou de la décision du tribunal, dont vous avez parlé, selon laquelle la mort d'Alfie Evans ne nécessite pas d'enquête par le tribunal?». Puis il ajoute: «Si vous le savez, pourriez-vous m'indiquer s'il y a eu autopsie?».

Et voici la réponse du coroner Rebello: «Cher M. Allman, même s'il y avait eu une enquête du coroner, je n'aurais pas été d'avis qu'il y avait un intérêt légitime de votre part dans cette affaire, au point de vous fournir des informations à ce sujet».

Rebello se dit satisfait de l'explication selon laquelle le décès était dû à des causes naturelles, c'est-à-dire à une maladie incurable, ce qui a permis d'enregistrer le décès de l'enfant sans enquête de la médecine légale. Enfin, après avoir évoqué le droit à la vie privée et à la confidentialité des citoyens et de leur famille, et fait valoir que la relation avec les médecins est privée, le coroner rappelle que certaines questions ne deviennent publiques que si le tribunal décide qu'une enquête est nécessaire. Conclusion: «Je n'ai pas l'intention de discuter avec vous de ces questions ou de toute autre question que vous avez soulevée. En tant que coroner, j'ai mes devoirs et il serait inapproprié de ma part d'expliquer davantage».

Alors, tout est fini ? Non, parce qu'Allman écrit à nouveau. Et il objecte: vous dites que vous êtes satisfait de l'explication selon laquelle Alfie est mort de causes naturelles, d'une maladie diagnostiquée comme incurable. Dites-moi alors, je vous prie, le nom de cette maladie, sinon la cause du décès est inconnue. «Si vous autorisez la destruction du corps d'Alfie, avec crémation ou sépulture, et sans autopsie, vous serez complice de la destruction de preuves qui pourraient établir la véritable cause de la mort d'Alfie».
Allman mentionne également une éventuelle demande d'urgence pour la révision de la décision du coroner, pour des raisons qui devront être soigneusement rédigées, afin d'éviter la destruction des preuves, et il écrit: «En vous encourageant à reconsidérer une décision qui aurait pu être tout simplement hâtive, plutôt que sinistre, comme certains le prétendent, je vous fais une faveur. Je suis votre ami, même si en ce moment vous avez tendance à me considérer comme une épine dans le flanc».

Réponse finale du coroner: «Cher M. Allman, merci. Vous n'êtes pas une personne concernée par cette question. J'ai déjà dit que je ne discuterai pas de cette question avec vous. Si vous souhaitez connaître la cause du décès enregistré, celle-ci est à la disposition du public auprès du service d'enregistrement. Je n'ai rien d'autre à ajouter. Je n'ai plus l'intention de répondre à cette question».

À Lifesitenews, Allman dit: «J'ai l'intention de me battre pour la révision judiciaire de la décision du coroner, et j'ai l'intention de le faire bien. Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'il se passe quelque chose d'étrange».

Lifesitenews aussi s'est adressé au coroner de Liverpool, mais a reçu la même réponse: «Après une enquête préliminaire, la mort de cet enfant a été enregistrée auprès du service d'enregistrement local. Je suis convaincu qu'il n'y a pas de devoir d'enquête en vertu du Coroner and Justice Act 2009. Je ne peux pas commenter les conjectures des médias».

Effacer le plus rapidement possible toute trace de ce qui s'est passé, de sorte qu'il ne soit plus possible d'enquêter à la recherche de la vérité. Cela semble être le mot d'ordre à Liverpool.

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