Poignard curial

Publication de certaines des chroniques de 1977 de "Stilum Curiae", le blog de Marco Tosatti. Belle préface d'AM Valli (avec un bonus sur Benoît XVI), et, à ne pas manquer, l'introduction de l'auteur qui, entre autre, dévoile le jeu obscur de Vatican Insider/la Stampa (25/5/2018).

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Où l'on trouve la confirmation de ce que j'écrivais en juillet 2017 (benoit-et-moi.fr/2017):

Parmi les vaticanistes, Marco Tosatti est devenu un "lanceur d'alerte" incontournable, s'étant imposé au fil du temps comme l'un des narrateurs les plus fiables, les plus courageux et les mieux informés de ce Pontificat.
En plus de son blog personnel Stilum Curiae, qui a succèdé en septembre 2016 à celui hébergé par "La Stampa-Vatican Insider", <San Pietro e dintorni> ("La Stampa" a argué de motifs fallacieux pour fermer les blogs de journalistes, mais je soupçonne que c'est le sien qui était visé )

Introduction de Marco Tosatti

Commençons par le nom. Pourquoi Stilum Curiae ? Il y a beaucoup de raisons à cela, et elles deviendront plus claires dans un moment, quand j'aurai expliqué pourquoi j'ai décidé d'ouvrir un blog. Une première référence est historique, et conduit au nom de Paolo Sarpi (1552-1623). Sarpi était un religieux, avec de multiples centres d'intérêts : théologien, astronome, mathématicien, physicien, anatomiste, savant et polémiste. Un génie, qui n'avait pas en sympathie le centralisme monarchique de l'Église. Il était vénitien et, en tant que tel, il défendait la République Sérénissime à une époque où elle ne faisait pas bon ménage avec Rome. Il a également écrit une histoire du Concile de Trente qui lui a immédiatement valu une mise à l'Index. L'Inquisition romaine le convoqua pour être interrogé ; Paolo Sarpi refusa tout net, et préfèra rester à Venise, où il subit cependant une très sérieuse agression au poignard. Sarpi en sortit vivant et dit : "Agnosco Stilum Curiae romanae". Je reconnais le poignard de la Curie romaine. Un stilum est un poignard, mais aussi un stilum romain, c'est-à-dire une plume: et ainsi nous avons deux significations pour le titre du blog. Qui en dérange certainement plus d'un à la Curie romaine».

(...)
Comment et pourquoi est né Stilum Curiae, qui en un an et demi de vie a totalisé, contre toute attente, plus de quatre millions de visites? Au bas de chaque article, vous trouverez écrit que "ce blog est la suite naturelle de San Pietro e dintorni, présent sur La Stampa...".
La Stampa est le quotidien dans lequel j'ai passé presque toute ma vie journalistique, du début des années 70 jusqu'en janvier 2018, date à laquelle j'ai cessé d'y collaborer.
Pendant plusieurs années - jusqu'en août 2016 - La Stampa fut le propriétaire d'un blog, San Pietro e dintorni, géré en totale autonomie. Une autonomie qui, comme celle de plusieurs autres blogs non "alignés" sur le "politiquement correct" en vigueur à La Stampa a commencé à causer une gêne croissante. En particulier après l'élection du Souverain Pontife actuel, en 2013.
Gêne au journal, parce que sur diverses questions, et en particulier celles concernant la vie, l'avortement, la sexualité et la liberté d'expression des voix dérangeantes - comme celles de Pro Vita et Pro Famiglia naturale - San Pietro e dintorni a exprimé des positions dissonantes. Et simultanément, du côté de l'information ecclésiale aussi, San Pietro e dintorni a commencé à gêner.
Cette gêne est devenu évidente à l'occasion du premier épisode du Synode sur la Famille en octobre 2014. Le site d'information ecclésiale Vatican Insider, relié à La Stampa, a donné de ce qui se passait en ces jours une lecture différente de celle de San Pietro e dintorni, moins problématique, plus en ligne avec les souhaits de ceux qui dirigeaint le Synode et essayaient de le manipuler. Ce n'est pas un hasard si c'est à ce moment que les blogs individuels des collaborateurs de Vatican Insider ont été "déconnectés" de la publication principale. En ce qui concerne ma responsabilité, je m'excuse auprès des collègues impliqués, comme moi, dans cette décision [Marco Tosatti semble donc croire que c'était lui le motif de la charrette dans laquelle d'autres ont été embarqués par sa faute...]; mais il m'a semblé, et il me semble toujours, qu'une information complète et indépendante n'est pas seulement nécessaire mais fondamentale à un moment où les différents Pouvoirs utilisent la fausseté, et le personnel qui lui est assigné.
En 2016, un plan de restructuration de la partie numérique du journal a décrété la disparition de la plupart des blogs, et bien sûr, avec eux, de <San Pietro e dintorni>, après quelques épisodes de censure peu reluisants, par les autorités du journal (*).
Une expérience intéressante, étant donné qu'en plus de quarante ans d'activité, il n'est jamais arrivé qu'un article soit censuré, ou disparaisse a posteriori parce que dérangeant - dans la réalité qu'il présentait - pour certains lobbies liés à des centres intermédiaires de pouvoir dans le journal. Je dois dire que je m'y attendais un peu; et je l'avais anticipé à un ami. Il m'a demandé: pourquoi ne pas ouvrir ton propre blog ? Ainsi, lorsque la guillotine est tombée sur mon pauvre et bien-aimé San Pietro e dintorni, cette conversation informelle autour d'un verre de vin, est remontée à la surface. Je n'avais aucune idée de la façon de faire un blog indépendant, mais je me suis arrangé tout seul. Et voilà Stilum Curiae.
Maintenant, revenez aux premières lignes de cette introduction et lisez-les à la lumière de ce que je vous ai dit. Vous trouverez le poignard (dans ce cas absolument symbolique) de Paolo Sarpi, le stilum-plume des Romains, pour écrire, et aussi les deux, poignard et plume combinés, pour essayer de déranger les différents Pouvoirs, et leurs mystifications de la réalité. Stilum Curiae est quelque chose d'absolument gratuit; fruit du travail et de l'argent de celui qui lui a donné naissance et qui continue à l'alimenter. C'est sa force et sa garantie: il n'y a pas de financiers à qui rendre compte, de courtiers en financement, de secrétariats ou d'autres centres dont vous devez faire attention à ne pas heuter la sensibilité, sinon.... Sur Stilum Curiae vous trouverez aussi des erreurs, mais ce sont des erreurs honnêtes. Peut-être des opinions erronées, mais données de bonne foi, sans arrière-pensées ou tierces fins. Je crois que les lecteurs l'ont compris sinon, la croissance, surprenante, du moins pour l'auteur, des contacts et des points de vue serait inexplicable. Un travail quotidien, qui, en chemin, s'est enrichi de différentes présences, certaines anonymes, d'autres non. Et il nous a semblé utile de rassembler au moins une partie du chemin parcouru, afin que ceux qui le désirent puissent avoir sous les yeux une histoire différente de l'histoire officielle et lustrée de ce qui s'est passé dans l'Église en l'an de grâce 2017.

Extrait de la préface d''AM Valli (et le bonus!)

Ce "stilum" dans la chair d'une Église perdue.


24 mai 2018
www.aldomariavalli.it
24 mai 2018
Ma traduction

* * *

Le premier pape que j'ai suivi en tant que journaliste a été Jean-Paul II et je me souviens bien de mes tentatives souvent vaines de le peindre au-delà des clichés établis par la grande presse. Comme il voyageait beaucoup et que les jeunes allaient en masse à ses rencontres, les journaux lançaient des hosanna au "pape globe-trotter", au "pape des jeunes", au "pape moderne", et soulignaient ses qualités d'acteur et d'animateur, mais parlaient très peu des propositions, très à contre-courant et pas du tout "modernes", que le pape polonais faisait aux hommes et aux femmes de son temps. En réalité, Wojtyla n'a jamais été simplement un "one man show", un fascinant raconteur d'histoires. Et il ne fut en rien "moderne". Il fut même un mystique, un authentique contemplatif d'un type presque médiéval, et c'est précisément de son mysticisme, de son union avec Dieu, qui allait bien au-delà de l'expérience commune, qu'il puisait l'énergie qui lui permettait de mener à bien ses entreprises.

Il a été encore plus difficile encore d'aller à contre-courant de l'image collée à Benoît XVI, celle de "berger allemand" de la doctrine et d'inquisiteur de plomb. Certes, personne ne met en doute que Joseph Ratzinger fût obstiné dans la défense de la foi, mais rien ne fut plus éloigné de lui, tant sur le plan du Magistère que du caractère, que la dureté comprise comme manque de sensibilité et comme morosité. Pour moi, il était au contraire le pape de la douceur et de la joie. Et que dire de ceux qui, en le peignant comme un théologien maussade, laissaient entendre qu'il était trop abscons et trop éloigné du peuple? En réalité, il était le pape de l'intelligence chrétienne exprimée sous la forme la plus claire, comme me l'ont dit tant de gens qui, sans être particulièrement ferrés en philosophie et en théologie, l'ont très bien compris, l'ont apprécié, l'ont aimé, et continuent à se sentir proches de lui.

Quant au pape François, l'opération d'étiquetage effectué par les médias a été extrêmement rapide. Quelques instants seulement s'étaient écoulés depuis sa première apparition dans la loggia centrale de la basilique vaticane le 13 mars 2013, et nous avions déjà le pape simple, humble, dialoguant, franciscain dans le sens le plus superficiel du terme. Une étiquette qui jour après jour n'a fait que lui coller de manière encore plus résolue, grâce à d'abondantes doses de mélasse, ce sentimentalisme auquel les médias recourent à doses massives, et avec un grand mépris pour le ridicule, lorsqu'ils décident de créer un personnage qui doit être aimé sans si ni mais.

C'est pourquoi je dis qu'être vaticaniste aujourd'hui signifie non seulement essayer d'expliquer, mais aussi (peut-être surtout) aller à l'encontre des clichés préfabriqués par la grande machine de l'information. Une activité qui, dans le cas du pontificat de Bergoglio, coïncidait avec un véritable travail de contre-information, parce qu'il s'agissait de démasquer, de révéler, d'exposer. Avec tout ce que cela implique.

Une telle activité ne peut être réalisée en l'absence d'au moins trois ressources: de bonnes sources, l'indépendance de jugement et l'honnêteté intellectuelle. Et que Marco Tosatti dispose de ces trois ressources, ainsi que de beaucoup d'autres, cela ne fait aucun doute. De plus, depuis qu'il écrit sur son blog, le très fréquenté Stilum Curiae, il a acquis un comportement de corsaire qui le rend encore plus curieux et convaincant.

Un grand vaticaniste du passé, le regretté Benny Lai, a dit : «Un scoop vatican, ce n'est pas anticiper les nouvelles. C'est plutôt donner la bonne lecture d'une nouvelle. Aujourd'hui, peu de gens peuvent comprendre cela». C'est exact. Et parmi le peu qui est capables de le comprendre, et de le faire, il y a assurément Marco Tosatti, ce gentleman du journalisme qui, sous un aplomb anglo-saxon non dépourvu d'auto-ironie, cache l'âme du patrouilleur, toujours au service de sa majesté la Vérité.

En bon 007, Tosatti aime les défis, et avec Stilum Curiae il joue sur tout les terrain. Qu'il s'agisse d'une encyclique ou d'une nomination épiscopale, d'un voyage papal ou d'un bavardage curial, d'un scandale à dévoiler ou d'une grande question culturelle à explorer, il est là, sans peur, et fournit au lecteur, assoiffé d'information libre, toutes les clés de lecture qu'il possède.

Un jour, dans une interview, Marco a dit : «Un vaticaniste est avant tout un journaliste. C'est-à-dire qu'il a pour tâche d'informer le plus fidèlement et correctement possible». Cela semble presque une évidence, mais aujourd'hui, ce n'est pas si évident. Comme en politique, dans la "vaticanistique", on se meut en bandes et on pense en termes de parti: pour ou contre le pape, pour ou contre une certaine ligne. Toujours avec l'attention portée au palais ou au référent de service. Le simple fait d'essayer d'utiliser son cerveau pour se mettre au service du lecteur est devenu presque une bizarrerie.
(...)

Note additive

(*) Marco Tosatti "censuré" puis congédié par la Stampa/Vatican Insider


LA STAMPA FERMERA BIENTÔT / A DÉJÀ FERMÉ EN PARTIE - LA SECTION DES BLOGS DE JOURNALISTES.

Dans le plan général de réorganisation du site, il a été décidé de supprimer la section blog. Une décision qui est dans l'air depuis plusieurs années et que, semble-t-il, on a choisi de matérialiser maintenant parce que, selon eux, les blogs apportent peu de trafic, sont difficiles à voir et sont dépassés en tant qu'outil de diffusion de nouvelles en ligne.
Cette décision concerne évidemment aussi San Pietro e dintorni.
Sans préjudice de ma collaboration avec La Stampa [il me semble terminée aujourd'hui], j'ai pensé maintenir la relation presque quotidienne et familière avec vous en créant un blog personnel sur Word Press.
(...)
J'espère que cette nouvelle voie que nous empruntons ensemble sera intéressante et fructueuse pour tous.
(www.marcotosatti.com)

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