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Politically homeless

C'est ainsi que John Allen voit certains catholiques, aux Etats-Unis, dans l'optique de la campagne présidentielle. Et en France? (26/10/2008)

John Allen consacre son billet hebdomadaire à l'élection du président américain.
Quoiqu'il s'en défende, il tient pour acquis qu'Obama sera élu. Et manifestement, cela lui convient.
Il m'a donné du fil à retordre, car usant d'un langage imagé (et puisant ses images dans un univers qui m'est souvent inconnu), il n'est pas toujours facile à traduire
Intéressant, cet article, car ce qu'il dit pourrait plus ou moins se transposer à la situation de la France, (où personne, à ma connaissance, ne s'est aventuré à une telle analyse) au moins pour les deux premiers points.

Son argument tient en trois points, comme il le dit lui même:

1. Aux Etats-Unis, beaucoup de catholiques ne se reconnaissent dans aucun parti de "l'eshtablishment". Ils deviennent de fait des "SDF" politiques (c'est ainsi que j'ai traduit Serious Catholics wind up 'politically homeless' in America), inclassables, au gré de sondages trop fluctuants pour être correctement interprétés.
Comment ne pas comparer avec la France où le second tour de la présidentielle de 2007 a mis les "meilleurs" des catholiques - i.e ceux qui ne raisonnaient pas uniquement en termes fiscaux - dans l'embarras, au point qu'il y a eu un débat sur "les points non négociables"... qui aurait dû logiquement se conclure par l'abstention.
La suggestion de John Allen aux catholiques semble être "Pratiquez l'entrisme" (je traduis en termes franco-français): autrement dit: "organisez-vous pour faire bouger le système de l'intérieur". Bien vu!

2. La Realpolitik des évêques américains. Dans le cas (le seul envisagé) où Obama serait élu, John Allen leur suggère, plutôt que de s'arc-bouter dans des résistances où ils sont sûrs de perdre (sur le thème de la vie), de chercher des points de convergence (sur le thème de la peine de mort, l'immigration, l'écologie, la paix en Irak, les droits sociaux des plus pauvres, etc.. Et il convoque Benoît XVI (citant son attitude lors de sa rencontre avec Zapatero) en quelque sorte comme caution morale.
Là, je ne suis pas sûre de le suivre. Car il y a des priorités, comme le rappelle la note que le Cardinal Ratzinger, avait adressée en 2004 à la conférence des évêques des Etats-Unis: Les questions morales n’ont pas toutes le même poids moral que l’avortement ou l’euthanasie. ... Les catholiques peuvent légitimement avoir des opinions différentes sur la guerre ou la peine de mort, mais en aucun cas sur l’avortement et l’euthanasie.
Ceci concerne aussi notre propre épiscopat.

3. Plus que la fracture entre les catholiques "de droite" et de "gauche", et leurs préférences pour l'un ou l'autre des candidats, il y a la fracture entre l'Eglise blanche et l'Eglise hispanique, l'une riche et éduquée, l'autre pauvre et sous-éduquée. Difficile de contester cette réalité qui semble purement américaine, et dont le Saint-Père a pris acte lors de sa visite récente aux Etat-Unis, puisque ses discours ont été bilingues.
La réduction de cette fracture est le grand défi de l'Eglise en Amérique pour les années à venir.

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Article original sur le site de NCR: Serious Catholics wind up 'politically homeless' in America
http://ncrcafe.org/node/2220

Ma traduction:

Des catholiques sérieux se retrouvent SDF (sans-abri) politiques en Amérique (ne se retrouvent dans aucun parti)
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Jusqu'ici, je suis parvenu à éviter de consacrer un billet entier de cette rubrique aux élections de 2008. La politique "séculière" n'est pas ma spécialité, et de toute façon, il semblait souhaitable qu'il reste en Amérique un journaliste suivant autre chose que le marché boursier et Obama contre McCain.
Au fur et à mesure que le temps passait, toutefois, cette détermination a commencé à ressembler davantage à de l'obstination qu'à un bon jugement journalistique, étant donné tout ce qui est en jeu et la passion évidente du public. Dans une tournée de conférence j'ai été à plusieurs reprises sollicité à propos des élections, et donc, cette semaine, je récapitulerai ce que j'ai dit, qui tient en trois points à prendre en considération sur le thème de la compétition vue par des yeux catholiques -- des points qui, au moins de mon point de vue, n'ont pas encore attiré la considération qu'ils méritent.

D'abord, une mise au point: il ne s'agit pas de l'un de ces clins d'oeil entendus, exprimés dans un langage techniquement non partisan, mais évidemment fabriqué pour soutenir un candidat ou un autre. Il y en a déjà en abondance dans le discours catholique, de la part d'une poignée d'évêques. Au lieu de cela, l'espace d'un instant, je voudrais essayer de penser au delà du 4 novembre, aux implications à long terme de ces élections pour le catholicisme en Amérique.


Un phénomène de sans-abri politique
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La plupart des analyses du « vote catholique » présument qu'il y a trois positions de base : catholiques pro-Obama, catholiques pro-McCain, et indécis. Dans l'optique de la compétition électorale, c'est une manière naturelle de couper le gâteau en tranches, mais elle néglige un autre collège électoral important. Ce bloc n'a aucun candidat, aucun réseau de think-tanks ni groupes de pression, et ne s'enregistre qu'indirectement dans les scrutins : les Catholiques éloignés des deux parties, qui ne sont pas irrésolus mais plutôt privés de droits électoraux.
(...)

John Carr, un expert en matière de politique de l'épiscopat des États-Unis, dit que les catholiques qui prennent au sérieux l'enseignement social de l'église se retrouvent comme des « politiquement sans-abri » en Amérique. Tout comme le vrai sans-abri dans les rues américaines, les politiquement sans-abri sont souvent oubliés, mais cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas.

Si vous en voulez la preuve, jetez un coup d'oeil aux données du Pew Forum (Pew Forum on religion and public life) concernant les préférences des sous-groupes religieux. Les chiffres pour les Evangélistes blancs, les protestants blancs et les protestants noirs forment des lignes horizontales depuis juin ; leurs attitudes n'ont pas vraiment bougé de manière statistiquement significative. Les catholiques blancs non-Hispaniques, au contraire, ont oscillé nettement. En juillet, ils étaient à 47-44 ans pour Obama ; en septembre, il était à 52-39 pour McCain ; et au début octobre, ils étaient à 54-39 pour Obama. Une lecture évidente est qu'il y a une partie importante de la population catholique qui n'est tout simplement pas convaincue par l'un ou l'autre candidat (familier: "guy").

Voici un exercice de pensée : dans l'abstrait, quelle serait, en Amérique, la fortune politique d'un candidat qui incarnerait réellement la gamme complète des préoccupations sociales du catholicisme?
Que se passerait-il s'il arrivait un candidat sérieux qui serait anti-avortement, pro-famille, pacifiste, pro-immigré, contre la peine de mort, pour le développement durable, multi-latéraliste en politique extérieure, s'inquièterait de la liberté religieuse et serait favorable à un rôle important des croyants dans la vie publique? Mon sentiment est qu'un tel candidat pourrait être attractif pour une large section transversale de modérés et d'ndépendants. Les appareils des deux partis dominants semblent cependant presque conçus pour empêcher une telle personne d'être jamais nommée.

Après le 4 novembre, les catholiques du côté gagnant commenceront à se disputer les différentes formes d'accès dans la nouvelle administration, alors que ceux qui ont soutenu le perdant commenceront à organiser l'opposition. En d'autres termes, vainqueurs et vaincus, dans la politique américaine, savent exactement quoi faire une fois dissipée la fumée de la bataille.

Pour les catholiques privés de droits civiques, la route à suivre est bien moins claire. Pour ce qu'elle vaut, ma propre lecture est que cela ne sert à rien de tenter une manoeuvre (end run?) contre le système bipartite. Si une sensibilité catholique holistique devait jamais se faire jour dans la politique américaine, elle devrait venir de l'intérieur, en détournant l'un des deux partis -- à la manière de Reagan, déplaçant les buts pour les républicains, ou de Clinton pour les Democratess. (Ou, si vous préférez un exemple d'outre-océan, à la manière dont Blair a construit le « new Labour.")

Dans cette perspective, ce serait une expérience intéressante si, une fois la saison électorale terminée, un réseau de groupes politiques catholiques prenait forme, des activistes, et des intellectuels, s'employant au travail préparatoire pour influencer les deux parties de l'intérieur. Je ne parle pas seulement d'arguments irréfutables, mais d'effectuer le difficile et fondamental travail d'organisation politique (the hard nuts-and-bolts work ), y compris d'identifier les candidats potentiels et de les rendre opérationnels.

Toutes choses qui, naturellement, exigerait temps, argent, et compétences, et je ne sais pas d'où cela pourrait venir. En l'absence d'un tel effort, cependant, beaucoup parmi les meilleurs et les plus brillants des catholiques américains sont condamnés à se sentir perpétuellement aliénés, choisissant toujours le moindre mal. Tandis qu'aucun système politique n'est jamais parfait, la question que ces catholiques posent est : Ne pourrions-nous pas faire mieux ?

Au delà du 4 novembre
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Pour leur réunion d'automne du 10 au 13 novembre prochains, six jours tout juste après l'élection, les évêques des États-Unis prévoient d'aborder le sujet brûlant de l'avortement et de la politique, pour la troisième fois comme thème de débat.

Dans une certaine mesure, cette discussion leur a été imposée quand le Président de la Chambre Nancy Pelosi et le Senateur Joseph Biden ont décidé de s'attribuer des diplômes honorifiques en théologie en contestant publiquement la lecture par les évêques de l'enseignement catholique sur l'avortement. Quoi que l'on puisse dire sur le sujet, ce mouvement était destiné à provoquer une réaction des évêques, et le point de l'ordre du jour à Baltimore en est le résultat évident.

Très probablement, les évêques repasseront une fois de plus dans le sillon bien creusé de leurs discussions de 2004 : Quelle réponse pastorale donner à un politicien catholique qui vote en faveur du droit à l'avortement ? Est-ce qu'une telle voix constitue une « coopération formelle » à l'avortement, en vertu de la loi canonique, déclenchant l'excommunication automatique ? Qu'en est-il des catholiques qui affirment qu'il y d'autres manières d'être « anti-avortement » au delà de l'arrêt Roe v. Wade (Roe v. Wade est un arrêt rendu par la Cour Suprême des États-Unis d'Amérique en 1973 qui a reconnu l'avortement comme un droit constitutionnel, invalidant les lois le prohibant ou le restreignant, wikipedia) ?

Autant de questions qui sont notoirement difficiles, et il y a peu de raison de croire que les évêques sont plus près d'un consensus qu'ils ne l'étaient il y a quatre ans. Dans une certaine mesure, cependant, en parler juste après que l'élection soit terminée, c'est un peu comme un général refaisant la dernière guerre.

Si on en croit les sondages, il y a une forte probabilité qu'avant que les évêques se réunissent à Baltimore, l'équipe du président désigné Obama se sera mise au travail pour organiser son arrivée au pouvoir. Dans ce cas, la question de realpolitik qui se posera aux évêques sera de décider comment ils voient leur relation avec la nouvelle administration.

Pour être plus précis, une victoire d'Obama signifiera presque certainement que les chances de revenir sur l'arrêt Roe v. Wade s'éloigneront, au moins à court terme. Les évêques veulent-ils que leurs rapports avec une Maison Blanche d'Obama soient dominés par une lutte politique et juridique qu'ils sont presque sûrs de perdre? Ne serait-il pas plus prudent de chercher un terrain d'entente -- par exemple, sur la réforme de l'immigration, les soins de santé, et de s'attaquer aux conditions sociales qui conduisent parfois des femmes pauvres et vulnérables à considérer l'avortement comme première éventualité?

Ironiquement, cela pourrait être plus facile pour le Vatican que pour les évêques des États-Unis. Le Vatican a des siècles d'expérience, dans la confrontation avec des régimes qui, d'une manière ou d'une autre, sont hostiles à l'enseignement de l'Eglise. Quand le pape Benoît XVI s'est rendu en Espagne en juillet 2006, par exemple, beaucoup d'analystes se sont attendus à une confrontation avec le premier ministre socialiste José Luis Rodríguez Zapatero, qui bagarre avec l'église catholique sur tous les sujets imaginables : mariage homosexuel, divorce, avortement, recherche sur les cellules-souches. Alors que le pape fixait des marqueurs sans ambiguïté sur les positions de l'église, son attitude globale était positive. Dans une interview peu de temps après le voyage, Benoît a suggéré qu'il valait mieux présenter des modèles attrayants de vie chrétienne plutôt que d'insister sur ce contre quoi l'Eglise se pose. Quand lui et Zapatero se sont rencontrés à Valence, ils ont également identifié des secteurs d'accord sur le dialogue interculturel, la paix et l'approche multilatérale des affaires étrangères.

Si Obama l'emporte, la question à laquelle les évêques des États-Unis feront face est s'ils veulent poursuivre une politique analogue d'entente constructive, ou bien d'opposition persistante. Naturellement, ce n'est pas un choix exclusif (
either/or), et sans aucun doute les évêques feront un peu des deux. C'est une question d'accent et de priorités, et leur session des 10-13 novembre devrait offrir une première indication sur la façon dont ceci pourrait évoluer. A vrai dire, ce n'est pas une question juste pour les évêques, mais pour tous les catholiques qui s'inquiètent de l'"intersection" entre la foi et la vie publique.

Communion dans une église divisée
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Tous les sondages de ces derniers jours montrent des catholiques assez également divisés entre Obama et McCain, avec un léger avantage pour Obama. Ce résultat reflète plus ou moins les tendances parmi des électeurs dans la population nationale globale.

La déchirure entre les catholiques est par convention vue à travers la lentille des états rouges versus les états bleus, autrement dit le clivage entre les ailes libérales et conservatrices de l'église. Il y a évidemment une certaine vérité à cela; tandis que la plupart des groupes catholiques anti-avortement, bloggers, et quelques medias, penchent (skew) vers la droite politique et théologique, une part substantielle de l'école catholique, en tandem avec d'autres medias et une pléiade d'activistes paix-et-justice, tend vers la gauche politique et théologique. Cette division aide à expliquer les préférences contrastées de quelques électeurs catholiques.

Moins connue, cependant, il est une autre réalité au sujet de la démographie catholique en Amérique, qui explique les sondages. Sous la déchirure globale, on trouve une division claire entre les catholiques blancs et les hispaniques. En dépit des balancements observés ci-dessus dans les préférences des catholiques blancs, il sont entre 25 et 30% de plus que les hispaniques à soutenir McCain. Obama peut avoir eu « un problème hispanique » dans les primaires, mais il a en grande partie disparu dans l'élection générale.

Au delà de leurs implications pour la course à la présidence, ces résultats indiquent une vérité plus profonde au sujet du catholicisme en Amérique : Par certains côtés, nous sommes en danger de devenir deux églises séparées. Une église blanche, riche, instruite, avec des voix sur la base des idéologies de droite ou de gauche; une autre hispanique, de façon disproportionnée pauvre et sous-éduquée, soucieuse de faire avancer ses intérêts de classe, qui vote Démocrate -- une sorte de « retour vers le futur » qui rappelle le catholicisme ouvrier et ethnique du 19ème et des débuts du 20ème siècles. Ce sont, évidemment, des généralisations, mais néanmoins elles soulignent une réalité.

En principe, cette diversité est merveilleuse. Elle devient dysfonctionnelle, cependant, si ces sous-groupes catholiques ne se parlent pas l'un l'autre, et par certains côtés voient l'autre comme l'opposition.

Comme la présence hispanique dans le catholicisme américain continue à gonfler, les pressions centrifuges deviendront de plus intenses. De plus en plus, les catholiques à tous les niveaux devront considérer comment nous pouvons stimuler le sentiment d'être une église, une famille de foi, en dépit de notre diversité croissante -- et, parfois, nos divisions profondes.

Le défi d'encourager la communion peut être en fait, pour les catholiques américains, la question la plus profonde posée par ces élections 2008 , même si elle n'a pas occupé beaucoup d'espace dans les blogs ou les pages politiques des journaux.
On espère qu'elle sera aussi abordée quand les évêques se réuniront à Baltimore....

A propos du vote catholique

Lire sur le remarquable blog de Daniel Hamiche, Americatho:

Le vote catholique et Obama : du n’importe quoi… (24/10)
Pour Mgr Chaput c’est : NObama… (23/10)

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