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Le Pape peut-il sauver le monde...

de la crise économique? C'est la question que pose l'économiste français Jacques Bichot (1), dans un très beau texte publié sur le site Atlantico. Citant l'encyclique Caritas in Veritate, il renverse la fameuse provocation de Staline "Le Pape, combien de divisions?" qui devient ici "Le Pape, combien de milliards?". (24/10/2011, mise à jour ultérieure)


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Le Pape peut-il sauver le monde de la crise économique ?
Source: www.atlantico.fr/decryptage/

Le Saint-Siège a annoncé mercredi qu'il allait présenter ses idées de réforme du système financier international, en proposant la mise en place d'une "autorité publique à compétence universelle".

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Le Pape, combien de divisions ? » demandait Staline. « Le Pape, combien de milliards ? », pourrait demander le président de la BCE (banque centrale européenne) ou celui de la Fed – la banque centrale américaine. Mais ce ne sont pas des chars et des avions qui ont mis à bas le régime communiste en URSS, et ce ne sont pas des milliards qui sont requis pour remettre de l’ordre dans la finance, dont la maladie se propage à l’économie, du moins dans les pays anciennement développés.

Le choix entre mensonge et vérité
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Alors, qu’est-ce qui importe ? Dans les deux cas, le communisme et la finance en folie, c’est le choix entre le mensonge et la vérité. Les Polonais, les Russes, les Tchèques, etc., en ont eu assez de vivre sous le règne du mensonge, et le régime qui s’était construit sur ce sable s’est effondré. Tout comme s’effondrent aujourd’hui les dettes publiques des pays dont les gouvernants ont essayé de faire croire aux citoyens que l’on peut dépenser 100 en services publics et prestations sociales en ne prélevant que 90, voire 80 ou 70.

La gangrène qui ronge la finance, et qui menace de se propager à de nombreuses et importantes économies, c’est le mensonge. Les fameux « subprimes », ces prêts immobiliers accordés à des ménages aux revenus visiblement insuffisants pour rembourser, des ménages victimes (parfois consentantes) du miroir aux alouettes de plus-values immobilières indéfinies, qu’était-ce sinon des bobards ? Les obligations résultant de leur titrisation, affublées d’un "triple A" alors qu’elles étaient dès l’origine à moitié pourries – des « junk bonds » - qu’était-ce sinon des tromperies ?

Les actifs « toxiques » qui encombrent les bilans de diverses institutions, après avoir été présentés à leur naissance comme des merveilles d’ingéniosité financière, qu’était-ce sinon des duperies ?

Et le Pape, dans tout ça ?
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Il ne va certes pas dicter aux spécialistes des règles miraculeuses permettant d’assainir le système monétaire et financier, voire de le reconstruire. A chacun sa spécialité. La sienne, c’est de faire connaître aux hommes un être, à la fois humain et divin, qui s’est identifié à la vérité. C’est de faire connaître un livre, la Bible, qui montre comment les hommes ont pris progressivement conscience du respect qu’ils se doivent les uns aux autres comme enfants d’un même Père. Or le respect du prochain, l’amour du prochain, requièrent la recherche de la vérité. Il se trouve que le Pape actuel, Benoit XVI, a justement écrit un beau texte à ce sujet : « La charité dans la vérité ».

Jésus, et les Papes qui lui ont été fidèles, n’ont jamais rien imposé : le respect de la liberté de l’homme est un principe pour lequel Jésus a accepté le supplice de la Croix. Mais ils proposent aux hommes une forme de changement qui vient de l’intérieur : la conversion. Le monde de la finance a besoin de se convertir.

Ses acteurs sont comme Zachée sur son arbre : ce collecteur d’impôt devait, à l’instar de beaucoup d’autres, demander aux contribuables davantage que leur dû, pour s’enrichir au passage. Or voici que Jésus le regarde et lui demande de l’accueillir dans sa maison. Et Zachée l’accueille, et décide de réparer le tort qu’il a fait. Il aurait pu ne pas le faire, rien ne l’y obligeait, mais il l’a fait. Il s’est converti.

Si un bon nombre d’acteurs de la finance grimpent sur des arbres pour apercevoir Jésus, et réagissent comme Zachée, alors de grands changements se produiront et on pourra dire, comme dans cet épisode de la vie de Jésus : « aujourd’hui le salut est venu dans cette maison ».

Voilà tout ce que le Pape et celui qui l’envoie en mission peuvent faire pour les hommes qui souffrent de la crise économique. Ce n’est rien de plus que la parabole du grain de sénevé, la plus petite de toutes les graines : elle peut pourrir en terre, ou bien devenir un très bel arbre. Entre le bien et le mal, la vérité et le mensonge, les hommes sont libres de choisir.

Note

Jacques Bichot:
Economiste français né en 1943, mathématicien de formation, membre honoraire du Conseil économique et social, dont les nombreux travaux portent sur l’économie monétaire, l’économie de la protection sociale, les retraites et la politique familiale.

Ajout ultérieur


Bulletin VIS du 24 octobre (je ne doute pas qu'il sera commenté par des gens plus compétents que moi; il serait bon, auparavant, de relire l'Encyclique Caritas in Veritate, notamment le §67, cité plus bas)
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REFORMER LE SYSTEME FINANCIER INTERNATIONAL

Ce matin, s'est tenue une conférence de présentation de la Note du Conseil pontifical Iustitia et Pax, intitulée "Pour une réforme du système financier international dans la perspective d'une autorité publique de compétence universelle". Y ont pris part le Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson, Président du Conseil pontifical, Mgr.Mario Toso, SDB, Secrétaire, et M.Leonardo Becchetti, Professeur d'économie politique de l'Université romaine Tor Vergata.

Le Cardinal Turkson a évoqué la sixième réunion des chefs de gouvernement du G20 les 3 et 4 novembre dernier à Cannes (France) sur les questions relatives à l'économie et à la finance mondiale. Le Saint-Père et le Saint-Siège, a-t-il dit, "suivent ces questions avec beaucoup d'attention en encourageant non seulement une action conjointe, mais une action basée sur une vision claire de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Avec discernement, le Saint-Siège, à travers la Note du Conseil pontifical Iustitia et Pax, offre et partage sa contribution qui peut être utile pour les délibérations du G20".
Ensuite, Mgr.Toso a expliqué que la Note "souhaite proposer une réflexion sur les chemins possibles à envisager, dans la lignée du magistère social le plus récent des pontifes, pour atteindre les politiques et les institutions financières et monétaires efficaces et représentatives au niveau mondial et orientées en vue d'un développement authentiquement humain de toutes les personnes et les peuples". En abordant la question de la crise actuelle du système monétaire et financier, l'Eglise ne souhaite pas rentrer dans des questions techniques, mais s'exprime sur un plan éthique et religieux. Elle signale ainsi comme causes de la crise, non seulement celles qui ont un caractère éthique, mais plus précisément, celles de type idéologique: après l'époque des vieilles idéologies, sont apparues de "nouvelles idéologies néo libéristes, néo utilitaristes et technocratiques qui, alors qu'elles réduisent le bien commun à des dimensions économiques, financières et techniques en absolu, mettent en danger l'avenir des institutions démocratiques elles-mêmes".
Mgr.Toso a ajouté la nécessité de dépasser ces idéologies par un "nouvel humanisme mondial ouvert à la transcendance,...une éthique de la fraternité et de la solidarité, ainsi que la subordination de l'économie et de la finance à la politique, responsable du bien commun".

Pour trouver des solutions, le Conseil pontifical propose, en revenant sur le magistère social des Papes, et spécialement de Jean XXIII et de Benoît XVI, "que la mondialisation soit gouvernée par la constitution d'une autorité publique de compétence universelle" (ndlr: voir Caritas in Veritate, §67). Il suggère aussi de réformer les institutions internationales actuelles qui "doivent être l'expression d'un accord libre et partagé entre les peuples, plus représentatives, plus participantes, plus légitimes... Elles doivent être 'super partes', au service du bien de tous, en mesure d'être un guide efficace et, en même temps, de permettre à chaque pays d'exprimer et de poursuivre le bien commun, selon le principe de subsidiarité, dans le cadre du bien commun mondial. C'est seulement ainsi que les institutions internationales réussiront à favoriser l'existence de systèmes monétaires et financiers efficaces, ainsi que de marchés libres et stables, disciplinés par un cadre juridique adéquat, adapté au développement durable et au progrès social de tous... L'autorité mondiale devra comprendre la faculté d'orienter et de décider, ainsi que de sanctionner sur la base du droit, pour se mettre au service des différents pays membres, afin qu'ils se développent et possèdent des marchés efficients et efficaces".
Pour que tout cela soit possible, il est nécessaire de "retrouver le primat du spirituel et de l'éthique et, avec eux, celui de la politique, responsable du bien commun".

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Caritas in Veritate, §67:

Face au développement irrésistible de l’interdépendance mondiale, et alors que nous sommes en présence d’une récession également mondiale, l’urgence de la réforme de l’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des Nations, trouve un large écho. On ressent également fortement l’urgence de trouver des formes innovantes pour concrétiser le principe de la responsabilité de protéger et pour accorder aux nations les plus pauvres une voix opérante dans les décisions communes. Cela est d’autant plus nécessaire pour la recherche d’un ordre politique, juridique et économique, susceptible d’accroître et d’orienter la collaboration internationale vers le développement solidaire de tous les peuples. Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun, s’engager pour la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. Cette Autorité devra en outre être reconnue par tous, jouir d’un pouvoir effectif pour assurer à chacun la sécurité, le respect de la justice et des droits. Elle devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux. En l’absence de ces conditions, le droit international, malgré les grands progrès accomplis dans divers domaines, risquerait en fait d’être conditionné par les équilibres de pouvoir entre les plus puissants. Le développement intégral des peuples et la collaboration internationale exigent que soit institué un degré supérieur d’organisation à l’échelle internationale de type subsidiaire pour la gouvernance de la mondialisation et que soit finalement mis en place un ordre social conforme à l’ordre moral et au lien entre les sphères morale et sociale, entre le politique et la sphère économique et civile que prévoyait déjà le Statut des Nations Unies.


Porta Fidei La lettre de Jeannine du 23 octobre 2011