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NoŽl Les collages de Gloria Bénin Blasphème au théâtre Indignés Assise Allemagne (suite) 2011: L'Année BenoÓt

La poupée: un conte de NoŽl de LenŰtre

Une histoire délicieuse et tendre, que je republie. Elle se passe en France, sous la Terreur. Une époque de sinistre mémoire, mais où les enfants croyaient encore que c'était le petit Jésus qui amenait les cadeaux... (24/12/2011)

En décembre 2006, ce site avait quelques tout petits mois, il recevait à peine quelques visites par jour, et j'avais publié ce beau conte de Noël, en expliquant quelles circonstances me l'avaient fait rechercher. (voir ici: http://beatriceweb.eu/Blog06/ )

Le livre que je cherchais désespérément en 2006 a depuis lors fait l'objet d'une nouvelle publication, en 2007 (ed Via Romana, en vente sur Amazon) [1].

Présentation de l'éditeur:
Noël chouan, Un réveillon chez Cambacérès, Le Noël de Fouquier-Tinville, La poupée, L’étoile, Le Noël du duc de Reichstadt, La fée…
Qui ne connaît la magie du conteur Théodore Gosselin dit G. Lenotre (1855-1935) (
fr.wikipedia.org/wiki/G._Lenotre ) ?
Arrière-petit-neveu du jardinier de Louis XIV (??), féru d’Ancien Régime, de Révolution, d’Empire, son art ravit par un subtil mélange d’érudition, d’anecdotes et de beau langage.
Voici donc réédités quatorze récits, reflets de l’épopée française, légendes habitées par la grâce de Noël « pour qu’à l’âge où l’on ne s’amuse que de fables viennent la curiosité, le goût de notre histoire parfois plus miraculeuse que toutes les fictions ».

"La poupée" - G. Lenôtre

Aussi loin que se reportent dans le passé mes souvenirs, je revois la vieille marquise de Flavigny, souriante et sereine, habituellement assise dans une antique bergère garnie de velours couleur de pêche, sur lequel se détachaient ses cheveux gris et ses grands bonnets de dentelle ornés de nceuds tremblants.
Près d'elle se tenait, presque sans cesse, sur une chaise basse, une femme du même âge, souriante aussi, le visage calme et apaisé. On appelait celle-ci « mademoiselle Odile ». Ce n'était pas une servante ; une grande familiarité semblait unir les deux vieilles dames qui, tout en tricotant des jupons de laine bleue à grosses mailles qu'elles distribuaient aux pauvres, le jeudi matin, avec une miche de pain et cinq pièces de deux liards, échangeaient à voix basse, d'un air de camaraderie, presque de complicité, d'interminables confidences. A certains jours, jours de grands rangements, quand le tricot chômait, les deux amies entreprenaient la visite de leurs armoires, immenses bahuts de chêne verni à longues pommelles de cuivre, avec des entrées de serrures, étroites et hautes, découpées en arabesques ; elles ouvraient des boîtes, enrubannaient le linge, étendaient sur les rayons de beaux napperons brodés, époussetaient, frottaient toute la journée. Nous étions là une bande d'enfants admis à ce spectacle salutaire, à condition de ne toucher à rien.
Au fond d'une de ces mystérieuses armoires, comme en un sanctuaire, reposait, debout dans une boîte de verre, un objet pour lequel les deux dames semblaient avoir une sorte de vénération. C'était une grande poupée vêtue, à l'ancienne mode, d'une robe de soie élimée ; les années l'avaient faite presque chauve; son nez était cassé, ses mains et son visage étaient écaillés et dévernis, et je me rappelle qu'elle n'avait plus qu'un soulier, un vieux soulier de maroquin tout craquelé, avec une boucle d'argent noirci et un haut talon qui avait été rouge.
Quand elles en arrivaient à cet imposant bibelot, la marquise et Mlle Odile le déplaçaient avec des ménagements d'enfant de choeur maniant un reliquaire : elles en parlaient à voix craintive, en phrases courtes
« ELLE a encore perdu des cheveux... Son jupon est maintenant tout usé... Voilà un doigt qui tombera bientôt. »
On soulevait avec mille précautions le couvercle de verre, on rajeunissait le poivre, on défripait la jupe à petits coups d'ongle très prudents. Puis on remettait la poupée en place, debout sur le plus beau rayon, comme sur un autel.
« Tient-elle bien, ma mie ? » demandait la marquise.
C'est ainsi qu'elle désignait Mlle Odile. Celle-ci, familièrement, l'appelait « madame Solange », sans jamais lui donner son titre, parlant avec une sorte d'accent lointain d'Alsace, sans rudesse pourtant, et si discret qu'on l'eût dit estompé par le temps.
Nous n'en savions pas davantage sur l'histoire des deux vieilles dames et de leur poupée quand, un soir - c'était la veille de Noël d'une année qui est déjà bien loin - nous fûmes, d'un coup, initiés à tout le mystère. Ce jour-là, Odile et la marquise avaient bavardé avec plus d'animation encore qu'à l'ordinaire. Vers le soir, toutes deux s'étaient recueillies et avaient fait silence : les mains jointes, elles se regardaient d'un air attendri et l'on devinait qu'un commun souvenir leur remplissait l'âme.
Quand la nuit fut tout à fait tombée, Odile alluma les bougies ; puis, sortant de dessous son tablier un trousseau de clefs, elle ouvrit l'armoire à la poupée. On tira la poupée de sa boîte ; dans ses falbalas ternis, avec sa tête sans cheveux, elle paraissait bien plus vieille que les deux dames qui se la passaient, de main en main, avec des mouvements soigneux, presque tendres. La marquise la prit sur ses genoux,ramena doucement le long du corps les bras de plâtre, dont les jointures firent entendre un vieux petit grincement semblable à une plainte, et elle se mit à contempler la «dame » avec un sourire d'affection.

- Ma mie, fit-elle, comme parlant à la poupée, si je contais à ces petits notre histoire ?
Ce fut Odile qui remua gravement la tête en manière d'acquiescement.

.....

-> La suite à lire ici: http://beatriceweb.eu/Blog06/

Note

[1] Sur le site de Via Romana, voici quelques recensions.

« Lenotre », ce nom évoque d’emblée le grand jardinier de Louis XIV. Mais un autre Lenotre mérite d’être connu, quand bien même ce pseudonyme ne cacherait que la véritable identité de Théodore Gosselin. Dans ses Légendes de Noël, G. Lenotre n’évoque pas le siècle de son illustre homonyme, mais davantage les périodes mouvementées de la Révolution française, de l’Empire et de la Restauration. Il fait revivre ces époques à travers le prisme lumineux de la fête de Noël. La féerie, la paix et la trêve de ce temps béni illuminent ces légendes, apaisent l’esprit torturé d’un Fouquier-Tinville ou redonnent à la duchesse de Berry la brève illusion de serrer dans ses bras son fils alors bien loin d’elle.
Écrites dans une langue merveilleusement pure et fraîche (n’est pas académicien qui veut) ces Légendes de Noël nous rappellent que la grâce de la Nativité peut toucher les cœurs les plus endurcis. De cette lecture, on ressort charmé, purifié et serein.
À mettre entre toutes les mains dès 11 ans.
Cécile Maugendre (Renaissance catholique, n°99, novembre-décembre 2007)

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...
Tous ces récits, dont l’historien affirmait qu’ils étaient, du moins dans leurs grandes lignes, rigoureusement vrais, avaient en commun de se dérouler aux entours immédiats du 25 décembre, car cette date magique, en tous temps, avait eu de curieux pouvoirs sur les cœurs humains. Ils avaient aussi en commun de se dérouler sous la Terreur, en pleines guerres de l’Empire, ou à l’aube de la Restauration, quand les passions politiques déchaînées n’inclinaient point à beaucoup d’indulgence envers l’adversaire. Sauf en certaines occasions, comme le démontraient ces nouvelles.
On y croise un émigré qui, pour apporter un cadeau à sa fillette restée en France brave follement le peloton d’exécution (La Poupée) ; une patrouille bleue dans la forêt bretonne qui s’attendrit à l’improviste sur le sort d’un prisonnier (Noël chouan) ; deux petites filles dont les larmes désarment l’insensible président du Tribunal révolutionnaire (Le Noël de Fouquier-Tinville) ; un proscrit qui dégringole dans les souliers d’une jeune fille solitaire (Tombé du ciel) ; un petit Savoyard dévoué (Mathiote) ; une enchanteresse qui ressemble à la duchesse de Berry (La Fée) ; un bébé qui sauve la vie de sa mère (Un réveillon chez Paul de Kock) ; mais aussi des récits plus légers, tels La carrière de M. Colleret, ou L’arbre de Noël de M. d’Auvrigny, innocente vengeance d’un aristocrate contre ses persécuteurs.
Tous ces textes, et les autres, sont charmants, touchants, d’une impeccable rigueur historique, d’un style parfait. Ils n’avaient pas été réédités depuis quarante ans. Ayant déjà réjoui quatre générations de lecteurs, ils sont assurés d’en réjouir une cinquième.
Anne Bernet (Nouvelle Revue d’Histoire, n° 33, novembre-décembre 2007)

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(...)
Ses Légendes de Noël ont toutes pour cadre la Révolution et l'Empire, période de prédilection de l'auteur. Lenotre mêle grande histoire et histoires personnelles. Se croisent de tristes événements (persécutions, guerres, misère) et la joie de Noël : telle jeune fille parisienne, vivant recluse dans son hôtel, voit le 24 décembre surgir de la cheminée un homme cherchant à échapper à la police ; il s'en suivra d'heureux événements. Tel vieux serviteur du Second Empire relate le merveilleux Noël que vécut un garçonnet, soixante-dix ans plus tôt : Napoléon Ier en personne l'avait pris sur son cheval et ensemble ils avaient passé en revue sa Grande Armée. Et encore ceci : l'écrivain Paul de Kock raconte à Ravel et Monnier l'histoire d'un nourrisson qui sut attendrir le terrible Fouquier-Tinville et obtenir la grâce pour sa mère. Cet enfant, c'était lui ! On croise enfin le duc de Reichstadt, qui fait dans les temps de Noël 1823 une bien intrigante rencontre, qui aurait pu changer la face de l'Europe.
Le mérite de G. Lenotre est de respecter les « codes » : au cœur de ses nouvelles historiques il glisse de l'enfance, et de l'émerveillement. Sous sa plume, le 25 décembre est un jour où tout est possible. Fouquier-Tinville n'a pas le dernier mot.
Étienne de Montety (Le Figaro littéraire, 20 décembre 2007)

Les premiers voeux de Vaclav Havel à son peuple Urbi et Orbi, NoŽl 2011. Images