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LA COMMUNICATION DE L'EGLISE
 

Article du Père Scalese, écrit pour la revue "L'Echo des Barnabites" (9/6/2011)




 
 

Il y a deux semaines, le nouveau portail internet du Vatican, News.va, était inauguré, évènement qui coïncidait avec le 60e anniversaire de l'ordination du Saint-Père.
A cette occasion, Mgr Celli, Président du Conseil Pontifical pour les Communications sociales accordait une interviewe au site Vatican Insider, dans laquelle - non sans humour - il tordait le cou à l'idée reçue selon laquelle, en termes de communications moderne, l'Eglise était encore à l'âge de pierre. (traduit ici: Pas de fracture nuimérique au Vatican)

C'est un peu le même argument que développe l'article du Père Scalese (antérieur au lancement du portail News.va), qui propose un historique très détaillé de "l'histoire médiatique" del'Eglise. Mais il va plus loin, pointant les défis nouveaux que pose à l'Eglise l'irruption massive des nouveaux medias.
Après avoir constaté un aspect positif indéniable (dont l'existence même de mon site témoigne!): "au-delà des sites, plus ou moins institutionnels, ce qui laisse vraiment abassourdis, c'est la prolifération, totalement inattendue et spontanée, de blogs personnels catholiques, un phénomène qui démontre la vitalité de l'Eglise.", il s'interroge:
- Comment faire pour garder un contrôle sur tout ce qui s'écrit et se dit sur ou au nom de l'Eglise?
"(..) l'Eglise, qui jusqu'à il y a quelques années était habituée (et le ressentait comme un devoir) à surveiller toute activité d'expression de ses enfants, est contrainte aujourd'hui de réinterpréter et de redéfinir son droit-devoir de vigilance".
- L'Eglise a-t-elle raison de participer à l'engouement pour les réseaux sociaux, "sans peut-être faire précéder sa présence d'une réflexion critique approfondie sur leur réelle utilité"?

Malgré tout, dans un contexte de plus en plus compliqué, avec une machine informative qui s'emballe, avec la diffusion massive de la pornographie, qui est la face la plus sombre d'internet, la présence de l'Eglise est plus que jamais nécessaire car "Il y a un besoin de quelqu'un qui veille sur la bonne utilisation des médias et en dénonce, si nécessaire, les abus, ouvrant les yeux des gens sur les risques toujours possibles de manipulation".

Liste des autres chroniques du Père Scalese dans "l'Echo des Barnabites": benoit-et-moi.fr/2011-I/..




 

Eglise et communication
http://querculanus.blogspot.com/...
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Voici l'article publié dans le dernier numéro de "L'Echo des Barnabites" (n°2 / 2011, p. 11-13) dans la rubrique "Observatoire de l'Eglise". L'article a été écrit en mai, il ne prend donc pas en compte les derniers développements dans ce domaine, comme, par exemple, le lancement du site d'information du Vatican News.va .

L'idée que beaucoup, y compris de nombreux catholiques, ont de l'Église est celle d'une institution rétrograde, qui a comme objectif de conserver certaines valeurs du passé et refuse de s'adapter aux changements en cours dans la société. On peut convenir qu'une institution bimillénaire comme l'Église peut avoir du mal à rester en phase avec le temps, justement parce qu'elle est porteuse d'une sagesse ancienne, qui n'est pas toujours facile à combiner avec les nouveautés de l'époque (il convient quand même de dire que ces innovations se proposent souvent comme définitives, alors qu'en l'espace de quelques années, elle se révèlent être déjà dépassées). Mais cela ne signifie pas que l'Eglise ne se rende pas compte des changements en cours, qu'elle ne s'interroge pas sur leur valeur réelle et qu'elle ne se demande pas si oui ou non elle doit s'y adapter, ou même se les approprier.

Une des grandes transformations qui ont affecté le monde moderne et en ont fait un «village global» (Marshall McLuhan) est l'invention et la diffusion des médias de masse: presse écrite, cinéma, téléphone, radio, télévision, ordinateur, Internet ... Eh bien, l'Eglise a tout de suite compris qu'elle se trouvait face à des nouveautés importantes, destinées à avoir une influence considérable - pour le meilleur ou pour le pire - sur la vie des hommes, et devant lequelles elle ne pouvait rester indifférente.

Un des premiers documents de Vatican II concernait justement les média. Il s'agit du Décret sur les Moyens de communication sociale (Inter mirifica), approuvé le 4 Décembre 1963. Il y est expliqué pourquoi l'Église ne peut pas ne pas s'en occuper:

" L'Eglise notre mère, reconnaît que ces instruments, s'ils sont correctement utilisés, offrent de grands avantages pour l'humanité, car ils contribuent efficacement à l'élargissement et à l'enrichissement de l'esprit, et à répandre et à consolider le royaume de Dieu. Mais elle sait aussi que l'homme peut les utiliser contre les desseins du Créateur et l'entrainer à sa propre ruine; et même, son cœur de mère est attristé par les dégâts que trop souvent leur utilisation abusive a causé à l'humanité "(n. 2).

Tout de suite après, le Concile a réaffirmé le droit et le devoir de l'Eglise à utiliser les médias:

" L'Eglise catholique, ayant été fondée par le Christ Seigneur pour apporter le salut à tous les hommes, et étant ainsi poussée par l'obligation de répandre le message évangélique, considère de son devoir de se servir elle aussi des moyens de communication sociale pour annoncer la bonne nouvelle de ce salut et enseigner aux hommes la bonne utilisation de ces instruments. Il incombe donc à l'Eglise le droit inné d'utiliser et de posséder lesdits instruments, dans la mesure où ils sont nécessaires ou utiles à la formation chrétienne ou à toute autre action pastorale. De même qu'il est du devoir des pasteurs d'instruire et de guider les fidèles afin qu'ils puissent,avec l'aide de ces outils, poursuivret leur propre salut et celu de la famille humaine tout entière" (n. 3).

Il ne faut pas croire que l'Eglise n'ait pris conscience de l'importance des médias qu'avec Vatican II. Au fur et à mesure que de nouveaux outils sont apparus, l'Eglise n'a pas tardé à en faire usage: pensons à la publication de L'Osservatore Romano (1er Juillet 1861:il y a 150 ans!) et d'innombrables périodiques catholiques (autrefois on parlait de «bonne presse»!); pensons à la naissance de maisons d'édition catholiques (en particulier le travail effectué dans ce domaine par Don Bosco...); pensons de la fondation de Radio Vatican , confiée par Pie XI à l'inventeur de la radio en personne, Guglielmo Marconi, (12 Février 1931: il y a 80 ans!).

Ces dernières années, le nombre de stations de radio catholiques en Italie et dans le monde, est devenu de plus en plus important (ndt: pas en France!!): on peut dire qu'il n'y a pas de diocèse qui n'ait son émetteur. Pour ne rien dire de Radio Maria, véritable phénomène médiatique. Initialement radio paroissiale d'Erba (province de Brianza), elle est devenue prodigieusement une radio à diffusion modiale: un total de cinquante stations locales qui forment la «famille mondiale de Radio Maria»; derniers arrivants: RM Bosnie, RM Papouasie-Nouvelle Guinée et RM Suisse.

Dans le domaine de la télévision, peut-être en raison des coûts plus élevés qu'implique le petit écran, la présence de l'Église est moins répandue. Seul, en 1983, a été fondé le Centre de Télévision du Vatican, et aujourd'hui encore il ne s'agit pas d'un véritable émetteur, mais seulement d'un centre de production et de distribution, qui garantit les directs papaux aux différents canaux, catholiques ou non, autour du monde.
Au niveau local se sont propagées un certain nombre de chaînes catholique, mais leur couverture ne peut en aucun cas rivaliser avec les réseaux privés et publics. En Italie, la Conférence des évêques catholiques a promu un canal, d'abord seulement sur le satellite et aujourd'hui présent sur la TNT: TV2000 (anciennement Sat2000 ), qui a pourtant du mal à décoller. Tandis que réseau américain EWTN( Eternal Word Television Network ), la grande intuition de Mère Angelica, née comme télévision par câble, mais pouvant désormais être reçue dans le monde entier par le biais du satellite rencontre un beau succès (le début la diffusion remonte au 15 août 1981: il y a 30 ans)!. Mais l'Eglise catholique n'a toujours pas une chaîne de télévision internationale, qui puisse rivaliser avec les grands réseaux comme la BBC ou Al Jazeera .

Dernier arrivé, l'ordinateur, qui a cessé d'être un simple outil privé, pour devenir un moyen de communication de masse grâce à Internet, le réseau mondial qui permet de connecter les uns aux autres tous les ordinateurs dans le monde. Encore une fois, l'Eglise a immédiatement réalisé la révolution qu'Internet signifiait dans le monde des communications, et s'est retroussé les manches pour l'utiliser comme un outil d'information et de diffusion de l'Evangile. Désormais, il n'existe plus d'institution catholique (du Vatican jusqu'aux paroisses les plus éloignées) qui ne possède son propre site web (le problème serait plutôt de rendre ces sites utiles et intéressants, et de les tenir à jour). Le site du Saint-Siège ( www.vatican.va ), commencé en 1997, et actuellement en huit langues (latin, italien, français, anglais, allemand, espagnol, portugais et chinois), il est devenu un point de référence pour tous: il paraît que le nombre de visites mensuelles à ses pages s'élève à 50 millions. Désormais, si quelqu'un veut voir un document du pape ou des différents services de la Curie romaine, il n'a plus besoin de recourir au (néanmoins toujours) précieux Enchiridion Vaticanum, il peut visiter le plus rapide et économique site du Saint-Siège. Mais, au-delà des sites, plus ou moins institutionnels, ce qui laisse vraiment abassourdis, c'est la prolifération, totalement inattendue et spontanée, de blogs personnels catholiques, un phénomène qui démontre la vitalité de l'Eglise.

Evidemment, il s'agit de phénomènes qu'il est difficile de tenir sous contrôle et qui exigent un changement radical de mentalité. Je vais donner quelques exemples pour faire comprendre la révolution que les médias ont apportée dans la vie de l'Eglise. Dans le passé, un supérieur religieux avait le droit et le devoir, prévus dans les Constitutions, de vérifier la correspondance de ses sujets: ce n'était pas difficile, puisque tout le courrier passait par ses mains. Comment serait-il possible aujourd'hui pour un supérieur, de contrôler les communications de ses religieux par téléphone, téléphone portable, Skype (téléphone par Internet), email, SMS (messages sur le téléphone) ou chat (communication en temps réel sur Internet)?
De même, autrefois (et la norme est toujours en vigueur dans le Code de Droit Canonique) il était exigé que les écrits sur la foi et la morale obtiennent la permission de l'évêque avant leur publication. Comment serait-il possible aujourd'hui de demander l'imprimatur pour tout ce qui s'écrit dans les blogs catholiques? Manifestement, l'Eglise, qui jusqu'à il y a quelques années était habituée (et le ressentait comme un devoir) à surveiller toute activité d'expression de ses enfants, est contrainte aujourd'hui de réinterpréter et de redéfinir son droit-devoir de vigilance.

Certes, elle ne peut pas ignorer ce que disent, non seulement les fidèles mais aussi ceux qui ne sont pas fidèles. Le Saint-Siège l'a appris à ses dépens il y a deux ans, lors de la suspension de l'excommunication des quatre évêques lefebvristes: il y eut alors une longue polémique, parce qu'un de ces prélats professait des positions négationnistes à propos de l'holocauste. Benoît XVI dut écrire dans sa lettre aux évêques du 10 Mars 2009: " On m'a dit que suivre avec attention les informations disponibles sur l'Internet aurait donné la possibilité de prendre rapidement conscience du problème. J'en tire la leçon que le Saint-Siège à l'avenir, devra prêter davantage attention à cette source de nouvelles " . Et en effet, depuis lors, les bureaux du Vatican ont commencé à systématiquement et régulièrement surveiller le «réseau».

Ces dernières années, l'Eglise a fait aussi une réflexion pastorale et morale approfondie sur les moyens de communication. À cette fin, a été constitué un véritable dicastère de la Curie romaine, le Conseil Pontifical pour les Communications sociales. Deux instructions pastorales ont été publiées: Communio et Progressio (23 mai 1971) et Aetatis novae (22 Février 1992). D'autres documents, en revanche, ont tenté de formuler une évaluation morale des médias: le 4 Juin 2000 a été publié un document plus général intitulé Ethique dans les communications sociales, et le 22 Février 2002, un autre plus spécifique intitulé Ethique sur Internet.
Pour sa part, la Congrégation pour l'Éducation Catholique, le 19 Mars 1986, a publié des "Lignes directrices pour la formation des futurs prêtres concernant les instruments de communication sociale".

Une réflexion certainement précieuse, mais qui n'est pas toujours suffisante pour suivre toutes les nouveautés, et les évaluer dans leur consistance réelle. Récemment, par exemple, avec l'explosion des réseaux sociaux , on a estimé que l'Eglise, pour ne pas être accusée de retard injustifié, s'est hâtée de s'y rendre présente, sans peut-être faire précéder sa présence d'une réflexion critique approfondie sur leur réelle utilité (sans parler de leur utilisation possible pour des motifs inavoués).

En tout cas, il devient de plus en plus important que l'Eglise soit présente dans le monde des médias non seulement pour l'utiliser dans son propre intérêt (la diffusion de l'Evangile), mais aussi pour en devenir la «conscience critique». En effet, ils risquent non seulement de favoriser la décadence des mœurs (il suffit de regarder la pornographie, qui est entrée avec Internet sans restrictions dans toutes les maisons), mais aussi de devenir des instruments de propagande idéologique et de désinformation. Il y a un besoin de quelqu'un qui veille sur la bonne utilisation des médias et en dénonce, si nécessaire, les abus, ouvrant les yeux des gens sur les risques toujours possibles de manipulation.
En effet, le danger n'est pas éloigné qu'à travers les médias, on puisse construire une réalité purement virtuelle, et que les gens finissent par la confondre avec le monde réel.




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