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L'ISLAM, PREMIÈRE RELIGION EN FRANCE?
 

Ou peut-être pas? Ce sont les questions (et les mises au point nécessaires) de Massimo Introvigne, après la médiatisation d'une enquête de l'IFOP et d'un rapport de l'Hudson Institute, dont mon site s'est fait l'écho (29/8/2011)

Les leçons à retenir sont: contrôler et identifier les sources, se méfier des sondages.
Certains sites (par exemple celui-ci), confirment la première proposition de l'analyse de Massimo Introvigne.

Mais le fait demeure: l'islam est conquérant, et la France est tristement déchristianisée.




 

Voir ici:

En France, l'islam est conquérant
En France, l'islam est conquérant (2)
L'islamisation de l'Espagne... aussi!



 

L'islam est la première religion en France. Ou peut-être pas
Massimo Introvigne (La Bussola)
29/08/2011
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Plusieurs journaux européens, dont certains Italiens, ont relevé ces derniers jours une étude publiée le 18 août par l'Institut Hudson à New York, qui prouverait que les musulmans pratiquants dépasseraient en France les catholiques pratiquants.
Selon l'étude, la pratique dominicale catholique en France est descendue à 4,5% de ceux - 64% - qui se disent catholiques, c'est-à-dire que chaque week-end, 1,9 millions de français vont à la messe, soit 2,9% de la population totale. Par contre, 41% des six millions de musulmans "ethniques" présents en France - dont 75% se proclament «croyants» - se déclarent pratiquants, ce qui permettrait d'estimer les musulmans pratiquants à deux millions et demi, donc bien plus que les catholiques qui disent assister à la messe chaque dimanche.

Moins important, encore que largement diffusé, le nombre des nouvelles mosquées et salles de prière construites dans les dix dernières années en France: un millier, contre une vingtaine de nouvelles églises catholiques dans la même décennie, qui a vu aussi la démolition ou la vente - dans certains cas à des musulmans qui les ont transformées en mosquées - de soixante lieux de culte catholiques. Ces chiffres ne sont pas surprenants, car il est évident que le nombre de musulmans a beaucoup augmenté pour des raisons de démographie et d'immigration, tandis qu'au minimum, celui des catholiques n'a pas augmenté.

Mais est-il vrai que les musulmans sont désormais les plus nombreux?
Pour répondre à cette question, on doit tenir compte de trois éléments.

Le premier est que toute statistique est autorisée à la mesure de ceux qui la proposent.
Les données brutes sont de l'IFOP (http://www.ifop.com/....pdf), l'Institut Français d'Opinion Publique, organisme de recherche très influent ayant des liens avec le MEDEF - ou le monde de l'entreprise (ndt: mondo confindustriale transalpino), mais le traitement en est fait par l'Hudson Institute, l'une des nombreuses fondations du monde conservateur américain dirigée par des membres de la communauté juive des Etats-Unis et fortement pro-israélienne et anti-islamique, donc intéressée à souligner la «menace islamique» en Europe. Il convient toutefois de dire que c'est une institution qui travaille souvent pour le gouvernement américain et produit des documents de qualité convenable.

Le deuxième élément est que nous avons affaire à des données obtenues par des enquêtes téléphoniques. Strictement parlant, l'enquête ne nous dit pas combien de français vont à la messe ou "pratiquent" l'islam, mais beaucoup, au bout du fil, "disent" aller à la messe ou prétendent être des musulmans pratiquants.
Il a été démontré il y a un certain temps - y compris dans une enquête italienne menée par l'auteur de ces lignes et Pier Luigi Zoccatelli, en Sicile, qui n'est par ailleurs pas l'unique en la matière - que les déclarations sur la pratique religieuse de ceux qui répondent à des interviews téléphoniques ne coïncident pas avec les enquêtes réalisées dans la même période et dans la même zone à la porte des lieux de culte. En Italie - comme en Pologne, où ont été menées des études très détaillées sur le sujet - les données montrent un "over-reporting", c'est à dire que le nombre de ceux qui, joints par téléphone, disent aller à la messe du dimanche est plus élevé que les présences à la messe constatées par un comptage minutieux réalisé aux portes des églises. Par exemple, dans notre étude, en Sicile, la pratique déclarée au téléphone était de 30,1%, et celle effectivement relevée dans les églises de 18,3%. Des données très similaires ont été relevées en Vénétie. Toutefois, si en Italie il y a un nombre élevé de gens qui pensent qu'aller à la messe est un comportement socialement souhaitable, et peut-être aspirent à y aller tous les dimanches - donc répondront oui à l'intervieweur, même s'ils ne vont pas réellement à la messe - en France, plusieurs chercheurs en sciences sociales ont émis l'hypothèse que c'est le contraire qui se passe, qu'il n'y a pas un "over-reporting", mais un "under-reporting". Autrement dit, il est possible qu'en France, aller à la messe est désormais considéré comme quelque chose de démodé et de socialement "étrange", de sorte que certains n'osent pas l'avouer par téléphone. Un simple coup d'œil à Paris ou ailleurs suffit pour comprendre que les catholiques français vont beaucoup moins à la messe que les Italiens, mais que le chiffre soit vraiment tombé en dessous de trois pour cent de la population doit être confirmé par d'autres enquêtes procèdant par comptage dans les églises - malheureusement complexes et coûteuses - et pas seulement par téléphone.

Le troisième aspect est ce qui devrait nous rendre prudents en parlant d'un "dépassement" de l'islam.

D'abord, il est erroné de considérer comme catholique seulement quelqu'un qui va à la messe chaque dimanche. Le catholicisme contemporain est fait de cercles concentriques: ceux qui vont à l'église chaque semaine, qui y vont une fois par mois, deux fois par an, et ceux qui y vont uniquement pour les mariages et les funérailles, mais se sentent toujours catholiques.
Dans ce système complexe, il reste malgré tout vrai, même pour l'IFOP et le Hudson Institute, que 64% des Français, une majorité solide, se considére comme un catholique. Et il ne s'agit pas seulement d'affirmations de convenance, parce que, par exemple, c'est en France que plusieurs organisations à l'appui de l'Eglise catholique dans le monde, y compris l'Aide à l'Eglise en Détresse, recueillent le plus de dons. Celui qui n'assiste pas à la messe régulièrement, mais met la main au portefeuille pour l'Eglise est un catholique étrange, mais dans le même temps, c'est quelqu'un qui ne s'identifie pas seulement en paroles avec la communauté où il fut baptisé.

Mais surtout, le débat est sans fin sur ce que signifie être musulman «pratiquant». S'il s'agit de savoir qui va à la mosquée, les rares enquêtes européennes montrent à la fois une très faible participation et un spectaculaire "over-reporting" : environ 7% des musulmans d'Europe, disent fréquenter les mosquées, mais les comptages en dehors du mois de Ramadan s'arrêtent presque partout à moins de 2%. Cependant, aller à la mosquée et aller à la messe, ce n'est pas la même chose. Pour la majorité des écoles juridiques et théologiques musulmanes, la fréquentation des mosquées n'est même pas l'un des devoirs obligatoires du culte. Il est obligatoire de prier, mais la prière quotidienne peut être faite n'importe où. Il est également nécessaire de jeûner pendant le Ramadan, mais en soi, le jeûne du Ramadan est plus une identification ethnique avec la communauté qu'une véritable pratique religieuse régulière.
Avec un critère acceptable, donc, l'Institut Hudson n'a pas considéré les musulmans français qui déclarent jeûner pendant le ramadan - qui seraient 4,2 millions, plus du double des catholiques qui se disent pratiquants - mais seulement ceux qui affirment observer le Ramadan et être fidèle à la prière quotidienne,justement deux millions et demi de personnes.

Si on appelle ces personnes "pratiquantes" - ce qui est seulement l'une des significations possibles du terme pour les musulmans, mais elle n'est pas absurde - effectivement, ils sont plus nombreux que ceux qui disent assister à la messe chaque dimanche en France. Cependant, celle des des musulmans est elle aussi une pratique "téléphonique": elle se réfère à ceux qui "disent" respecter l'obligation de la prière quotidienne, en plus du ramadan, et contrôler s'ils prient vraiment est encore plus difficile que vérifier combien de personnes vont réellement à la messe. En général, les musulmans sont fiers de l'être, et beaucoup de statistiques sur les pratiques religieuses islamiques souffrent d'un "over-reporting" chronique.

L'annonce du «dépassement» des musulmans en France doit donc être pris avec bénéfice d'inventaire.

Il reste, cependant, deux données certaines.

La première est que, malgré toute une littérature sur l'effet sécularisant qu'une société comme celle française aurait sur les musulmans, surtout les jeunes, les islamistes continuent de croître en nombre, et affirment, au moins dans les sondages téléphoniques, une forte identification avec leur religion.

La seconde est que, même en considérant un possible "under-reporting", la pratique française est de toutes façons, depuis de nombreuses années, la plus basse parmi les pays de tradition catholique, et il est vraisemblable qu'elle continuera à diminuer, même si - comme cela a été mentionné - d'autres formes d'identification avec le catholicisme que l'assistance à la messe résistent.

La raison pour laquelle la France est si différente de l'Italie - où la pratique déclarée est dix fois supérieure, et celle effective, plus difficile à mesurer, probablement environ cinq fois plus élevée - est une question sur laquelle les sociologues s'interrogent depuis des années.
Les réponses se réfèrent à la fois à un facteur extérieur à l'Église - la propagande laïciste qui, depuis la Révolution française, en particulier dans les écoles publiques, est plus "martelante" qu'en Italie et, bien qu'elle soit souvent très grossière, après plus de deux siècles, a évidemment eu ses effets - et à plusieurs facteurs internes: la domination d'une théologie progressiste, populaire parmi les intellectuels, mais pas parmi le peuple, et la sourde hostilité d'une partie de la hiérarchie - qui disparaît, c'est vrai, mais seulement dans ces dernières années - aux mouvements laïcs qui, en Italie, ont eu un rôle décisif.
Les choses étant ce qu'elles sont, il y a de quoi méditer. Et espérer que l'affirmation du cardinal Carlo Maria Martini, lors d'un séminaire de la fondation Agnelli il y a quelques années, soit fausse: «L'Irlande - où on se rendait à la messe deux fois plus qu'en Italie, mais c'était avant la crise des prêtres pédophiles - est notre passé et la France est notre avenir ».

Mais cela dépend de nous, et de la nouvelle évangélisation.




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