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LE PAPE DÉFIE L'ALLEMAGNE SANS DIEU.
 

Au moment où le Pape s'envole pour l'Allemagne, la dernière analyse de Massimo Introvigne, qui s'appuie sur l'étude d'un sociologue allemand Andreas Puttman. (22/9/2011)

On peut être sûr qu'une fois de plus il parlera clair et sera critiqué par les censeurs habituels. Mais il n'y a pas d'autre moyen pour reproposer une société qui soit encore chrétienne et donc pleinement humaine.




 

Le pape défie l'Allemagne sans Dieu
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Massimo Introvigne
22/09/2011
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Dans quelle Allemagne arrive le Pape? En écoutant le discours diffusé dimanche au cours de l'émission Wort zum Sonntag (Le Pape adresse un message video aux allemands) sur la chaîne publique allemande ARD, on a l'impression que le pape Benoît XVI a lu l'essai du sociologue et journaliste Andreas Puttman "Gesellschaft ohne Gott. Risiken und Nebenwirkungen der Entchristlichung Deutschlands" (Une société sans Dieu. Risques et effets collatéraux de la déchristianisation de l'Allemagne, 2010), qui rassemble une série de statistiques impitoyables sur l'état du christianisme en Allemagne.

53% des Allemands affirment qu'ils ne croient pas en Dieu : parmi ces derniers, paradoxalement, un certain nombre de catholiques et de protestants. De 1950 à 2010, les protestants sont passés de 43 à 25 millions. Les catholiques sont restés les 25 millions en 1950, environ 30% de la population, mais ils ont perdu dans les dernières décennies les bénéfices d'une croissance antérieure due à la démographie et à l'immigration. Ce sont ceux qui se déclarent catholiques, dont seulement 8% dans l'ancienne Allemagne de l'Ouest, et 17% dans l'ancienne Allemagne de l'Est déclarent aux enquêteurs aller à la messe chaque semaine. En outre, 41% de ceux qui se déclarent catholiques ne croient pas que la Terre a été créée par Dieu - parmi ceux qui se déclarent protestants, le pourcentage s'élève à 52%. Aux autres vérités principales de la foi moins de la moitié de ceux qui se déclarent catholiques disent croire. Seuls dix pour cent des Allemands, conclut Puttman, peuvent être considéré comme membre d'une église chrétienne à plein titre, en ce sens qu’ils en acceptent les principales croyances et pratiques.

L'image qui émerge est celle d'une «société sans Dieu» , où même beaucoup de ceux qui se disent encore chrétiens ne partagent presque rien du christianisme traditionnel, et ont même des doutes sur l'existence de Dieu.
On ferait une erreur - et Puttman ne la fait pas - en pensant qu'en Allemagne il y a un regain des théories philosophiques athée ou de bonimenteurs de l'athéisme comme Odifreddi (ndt: en France, on dirait peut-être Michel Onfray). Des personnages folkloriques existent là-bas aussi, mais ils ne sont pas responsables de la déchristianisation. Plus que d'un athéisme médité et philosophique, en Allemagne - comme ailleurs - on doit parler d'indifférence envers Dieu. Comme en Grande-Bretagne et en France - avec signes qui montrent qu'on aborde cette situation en Espagne, tandis que nous en sommes encore assez loin en Italie - l'Allemagne est une société postmoderne, où il n'est plus évident que la religion est quelque chose d'important et que les jeunes doivent à un certain moment de décider si oui ou non ils croient en Dieu ou sont chrétiens.
Déjà ce choix, comme l'a noté le philosophe canadien Charles Taylor, différencie la modernité tardive de celle qui précède la Révolution française, où la grande majorité des gens se considéraient comme croyants dans se poser le problème d'une alternative. Mais maintenant nous voyons quelque chose de différent. Dans la société sans Dieu de Puttman, on risque aussi de voir aussi disparaître, le moment où le jeune homme choisit de croire ou ne pas croire. Dans de nombreuses familles, personne ne croit ni ne pratique, de sorte qu'à la prochaine génération personne non plus ne se pose le problème. La religion est devenue tout simplement sans importance.

Puttman, cependant, est le contraire d'un joyeux théoricien de la sécularisation. Il y a toute une partie du volume où le sociologue allemand parle - comme le dit le titre - des «risques et effets collatéraux de la déchristianisation», et propose des données de nature différente. Ces données montrent que les jeunes «sans Dieu», ceux qui ne se posent même pas la question de la religion, sont plus matérialistes, plus disposés à dire qu'il n'y a aucune différence entre le bien et le mal ou que le bien est seulement ce qui m'enrichit moi, ou me convient, plus cyniques. Et en même temps, beaucoup plus malheureux. Être «sans Dieu», explique Puttman, fait mal. On ne peut même pas dire que cela prépare une société avec plus de suicides, plus de médicaments, plus de désespoir et une réticence générale à porter des enfants. Ceci n'est pas une prédiction, c'est une photographie d'une société qui parmi ceux qui ont moins de cinquante ans en Allemagne est déjà là.

Une autre affirmation de Puttman, c'est que la société n'est pas arrivée à tout cela par hasard. Il y a eu un dessein politique précis, un crescendo d'intolérance et de discrimination contre les chrétiens, tant et si bien que même le sociologue affirme que - à ce rythme - de nouvelles persécutions sanglantes comme celles nazi ou communiste ne sont pas impossibles. Les signaux que l'on perçoit dans les jours précédant la visite du pape confirment que l'intolérance anti-chrétienne n'est pas majoritaire, mais qu'elle est puissante, organisée, bien financée, et qu'elle arrive jusqu'au Parlement.

Que faire? Ici aussi, Puttman surprend. La recette que proposent les catholiques progressistes qui ne sont pas majoritaires en Allemagne, mais occupent presque tout l'espace sur les médias, est pour le sociologue une formule pour le désastre: des femmes prêtres, les prêtres mariés, oui à l'avortement, au divorce et aux unions homosexuelles. Cette recette a été tentée par les communautés protestantes historiques avec des conséquences catastrophiques. Les seules formes religieuses qui croissent sont les "évangéliques" et les pentecôtistes, beaucoup plus conservatrices que les protestants luthériens et calvinistes.

La solution de Puttman est de surmonter «timidité» et le respect humain, et de dire la vérité sur Dieu , Jésus-Christ, la foi et même la morale, sans crainte des réactions des médias et de certains politiciens. Le succès des "évangéliques" ainsi que des formes de pastorale catholique très ferme montre que, en s'opposant au relativisme, on se rend impopulaire auprès des pouvoirs forts qui dominent la culture officielle et la presse, mais populaire parmi les fidèles.
Le pape allemand est déjà venu en Allemagne en 2005 et en 2006 pour proclamer que Dieu existe, que sans Dieu il n'y a pas d'avenir ou le bonheur, et que le relativisme est un mensonge.
Aujourd'hui, il vient à nouveau: on peut être sûr qu'une fois de plus il parlera clair et sera critiqué par les censeurs habituels. Mais il n'y a pas d'autre moyen pour reproposer une société qui soit encore chrétienne et donc pleinement humaine.




Allemagne: Bon voyage, Très cher Saint-Père | Elle s'appelait Karl-Marx Stadt jusqu'en 1990