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ELLE S'APPELAIT KARL-MARX STADT JUSQU'EN 1990
 

Aujourd'hui, Chemnitz. Des familles du Chemin néocatécuménal s'y sont installées, pour porter l'Evangile. Un texte paru sur le portail du diocèse de Naples, traduit en espagnol sur Religion en Libertad... et en français poar Carlota. Il souligne le besoin du Christ pour les Allemands même s'ils ne veulent pas s'en rendre compte ou ne peuvent pas s'en rendre compte (22/9/2011)




 

Carlota

Le Berliner Zeitung canonne déjà à la groß Bertha (je crois que les Allemands disent plutôt Dicke Bertha !). L’obus, enfin le vieil obus, de service, c’est Umberto Eco (voir ici).
Parlons plutôt de ce qui se passe notamment à Chemnitz, l’ex Karl-Marx-Stadt, la ville de Karl Marx de l’ancienne RDA (Article de Marina Corradi, - journaliste qui écrit aussi pour l’Avvenire, document disponible sur le portail du diocèse de Naples – juillet 2011 ici et version espagnole ).




 

À l’extérieur le soleil est encore haut, en été, mais à huit heures du soir les rues sont déjà à moitié désertes. Nous sommes à Chemnitz, au 29 de la Theater Strasse, dans un vieux palais récemment reconstruit et qui sent encore l’odeur de la peinture fraîche.
Ce qui te frappe au sujet des familles néo-catéchuménales, quand tu les vois réunies, comme cela c’est passé cette après-midi, ce sont les enfants : six couples, chacun avec neuf, douze ou même quatorze enfants. En tout il y en a soixante-dix, des adolescents ou des mariés depuis peu. Regarde leurs visages, leurs yeux qui brillent, et pense : quelle merveille et quelle richesse nous avons perdu nous les Européens avec un seul enfant, alors que d’une chambre contiguë arrive péremptoire le cri de l’un des premiers petits-enfants.

Elle est émouvante cette petite multitude d’enfants chrétiens en cet après-midi à Chemnitz, l’ancienne ville de Karl-Marx. Parce que dans ce coin de l’ex-République Démocratique est née la civilisation, en l’an 1136, d’une poignée de moines bénédictins, qui ont fondé une abbaye, et après eux sont venues des familles chrétiennes qui ont vécu autour du couvent, et ont déboisé, pour rendre les lieux cultivables ; et ces familles aussi avaient une dizaine d’enfants chacun.

Que l’histoire puisse recommencer alors qu’elle paraît finie ? Tu te le demandes dans ville silencieuse et éteinte, où un habitant sur quatre est vieux et fréquemment seul, et seuls aussi sont les enfants uniques des familles défaites. Les gens d’ici se retournent pour regarder quand une famille sort même seulement avec la moitié de sa progéniture. Et si un copain d’école arrive à la maison pour goûter, incrédule, il photographie la grande table avec son portable.

La mission « ad gentes » de Chemnitz, composée de deux communautés, chacune accompagnée d’un prêtre, est formée par deux familles italiennes, deux espagnoles, une allemande et une autrichienne. Les pères, dans leurs patries respectives, avaient un travail sûr. Dans les années 80 ils sont partis pour une première mission. Le fondateur du Chemin Néocatéchuménal, Kiko Arguello, répondait à un souhait de Jean-Paul II : des chrétiens qui porteraient l’Évangile à la périphérie des métropoles occidentales.
Andrea Rebeggiani, professeur de latin et de grec, avec sa femme et ses premiers cinq enfants a laissé sa maison de Spinaceto, dans la banlieue de Rome, a atterri en 1987 à Hanovre ensevelie sous une tempête de neige. Également Benito Herrero, riche avocat catalan, il a tout abandonné et est venu jusque là, pour étudier l’allemand dans les cours du soir, à côté des réfugiés kurdes.

C’était déjà une aventure extraordinaire. Mais en 2004 le Chemin néocatéchuménal a l’idée d’une autre étape : des familles accompagnées d’un prêtre déménageraient vers les villes les plus déchristianisées, simplement pour être là parmi les gens et être le signe d’une autre vie possible. En substance, une structure bénédictine. L’Évêque de Dresde, Joachim Friedrich Reinelt, a invité les néocatéchuménaux à Chemnitz, peut être la frontière la plus dure de la République Démocratique d’Allemagne. De nouveau ces familles ont déménagé. Nous seulement les progénitures mais aussi leurs enfants librement, l’un après l’autre. « Nous avions seulement cinq ou six ans quand nous avons laissé notre pays », explique aujourd’hui Matteo, fils d’Andrea. « Maintenant nous sommes grands, cette fois il s’agit de notre mission à nous ».

Difficile la vie à Chemnitz, dans cette province pauvre que se sait encore considérée comme la RDA, pour les enfants nés à l’Ouest. On y souffre et on s’en va. Et puis presque toujours on revient. Dure la vie des parents, de nouveau à la recherche de travail à la cinquantaine. Si le salaire est insuffisant, on vit des allocations de l’état providence allemand et des aides des communautés néocatéchuménales d’origine, avec lesquelles le lien est fort. Dans leur patrie les communautés chrétiennes récitent constamment le rosaire pour ces familles. En été elles envoient des enfants ici, pour faire une mission citadine : une explosion de joie pour les rues solitaires de Chemnitz, pour ces groupes d’adolescents romains ou espagnols.

Discussions à la porte du cimetière : Savez-vous que les os de vos morts réapparaîtront un jour ? » La plupart des gens de Chemintz, haussent les épaules et s’en vont. « Surtout les vieux, il semble qu’ils ne peuvent pas supporter de parler de Dieu ». Mais la vraie mission, dit l’avocat Herrero, « c’est d’être ici ». Ici dans la vie de tous les jours, derrière les bancs ou au travail, parmi les gens qui te regardent et ne comprennent pas, qui se posent des questions et s’étonnent, des gens grognons, méfiants et effrayés. Être ici : comme María, âgée de 27 ans, maîtresse dans un centre avec tant d’enfants de parents séparés, qui est là pour témoigner d’une famille dans laquelle on s’aime bien pour toujours. Comme aussi l’un des enfants espagnols qui s’occupe du comptoir d’un marchand de glaces pendant l’été. Il a éveillé la curiosité du propriétaire qui un après-midi est venu écouter le catéchisme et ensuite est revenu. Très peu en nombres, mais il n’y a pas un souci de prosélytisme parmi ces gens. Ils sont déjà contents d’être là: « La mission, avant tout, nous éduque nous et nos enfants à l’humilité. Nous ne sommes pas des surhommes, mais des hommes comme les autres, fragiles et craintifs ».

Craintifs ? Mais il faut un courage de lions pour laisser tout et avec ses enfants encore petits partir vers un pays inconnu. D’où vous vient le courage? « Dieu », - te répondent-ils, demande à l’homme ce qu’il aime le plus, justement comme il l’a demandé à Abraham, celui qui a offert son fils Isaac. Mais si tu offres tout à Dieu, tu découvres que lui te donne beaucoup plus. Et il est fidèle, jamais il ne t’abandonne ».
Combien d’histoires parmi ces chrétiens qui vieillissent dans la joie entourés de leurs enfants et petits-enfants. Il y a le professeur qui était un activiste au sein des mouvements protestataires de 1968 et qui à trente ans se sentait fini et sans illusion, et qui maintenant a 9 enfants et 7 petits-enfants et encore trois à venir. Il y a l’informaticien qui depuis l’enfance a souffert de l’abandon de son père et qui a perdu la foi, lui il sait ce qu’il peut y avoir dans la tête de ces enfants de Chemnitz, avec leur affection partagée. Des enfants qui envient les siens: « Comme ils ont de la chance », nous disent-ils fréquemment, - vous vous rentrez de l’école et vous mangez tous ensemble. Nous nous mangeons seuls ou avec le chat ». C’est un « flash » de nostalgie d’une vraie famille.

« Il y a des signes capables de toucher aussi le cœurs des plus éloignés », dit Fritz Preis de Vienne, « et nous sommes là pour les apporter à ces gens ». Mais quel est le moteur d’un si étonnant abandon de toute certitude (ndt les certitudes de sa vie d’avant) ? « J’ai fait tout cela par gratitude », répond l’avocat catalan. « Gratitude envers mon épouse, mes enfants, la vie, pour tout ce que Dieu m’a donné ». Silence, car un chrétien « normal », avec déjà des difficultés avec ses rares enfants dans son pays, reste muet face à la foi de ces familles, témoins d’un Dieu qui demande tout, mais qui donne beaucoup plus que tout ce qu’il a reçu. Silence, face à la sérénité des quatre laïques consacrées qui assistent les familles pour les besoins de la vie quotidienne. « Je voulais simplement me mettre au service de Dieu » dit Silvia, une Romaine, avec un sourire qu’on rencontre rarement dans nos villes. Si vous pouviez voir ces visages, cette joie particulière, là où vous ne croyez plus à rien ? Quand les néocatéchuménaux expliquent qu’ils sont venus de Rome et de Barcelone pour annoncer que le Christ est ressuscité, les gens de Chemnitz se retiraient gênés, comme dérangés au milieu d’un rêve pesant. Parfois ils répondaient : « Nous voudrions croire, mais nous n’en sommes pas capables ».
Deux générations sans Dieu c’est beaucoup pour la mémoire des hommes. Mais quand un jour quelques uns des enfants du professeur Rebeggiani se sont mis à chanter depuis le balcon de leur maison- pour le pur plaisir de chanter », le vieux chant : « Non nobis Domine, sed nomini tuo da gloriam » les voisins sont sortis pour voir et sont restés pour écouter. Et une veuve a demandé aux enfants de chanter la même chose au cimetière, en mémoire de son époux décédé. Et c’est ce qui se passa, et parmi les gens présents, l’un s’est approché à la fin : « Depuis bien longtemps, a-t-il dit, je n’avais pas senti quelque chose qui m’avait donné un espoir ».

Qui sait, peux-tu te demander, si également cette poignée de moines bénédictins et de laïcs arrivés en 1136 n’ont pas ainsi commencé: avec l’étonnement des hommes qui voyaient en eux une beauté et qui ont senti une mystérieuse nostalgie.




Notes

Le Chemin Néocatéchuménal est né en 1964 de l’initiative de deux laïcs espagnols, Francisco Argüello (dit Kiko) et Carmen Hernández, qui aidaient les habitants de bidonvilles de la périphérie madrilène (voir la fiche le site officiel ici http://www.camminoneocatecumenale.it )
Ce catéchuménat particulier ne convient pas forcément à tous mais ces fondateurs et ceux qui les ont suivis ont fait un énorme travail dans de nombreux endroits.
Du côté des catholiques plus traditionalistes, il y a bien sûr aussi de très belles réalisations d’évangélisation dans des endroits difficiles du côté des institutions Ecclesia Dei (mais aussi, et bien sûr, du côté de la FSSPX).
Pour les uns comme pour les autres l’accueil des évêques qui bien évidemment ont autorité sur leurs diocèses où ils demandent à s’installer, est varié. Ainsi récemment des évêques japonais ont demandé à Kiko Arguello que ses communautés ne travaillent pas dans leurs diocèses car ils trouvaient que leur style ne correspondait pas à la mentalité japonaise. À l’inverse et rien qu’en France nous savons que certains diocèses pourtant en cours de désertification catholique avancée hésitent encore à l’accueil des paroisses personnelles Ecclesia Dei ou limitent l’intervention des prêtres qui en sont issus. Et pourtant plutôt que d’essayer de gérer un vide toujours plus grand, ne faudrait-il pas mieux laisser s’installer des petites communautés vivantes qui essaimeraient à leur tour, peut-être pas dans l’immédiat mais à moyen terme, un terme somme tout proche, comme cela s’est fait dans les premiers siècles de notre ère ? Les prêtres existent et les familles aussi…




Le Pape défie l'Allemagne sans Dieu. | Danke, Heiliger Vatter