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DISCOURS AU BUNDESTAG
 

Les fondements de l'éthique politique. "Après Ratisbonne en 2006 et Paris en 2008, le troisième grand discours de ce pontificat", selon Sandro Magister. (22/9/2011)




 



 

Certes, des guignols ont grossièrement défilé à la porte de Brandebourg, et c'est cette pauvre agitation (qui ne peut être qualifiée d'opposition "civile" , comme celle que le Pape a justifiée dans l'avion vers Berlin) que nos medias au moins audio-visuels (ceux qui s'adressent au grand nombre, à cet égard, le journal de 19h30 de FR3 était une véritable honte) ont retenue.
La video de Repubblica témoigne pourtant que la manif des anti-papes a fait un flop lamentable!




 



 

Le Saint-Père a prononcé devant le Parlement allemand un discours absolument sidéral.
Il est trop tôt pour le commenter, et je ne pense pas en être digne. Par moments, cela volait très haut, à d'autres, c'était presque familier, et même teinté d'humour, comme ce passage - applaudi - où il évoque en souriant "le grand théoricien du positivisme juridique, Kelsen, [qui] à l’âge de 84 ans – en 1965 – abandonna le dualisme d’être et de devoir être...".
Il a aussi évoqué, toujours avec humour - et toujours applaudi - l'écologie politique (faisant un clin d'oeil inattendu aux "Grünen"!!) mais c'était pour mieux faire passer sa conception de l'écologie humaine. Qu'on ne nous refasse pas le coup du "Pape vert".

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Je dirais que l’apparition du mouvement écologique dans la politique allemande à partir des années soixante-dix, bien que n’ayant peut-être pas ouvert tout grand les fenêtres (ndlr: allusion à un passage précédent de son discours, où il comparait "la raison positiviste, qui se présente de façon exclusiviste et n’est pas en mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel, ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres, où nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls et nous ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu"), a toutefois été et demeure un cri qui aspire à l’air frais, un cri qui ne peut pas être ignoré ni être mis de côté, parce qu’on y entrevoit trop d’irrationalité. Des personnes jeunes s’étaient rendu compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans nos relations à la nature; que la matière n’est pas seulement un matériel pour notre faire, mais que la terre elle-même porte en elle sa propre dignité et que nous devons suivre ses indications. Il est clair que je ne fais pas ici de la propagande pour un parti politique déterminé – rien ne m’est plus étranger que cela. Quand, dans notre relation avec la réalité, il y a quelque chose qui ne va pas, alors nous devons tous réfléchir sérieusement sur l’ensemble et nous sommes tous renvoyés à la question des fondements de notre culture elle-même. Qu’il me soit permis de m’arrêter encore un moment sur ce point. L’importance de l’écologie est désormais indiscutée. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. Je voudrais cependant aborder avec force un point qui aujourd’hui comme hier est –me semble-t-il- largement négligé: il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter et qu’il ne peut manipuler à volonté. L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature, et sa volonté est juste quand il respecte la nature, l’écoute et quand il s’accepte lui-même pour ce qu’il est, et qu’il accepte qu’il ne s’est pas créé de soi. C’est justement ainsi et seulement ainsi que se réalise la véritable liberté humaine.
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La Croix titre déjà:




 



 

Et Sandro Magister publie le discours in extenso, derrière ce simple commentaire:

Il y a un juge à Berlin. Et il veut retrouver le roi Salomon
Après Ratisbonne en 2006 et Paris en 2008, le troisième grand discours de ce pontificat. Le pape Benoît XVI le prononce dans la capitale de l'Allemagne et au cœur de son système politique. Il cite saint Augustin: "Enlève le droit, et alors qu’est ce qui distingue l'État d’une grosse bande de brigands?"

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Je veux juste pour l'instant donner les deux extrémités du discours, qui en constituent la trame (texte complet sur le site de La Croix):




 

Vous me permettrez de commencer mes réflexions sur les fondements du droit par un petit récit tiré de la Sainte Écriture. Dans le Premier Livre des Rois on raconte qu'au jeune roi Salomon, à l'occasion de son intronisation, Dieu accorda d'avancer une requête. Que demandera le jeune souverain en ce moment important ? Succès, richesse, une longue vie, l'élimination de ses ennemis ? Il ne demanda rien de tout cela. Par contre il demanda : « Donne à ton serviteur un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal » (1 R 3, 9). Par ce récit, la Bible veut nous indiquer ce qui en définitive doit être important pour un politicien.
Son critère ultime et la motivation pour son travail comme politicien ne doit pas être le succès et encore moins le profit matériel. La politique doit être un engagement pour la justice et créer ainsi les conditions de fond pour la paix. Naturellement un politicien cherchera le succès qui en soi lui ouvre la possibilité de l’action politique effective ! Mais le succès est subordonné au critère de la justice, à la volonté de mettre en œuvre le droit et à l’intelligence du droit. Le succès peut aussi être une séduction, et ainsi il peut ouvrir la route à la contrefaçon du droit, à la destruction de la justice.

"Enlève le droit – et alors qu’est ce qui distingue l’État d’une grosse bande de brigands ?" a dit un jour saint Augustin

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La culture de l’Europe est née de la rencontre entre Jérusalem, Athènes et Rome – de la rencontre entre la foi au Dieu d’Israël, la raison philosophique des Grecs et la pensée juridique de Rome. Cette triple rencontre forme l’identité profonde de l’Europe. Dans la conscience de la responsabilité de l’homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de l’homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et les défendre est notre tâche en ce moment historique.

Au jeune roi Salomon, au moment de son accession au pouvoir, une requête a été accordée. Qu’en serait-il si à nous, législateurs d’aujourd’hui, était concédé d’avancer une requête ? Que demanderions-nous ? Je pense qu’aujourd’hui aussi, en dernière analyse, nous ne pourrions pas désirer autre chose qu’un cœur docile – la capacité de distinguer le bien du mal et d’établir ainsi le vrai droit, de servir la justice et la paix.




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