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La transition en suspens dEl País

Réquisitoire au vitriol de José-Luis Restàn contre le quotidien El Païs, principal vecteur de la cathophobie ordinaire au-délà des Pyrennées. Transposable, à la vigule près, à un certain quotidien de chez nous. La triste collusion de la presse mondiale "libérale" (dite, par litote, de "centre-gauche"). Traduction de Carlota (5/10/2011)

Pour situer...

El País (wikipedia) est le quotidien généraliste payant ayant la plus grande diffusion en Espagne avec une diffusion moyenne d'environ 390 000 exemplaires.
Son siège social et sa rédaction centrale se trouvent à Madrid. Le quotidien appartient au plus important groupe de médias espagnol, Prisa.
Sa première édition date du 4 mai 1976, durant la transition démocratique espagnole. Son modèle était le journal français Le Monde.
El País suit une ligne éditoriale de centre-gauche et est considéré comme proche des Socialistes. Courrier international le décrit « comme l'un des vingt meilleurs journaux du monde ».
En 1989, El País a initié des collaborations avec d'autres journaux européens. Il participe à un réseau de ressources en commun avec La Repubblica (Italie) et Le Monde (France). Depuis octobre 2001, un supplément anglophone d’El País est inclus dans la version espagnole du International Herald Tribune.
Le 4 mai 2004, The New York Times a annoncé la sortie de son New York Times International Weekly dans El País, entre autres journaux européens.

* * *

Wikipedia nous fournit donc indirectement un tableau (peut-être à réactualiser) de la terrible uniformité de la presse globalisée. On s'étonnera, après cela, qu''"ils disent tous la même chose"... et que quand l'un attaque le Pape, le reste de la meute se referme en tenaille sur lui.

El Païs est donc de plusieurs façons associé étroitement au Monde. Et ce qu'en dit JL Restàn peut aujourd'hui presque mot pour mot être transposé au compte de l'ex "prestigieux quotidien vespéral" français.

Carlota:

Avec un cas concret de son pays, celui du journal El País José Luis Restán met la presse face à ses contradictions. Son texte est d’un humour imagé et cinglant (sanglant !) qui serait jubilatoire si le combat n’apparaissait pas si démesuré, sans la grâce de Dieu. Il est très révélateur du mythe démocratique et du pouvoir de l’oligarchie dont le support est l’argent, source première de nos maux, comme en permanence le dénonce le Saint Père. Ceux qui ont sans cesse le mot démocratie et droits des peuples à la bouche, ne sont pas forcément ceux qui s’en préoccupent le plus. Et comme nous le répétons sans cesse, à la place d’Espagne, l’on pourrait lire les noms d’autres pays. Une terrible critique d’une certaine presse, mais aussi et surtout un bel hommage à Benoît XVI et à l’Église.

Texte original: www.paginasdigital.es/

La transition en suspens d’El País
José Luis Restán
04/10/2011
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Elle est bien passée l’époque où l’on se sentait mal à l’aise sur un quai du Métro si on n’avait pas un exemplaire d’El País sous le bras, véritable lettre d’accréditation de la jeunesse, de l’ouverture et du progressisme. Heureusement le pays (je fais référence à l’Espagne – ndt précision nécessaire puisque le nom du journal El País signifie en castillan le pays). Mais le journal qui est né au son de la démocratie chante chaque jour plus faux et se fait toujours plus cacophonique, spécialement en ce qui concerne certains sujets. Le plus notable est son aversion au catholicisme. Ce qui a commencé par une inimité idéologique s’est transformé en pathologie irrationnelle et il n’y a pas d’apparences de changement.

Alors que l’on était au début des années quatre-vingts, Juan Luis Cebrián (1), véritable matière grise du journal, dictait ses leçons de démocratie à tous ceux qui voulaient l’écouter, et ils étaient nombreux. Il disait alors sans honte que le programme modernisateur que son journal incarnait passait par la défaite culturelle de l’Église catholique puisque celle-ci représentait l’obstacle le plus consistant. Et ils s’y consacrèrent avec passion. Les services que l’Église prêta au processus de transition démocratique et à la réconciliation entre les Espagnols ne servirent à rien, la bonne volonté du « taranconisme » de l’époque ne servit à rien (ndt: « taranconisme » : néologisme formé à partir du nom de famille de l’archevêque de Madrid et président de la Conférence des Evêques d’Espagne entre 1971 et 1981, et dont le rôle ne fut pas des moindres pour faciliter la transition d’un régime politique à un autre, entre la mort du général Franco en 1975 et l’avènement du premier chef du gouvernement socialiste Felipe González, en 1981). Pour El País ce n’était pas un sujet anecdotique, c’était une de ses batailles de fond, peut-être la plus sanglante de toutes.

L’arrivée du Pape Wojtla avait été saluée par les salves de l’artillerie. Des pages entières pour les Küng et cie, des éditoriaux comme des mitrailles contre le Pape polonais qui prétendait la restauration et un nouveau confessionnalisme (ndt: dans le sens je pense Église unique du Christ). Colonnes au vitriol contre tout ce que représente l’Église, campagne en faveur de l’avortement et de l’euthanasie, attaques contre la liberté d’éducation consacrée par une Constitution trop complaisante. Et une information religieuse « prêt-à-porter » (ndt: en français dans le texte, dans le sens, je pense, de « fournie sur étagère du rayon politiquement correct »), destinée à couvrir de boue, le mieux possible.

Évidemment l’évolution du pontificat n’a pas rendu les choses faciles. Il s’agissait qu Pape qui avait abattu le Mur, du champion des droits de l’homme, du symbole de la liberté pour une moitié de l’Europe. Et le comble, il devenait un ambassadeur de la démocratie devant Fidel Castro. Donc ils dosèrent quelque temps leur âcreté. Certains d’en arriver à penser que, avec les années, le journal de Polanco (2) était devenu plus pluriel, et qu’il était disposé à reconnaître au catholicisme une place au soleil. En fin de compte c’était clair que l’Église recherchait le dialogue avec la modernité, acceptait une laïcité ouverte et pouvait être un allié consistant de la démocratie. Je ne sais jusqu’à quel niveau ce débat a eu réellement lieu dans la cabine de pilotage du journal, ce qui est sûr c’est qu’il n’est pas arrivé à de meilleures intentions.

Avec l’élection de Joseph Ratzinger sur le siège de Pierre, El País a trouvé l’amorce nécessaire pour réactiver sa rancune bestiale. Ses pages distillent le pire, le plus grossier et mensonger que l’on ait vu dans la presse européenne Et ce n’est pas que ses homologues comme le Monde, la Repubblica ou le Der Spiegel aient été complaisants. Mais au moins ils donnent un espace à d’autres voix, et de temps à autres, jusqu’à rectifier, comme on l’a vu après la récente visite du Pape en Allemagne (ndt: merci Don José Luís pour votre mansuétude pour le reste de la presse européenne ! Mais des fois une petite vérité de temps en temps dans une mer de mensonges peut donner une illusion de pluralisme plus dangereux que l’artillerie lourde qui ne laisse pas baisser la garde…). Mais El País ne rectifie pas, dans ce domaine, non. D’abord, ils ont essayé le ressort de la Doctrine de la Foi (l’ex-Saint Office, qu’ils répétaient avec voracité) et quand ils ont vu que cela ne marchait pas ils ont inventé de nouvelles affaires. Plus encore, ils ont forcé la machine.

Le Pape de Ratisbonne, de La Sapienza et des Bernardins, s’est avéré pour eux encore plus dangereux que Jean-Paul II. Peut-être parce que sa façon de défier la pensée moderne les gêne terriblement. Ils avaient décrété la mort civile et culturelle du catholicisme et se trouvent avec un Pape dressé comme référence obligatoire du débat public. Un Pape qui ose critiquer le positivisme juridique de l’intérieur et au siège d’un parlement, qui va chercher les agnostiques dans leur propre camp, qui se mesure avec la perplexité des scientifiques…et qui pour plus de « INRI », continue à attirer le peuple et les jeunes, malgré les bombes lancées par grappes depuis des années [contre le catholicisme]. C’en est définitivement trop.

Le comble ça a été les JMJ à Madrid. Cette nouveauté tranquille de millions de jeunes qui vivent avec leur joie leur foi, sans complexes ni agressivité, a été un réveil amer. Et, en plus arrive Vargas Llosa (cf. benoit-et-moi.fr/ete2011/) et il leur refile en contrebande un article élogieux qui reconnaît l’apport du monde catholique au bien commun, quand ils avaient eux décrété refuser le pain et le sel à toute cette jeunesse à qui ils ne concèdent même pas le droit de la citoyenneté. Pour cela, depuis leurs colonnes, chroniques et éditoriaux, ils n’ont de cesse de verser des ordures à pleines pelletées, soit en touchant la fibre intellectuelle soit dans le style propre d’un de ces « talk show » sur le cœur et autres viscères, qu’habituellement ils ont l’habitude de dédaigner.

Je ne vais pas dire comme Martin Luther King (ndt: surtout quand on sait qui était le vrai Martin Luther King, membre du PC nord-américain, et pas celui fabriqué par les médias et les politiques à leurs ordres ou l’inverse suivant les circonstances. Cf notamment l’article de L’homme Nouveau – numéro 1500 du 10 septembre 2011), que j’ai fait un rêve. Le rêve que l’un des principaux journaux de notre démocratie, fidèle à sa matrice laïque, cherche à comprendre l’un des sujets indiscutables de l’histoire de l’Espagne, cherche à dialoguer avec lui sans mièvrerie mais aussi sans préjugés, admet dans ses pages des voix diverses à son sujet, et reconnaît, par exemple que Benoît XVI nous a défié dans le plus crucial de notre dialogue national, de notre débat sur le futur. Non je ne peux rêver comme le grand « leader » des droits civils (ndt: donc je suppose toujours l’image « Martin Luther King »). Parce que la caste éditorialiste qui continue à contrôler ce journal, pour beaucoup oxydé et plombé, est incapable de se bouger d’un millimètre. Mais peut-être ne s’agit-il plus de la froide hostilité idéologique d’un Cebrián, cela a peut-être fait place à une maladie de la raison et nous ne savons pas si elle est incurable. Le fait est que cela fait longtemps qu’ils avaient dépassé les bornes de l’infamie, maintenant ils ont simplement dépassé celles du ridicule.

* * *

Remarques de traduction que j’ai laissées pour la fin pour leur donner encore plus de piquant après la lecture du texte de José Luis Restán!

- Juan Luis Cebrián Echarri né à Madrid en 1944, est un journaliste, écrivain et académicien espagnol (1997). Il a été le directeur-fondateur du journal El País de 1976 à 1988. Il est ensuite devenu le conseiller délégué du Groupe de presse Prisa et vice-président de la Société Espagnole de Radiodiffusion et de Prisa TV, puis son président exécutif. Il est aussi membre du Groupe Bilderberg. Le père de Juan Luis Cebrián Vicente Cebrián, haut responsable de presse à l’époque de l’État Espagnol (1939-1975), fut le directeur du périodique Arriba, principal organe de presse du régime franquiste. Arriba d’abord hebdomadaire, avait été créé en mars 1935 par José Antonio Primo de Rivera (1903- 20-XII-1936) fondateur du Parti de la Phalange, qui fut sans doute dans sa courte vie, et à une époque particulièrement troublée dans une Espagne encore très pauvre, bien plus un homme politique qui cherchait à s’approcher de la doctrine sociale de l’Eglise pour servir son pays, avec ses imperfections d’humain, que ne le firent des socialistes patentés se proclamant amis du peuple et de la démocratie. Interdit en mars 1936, le journal Arriba reparaîtra à partir de mars 1939.

- Polanco, en référence à Jesús Polanco Gutiérrez, connu sous le nom de Jesús de Polanco (Madrid, 1929 – 2007), fut l’un des chefs d’entreprise les plus influents d’Espagne avec des intérêts particulièrement importants dans le domaine des médias. En 2005, il avait été nommé pour la première fois par la revue nord-américaine parmi les hommes les plus riches du monde (210ème place). Au niveau espagnol il occupait la 5ème rang.

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