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Le débat dans l'Eglise: de quoi s'agit-il?

Une tribune de François H., à propos des états généraux du christianisme, organisés par La Vie (*) (1er/1/2011)

(*) [Surprise: c'est à Jean Mercier, chef du service religieux du même magazine, que l'édition française de Radio Vatican a demandé de faire le bilan de l'année 2010 pour le Pape].

 


Le débat dans l’Eglise : qu’entend-on par-là ?
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A l’automne dernier, un journal qui se revendique « chrétien et humaniste » et dont les journalistes sont me semble-t-il majoritairement catholiques, organisait à Lille des « Etats généraux du christianisme » dont le point culminant devait être la rencontre entre un prêtre de la Fraternité sacerdotale saint Pierre et une responsable de la Conférence des Baptisés de France: il s’agissait de faire dialoguer des tendances opposées, sinon contradictoires, du catholicisme français, en vue du bien de toute l’Eglise.
Dans l’esprit du journaliste qui avait conçu ces Etats généraux, ces rencontres ne supposaient certainement aucune mise en discussion de ce qui constitue le cœur de notre foi. Cependant, ce fut avec la plus grande stupeur que je découvris, sur le site du même journal chrétien et humaniste, que je ne nommerai pas par souci d’éviter une polémique inutile et de manquer de charité envers les personnes, un article annoncé comme suit :

DEBAT
Jésus, homme ou Dieu ?
La question fait l'objet d'un match théologique entre Frédéric L., philosophe, historien des religions, et B. S., théologien jésuite...
Et vous, qu'en pensez-vous?

La présentation me parut singulière.
Outre que F. L., en dépit de tout le respect que je lui dois, ne m’était jamais apparu comme un « philosophe », non plus que comme un « historien », cette expression de « match théologique » me sembla étrange. Cette expression laissait en effet supposer qu’on avait affaire à deux champions de la théologie, s’affrontant pour que le meilleur gagne.
Mais le problème, bien plus profond, se trouve dans le sujet même du débat : « Jésus, homme ou Dieu ? ».

On pourrait encore dire qu’il s’agit objectivement de l’occasion et du sujet de la controverse entre notre « philosophe » et notre jésuite. Le premier a en effet publié un livre où il jugeait que la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ était somme toute une invention tardive ; le second a estimé nécessaire de lui répondre. Si l’on considère l’affaire comme un « match théologique », elle est déjà fort gênante : ce qui est en jeu, dans ce « match », c’est un point capital du dogme et de l’histoire de la sainte Eglise, c’est le combat d’Arius et de l’orthodoxie nicéenne, de saint Athanase et de l’hérésie.
Mais le plus grave, le plus embarrassant dans cette brève présentation, tient dans la question finale : « Et vous, qu’en pensez-vous ? »
Voilà la divinité de Notre-Seigneur, dogme infailliblement proclamé par l’Eglise du Christ, réduit à une opinion, une opinion personnelle, une opinion parmi d’autres également valables.
Ce n’était peut-être pas voulu par ceux qui ont posté cet article sur le site du journal. Mais si on ouvre ledit article, on voit les positions du père jésuite et du « philosophe » présentées sur un pied d’égalité, comme si elles se valaient. Voici notamment ce que répond F. L. lorsqu’on lui demande si la divinité du Christ est « centrale pour un chrétien » :

Tout dépend ce qu’on entend par divinité […] Je pense qu’on ne peut rien dire de ce qu’il est dans son essence, et je rejoins la grande tradition apophatique (ndlr: Théologie apophatique, théologie qui nie qu'on puisse définir Dieu par des termes positifs et qui les remplace par des termes négatifs; on dit plutôt théologie négative; source) , de Denys à Maître Eckart, qui affirme qu’on ne peut rien dire de Dieu, sinon ce qu’il n’est pas (note de l'auteur du site: avec de tels arguments, FL laisse au bord du chemin tous les non-spécialistes, qu'il lui est très facile, ensuite, d'assommer de sa science! le problème, c'est que par la suite il va "vendre" son livre, dont les gens ne retiendront que le titre, "Comment Jésus est devenu Dieu", auprès de tous les medias grand public).
Même saint Thomas d’Aquin, à la fin de sa vie, disait qu’il voulait brûler ce qu’il avait écrit, car il considérait que c’était « comme de la paille » par rapport à ce qu’il avait contemplé du mystère indicible de Dieu. Ma foi chrétienne repose sur le lien personnel que j’entretiens avec Jésus ressuscité, un Christ qui me conduit au Dieu ineffable, plus que sur la croyance en des formulations théologiques, aussi respectables soient-elles.

F. L. croit en résurrection, on ne peut qu’en être heureux, il m’était arrivé d’en douter en l’entendant s’exprimer sur les ondes. Cependant, la récupération de saint Thomas d’Aquin me paraît quelque peu malhonnête, de même que son invocation de la théologie négative, qui ne semble ici que la justification de sa position par une forme de dérobade. Le « mystère indicible de Dieu » devrait au contraire justifier la double nature de Notre-Seigneur Jésus. Passons. Le plus intéressant, ce qui en dit le plus long sur le fond de la pensée de F. L., c’est la dernière phrase :

Ma foi chrétienne repose sur le lien personnel que j’entretiens avec Jésus ressuscité, un Christ qui me conduit au Dieu ineffable, plus que sur la croyance en des formulations théologiques, aussi respectables soient-elles.

F. L., qu’on entend assez souvent s’exprimer sur les ondes, se fait en effet l’apôtre d’une certaine mystique interreligieuse, plus ou moins appuyée sur la philosophie d’Henri Bergson (référence dont je ne suis pas sûr que ce dernier serait ravi, lui qui n’a cessé d’évoluer vers le catholicisme et reconnaissait une grande valeur aux ouvrages du P. Garrigou-Lagrange, pourfendeur du modernisme (1)). Il en donne le fondement doublement subjectif dans la phrase citée : légitimement subjectif, en tant que la foi exige évidemment un assentiment personnel du sujet humain, illégitimement subjectif en tant qu’il semble nier toute valeur objective à l’acte de foi : « Je crois, mon Dieu, en tout ce que Vous avez révélé, car Vous ne pouvez ni Vous tromper, ni nous tromper. » Le motif de l’acte de foi, c’est l’autorité de Dieu qui se révèle.
Ne nous trompons donc pas : les « formulations théologiques » ne sont pas ici les opinions extravagantes de certains théologiens, hélas trop nombreux et surtout trop bruyants, ces opinions que les simples fidèles catholiques déplorent si souvent, celles de Hans Küng et de ses imitateurs. Les « formulations théologiques », ce sont ici les dogmes de la sainte Eglise. Ce que F. L. liquide au nom de son expérience personnelle plus ou moins mystique, ce sont les vérités révélées que l’Eglise n’a cessé de définir et de proclamer. L’acte de foi est certes un lien personnel avec Jésus-Christ, mais il est l’adhésion, même implicite, aux vérités de foi qu’expriment les formules dogmatiques. F. L., au contraire, procède à une dissociation périlleuse entre la confiance en Jésus-Christ et l’autorité du dogme. Sa foi est une sorte de vague appel indéterminé de la conscience.
Il n’est sans doute pas inutile, même si l’on ne manquera pas de me dire que je suis intolérant et que je jette sans charité l’anathème sur mes frères, de citer ce grand texte qu’est l’encyclique Pascendi de saint Pie X (2). Voici ce qu’écrivait le saint Pape pour décrire les opinions des modernistes :

Les modernistes répondent: "La science et l'histoire sont enfermées entre deux bornes: l'une extérieure, du monde visible; l'autre intérieure, de la conscience. Parvenues là, impossible à elles de passer outre : au-delà, c'est l'inconnaissable. Justement, en face de cet inconnaissable, de celui, disons-nous, qui est hors de l'homme, par delà la nature visible, comme de celui qui est en l'homme même, dans les profondeurs de la subconscience, sans nul jugement préalable (ce qui est du pur fidéisme), le besoin du divin suscite dans l'âme portée à la religion un sentiment particulier. Ce sentiment a ceci de propre qu'il enveloppe Dieu et comme objet et comme cause intime, et qu'il unit en quelque façon l'homme avec Dieu."

Comment ne pas y reconnaître les théories de F. L. ?
Saint Pie X, décrivant cette fois le rapport que les modernistes ont au dogme, poursuit :

[Les formules dogmatiques] constituent donc entre le croyant et sa foi une sorte d'entre-deux : par rapport à la foi, elles ne sont que des signes inadéquats de son objet, vulgairement des symboles ; par rapport au croyant, elles ne sont que de purs instruments.

La conception que F. L. a du dogme relève donc du pur et simple modernisme, de ce modernisme dont saint Pie X disait qu’il était « l’hérésie à mille têtes », « l’égout collecteur de toutes les hérésies ».

Je n’écris pas cela pour juger F. L., dont Dieu seul connaît le cœur et la foi, mais pour montrer ce que sa doctrine a de dangereux, et surtout ce qu’il devrait y avoir de surprenant à la trouver dans les pages d’un journal perçu comme catholique.
Voilà donc comment le « débat » consiste à faire une place d’honneur, dans les pages des publications catholiques, à des positions peut-être hérétiques, ambiguës à coup sûr. Et voici quelles sont les réactions des lecteurs à ce « débat » qui n’est rien d’autre qu’une tribune généreusement offerte à cette hérésie perpétuelle, qui sous diverses formes n’a jamais eu d’autre but, par le refus et la négation de la véritable Incarnation, que d’enlever à Notre-Seigneur Jésus-Christ sa double nature humaine et divine :

La naissance du dogme - 28/12/2010
Vous avez oublié un épisode dans la fixation du dogme: Jésus =Dieu Apres le concile de Nicée en 325 qui a condamné les partisans d’Arius (Jésus n'est pas Dieu), les 2 factions se sont joyeusement massacrés pendant 60 ans et il faudra que l'empereur Valens, favorable à Arius soit tué par des Wisigoths en 378, pour que son successeur Théodose qui était contre Arius, convoque le concile de Constantinople pour que l'arianisme soit définitivement condamné! Les chrétiens étaient donc très divisés sur cette question et c'est l'empereur qui a fait pencher le dogme dans le sens qu'il voulait! Ce dogme a fâché les chrétiens avec les juifs et plus tard avec les musulmans! Quelle belle réussite.... Sans cet empereur Thédose, que de massacres en moins, que la vie serait belle avec les juifs et les musulmans !

Quand on lit cela, on croit rêver (je me suis même personnellement demandé si l’auteur de ces lignes n’était pas ironique). La divinité de Jésus, c’est la faute d’un méchant empereur, qui en plus nous a brouillés avec les juifs et les musulmans, tout est de sa faute ! Franchement, ce n’est pas sérieux. Cet internaute oublie simplement que la foi nicéenne fut rapidement admise en Occident, et que ce fut surtout en Orient que le « consubstantiel » posa problème. Du reste, je ne crois pas que les disciples de Mahomet auraient été beaucoup plus tendres avec les chrétiens s’il n’y avait eu Théodose, qui mourut tout de même en 395, c’est-à-dire assez longtemps avant la naissance de l’islam. Le même lecteur de ce journal nous dira peut-être que c’est par la faute rétroactive de Théodose que Notre-Seigneur a été crucifié.
Voilà donc où on en arrive à force de débats. Non seulement l’hérésie est devenue banale, mais ceux qui ne professent rien d’autre que la foi de l’Eglise du Christ passent pour d’ignobles persécuteurs, responsables tout de même des divisions entre chrétiens et musulmans, et pourquoi pas de la persécution des chrétiens en Irak, puisqu’il n’y a plus lieu de s’arrêter quand on s’engage sur cette voie.

Plus généralement, cet article de « débat » pose un problème grave.
Des voix ne manquent pas pour en appeler au « débat dans l’Eglise »
pour apaiser certains conflits, la querelle classique opposant les « traditionalistes » ou les « conservateurs » (catégorie en fait assez large qui va bien au-delà des catholiques qui assistent à la messe de saint Pie V ou même des partisans de la « réforme de la réforme » et qu’on peut étendre à une bonne part du mouvement charismatique catholique) aux « progressistes », catégorie d’autant plus floue que le progressisme proprement dit, celui de Jeunesse de l’Eglise dans les années 1950 ou d’Echange et dialogue dans les années 1960, n’est plus guère porteur, l’effondrement des régimes communistes aidant. L’opposition, cependant, est bien réelle, et engendre des débats dont la virulence s’explique certainement par le fait que les uns et les autres mettent sous les mêmes mots des réalités contradictoires. Le résultat est généralement médiocre : on s’abstient de définir, et on se bat sur des détails de forme qui, détachés du fond, n’ont guère de sens.
Le cas de F. L. et de B. S. n’entre cependant pas dans cette catégorie de débat. Outre que notre père jésuite ne passe pas pour un « tradi », le débat porte sur le fond. Et en l’occurrence, c’est tout le problème : le dogme est mis en discussion, la vérité révélée, garantie par la Tradition de l’Eglise, n’est plus qu’une option parmi d’autres. Les certitudes de la foi s’évanouissent, on leur substitue de vagues opinions personnelles conformes à l’air du temps.

Qu’entend-on donc par « le débat dans l’Eglise » ?
Comment éviter d’une part la discussion sempiternelle entre « tradis » et « progressistes », d’autant plus qu’on s’est abstenu de définir les notions fondamentales sans lesquelles le débat ne sera que du vent, d’autre part la mise en discussion des dogmes les plus vitaux ?
En fait, on s’aperçoit que le problème est le même dans les deux cas : il s’agit toujours du même défaut d’assentiment à des vérités fondamentales clairement définies. Il me semble en effet que le Saint-Père Benoît XVI ne cesse de nous rappeler la solution, la véritable solution, c’est-à-dire les conditions préalables de ce dialogue qu’on nous vante tant. Il l’a fait récemment, devant les membres de la Commission théologique internationale, comme le rapporte un bel article mis en ligne par Frédéric Mounier, journaliste au quotidien La Croix (3) :

En outre, il ne peut exister de théologie si elle n’est intégrée dans la vie et la réflexion de l’Église à travers le temps et l’espace. S’il est vrai que, pour être scientifique, la théologie doit être argumentée de manière rationnelle, elle se doit d’être fidèle à la nature de la foi ecclésiale : centrée sur Dieu, enracinée dans la prière, en communion avec les autres disciples du Seigneur, garantie par la communion avec le successeur de Pierre et tout le Collège épiscopal. (..) Le théologien ne commence jamais de zéro, mais considère comme ses maîtres les Pères et les théologiens de toute la Tradition chrétienne. Enracinée dans l’Ecriture Sainte, lue avec les Pères et les Docteurs, la théologie peut être une école de sainteté, comme en a témoigné le Bienheureux John Henry Newman. (..) Le Christ est mort pour tous, même si tous ne le savent, ou ne l’acceptent pas. (..) La contemplation du Dieu révélé et la charité envers le prochain ne peuvent être séparées.

« Notre programme, confiait à l’abbé Claude Barthe celui qui était encore le Cardinal Ratzinger, c’est le Magistère. » La théologie « se doit d’être fidèle à la nature de la foi ecclésiale », elle « ne commence pas de zéro ». C’est sur le ferme rocher de la Révélation divine et de la Tradition de l’Eglise que doit être fondée toute théologie digne de ce nom, donc tout débat portant sur la foi et la vie de l’Eglise, qu’on ne saurait sans péril dissocier de sa foi surnaturelle. La vérité révélée est objective : « Le Christ est mort pour tous, même si tous ne le savent, ou ne l’acceptent pas. » Les données fondamentales de la théologie sont donc les dogmes, expression de cette Révélation objective, qu’il s’agit de saisir avec une meilleure intelligence et non de discuter. Prétendre faire de la théologie sans les dogmes, comme entend le faire F. L., c’est construire peut-être une philosophie religieuse d’inspiration chrétienne, mais non agir et penser en théologien.

Ce n’est donc pas un hasard si F. L. désignait ailleurs le Saint-Père comme sa « bête noire ». Benoît XVI a en effet montré l’inanité de toute l’entreprise de ce « philosophe » si l’on considère son œuvre sous le rapport de la théologie. Il nous donne surtout les conditions d’un véritable débat : celles d’un débat en vérité, c’est-à-dire où l’on veillerait à définir et à redéfinir sans cesse les notions utilisées, tout en conservant l’unanimité sur les dogmes, dont l’acceptation générale n’est rien d’autre que la condition de toute conversation catholique honnête.
Le reste n’est pas « débat dans l’Eglise », mais proprement dialogue interreligieux.


Notes

1. « Le philosophe du devenir [Bergson], que le P. Garrigou n’a pas ménagé, lui écrit son émotion profonde à la lecture de La providence et la confiance en Dieu. Après Le Sauveur et son amour pour nous, il lui avoue que le problème posé par le dernier chapitre sur la nécessaire adhésion à l’Eglise ne saurait être éludé. »
http://www.salve-regina.com/...

2. http://www.vatican.va/holy_father/pius_x/encyclicals/...

3. http://rome-vatican.blogs.la-croix.com...

La lettre de Jeannine: le temps de Nol Visiteurs