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Une vérité politiquement incorrecte

En Afrique, les pratiques de sorcellerie, et le massacre des enfants.
Et c'est Benoît XVI qui s'est emparé du problème, recevant en visite ad limina, les évêques d'Angola. Un article de la Bussola, et le dernier billet de Sandro Magister. (3/11/2012)

La Bussola


Le massacre des enfants "sorciers"

Anna Bono, La Bussola (ma traduction).
11/01/2011
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Une fillette de 14 ans rendue aveugle par sa mère avec de l'eau de Javel pour la libérer des visions démoniaques, un garçon de 12 ans tué par son père qui lui avait injecté dans l'estomac une solution acide pour batteries, convaincu que le petit était un sorcier, une autre de douze ans sauvé au dernier moment de la furie des proches et des voisins qui étaient sur le point de le noyer dans une rivière, après l'avoir torturé, croyant qu'il était un sorcier, et reconnu coupable du meurtre de son père, mort pour des raisons non éclaircies par les médecins: c'est arrivé en Angola, où aucun jour ne passe sans qu'un enfant ne subisse abus et tortures, ou ne soit abandonné par des parents, ou tué parce qu'il était considéré comme un sorcier.

Cela n'arrive pas seulement en Angola: en Afrique, la sorcellerie est l'une des institutions tribales les plus profondément enracinées et persistantes. On en parle peu, peut-être parce que son existence contredit la représentation dominante des communautés traditionnelles d'Afrique comme des modèles de coexistence pacifique, de tolérance, d'équité et l'harmonie sociale, dépositaires des valeurs humaines que l'Occident préfère sacrifier au pouvoir et à l'argent.

C'est le Pape qui une fois de plus a brisé le silence, le 29 octobre, lors de la visite "ad limina" des évêques angolais, avec un appel à combattre en Angola et dans le reste du continent les «assassinats rituels d'enfants et de personnes âgées» pour sorcellerie. « En rappelant que la vie humaine est sacrée dans toutes ses phases et situations, continuez - a recommandé Benoît XVI aux évêques angolais - à élever la voix en faveur des victimes».
Le pape a donc appelé à «un effort conjoint des communautés ecclésiales eéprouvées pas cette calamité, en essayant de déterminer la signification profonde de ces pratiques, d'identifier les risques pastoraux et sociaux véhiculées par eux et d'arriver à une méthode qui conduise à leur éradication définitive, avec la collaboration des gouvernements et de la société civile».

Le pape avait déjà abordé le sujet de la sorcellerie en 2009 , lors de sa visite en Angola. «Beaucoup vivent - avait-il alors dit - dans la peur des esprits, des pouvoirs néfastes dont ils se croient menacé; désorientés, ils finissent par condamener les enfants des rues, et aussi les personnes âgées parce que - disent-ils - ce sont des sorciers»

Personne ne peut réellement se dire en sécurité: pas seulement les enfants, pas même les adultes, et encore moins, les handicapés et ceux qui ont généralement des anomalies d'ordre physique ou psychologique, traditionnellement considérés avec suspicion et peur.

En 2008 la nouvelle qu'au Kenya, 10 ou peut-être 15 personnes accusées de sorcellerie avaient été brûlées vives dans un village fit sensation. Mais d'autres incidents similaires se produisent fréquemment sans être enregistrés par les médias internationaux.

Encore moins connue est une autre terrible conséquence de la sorcellerie , à laquelle on doit un nombre peut-être plus important de victimes. Les organes et des parties du corps humain servent pour effectuer certains rituels et préparer potions, amulettes et sorts. Pour en disposer, on n'hésite pas à tuer. Encore une fois, personne n'est en sécurité, mais les victimes sont surtout des enfants et les «différents». On préfère les enfants des rues, sur lesquels on ne fait pas d'enquête. Mais au Mozambique, par exemple, en 2004, la demande d'organes humains dans la province de Nampula était telle que les enfants étaient enlevés presque à la porte des maisons, ou à la sortie de l'école; il en disparaissait en moyenne deux par semaine.

Parmi les «différents» en danger, il y a les albinos qui sont massacrés, notamment dans les pays d'Afrique de l'Est et dans la République démocratique du Congo, où on assiste à un véritable trafic transnational d'organes et de cadavres. Vendus par la famille pour des milliers de dollars ou enlevés pour le compte de guérisseurs traditionnels, en raison des propriétés spéciales attribuées à leurs organes, en particulier en Tanzanie pour réaliser des potions puissantes contre les maladies et pour assurer la réussite financière. Il y a quelques années, le gouvernement de ce pays dans une tentative de mettre une limite à « la chasser à l'albinos», a nommé l'un deux parlementaire, pour assurer l'égalité des droits. Plus tard, la victoire électorale d'un albinos, Bar'wani Salum Khalfan, aux élections de 2010, a suscité l'espoir d'un tournant, qui cependant, ne s'est pas encore produit: les enfants atteints d'albinisme ne sont souvent même pas envoyés à l'école et dans la famille, ils vivent à l'écart, à peine toléré, ce qui les condamne à vivre de charité et d'expédients, dans la solitude.

Sandro Magister rebondit sur l'article


Sandro Magister écrit: http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/1350073?fr=y
Le premier personnage à droite sur la photo, à côté du pape, du patriarche de Constantinople Bartholomée Ier et du rabbin David Rosen, est le professeur nigérian Wande Abimbola.


À Assise, lors du "pèlerinage" qui a eu lieu à l’initiative de Benoît XVI le 27 octobre dernier, Abimbola a pris la parole "au nom des dirigeants et des adeptes des religions indigènes d'Afrique". Lui-même est prêtre et représentant mondial de la religion Ifa et Yoruba, qui est répandue dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne et qui est arrivée jusqu’aux Amériques dans le sillage des émigrations.

Dans son discours d’Assise, Abimbola a demandé que "les religions indigènes africaines se voient accorder le même respect et la même considération que les autres religions".

Et Benoît XVI – qui, lorsqu’il rédige personnellement ses discours, comme dans ce cas, n’est jamais politiquement correct – l'a pris au mot.

Dans le discours qu’il a adressé peu après aux trois cents dirigeants religieux et "chercheurs de la vérité", le pape a exprimé des considérations critiques à propos de toutes les religions, y compris les religions traditionnelles africaines. Il les a rapprochées dans une histoire qui est aussi faite de "recours à la violence au nom de la foi" : une histoire, donc, qui a besoin, pour toutes les religions, de purification.

Mais, deux jours après la rencontre d’Assise, Benoît XVI a parlé en termes encore plus crus et plus précis.

Recevant au Vatican les évêques d’Angola en visite "ad limina", il a critiqué une violence qui, au nom des traditions religieuses africaines, en arrive à tuer des enfants et des personnes âgées :

"Un écueil auquel se heurte votre œuvre d’évangélisation est le cœur des baptisés, qui est encore partagé entre le christianisme et les religions traditionnelles africaines. En proie aux difficultés de la vie, ils n’hésitent pas à recourir à des pratiques qui sont incompatibles avec le fait de suivre le Christ. Cela a pour effet abominable la marginalisation et même le meurtre d’enfants et de personnes âgées, qui y sont condamnés par de faux impératifs de sorcellerie. Pour rappeler que la vie humaine est sacrée à toutes ses phases et dans toutes les situations, continuez, chers évêques, à élever la voix en faveur de ces victimes. Mais, puisqu’il s’agit d’un problème régional, il convient que les communautés ecclésiales éprouvées par ces calamités fassent un effort commun et qu’elles cherchent à comprendre la signification profonde de telles pratiques, à identifier les risques pastoraux et sociaux qu’elles comportent et à trouver une méthode qui conduise à leur éradication définitive, avec la collaboration des gouvernements et de la société civile".

Déjà il y a deux ans, en 2009, lors de son voyage en Angola, Benoît XVI avait soulevé la question :
...
Et il avait également repoussé une objection fréquemment entendue au sein même de l’Église :

"On objectera : 'Pourquoi ne les laissons-nous pas en paix ? Ils ont leur vérité et nous, la nôtre. Cherchons à vivre pacifiquement, en laissant chacun comme il est, afin qu’il réalise le plus parfaitement possible sa propre identité'. Mais si nous sommes convaincus et si nous avons fait l’expérience que, sans le Christ, la vie est inachevée, qu’une réalité – la réalité fondamentale – lui fait défaut, nous devons être également convaincus du fait que nous ne faisons de tort à personne si nous lui présentons le Christ et si nous lui donnons la possibilité de trouver, de cette façon, non seulement sa véritable authenticité, mais aussi la joie d’avoir trouvé la vie. Bien plus, nous avons le devoir de le faire".

Le 18 novembre prochain, le pape Joseph Ratzinger se rendra au Bénin pour remettre à une délégation d’évêques du continent africain l'exhortation apostolique qui constitue la conclusion du synode des évêques de 2009, précisément consacré à l'Afrique.

Il sera intéressant de voir ce que ce document dira à propos des religions traditionnelles africaines.



Notes sur la portée d'Assise (*) Confidences d'un sage et d'un chrétien