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Benot XVI, Galilée et le boson de Higgs

Les rapports entre foi et sciences dans l'enseignement de Benoît XVI. Un article de Pierre-Olivier Arduin que l'on me transmet, et que je reproduis avec plaisir. (29/11/2012)


Voir à ce propos sur ce site le message de Benoît XVI pour le Colloque "De la lunette de Galilée à la cosmologie évolutive" qui se déroulait à l'Université Pontificale du Latran, en novembre 2009, et l'échange d'Avril 2006 avec les jeunes de Rome, cités ci-dessous : Pas de conflit en vue entre science et théologie (http://benoit-et-moi.fr/2009/ )

-> Nombreux articles sur les mathématiques en relation avec la foi et le Magistère
ici.


Pierre-Olivier Arduin est directeur de la commission bioéthique de Fréjus-Toulon sous l’autorité de Mgr Dominique Rey et travaille essentiellement sur les questions de bioéthique et respect de la vie. Il collabore à la revue La Nef et au site d’information Decryptage (Liberté politique), dont cet article est issu.
Il faut le lire directement sur le site pour avoir accès aux liens, que je n'ai pas reproduits.

A propos du boson de Higgs, la Bussola datant du 16 décembre a publié un article, intitulé "La particule de Dieu et la théorie du tout".
(http://www.labussolaquotidiana.it)
Les termes techniques utilisés sont difficiles à traduire pour le profane que je suis, et j'y renonce donc, me contentant des premières lignes qui expliquent la genèse du nom "particule de Dieu" , et des deux paragraphes finaux (1)
Les lecteurs intéressés n'ont qu'à taper "boson de Higgs" dans le moteur de recherche.

Benoît XVI, Galilée et le boson de Higgs
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Discours après discours, enseignement après enseignement, Benoît XVI fait de la question de Dieu et de sa reconnaissance dans la vie publique l’une des priorités absolues de son pontificat. Il ne ménage aucun effort pour ouvrir un dialogue systématique avec celles et ceux qui veulent « approcher Dieu au moins en tant qu’Inconnu » selon la formule qu’il a employée devant la Curie en 2009. Avant de relater dans de futures contributions le contenu de son appel lancé devant les élites politiques et éthiques d’aujourd’hui, nous souhaiterions dans le présent article mettre en relief les perspectives qu’il a récemment dégagées pour favoriser à nouveau une rencontre entre la foi et la science.

L’Inconnu ou Agnostos Theos est une expression célèbre tirée du discours de saint Paul à l’aréopage d’Athènes (Ac 17, 23) que Benoît XVI a reprise lors de ses vœux de Noël à la Curie romaine le 21 décembre 2009 : « Au dialogue avec les religions doit aujourd’hui s’ajouter avant tout le dialogue avec ceux à qui la religion est étrangère, à qui Dieu est inconnu et qui, pourtant, ne voudraient pas simplement rester sans Dieu, mais l’approcher au moins en tant qu’Inconnu ».

Un des terrains de prédilection du Pape pour permettre cette ouverture en direction des non-croyants et amener ses contemporains à s’interroger à nouveau sur Dieu est celui du rapport entre la foi et la science. Trois textes nous semblent particulièrement emblématiques de cette démarche.

Le premier est une réponse à une question d’un lycéen italien lors de la rencontre sur la place Saint Pierre avec les jeunes du diocèse de Rome le 6 avril 2006, le second est un message adressé le 26 novembre 2009 en l’année internationale de l’astronomie aux participants d’un congrès commémorant le 400e anniversaire de l’invention du télescope par Galilée et le troisième est tiré de l’homélie qu’il a prononcée dans la basilique saint Pierre le 6 janvier 2011 en la solennité de l’Epiphanie.

Trois interventions dans lesquelles le Pape montre la concordance qui existe entre la structure de l’univers et l’intelligence humaine, un fait étonnant sur lequel il vaut la peine de s’arrêter tant il témoigne en faveur de l’harmonie entre la foi chrétienne et la raison humaine.

La leçon de Galilée

Dans son message pour l’année internationale de l’astronomie, Benoît XVI évoque « l’émerveillement » et l’ « émotion » de « l’âme profondément croyante de Galilée » qui grâce à la mise au point du télescope – un instrument « que j’ai inventé illuminé par la grâce divine » écrit-il dans le Sidereus nuncius – découvre des constellations et des étoiles jusqu’ici inconnues. Le Pape rend hommage au scientifique pisan, inventeur de la science moderne et de la méthode expérimentale qui « ont été une étape décisive pour l’histoire de l’humanité » parce qu’elles ont rendu possibles et précieux les progrès technologiques actuels, tant dans « l’exploration de l’univers » que dans l’invention des « machines les plus sophistiquées utilisées par l’ingénierie biomédicale ».

Mais au-delà de ces résultats spectaculaires, le Pape nous montre que la leçon de Galilée se situe ailleurs. Il en dévoile le point essentiel dans sa réponse à un jeune italien qui lui demande s’il existe des convergences entre la raison scientifique et la foi.

Benoît XVI rappelle d’abord le mot célèbre de Galilée déclarant que « Dieu a écrit le livre de la nature sous la forme du langage mathématique ». La conviction profonde du savant italien était en effet que les mathématiques sont le langage qu’utilise le Créateur dans la nature, un langage qu’il est possible de déchiffrer.

Au jeune qui l’interroge place saint Pierre, le Pape fait cependant une remarque capitale. Les mathématiques ne sont qu’un système abstrait, une invention géniale de l’esprit humain, un grand système intellectuel. Or, ce qui est tout à fait surprenant poursuit Benoît XVI, c’est que « cette invention de notre esprit humain est vraiment la clef pour comprendre la nature, que la nature est réellement structurée de façon mathématique et que nos mathématiques, inventées par notre esprit, sont réellement l’instrument pour pouvoir travailler avec la nature, pour la mettre à notre service, pour l’instrumentaliser à travers la technique ».

La particule de Dieu

La physique de l’infiniment petit illustre à merveille ce constat. Jusqu’ici, la fameuse théorie du modèle standard qui décrit la matière, les particules élémentaires et leurs interactions n’a jamais été prise en défaut par les vérifications expérimentales qui ont confirmé les prévisions des équations. En 1930 par exemple, certaines formules de l’époque ne permettaient plus de sauvegarder le principe de conservation d’énergie. Le physicien italien Pauli résout le problème en faisant l’hypothèse qu’il doit exister une nouvelle particule inconnue qu’il baptise neutrino. « J’ai fait une chose horrible, écrira-t-il, j’ai postulé une particule qu’on ne peut pas détecter [1] ». Pourtant en 1956, la communauté scientifique lui donnera raison lorsque le neutrino sera effectivement découvert comme le prévoyait le raisonnement mathématique de Pauli.

Aujourd’hui, on retrouve à nouveau cette ébullition intellectuelle au siège de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (Cern) depuis qu’a été mis en service le plus grand collisionneur au monde, le LHC (Large Hadron Collider). Un anneau souterrain géant mesurant 27 km de long permet d’entrechoquer dans un vide quasi absolu des milliards de protons lancés à la vitesse de la lumière. Plus d’un milliers de scientifiques s’affairent pour tenter d’observer pour la première fois le boson de Higgs dans une effervescence indescriptible [2]. Surnommé « la particule de Dieu » parce qu’il représente la clé de voûte de la théorie standard censée donner leur masse à toutes les autres particules, les physiciens ont déployé des trésors d’ingéniosité pour mettre au point le plus puissant accélérateur au monde capable de le traquer. Il n’est pas anodin que cette particule fantôme qui n’existe pour l’instant que dans le cerveau d’experts en physique de la matière soit justement appelée « particule de Dieu ». En regardant le monde qui les entoure, les scientifiques sont comme frappés par une cohérence interne et une organisation qui renvoient à l’intelligence d’un Créateur.

L’univers et la matière ont une structure intelligente

Il y a là quelque chose qui doit nous interpeller, nous dit Benoît XVI : « Cela me semble une chose presque incroyable qu'une invention de l'esprit humain et la structure de l'univers coïncident: les mathématiques, que nous avons inventées, nous donnent réellement accès à la nature de l'univers et nous le rendent utilisable. La structure intellectuelle du sujet humain et la structure objective de la réalité coïncident donc : la raison subjective et la raison objective dans la nature sont identiques. Je pense que cette coïncidence entre ce que nous avons pensé et la façon dont se réalise et se comporte la nature est une énigme et un grand défi, car nous voyons que, à la fin, c'est "une" raison qui les relie toutes les deux: notre raison ne pourrait pas découvrir cette autre, s'il n'existait pas une raison identique à la source de toutes les deux ».

Lorsque le scientifique travaille à percer les mystères de l’univers, il fait l’hypothèse que le monde est intelligible et que cette intelligibilité correspond à sa raison. La découverte de lois mathématiques et physiques qui témoigne de la rationalité de l’univers entre ainsi en résonance avec la pensée humaine.

« Dans ce sens, poursuit Benoît XVI, il me semble précisément que les mathématiques - dans lesquelles, en tant que telles, Dieu ne peut apparaître -, nous montrent la structure intelligente de l'univers (…) Notre science, qui permet finalement de travailler avec les énergies de la nature, suppose une structure fiable, intelligente, de la matière. Et ainsi, nous voyons qu'il y a une rationalité subjective et une rationalité objective de la matière, qui coïncident. Naturellement, personne ne peut prouver - comme on le prouve par l'expérience, dans les lois techniques - que les deux soient réellement le fruit d'une unique intelligence, mais il me semble que cette unité de l'intelligence, derrière les deux intelligences, apparaisse réellement dans notre monde. Et plus nous pouvons instrumentaliser le monde avec notre intelligence, plus apparaît le dessein de la Création ».


La signature du Créateur

Secouant notre paresse intellectuelle, le Pape nous invite alors à nous poser sérieusement la question de l’existence d’un Créateur : « A la fin, pour arriver à la question définitive, je dirais: ou Dieu existe, ou il n'existe pas. Il n'existe que deux options. Ou l'on reconnaît la priorité de la raison, de la Raison créatrice qui est à l'origine de tout et est le principe de tout ou l'on soutient la priorité de l'irrationnel, selon laquelle tout ce qui fonctionne sur notre terre ou dans notre vie ne serait qu'occasionnel, marginal, un produit irrationnel - la raison serait un produit de l'irrationalité. On ne peut pas en ultime analyse "prouver" l'un ou l'autre projet, mais la grande option du Christianisme est l'option pour la rationalité et pour la priorité de la raison. Cela me semble une excellente option, qui nous montre que derrière tout se trouve une grande intelligence, à laquelle nous pouvons nous fier ».

On comprend que le Pape ait tant insisté sur la figure des Rois Mages lors de la célébration de la fête de l’Epiphanie en 2011 et qu’il en fasse des modèles à suivre pour les hommes d’aujourd’hui. Car pour Benoît XVI, ces savants étaient avant tout des hommes assurés qu’il existe dans la création une signature de Dieu qu’il est possible de découvrir avec les secours naturels de la raison. « Ils étaient certains que Dieu peut être entrevu dans la création ». Ils ont en fait compris que la surprenante harmonie entre le ciel qu’ils scrutaient de toute leur attention et leur propre raison ne pouvait vraiment s’expliquer que s’il y a un Dieu. Ce mouvement de l’intelligence les provoque à se mettre en chemin lorsqu’ils observent cette nouvelle étoile dans le ciel.
La reconnaissance rationnelle du Créateur sur laquelle a toujours insisté l’Eglise n’est cependant qu’une première étape comme le rappelle Benoît XVI : « Le langage de la création nous permet de parcourir un bon bout de chemin vers Dieu mais il ne nous donne pas la lumière définitive ».

Le père dominicain Charles Morerod, recteur de l’Université pontificale Saint Thomas d’Aquin et nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg depuis le 3 novembre dernier, nous aide à comprendre qu’une raison qui cherche la vérité est une raison ouverte à la Révélation de Dieu :

« Notre monde est organisé intelligemment ; cette organisation suggère un organisateur ; cet organisateur doit être suffisamment puissant et intelligent pour faire l’univers ; c’est ce qu’on appelle Dieu ; s’il y a un tel Dieu, il n’est pas improbable qu’il se fasse connaître à nous ; s’il se révèle, étant donné l’intelligence que laisse déjà deviner son œuvre, il le fera de manière intelligente ; la vérité que l’on peut découvrir à partir de la création ne devrait donc pas être opposée à celle d’une éventuelle révélation ». Et Mgr Morerod de poursuivre : « Le philosophe peut arriver à cette conclusion en tant que philosophe. Il est ainsi ouvert à une révélation, bien qu’il ne puisse accéder à celle-ci avec les forces de sa raison [3] ».

Rencontrer le Dieu vivant

La vérité atteinte par les seules lumières naturelles de la raison humaine au moyen des choses créées et la vérité que Dieu révèle lui-même dans sa sagesse et sa bonté ne s’excluent pas l’une l’autre comme l’avait remarquablement montré le bienheureux Jean-Paul II dans Fides et Ratio[4]. La première n’est-elle pas un prélude précieux et un aiguillon puissant pour nous mettre en chemin à la rencontre de ce Dieu ? « Dans la beauté du monde, dans sa grandeur et sa rationalité, nous ne pouvons que lire la rationalité extérieure, et nous ne pouvons manquer de nous laisser guider par celle-ci jusqu’à l’unique Dieu, créateur du ciel et de la terre », explique Benoît XVI en commentant l’attitude des savants venus de l’Orient.

Mais pour cela, nous devons avoir l’intelligence en éveil et l’esprit à l’écoute à l’instar des Mages. Leur désir de connaître Dieu va les conduire à la recherche du sens ultime de la réalité jusqu’à comprendre « que celui qui a créé le monde et celui qui est né dans une grotte à Bethléem sont le même Dieu vivant », ajoute le Pape. Puissent les hommes de notre temps et nous-mêmes faire le même cheminement à l’approche de Noël.

[1]Science et Vie Hors série, « La matière et ses ultimes secrets », septembre 2008, p. 90.

[2]Science et Vie, « Boson de Higgs : la matière va parler. C’est l’heure de vérité pour la particule de Dieu », n. 1129, octobre 2011.

[3] Charles Morerod, « La vocation du philosophe catholique en tant que philosophe », Nova et Vetera, septembre 2011, p. 335-356.

[4] Jean-Paul II, Fides et ratio, 14 septembre 1998, n. 9.

Note



(1) Le «boson de Higgs» est la seule particule parmi celles théorisées par les physiciens, dans le modèle le plus accrédité pour tenter d'expliquer le «comment» de l'Univers (appelé «Modèle Standard»), qui n'ait pas encore été observée expérimentalement. J'écris «qui n'a pas encore été observée » parce que la nouvelles de sa découverte, répandue par de nombreux médias, n'est pas encore certaine. Pour l'instant ils s'agit de «traces» qui devront être confirmées au cours de l'an prochain, en outre, il sera important de connaître l'éventuelle mesure «exacte» de sa masse; en effet, si elle se révèle très différente de ce que l'on attend, ceci causera une mise à jour considérable de la théorie. La prudence dans les découvertes scientifiques de cette envergure n'est jamais trop grande.

L'hypothèse de l'existence de cette particule a été émise pour la première fois en 1964 par les travaux de plusieurs physiciens, qui, presque simultanément, sont arrivés aux mêmes conclusions. Parmi eux, il y avait le physicien anglais Peter Ware Higgs, athée (Newcastle, 29 mai 1929) qui a donné son nom au boson. Ce n'est qu'il y a une quinzaine d'années qu'elle a été surnommée la «particule de Dieu». Ce nom n'a rien à voir avec la foi ou la science, ou la création, il lui a été donné par l'éditeur d'un livre de vulgarisation, dans le seul but de vendre plus d'exemplaires. Le texte a été écrit par le Prix Nobel de Physique 1988, Leon Max Lederman (Buffalo, 15 Juillet 1922) pour introduire le lecteur commun dans le monde des particules subatomiques. Comme l'a dit il y a quelques années Peter Higgs lui- même, Lederman l'avait initialement nommée, dans l'ébauche de son essai, «a goddamn particle», autrement dit «la particule-que-Dieu maudit», et donc pas la «particule de Dieu», mais « la particule damnée» (à cause de la difficulté à la détecter).
...

Du point de vue du progrès scientifique, on peut noter que la récente découverte du neutron plus rapide que la lumière a mis en relief la "physique expérimentale", capable de faire émerger des "vérités scientifiques" inimaginables pour la "physique théorique", et de faire tomber des théories consolidées depuis des années comme la théorie de la relativité d'Einstein.
Par opposition, l'éventuelle observation du "boson de Higgs" remet au premier plan la "physique théorique", en mesure d'anticiper de décennies les observations de la "physique expérimentale", et donc de l'orienter.
Ces résultats scientifiques surprenants remettent à l'esprit le discours de Jean-Paul II aux membres de l'Académie pontificale des Sciences, le 12 Novembre , 1983 : «Sans doute les conquêtes de la science sont parfois provisoires, sujettes à des révisions et des changements, et ne réussiront jamais à exprimer toute la vérité qui se cache derrière l'univers: le sens du mystère fait partie de votre patrimoine intellectuel, et vous avertit que ce que vous ne connaissez pas est beaucoup plus que ce que vous savez. Dans la recherche de la vérité, l'audace de la raison s'accorde avec l'humilité de ses limites, la joie de connaître entre en symbiose avec l'admiration de l'inconnu».


(Fabio Spina, La Bussola)

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