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CORRECTION FRATERNELLE
 

Les représentants du Comité central des catholiques allemands ont reçu du père une volée de bois vert méritée! (25/9/2011)




 



 

Dimanche 4 septembre, s'adressant aux fidèles lors de la prière de l'Angelus à Castelgandolfo, Benoît XVI les a invités à pratiquer la correction fraternelle:

L’apôtre Paul affirme que toute la Loi de Dieu trouve sa plénitude dans l’amour, si bien que dans nos rapports avec les autres, les dix commandements et tout autre précepte se résument à cela: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même». Le texte de l’Evangile, tiré du chapitre 18 de Matthieu, dédié à la vie de la communauté chrétienne, nous dit que l’amour fraternel comporte aussi un sens des responsabilités réciproques, si bien que, si mon frère commet une faute contre moi, je dois faire preuve de charité envers lui et, avant tout, lui parler personnellement, lui faisant remarquer que ce qu’il a dit ou fait n’est pas bien. Cette manière d’agir s’appelle la correction fraternelle: ce n’est pas une réaction à l’offense subie, mais c’est un geste d’amour pour son frère. Saint Augustin commente: «Il t'a offensé, et en t’offensant, il s'est fait une profonde blessure: tu n'as aucun souci de la blessure de ton frère? (…) Oublie donc l'injure qui t'est faite, mais non pas la blessure dont souffre ton frère» .
Et si mon frère ne m’écoute pas? Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus indique plusieurs niveaux: tout d’abord, retourner lui parler avec deux ou trois personnes, pour l’aider à mieux se rendre compte de ce qu’il a fait; si malgré cela, il repousse encore cette observation, il faut le dire à la communauté; et s’il n’écoute pas non plus la communauté, il faut lui faire percevoir la séparation qu’il a lui-même provoquée en se séparant de la communion de l’Eglise. Tout cela indique qu’il y a une coresponsabilité dans le chemin de la vie chrétienne: chacun, conscient de ses propres limites et de ses défauts, est appelé à accueillir la correction fraternelle et à aider les autres par ce service particulier.

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Hier, à Fribourg, s'adressant aux représentants du Comité central des catholiques allemands, il a lui-même pratiqué à un degré très élevé cette "correction fraternelle", reprenant en l'amplifiant la critique adressée à l'Eglise allemande lors de l'homélie de Marienfeld, en septembre 2006 et dont j'ai récemment parlé ici: SOUS L'OMBRE DE LUTHER.
Il a ainsi répondu à sa manière aux impatiences de l'archevêque de Fribourg. A la question "Que dites-vous à ceux qui soutiennent les réformes, à ceux qui se sentent frustrés par la lenteur des changements dans l’Église catholique ?", Mgr Zollittsch répondait: "Moi aussi je cours le risque parfois de me lasser et je pense: pourquoi les choses ne vont-elles pas plus vite. Parfois je dois aussi m’imposer la patience nécessaire".

La réponse du Saint-Père est très claire. Ce discours, qui s'adresse évidemment à nous tous, sur un registre très différent de la grandiose leçon du Bundestag, pourrait bien être l'autre discours important du Pape en Allemagne.
Texte en italien (la version originale est en allemand) ici.
Ma traduction.




 

Chers Frères et Sœurs,

Je suis reconnaissant de cette occasion de me réunir, ici à Fribourg, avec vous, membres du Conseil du Comité central des catholiques allemands ( ZdK ). Je suis heureux de vous exprimer ma gratitude pour votre engagement à défendre publiquement les préoccupations des catholiques et pour l'impulsion que vous donnez à l'apostolat de l'Église et des catholiques dans la société. Je tiens également à vous remercier, cher Président Glück, pour vos paroles courtoises, où vous avez dit de nombreuses choses importantes et dignes de réflexion.

Chers amis, depuis quelques années maintenant, existent ce qu'on appelle les "programmes exposure" dans les pays en voie de développement. Des personnes ayant des responsabilités dans les domaines de la politique, de l'économie et de la religion vivent pendant une certaine période parmi les pauvres en Afrique, en Asie ou en Amérique latine et partagent leur vie quotidienne concrète. Ils se mettent dans les situations de vie de ces personnes, afin de voir le monde à travers leurs yeux et donc de tirer de cette expérience des enseignements pour leurs propres actions de solidarité.

Imaginons qu'un programme exposure de ce type ait lieu ici, en Allemagne. Les experts d'un pays lointain viendraient passer une semaine avec une famille allemande moyenne. Ils trouveraient beaucoup à admirer ici, par exemple, la prospérité, l'ordre et l'efficacité. Mais en regardant d'un œil sans préjugé, ils pourraient également voir beaucoup de pauvreté: pauvreté dans les relations humaines et pauvreté dans la sphère religieuse.

Nous vivons à une époque qui est largement caractérisée par un relativisme subliminal qui pénètre tous les domaines de la vie. Parfois, ce relativisme devient agressif, quand il s'oppose à ceux qui disent savoir où est la vérité ou le sens de la vie.

Et nous observons que ce relativisme exerce une influence de plus en plus grande sur les relations humaines et sur la société.
Cela se traduit, entre autres choses, dans l'inconstance et la fragmentation de la vie de nombreuses personnes et dans un individualisme exacerbé. Certains ne semblent plus capables de renoncer à quelque chose ou de faire un sacrifice pour les autres. Même l'engagement altruiste pour le bien commun, dans la sphère sociale et culturelle ou pour le compte des nécessiteux, est en déclin. D'autres ne sont plus capables de s'engager sans réserve à un "partner". On ne trouve aujourd'hui pratiquement plus le courage de promettre d'être fidèle toute une vie, le courage de prendre une décision et dire: maintenant je t'appartiennent entièrement à toi, ou de s'engager fermement pour la fidélité et la vérité et et de chercher avec sincèrité à trouver les solution des problèmes.

Chers amis, dans le programme exposure, à l'analyse succède une réflexion commune. Cette évaluation doit prendre en compte la personne humaine dans sa totalité, et cela inclut - et pas seulement implicitement, mais vraiment de façon explicite - sa relation avec le Créateur.

Nous voyons que dans notre riche monde occidental, il y a des carences. Beaucoup de gens manquent de l'expérience de la bonté de Dieu. Ils ne trouvent plus aucun point de contact avec les Eglises institutionnelles et leurs structures traditionnelles.
Mais pourquoi?
Je pense que c'est une question sur laquelle nous devons réfléchir très sérieusement. S'occuper de cette question est la tâche principale du Conseil Pontifical pour la Nouvelle Evangélisation. Mais, naturellement, c'est quelque chose qui nous concerne tous. Permettez-moi de faire référence ici à un aspect de la situation particulière de l'Allemagne. L'Eglise en Allemagne est superbement organisée. Mais derrière les structures, trouve-t-on aussi la force spirituelle correspondante, la force de la foi dans le Dieu vivant? Nous devons admettre honnêtement qu'il y a un excès de structure par rapport à l'Esprit. J'ajouterais: la vraie de l'Eglise dans le monde occidental est une crise de la foi. Si nous n'arrivons pas à un réel renouveau de notre foi, toutes les réformes structurelles resteront inefficaces.

Mais revenons aux personnes qui manquent d'expérience de la bonté de Dieu. Ils ont besoin de lieux où ils peuvent parler de leur nostalgie intérieure. Et ici, nous sommes appelés à chercher de nouvelles voies d'évangélisation. L'une d'entre elles pourrait être constituée par les petites communautés, où se vivent des amitiés qui seront approfondies dans l'adoration régulière en commun de Dieu. On y trouve des personnes qui racontent leurs petites expériences de foi sur leur lieu de travail et au sein de leur cercle de famille et d'amis, et ce faisant, témoignent d'une nouvelle proximité entre l'Église et la société. A ces personnes, il apparaît de plus en plus clairement que tout le monde a besoin de cette nourriture de l'amour, de cette amitié concrète avec les autres et avec le Seigneur. D'importance constante est le lien avec la lymphe vitale de l'Eucharistie, car sans le Christ, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15:5).

Chers frères et sœurs, puisse le Seigneur toujours nous indiquer la voie pour être, ensemble, des lumières dans le monde et ppour montrer à notre prochain le chemin vers la source à laquelle ils peuvent étancher leur plus profond désir de vie.

Je vous remercie.




Une formidable interviewe de P. Seewald | Seul un pape peut nous sauver