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La bote de Pandore ?

C'est ce que François pourrait avoir ouvert, successivement avec le questionnaire préparatoire au Synode sur la famille, puis avec les paragraphes de Evengelii Gaudium, qui abordent le thème de la décentralistion, et du rôle des conférences épiscopales. Résumé de la situation en Allemagne, sur la Bussola (2/12/2013)

>>> Le
document de Mgr Muller sur l'OR du 22 octobre.

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Divorcés remariés, l'église allemande va son propre chemin
Matteo Matzuzzi
02/12/2013
http://www.lanuovabq.it
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Le synode extraordinaire sur la famille convoqué par le pape François, n'aura lieu que dans un presque un an, mais les évêques allemands ont des idées très claires sur l'orientation à donner aux assises. Les appels à la prudence et les rappels à l'ordre venus de Rome n'ont servi à rien. Tous retournés à l'expéditeur, à commencer par les positions prises par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Mgr Gerhard Ludwig Müller.
A l'origine de la tension, il y a eu au début d'Octobre, le document publié par l'Office en charge de la pastorale du diocèse de Fribourg, soutenu en septembre par Mgr Robert Zollitsch - resté comme administrateur apostolique -, président sortant de la conférence épiscopale allemande. Ce texte invitait à «rendre visible l'attitude humaine et respectueuse de Jésus, dans le contact avec les personnes divorcées et qui ont décidé de se remarier selon un rite civil». Dans la pratique, une première étape pour la réadmission des divorcés remariés aux sacrements, à commencer par la communion. A peine le Spiegel avait-il révélé le contenu du texte que le Vatican déclarait que cela ne changeait rien, parce que ce document était dépourvu de la signature de l'évêque de Fribourg. Rien de nouveau, donc. Dans l'intervalle, le long document de Müller publié dans L'Osservatore Romano, le 22 Octobre est venu freiner les ardeurs et attirer l'attention sur le point de vue de l'orthodoxie catholique.

Dans sa présentation, le journal du pape qualifiait cet article de «contribution» à la discussion dans le Synode, mais à le lire, il semblait beaucoup plus, presque une réponse claire à ces évêques prêts à agir unilatéralement sur la pastorale matrimoniale sans le consentement préalable et indispensable du pape. Ce texte du préfet de l'ex-Saint-Office est encore plus important si l'on considère qu'il avait déjà été publié en Juin sur le Tagespost. Le reproposer, quatre mois après, et sur l'organe officiel du Saint-Siège, assumait donc une valeur non négligeable. Müller clarifiait qu'il y avait un risque de «banaliser la miséricorde, donnant l'image erronée selon laquelle Dieu ne pouvait que pardonner». Et cela, ajoutait-il, parce que «au mystère de Dieu appartiennent aussi, outre la miséricorde, la sainteté et la justice; mais si l'on cache ces attributs de Dieu et si l'on ne prend pas au sérieux la réalité du péché, on ne peut pas non plus être médiateurs de Sa miséricorde auprès des personnes». Sur le mariage, ensuite, Müller expliquait qu'il est «l'acte personnel et libre de consentement mutuel» à travers lequel «a été fondée par droit divin une institution stable, ordonnée au bien des conjoints et des enfants, et ne dépendant pas de l'arbitraire de l'homme». Pour éviter toute équivoque, le préfet définissait le mariage comme «indissoluble». En vertu de ces considérations, il invitait le diocèse de Fribourg à retirer le document «incriminé», jugé «contraire à l'enseignement et au Magistère de l'Eglise catholique».

Mais Zollitsch a dit non, expliquant que le texte diffusé par l'Office de la pastorale constituait lui aussi une contribution à la formation des lignes directrices qui seront vraisemblablement approuvées définitivement par la conférence des évêques allemands au printemps prochain. «Nous avons déjà nos lignes directrices, et le pape a maintenant clairement indiqué que certaines questions peuvent être décidées au niveau local», a ajouté Robert Eberle, le porte-parole du diocèse de Fribourg. Une référence à l'exhortation de François «Evangelii Gaudium» dévoilée au monde mardi dernier, et en particulier aux paragraphes dans lesquels il parle de la nécessité de donner aux églises locales «aussi une certaine autorité doctrinale». Selon Eberle, «de nombreux points» du document pontifical suggèrent que l'Allemagne «va dans la bonne direction». Idées partagées par l'évêque de Stuttgart, Mgr Gebhard Fürst, qui a expliqué comment l'épiscopat allemand allait adopter les propositions du diocèse de Fribourg lors de la session plénière de Mars - qui, entre autres choses, sera la dernière présidée par Zollitsch. Aux polémiques et aux accusations avancées par des secteurs conservateurs d'ouvrir la route à la «protestantisation» de l'église allemande, le porte-parole du diocèse de Stuttgart a répondu que la route suivie va «dans l'esprit de l'enseignement du pape».

L'archevêque de Munich et Freising, le Cardinal Reinhard Marx, avait déjà répondu à Müller: lors de la dernière assemblée des évêques bavarois, il avait précisé sans mâcher ses mots et sans ménagement que «le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la La foi ne peut pas arrêter le débat» et que «au Synode, on discutera de tout». Pour le moment, ajoutait le cardinal, «il n'est pas possible de dire quels seront les résultats des débats». En outre, «quelque chose sera dit aux nombreux fidèles qui ne peuvent pas comprendre pourquoi un second mariage n'est pas acceptée par l'église», soulignait Marx, qui exprimait également une opinion défavorable sur la définition donnée par Müller du divorce comme un «échec moral». C'est «inadéquat», disait l'archevêque de Munich.

Si l'Église allemande est prête à donner un coup d'accélarateur sur le sujet des sacrements aux divorcés remariés, essayant ainsi d'orienter le débat synodal, à Rome aussi, certains accordent un poids relatif aux avertissements du préfet de l'ex-Saint-Office. Premier d'entre eux, le président du Conseil pontifical pour la famille, Mgr Vincenzo Paglia, toujours en attente de confirmation officielle dans sa charge par François. En essayant d'imiter Bergoglio et le vocabulaire du "pape pris presque au bout du monde", l'ancien évêque de Terni avait dit dans une interview à l'Avvenire que l'urgence est d'«accueillir et écouter les familles comme elles sont, toutes les familles, dans la complexité des différentes situations». Et cela parce que «nous devons être de plus en plus capable de parler à tout le monde, avec un langage qui sache combiner la vérité et la miséricorde». Patience, donc, si le gardien de l'orthodoxie a réitéré qu'il n'y a qu'une seule famille et que le Pape lui-même, déjà à Assise, a précisé que la famille se concrétise dans la «vocation à former de deux, homme et femme, une seule chair, une seule vie».

Pour Müller, d'ailleurs, il ne faut pas non plus prendre en exemple la pratique orthodoxe, la «deuxième chance» pour les divorcés remariés d'accéder aux sacrements: «Cette pratique n'est pas cohérente avec la volonté de Dieu, clairement exprimée dans les paroles de Jésus sur l'indissolubilité du mariage», écrit le préfet dans L'Osservatore Romano. Mais là aussi, il y en a, derrière les murs léonins, qui ne sont pas d'accord. Dans une interview avec Vatican Insider, le secrétaire général du Synode, Mgr Lorenzo Baldisseri, a dit que «l'un des sacrements aux divorcés remariés est une question qui doit être abordée avec une nouvelle approche» et que, à cet égard, «l'expérience de l'Eglise orthodoxe peut nous aider, non seulement à l'égard de la synodalité et de collégialité, mais aussi dans le cas dont nous parlons, pour éclairer le chemin».