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VIERGE ET MARTYRE
 

La bienheureuse María de los Ángeles Ginard Marti, martyre de la guerre civile espagnole. Un récit du Père Jorge López Teulón, traduit par Carlota (30/8/2011)




 

Les récits de Georges

Nous avons déjà eu l’occasion de traduire quelques uns des textes du Père Jorge López Teulón (voir ici) qui fait un travail remarquable de recherches historiques sur les persécutions religieuses en Espagne durant la Seconde République (1931-1939) et pour la constitution des dossiers à présenter à Rome.
Il exerce habituellement son sacerdoce à Talavera de la Reina (diocèse de Tolède). Mais il fait aussi des séjours au Guatemala tandis que son diocèse bien évidemment a accueilli des milliers de pèlerins jmjistes dont des Guatémaltèques avec leur joli drapeau bleu ciel et blanc. En effet le Père Jorge apporte son soutien à un foyer d’accueil d’enfants abandonnés (y compris nouveaux nés) et en attente d’adoption (dont parmi eux de nombreux handicapés) : le foyer Nid de l’Enfant Jésus (Hogar Nido Jesús Niño) de San Miguel Dueñas, petite ville à l’intérieur des terres, côté Pacifique (département de Sacatepéquez), de ce petit pays d’Amérique Centrale. Ce foyer est soutenu par l’association barcelonaise Vita Mundi.
Le Père Jorge toujours dans ce même but a adapté« L’incroyable histoire de Pérez le souriceau » (illustration de Paula B. Pupo Alvigni), un des très jolis contes du célèbre jésuite espagnol, le Père Luis Coloma (1851-1915). Le petit rongeur Pérez est célébrissime chez les hispanophones et a même une plaque commémorative au 8 de rue madrilène del Arenal (où il a un tout petit musée) car c’est là que le Père Coloma a situé sa demeure (enfin la maison où se trouve sa demeure, une caisse de gâteaux secs!) quand il écrivit sur demande, sa première aventure, au profit du Roi Alphonse XIII, qui était encore tout enfant et comme tous les petits enfants, venait de perdre une dent de lait. Il faudra vraiment que je reparle de ce petit livre pour Noël !

Mais revenons au Père Jorge, n’en déplaise à sa modestie. Il a un blog hébergé par Religion en Libertad intitulé « Victor in vinculis » (La victoire dans les chaînes) en référence à Karl Leisner (1915-1945) qui fut ordonné prêtre dans un camp de concentration (Dachau) et qui mourut d’épuisement quelques jours après sa libération. Jorge López Teulón en a entendu vraiment parler, alors que jeune homme il participait à de ses premiers JMJ à Saint Jacques de Compostelle (1989). Plus tard son premier livre portera sur les martyrs d’Hitler (ici) Depuis début juillet il fait paraître chaque jour sur son blog un article relatant les circonstances de la mort des martyrs espagnols des années trente, à la date anniversaire de leur décès. J’avais déjà évoqué rapidement ici (Le Christ s'est arrêté en Espagne) le jeune prêtre Martín Martínez Pascual fusillé le 18 août 1936 (récit plus complet ici).
J’ai traduit aujourd’hui un texte concernant la bienheureuse Marie des Anges Ginard Martí, parce que, outre sa mort par haine de la foi catholique, y sont évoqués des lieux de Madrid devant lesquels ont du passer de très nombreux JMJistes et notamment le Cercle des Beaux Arts (El Círculo de las Bellas Artes) de Madrid, au 40 rue d’Alcala, tout près la place de la Cybèle.

(Carlota)




 

La bienheureuse María de los Ángeles Ginard Martí, vierge et martyre (original ici: hwww.religionenlibertad
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Ángela naquit dans la localité majorquine (îles Baléares) de Llucmajor le 3 avril 1894, et à deux jours elle fut baptisée.




 
 

C’était la troisième d’une famille de neuf enfants nés du couple majorquin Sebastián et Margarita (ndt le site du Vatican précise que le papa était Garde Civil et que la famille déménagea à plusieurs reprises au grè de ses mutations). Sur la phtoto ci-dessus, elle apparaît debout, devant ses sœurs.
Dès l’enfance elle ressentit une inclinaison vers la piété chrétienne avec une tendance à la vocation religieuse, motivée par les visites que sa mère faisait aux couvents où étaient deux tantes religieuses. Dans sa jeunesse elle travailla aux tâches ménagères, à la broderie et à la confection de chapeaux de dames qu’elle faisait à la maison, pour aider économiquement la famille. Ce qui l’obligeait à avoir une vie très casanière dont elle profitait pour éduquer et catéchiser ses petits frères. Ses nombreuses occupations ne l’empêchaient pas de se consacrer à la prière et à la pratique des sacrements. Elle se levait tôt le matin pour aller entendre la messe et communier ; elle faisait une visite au Saint Sacrement exposé au Centre Eucharistique des Soeurs Zélatrices du Culte eucharistique de Majorque où elle avait ses dévotions particulières. Elle priait tous les jours le Rosaire et comme membre de la confrérie « Le Rosaire perpétuel », à l’heure de la garde mensuelle, elle faisait retraite pour prier les trois parties du rosaire.




 

À l’âge de 28 ans elle entra à la congrégation des Soeurs Zélatrices du Culte Eucharistique, pour adorer Jésus Sacrement et servir dans les tâches liées à l’Eucharistie. Après quelques années à la maison majorquine, elle occupa des postes à Madrid et à Barcelone. En 1932 elle revint définitivement à Madrid, où quatre ans plus tard elle sera assassinée. Les derniers années vécues à Madrid furent marquées pour cette religieuse par les constantes persécutions propres à cette époque de la République.




 
 

Les Sœurs Zélatrices savaient qu’elles courraient un grave danger si elles restaient rue Blanche de Navarre (ndt environ 1 km au NNO de la Place Christophe Colomb), elles prirent donc la décision de se disperser et de se cacher, vêtues comme des laïques, dans des maisons amies. Alors qu’elles se préparaient à abandonner le couvent et sauver ce qu’elles pouvaient craindre des profanations de la part des miliciens, un bon ami, concierge d’un immeuble voisin prévint les sœurs qu’elles devaient abandonner le plus vite possible ce qui avait été leur maison, car les républicains se dirigeaient vers le couvent. Les religieuses sortirent à la hâte.

Cachée des miliciens
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Soeur Marie des Anges fut accueillie avec affection chez Monsieur José Antonio Medina et Madame Araceli Ariza, que vivaient ans au numéro 24 de la rue Monte Esquinza (ndt rue perpendiculaire vers l’est, à la rue Blanche de Navarre) très près du couvent. Avec une grande tristesse la religieuse dut assister à la façon dont les miliciens avaient dépouillé le couvent et elle disait à Sœur Esperanza, une autre religieuse qui avait recherché refuge dans le même lieu. « Tout ce qu’ils peuvent nous faire à nous, c’est nous tuer, mais cela… ». La situation des deux religieuses empirait par moments car le concierge de la maison qui les connaissait de vue, avait déjà dénoncé plusieurs personnes qui avaient fini par être assassinées ou retenues dans une « checa » (*). Sœur Esperanza changea de résidence sur les conseils de la dame qui l’avait accueillie, craignant qu’elle fut découverte. Sœur Marie des Anges resta. Et le 25 août 1936 ils montèrent la chercher. Les miliciens de la FAI (*) qui voulaient l’emmener arrêtèrent aussi Amparo, la soeur d’Areceli Ariza. Dans un acte de générosité et de courage, Sœur Marie des Anges (ndt qui était toujours en civil) s’exclama : « Cette dame n’est pas une religieuse, laissez-là. L’unique none c’est moi ». Mais il restait dans le coeur de cette religieuse encore plus de courage. Elle était la procuratrice du couvent et quand elle avait du l’abandonner, il avait garder la charge de l’argent pour que toute personne qui en aurait besoin puisse s’adresser à elle. Elle le gardait dans un porte-monnaie dans le tablier qu’elle portait sur elle quand les miliciens étaient arrivés pour l’arrêter. Avec une incroyable sérénité, Sœur Marie des Anges leur dit que si cela ne les ennuyait pas elle allait enlever son tablier pour les suivre comme prisonnière. Les miliciens n’y virent pas d’inconvénient et ainsi elle put sauver l’argent.

Arrêtée elle fut amenée à la checa des Bellas Artes et le lendemain alors que la nuit commençait à tomber, ils partirent avec elle pour un tour à la Dehesa de la Villa (***) où ils la fusillèrent et l’abandonnèrent telle quelle. Le matin du 27 août 1936, on enterra le cadavre au cimetière de la Almudena

La guerre terminée la sépulture fut identifiée et en 1941 les restes furent déplacés au Panthéon des Soeurs Zélatrices du Culte Divin dans le même cimetière où ils restèrent jusqu’au 19 décembre 1985, date à laquelle, ils furent transportés jusqu’au couvent où la soeur avait vécu, situé rue Blanche de Navarre à Madrid. Le 3 février les restes furent placés dans l’église de ce couvent. Soeur María fut béatifiée le 29 octobre 2005.

L’institut des Zélatrices du Culte Eucharistiques (29 religieuses) a fusionné en 2010, avec celui des Missionnaires du Très Saint Sacrement et de Marie Immaculée (500 religieuses). Les trois maisons des Zélatrices (Madrid, Barcelone et Palma de Majorque) se sont rajoutées à celles des Missionnaires.
Informations complémentaires ici (beatamariadelosangeles.wordpress.com/ ) et là (religiosasmartiresenlaguerra.blogspot.com/ )




Notes de traduction


(*) Acronyme soviétique pour désigner en URSS la police secrète qui sévit dans les premières années de la Révolution d’Octobre pour traquer les opposants. Dans l’Espagne républicaine des années trente ce nom fut donné aux locaux qu’utilisaient des organismes analogues, genre polices, pour arrêter, interroger et juger de façon sommaire, des lieux qui dépendaient soit directement du gouvernement (un tout petit nombre) comme celui du Cercle des Beaux Arts, soit de partis politiques, cercles et associations politiques, syndicats et organisations diverses. Plus de 200 checas ont été comptabilisées. Il n’était pas bon d’être suspect…

(**) Fédération Anarchistes Ibérique, fondée en 1927 à Valence (Levant espagnol). Elle existe toujours.

(***) La Dehesa de la Villa est un parc du nord-ouest de Madrid, dans le quartier de la Cité Universitaire, district de la Moncloa. L’auteur emploie en espagnol l’expression « donner un paseíllo » qui évoque le tour d’arène de présentation des participants avant que ne commence la corrida proprement dite et donc l’entrée en scène du taureau, mais c’était aussi à l’époque la façon de parler d’un départ vers une exécution.




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