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La "lettre de Rastignac"

de Valeurs Actuelles du 26 février dernier, à propos de l'affaire Williamson. Malicieux, spirituel, revigorant! (18/5/2009)


Ma meilleure amie, abonnée au journal, avait découpé l'article pour moi, et elle vient juste de penser à me l'amener.
Il date du 26 février, mais la saveur (et l'intérêt) sont intacts.

Pour cette rubrique de Valeurs Actuelles, voir aussi l'article tout aussi réjouissant, écrit à l'occasion de la venue du Saint-Père en France: Au plaisir de Dieu

Illustration

dans "Valeurs Acctuelles du 26/2/2009

Promenade dans Rome
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Je vous écris de Rome, mon cousin, où mes affaires m'obligent à m'installer quelques jours.
Je pensais laisser sur les quais de Seine les gazetiers et leurs mensonges, les députés et leurs intrigues, les ministres et leur vanité; j'ai retrouvé au bord du Tibre, dans le secret des antichambres et derrière les piliers de marbre, la même comédie qu'en France. Les décors y sont somptueux et les costumes plus beaux que toutes les redingotes du Parlement; la componction remplace la suffisance, on vous étrangle avec un fil de soie, mais croyez-moi, si l'habit fait le cardinal, il n'empêche ni les jalousies, ni les rancunes, ni les luttes aussi violentes qu'elles sont secrètes.
« C'est que l'Église est sainte, mais elle est composée de pêcheurs », me disait un officier de cette belle armée venu de Suisse pour défendre le pape. Un de ces soldats dont.. la hallebarde rappelle les combats de la Renaissance.
Nous marchions à la nuit tombée entre la porte de Bronze et la porte Sainte-Anne, juste au pied du palais apostolique; deux fenêtres étaient allumées dans le ciel noir.
Grégoire XVIII était au travail ou peut-être jouait-il, au piano, une sonate de Mozart.
« C'est ce que les gazettes du monde entier lui reprochent m'explique-t-il. Il fait de la musique ou lit les Confessions de saint-Augustin quand il faudrait paraître sur l'étrange lucarne, inviter à sa table sous-ministres et saltimbanques, s'entourer d'un Parlement et même prendre conseil auprès de ceux qui sondent les reins et les coeurs. »
Prenant le thé quelques heures plus tôt avec quelques gazetiers, j'avais entendu les mêmes mots sur toutes les lèvres : « Il a tendu la main aux intransigeants, sans prévenir personne », expliquait un personnage aussi fluet que prétentieux. Accoudé à la cheminée, il démontrait doctement comment Grégoire XVIII était un professeur qui n'entendait rien à l'art de gouverner. « Ils sont ici, comme chez nous, me disais-je en moi-même, et ce brave homme n'a rien compris. »
L'un de ces prélats qui connaît Rome mieux que je ne connais Paris, m'a raconté toute l'histoire in confidenza. Vous savez que l'on reproche au pape d'avoir levé l'excommunication des intransigeants sans avoir prévenu personne.
Je puis pourtant vous dire qu'il avait en réalité alerté, il y a plus de trois ans, ses cent vingt cardinaux de son intention au cours d'un consistoire. Il y eut en outre à Rome à ce sujet, au début du mois de janvier, deux réunions entre plusieurs de ces prélats qui affectent aujourd'hui la surprise.
Le cardinal, qui a signé le document, assure qu'il l'a découvert le jour même. Il en avait pourtant, une semaine plus tôt, exigé une nouvelle rédaction ! Préfet de la congrégation qui transmet aux évêques du monde entier les bulles et les mandements du souverain pontife, il était même chargé de leur expliquer la chose : il n'en fit rien. L'homme a, il me semble, pris la mesure de sa faute, puisqu'il était miraculeusement souffrant le jour de l'audience qu'il devait avoir l'autre jeudi avec le pape et qu'il n'a donc pas pu s'y rendre.
La vérité est qu'ils furent nombreux, à l'intérieur de l'Église, à utiliser les proclamations mortifères de cet extravagant évêque anglais pour s'en prendre en public au souverain pontife. De gazettes en étranges lucarnes, ils ont fait retentir les cymbales et battre les tambours, si bien que le moindre saute-ruisseau avait son avis sur le mérite et la grâce. « Les cardinaux portent une robe rouge parce qu'ils doivent défendre le Saint-Père jusqu'à verser leur sang. Ils doivent faire un mur de leur corps pour le protéger de ses ennemis », me confiait un chanoine en buvant à petites gorgées son bol de chocolat. « Le mur compte, semble-t-il, quelques brèches », poursuivait-il en s'emparant d'une pâtisserie.
Voilà presque quatre ans qu'ils s'irritent d'être gouvernés par un homme dont ils pensaient que l'âge et le goût de l'étude l'empêcheraient de prendre d'importantes décisions. Quand vous entendrez: « C'est un savant qui n'entend rien à la politique », cela signifie que, pour ses adversaires, il en fait beaucoup trop.
Imaginez donc ! Un pape qui nomme un épigraphiste à la tête de ses bibliothèques, un liturgiste comme cérémoniaire et qui demande à ses fidèles d'aller à la messe le dimanche devrait cesser de gouverner de toute urgence. Il faut pourtant que vous sachiez que ce dimanche, comme chaque semaine, ils étaient encore une foule immense à venir entendre l'Angélus sur la place Saint-Pierre et que l'on sent ici poindre une sourde colère contre ceux qui ont préféré leur réputation au service de l'Église.
Et Grégoire XVIII, me direz-vous? L'homme que l'on présente comme un autocrate intraitable parle d'une voix douce et timide. Cela fait trente ans qu'il vit à Rome, au milieu des loups; il connaît donc, mieux que personne, leurs hurlements. Reste pour lui un privilège unique.
Pour un pape, il importe peu de plaire ou déplaire au théâtre du monde. Les foules changent sans cesse, mon cousin, et Grégoire XVIII, comme beaucoup semblent l'avoir oublié, ne se présente pas aux élections.

Au pays de Padre Pio Islam, foi et discipline