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Trio d'As: Nolan, Chaput, Gomez

Le dernier billet de José-Luis Restàn est consacré aux récentes nominations de prélats nord-américains. Traduction de Carlota. (27/10/2011)

Carlota

Voici le dernier article de José Luis Restán (original paginasdigital.es), qui fait un bref point sur quelques prélats nord-américains.
Pour ma part j’ai suivi plus particulièrement dans la presse hispanophone le cursus de l’archevêque de Los Angeles, mais pour avoir plus de détails sur la vie de l’Église catholique, aux Etats-Unis, en langue française, il faut, bien sûr, consulter l’excellent et très complet blogue Americatho de Daniel Hamiche.

Trio d’As
José Luis Restán
26/10/2011
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De l’Atlantique au Pacifique, Benoît XVI est en train de renouveler la face de l’épiscopat nord-américain avec des nominations hautement intéressantes. Ce n’est pas un secret que le Pape considère les États-Unis comme un lieu stratégique (ndt: Je ne dirais pas cela ainsi car le mot stratégie ne me semble pas faire partie du vocabulaire chrétien, mais plutôt des choix à l’échelle des besoins en pasteurs pour les brebis en attente de guides. Et les États-Unis ne sont pas les seuls dans ce cas…) pour le futur de l’Église, et qu’il regarde avec une sensibilité particulière l’histoire et la culture de ce grand pays et de la portion de l’Église qui chemine là-bas depuis les temps constitutifs.

Les EU sont un endroit paradoxal. Berceau des libertés et lieu où les brimades n’ont pas été épargnées aux catholiques durant bien des années ; frontière de la sécularisation et du filon d’où surgissent de nouvelles initiatives catholiques pleines de vitalité. Un espace de tensions entre le modèle WASP (ndt: soit, en français, acronyme de blanc, anglo-saxon et protestant) et une immigration débordante, entre enfermement et ouverture. Nous nous rappelons tous l’éloge appuyé du Pape à la laïcité d’origine nord-américaine (lors du voyage du printemps 2008), mais aussi l’avertissement postérieur de l’ambassadrice Glendon sur une rupture dans cette fibre profonde de la culture nord-américaine. Le laïcisme n’est plus un étranger dans le modèle politique et culturel des EU, comme le démontre la mise en place par les évêques d’un Comité permanent de vigilance et de tutelle de la liberté religieuse.

L’Église aux Etats-Unis cherche aussi sa place, sa façon de mener à bien la nouvelle évangélisation dans cet immense pays de contraste, après l’énorme humiliation qu’ont supposé les cas d’abus sexuels attribués à des prêtres, une véritable croix en ces dernières décennies. Et cependant la communauté catholique ne paraît pas déprimée, et dans beaucoup de cas elle apparaît même plus ouverte et créative que dans beaucoup d’endroits d’Europe. Le dernier banc d’essai c’est l’administration Obama, main de fer dans un gant de velours. Le programme d'ingénierie sociale existe, pour enrobé de miel qu’il se présente, et bien qu’il y ait des affaires où la convergence paraissait naturelle (multilatéralisme, assistance aux plus pauvres), finalement la confrontation n’a pu être éludée.

Dans ces circonstances, le choix de pasteurs les plus en adéquation pour les grands diocèses était tout un défi.
Pour New York, cela a été Timothy Dolan, véritable révélation de la planète épiscopale que les lecteurs du site Paginas digital connaissent déjà.
Pour Los Angeles le Pape a réalisé, si c’est possible, un pari plus risqué : là-bas il a mis en place l’hispanique José Horacio Gómez (nous l'avons rencontré ici: benoit-et-moi.fr/ete2011/), de l’Opus Dei, pour prendre la relève du mythique cardinal Mahony, point de référence durant des années du du secteur dénommé progressiste.
Et enfin il a désigné le capucin Charles Chaput (familier de ces pages!) pour le siège de Philadelphie.

Les trois ont en commun une solidité doctrinale, l’absence de complexes, la fraîcheur pastorale et un style de proposition qui n’élude pas les problèmes mais ne s’enferre pas non plus à d’inutiles tranchées.

Dolan a montré qu’il est un vrai chef pour la Grande Pomme. Il ne prend pas peur dans un contexte culturel qui pour d’autres serait oppressif, il sait utiliser le langage de la rue et des médias pour expliquer les contenus de la foi (ndt c’est ce qui manque parfois, si je puis me permettre, à certains de nos prélats français…plus sans doute par prudence, que par manque de vocabulaire…), il dialogue avec les pouvoirs publics mais s’il faut, il leur tient tête directement. Et déjà mythique sa confrontation avec le NYT (ndt le journal New York Time) pour son information sectaire sur le catholicisme ou son dialogue en prenant tous les risques avec un compatriote qui l’accusait des crimes de pédérastie parce qu’il portait le col romain. Il ne donne pas l’impression d’être sur la défensive et il fait toujours naître la sensation à ceux qui l’écoutent d’avoir quelque chose d’intéressant à communiquer (voir benoit-et-moi.fr/2009/).

Ce n’était pas facile non plus pour Gómez, ni à l’intérieur ni à l’extérieur.
Mahony avait une belle affiche dans les milieux progressistes (ndt mais aussi une « ardoise particulière salée » par rapport au magistère de l’Église et ses propres actions sur des sujets dont on a plus que largement parlé….). mais le manque de syntonie pastorale était notable avec les derniers pontificats. Une sorte d’aura politically correct (ndt en anglais dans le texte) s’était étendu sur la métropole des Anges, et tout cela a sauté en l’air avec le nouvel archevêque. Pour commencer il a publié une pastorale sur le catholicisme comme apport de base de l’histoire nord-américaine. Face à ceux qui proclament le mythe que les catholiques sont un emplâtre posé sur un monde substantiellement protestant, il soutient que du sud et de l’ouest du pays (ndt et bien sûr notre culture francophone nous fait accroître ces zones de pénétration catholique…) le catholicisme a forgé l’identité et l’histoire de ses communautés, et en tout cas les Etats-Unis dans leur ensemble seraient incompréhensibles sans la sève catholique qui est arrivée d’Europe et continue à arriver du Mexique et du reste de l’Amérique hispanique.

Le trio se termine avec Chaput, un religieux capucin, descendant des indiens Potawatomi (ndt: mais aussi bien sûr d’origine française par le Canada. Golias l’a tout de suite qualifié d’ultra-conservateur, ce qui est pour nous un compliment!) jusqu’il y a peu archevêque de Denver, Colorado. Nous nous sommes aussi occupés de lui dans ces pages digitales pour illustrer son impressionnante et fracassante analyse sur ce qu’a signifié le triomphe du « modèle Kennedy » pour la présence publique du catholicisme aux Etats-Unis (voir benoit-et-moi.fr/2010-I/ ). Franc et direct, fier du systèmes des libertés nord-américaines mais critique acéré de leur pragmatisme sauvage et d’une certaine superficialité si nord-américaine. Il ne se laisse pas éblouir par les structures et les bilans, il sait que la véritable crise est la crise de la foi et que celle-ci ne se suscite pas avec de soigneuses planifications. Cela lui a coûté d’abandonner les grandes plaines du Colorado, mais il sait que Benoît XVI le veut à Philadelphie, l’un des sièges du catholicisme des EU.

Les trois seront appelés, sans doute bientôt, au Sacré Collège, de sorte que leur influence se déploiera au delà des limites de leurs immenses diocèses. En les voyant l’on pense à la recommandation récente du Pape: Soyez au milieu du monde avec sympathie, sans jamais cacher l’Évangile duquel vous vivez, en le communiquant avec intelligence, joie, liberté et courage.

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