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NoŽl Les collages de Gloria Bénin Blasphème au théâtre Indignés Assise Allemagne (suite) 2011: L'Année BenoÓt

Le Christ outragé

Le Christ aux outrages

Philippe de Champaigne

Encore une provocation christianophobe, avec une pièce blasphématoire, au théâtre de la ville, à Paris (27/10/2011, mise à jour le 28)

Je n'ai suivi jusqu'ici que d'assez loin la dernière provocation christianophobe (faisant suite au Piss Christ exposé au printemps dernier à Avignon), et les débats enflammés qu'elle a suscités sur Internet.

Pour ceux qui seraient dans mon cas, voici le résumé du Monde des religions, peu suspect de sympathie pour les milieux "ultra-catholiques"; chacun peut donc se faire une idée du corps du délit tel qu'il est présenté par les partisans eux-mêmes:

La pièce de théâtre de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu, met en scène un fils en costard cravate sur le point de partir travailler qui s’efforce de s’occuper de son père incontinent. Il le nettoie, change sa couche tandis que le vieillard sanglote. Le fils hurle, pleure alors que le père s’excuse de sa déchéance. Derrière, sur une immense toile tendue, une reproduction du visage du Christ, Salvator Mundi (le Sauveur du Monde) peint par Antonello da Messina domine la scène. Et puis des enfants surgissent et jettent des grenades en plastique sur la figure christique avant que le vieillard ne vienne y déverser ses excréments. La pièce s’achève par ces mots écrits "tu es mon berger" qui se transforment en "tu n’es pas mon berger".

Depuis plusieurs semaines, les milieux catholiques intégristes se mobilisaient pour protester contre cette pièce de théâtre jugée "blasphématoire" et représentant "une salissure délibérée de la Face du Christ" (selon l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne). Lors de la première représentation au Théâtre de la Ville à Paris ce jeudi, une dizaine de jeune gens ont voulu s’enchaîner aux portes du théâtre pour en interdire l’accès tandis que d’autres distribuaient des tracts sur "l’antichristianisme" (ndlr: admirez les guillemets), selon le journal La Croix. Evacués par la police, ce sont d’autres activistes intégristes qui ont pris le relai en perturbant le spectacle lui-même un quart d’heure après le début de la représentation. Une petite dizaine de personne est alors sortie du public et a investi la scène muni d’une banderole dénonçant la "christianophobie" (ndlr: idem) avant de s’agenouiller pour prier sous les huées du public. Après une demi-heure de suspension et l’évacuation par la police des intégristes, la pièce a finalement pu reprendre sans autre perturbations.

Disons-le tout net: l'objet de la polémique est révoltant et nauséeux, et je comprends les catholiques (qualifiés pour l'occasion d'"ultra") qui manifestent (voir ici le site Civitas). Il est curieux que ce soit les catholiques non "ultra" qui se pâment le plus d'admiration devant cette triste exhibition scatologique, apportant ainsi des arguments à ceux qui haïssent notre (leur?) religion. Car il y a une (grosse!) nuance entre accepter les coups, pour suivre l'enseignement du Christ... et se joindre à ceux qui les assènent!! Je soupçonne en réalité que leur admiration n'est dûe qu'à leur exécration des "ultras".

Leur argument massue est d'invoquer Matthieu ch 26: "Remets ton épée au fourreau", a dit Jésus à Pierre.

J'ai dit dit ce que j'en pensais au moment de l'affaire Piss'Christ: benoit-et-moi.fr/2011-I/ (pardon de me citer...):

Ce passage de l'évangile est régulièrement utilisé par tous ceux qui veulent réduire l'Eglise au silence, empêchant les catholiques de répondre aux provocations en invoquant les textes-mêmes qui fondent leur foi.
C'est un piège, qui a toujours suscité chez moi beaucoup d'interrogations (car trop souvent, j'ai envie de sortir l'épée du fourreau!). Je pense d'ailleurs que son interprétation n'est pas si simple (voir les versets 53 et 54, qui s'appliquent à une situation bien précise:
53 Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d'anges ?
54 Mais alors, comment s'accompliraient les Écritures ? D'après elles, c'est ainsi que tout doit se passer»).


L'autre argument (lu entre autre sur le blog Nystagmus), c'est de dire: "vous critiquez une oeuvre et vous ne l'avez vue!". Là encore, c'est un piège grossier dans lequel je ne tomberai pas. Comme s'il était nécessaire de lire Mein Kampf pour savoir qu'il véhicule des idées diaboliques (comme si, d'ailleurs on encourageait les gens à le lire!). Ceux qui en font usage devraient se méfier, car ce type d'argument ouvre une boîte de Pandore.
Au moment de la sortie en Italie du film "Habemus Papam" (une aimable bluette, en comparaison!), le vaticaniste italien Salvatore Izzo le réfutait avec brio:

Pourquoi devrions-nous financer ceux qui offensent notre religion? Je ne pense pas que vaille ici l'argument habituel selon lequel il faut connaître pour juger: je n'ai pas besoin de sauter du sixième étage pour voir que je pourrais me faire mal.

* * *

Ceci posé, je ne veux pas intervenir directement dans le débat. Je fais peut-être partie de ceux qui, comme me le dit très justement Carlota "déguisent leur lâcheté sous le masque de la raison et de la sagesse (car se remettre en question et aller se faire arrêter par les flics, pour avoir réciter un chapelet en plein air, mine de rien, cela demande du courage)".

Mais aussi, on peut légitimement se poser la question de savoir si des actes de protestation ne sont pas contre-productifs, faisant de la publicité pour ce (j'hésite à parler d'oeuvres!) qui n'en mérite pas.

Cette interviewe de Vittorio Messori par Andrea Tornielli faite dans un contexte analogue, en juin 2007 (voir ici: benoit-et-moi.fr/2008-II) et que j'ai déjà rappelée lors du scandale Piss christ est toujours d'actualité. Il disait notamment: "Je crois qu'une bonne partie de l'intelligenzia laïque regrette l'Index des livres interdits et ferait tout pour y être inscrits".

L'interviewe de Messori, en 2007

- Messori, que se passe-t'il?
- Il y a une évidente tendance à vouloir tirer un trait sur les derniers siècles d'histoire chrétienne, à fermer une" parenthèse" ayant duré deux mille ans. Au fond, qu'est-ce que l'environnementalisme ou la théorisation de la libération sexuelle si ce n'est un retour au paganisme?.

- Le christianisme est aujourd'hui la dernière religion qui puisse être outragée...
- J'en ferais un motif d'honneur pour les chrétiens, qui ne réagissent pas comme certains musulmans et ne lancent pas de fatwa contre les infidèles en demandant leur mort physique. Et ils ne réagissent pas non plus comme certains milieux juifs, qui vous isolent en cherchant à provoquer votre mort morale. Je voudrais ajouter que plus que les chrétiens, ce sont les catholiques qui sont attaqués: cela signifie que l'Église est une cible considérée comme importante.

- En Italie, ces derniers mois est né le CADL, "Catholic Anti Defamation League", aujourd'hui en première ligne contre ces spectacles blasphématoires. N'était-ce pas votre vieille idée ?
- Oui, et j'ai vu que cela est reconnu sur leur site. Pour moi, cela a été une surprise. Certes, j'aurais préféré un nom italien, moins de soumission à un certain américanisme qui fait appeler la fête de la famille "Family day". Il suffisait de l'appeler Ligue anticalomnie...

- Appréciez-vous donc cette bataille?
- Dans la société du paraître, une stratégie appropriée est nécessaire. Il n'y a rien de mieux, pour ceux qui font ces provocations, que d'être attaqués. Celui qui met en scène une dernière Cène blasphématoire, le dernier venu qui invente une Madone pleurant du sperme, espèrent réellement une réaction indignée. Avons-nous oublié la publicité qui a été faite au film de Mel Gibson par la guerre préventive initiée contre lui par les milieux juifs américains?

- Je m'excuse, mais alors, il ne faut pas réagir?
- J'ai toujours cru qu'il était nécessaire de donner naissance à une Ligue anticalomnie catholique pour rabattre tant de mensonges sur le catholicisme qui sont quotidiennement propagés par les media.

- Donnez-nous un exemple.
- Si un représentant important du monde juif dit qu'avant de faire la rafle des israélites dans le ghetto de Rome, le 16 octobre 1943, l'ambassadeur allemand est allé informer Pie XII en obtenant son assentiment tacite, ceci est un mensonge. Et il est vite démenti, en rappellant à l'intéressé que Papa Pacelli était dans l'ignorance de la rafle et que dès qu'il en fut averti, il convoqua l'ambassadeur pour protester en demandant de l'interrompre immédiatement. Ceux qui affirment ces mensonges devraient s'inscrire à un cours d'histoire par correspondance. Voilà ce qui effraye : le démenti froid, ponctuel, précis et immédiat. Il y a, par contre, une manière de s'indigner qui finit par faire le jeu de celui qui provoque en lui donnant de l'importance. Je crois qu'une bonne partie de l'intelligenzia laïque regrette l'Index des livres interdits et ferait tout pour y être inscrits.

- Alors quel est, à votre avis, la réaction adéquate?
- Rester sur le plan des faits, réaffirmer notre tolérance, être conscients que si on nous attaque, c'est au fond parce qu'on nous considère comme importants, éviter toute indignation moraliste, victimiste et des invectives du genre "il n'y a plus de religion!"; être magnanime. Surtout se rappeller de que le christianisme survit depuis vingt siècles à toutes les tourmentes: Dieu n'a pas besoin que nous le défendions, il sait se défendre tout seul et nous sommes des esclaves inutiles. La solidité de la foi se voit aussi dans la sérénité avec laquelle on encaisse les coups.

- Je vous trouve plutôt soumis...
- Jésus a dit que bienheureux seront ceux qui sont persécutés en son nom. Nous devons nous habituer à la fin de la chrétienté telle que nous l'avons connue pendant des siècles, nous devons considérer ce qui arrive comme voulu par la Providence, et redevenir le levain dans la pâte, le sel qui donne la saveur.
Je considère aussi comme un dessein de la Providence l'arrivée de tellement de musulmans parmi nous, parce que même certains athées découvrent la grande différence qui existe entre le Coran et l'Évangile.





Trio d'As: Nolan, Chaput, Gomez S'agit-il du même discours?