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OSLO: LE HONTEUX DÉNI DE RÉALITÉ DES MEDIAS
 

Ils ont été tellement soulagés, en découvrant qu'il ne s'agissait pas de terrorisme islamique!! Cette question évacuée, pressés par l'urgence, ils ont pratiqué avec frénésie et unanimité un exercice qu'ils affectionnent: l'amalgame. Ou comment "les intérêts idéologiques violent la réalité, la réduisent pour la faire entrer dans leurs propres schémas". Une grande analyse de Riccardo Cascioli, pour la Bussola. (25/7/2011)




 
 

Décidément, La Bussola a fait fort, aujourd'hui.
Après les faits exposés magistralement par Massimo Introvigne (Oslo, les chrétiens n'ont rien à voir ), voici l'analyse de Riccardo Cascioli.
Article ici: www.labussolaquotidiana.it/..
Ma traduction.




 

Comme il est difficile d'être confronté à la réalité
Riccardo Cascioli
25/07/2011
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Face à une tragédie comme celle d'Oslo, il est inévitable que la première question soit "pourquoi?".
Face à ce qui arrive - quoi qu'il arrive - notre raison réclame un sens - chose naturelle. Des faits comme ceux d'Oslo rendent simplement cette question plus urgente, plus explicite. Savoir qui est l'auteur du geste, après tout, est la première condition pour répondre au "pourquoi".

Mais il n'est pas facile de rester longtemps face à cette question ouverte , et nous l'avons vu ces derniers jours, quand les médias ont fait la course pour fournir des informations approximatives, inexactes, trompeuses, manifestement fausses, mais qui en tout cas, rentraient dans un horizon connu, et confirmaient certains préjugés. Bien sûr, il y a la nécessité d'informer, de donner immédiatement les éléments au fur et à mesure qu'ils viennent, mais il y a une manière de les donner qui étouffe les interrogations, le désir de comprendre.

On a commencé immédiatement avec le terrorisme islamique. Assurément, il y avait de nombreux éléments qui pouvaient faire penser à cette piste: la voiture piégée, les menaces reçues par Oslo pour la participation à la guerre en Afghanistan, la forte immigration musulmane, le fait que pendant dix ans, tous les pays occidentaux vivent avec ce cauchemar. Mais une chose est d'avancer des hypothèses, une autre de tenir pour certain ce qui n'est pas certain.
Les choses se sont compliquées tout de suite après: ce n'était pas un musulman, mais le scandinave classique, grand, blond, et même jeune. Un aspect physique qui en fait le parfait néo-nazi.
Et voila un grand reportage de TG2 (ndt: la 2e chaîne publique italienne) qui nous montre la carte des présumés mouvements d'extrême-droite à travers l'Europe orientale et septentrionale, mettant ensemble des partis et des mouvements politiques n'ayant rien à voir entre eux, depuis les partis nationalistes jusqu'aux mouvements conservateurs, en passant par les droupuscules xénophobes. Un obscur mouvement d'opposition à l'Europe éclairée, et qui sait ce qu'il trame....
Sinon qu'à un examen plus approfondi des faits, le jeune terroriste, n'entre pas non plus dans la "niche" du néo-nazisme: trop d'éléments échappent à cette catégorie.
Et voici immédiatement une autre définition toute prête et qui arrange: puisque, quelque part sur les réseaux sociaux, l'auteur du massacre s'était défini comme «chrétien» et «conservateur», quoi de mieux que de le définir comme «chrétien fondamentaliste»?
Pour les laïcistes à travers l'Europe, qui détiennent la grande majorité des médias, c'est une aubaine: il est démontré ainsi que le problème est créé par les confessions religieuses, toutes les confessions. Et les chrétiens ne sont pas meilleurs que les islamistes. Peu importe si cette définition n'est pas vraiment appropriée pour le meurtrier de masse norvégien, et notre Massimo Introvigne (Oslo, les chrétiens n'ont rien à voir ), nous explique bien le pourquoi, et aussi que quelques services journalistiques trahissent une profonde ignorance de la religion et de l'intégrisme.

Ignorance, mais aussi intérêts idéologiques : il suffit de regarder ce qui s'est passé avec la traduction de la phrase de John Stuart Mill, qu'Anders Behring Breivik avait cité dans une intervention sur Facebook: "Un homme avec une croyance (credo, en italien) est plus fort que 100 mille personnes qui pensent à leurs intérêts".
Le mot anglais «belief» (une croyance, un terme qui s'applique à toute conviction forte), dans la traduction de la Repubblica et de beaucoup d'autres est devenu "la foi". Comme pour dire: Vous voyez? C'est la foi, toutes les fois, qui engendrent la violence.
Mais c'est justement les intérêts idéologiques qui violent la réalité, qui la réduisent pour la faire entrer dans leurs propres schémas, et c'est pour cela que l'étiquette "chrétien fondamentaliste" est celle qui continue de sauter d'un journal papier à un journal télé. Seuls ceux qui ont la patience de lire de nombreux articles, comprennent que la réalité de ce jeune, du mouvement Templier-maçonnique qu'il aurait contribué à fonder, est beaucoup plus complexe et échappe aux étiquettes faciles.

Il semble que justement en cette occasion, la réalité ait pris une revanche sur les idéologies, ait pris plaisir à jouer avec nos préjugés et nos schémas, perturbant à chaque fois les acquisitions atteintes. Il n'y a rien à faire, la réalité est plus grande que nous-mêmes, elle ne se laissent pas mettre en cage, et la seule façon de le comprendre est de s'ouvrir à elle.
Et c'est précisément là que nous voudrions revenir, au point de départ. Pourquoi - préjugés, intérêts idéologiques, ignorance, ou simple déformation professionnelle - face à un geste aussi énorme, à l'irruption soudaine et violente du mal, a-t-on eu l'impession que l'unique objectif de l'information et des faiseurs d'opinion était de calmer la grande question - "Pourquoi?" - éloignant de nous toutes les causes possibles. Comme l'a involontairement mis en évidence un journal de la chaîne nationale: "Une fois exclu qu'il s'agisse de terrorisme islamique, Oslo a cherché à reprendre sa vie normale ...." Et voilà, la chose importante est de revenir à une vie normale, quelle qu'en soit la signification.

Il est beaucoup plus difficile et exigeant de chercher plutôt à comprendre, de garder ouverte la question - "Pourquoi?" - qui nous rende le jeune Norvégien, et sa violence plus proches et nous interroge sur notre mal, sur ce que nous pouvons devenir si nous cessons d'aimer la vérité avant tout.

Chesterton a dit que le fou n'est pas quelqu'un qui a perdu la raison, mais quelqu'un qui a tout perdu, sauf la raison. La lecture des analyses lucides et des projets laissés par écrit, c'est certainement cela, la définition qui décrit le mieux la folie du jeune Norvégien. Et c'est une folie très répandue dans notre société sécularisée et anti-religieuse: bien qu'ils ne débouchent pas nécessairement dans ces explosions de violence, nombreux sont les signaux inquiétants qu'on perçoit dans notre Europe, où la vie perd plus de valeur que l'euro et où se réduit chaque jour davantage la liberté des personnes.

Garder ouverte la question de savoir pourquoi cette violence, rester en face de la réalité, est la première étape pour inverser la direction.




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