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Un pari de grande portée

Le difficile dialogue avec l'islam. Une initiative du cardinal Scola. Très bel article de José Luis Restán, traduit par Carlota (26/6/2010)


Carlota m'écrit:
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Voici un très beau texte de José Luis Restán qui évoque le dialogue avec l’islam et les paroles d’un très grand réalisme du patriarche de Venise, car pour qu’il y ait un véritable dialogue, indispensable, avec nos frères musulmans comme l’a dit le très Saint Père, il faut parler vrai…

Un pari de grande portée
José Luis Restán 24/06/2010
Original ici
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L’assassinat de l’évêque Padovese, la visite du Pape à Chypre, et le prochain Synode sur le Moyen Orient ont remis sur le tapis la difficile question du dialogue avec l’islam.
D’un côté, il faut insister sur le fait que ce dialogue est l’un des plus grands défis pour l’Église au XXIème siècle et n’est pas une question à option. D’un autre côté il faut reconnaître qu’il est bien facile de faire un faux pas entre l’irénisme de l’Alliance des Civilisations (déjà évoquée ici ; voir aussi: Avant qu'il ne soit trop tard... ) et la dialectique quasi-belliciste avec l’islam. Il est donc particulièrement important d’identifier de quel dialogue il s’agit et comme on peut le mener à bien avec réalisme et patience.

Ces jours-ci on célèbre à Beyrouth une importante réunion de la Fondation Oasis promue par le Patriarche de Venise, Angelo Scola, qui affronte cette question cruciale, non pas à partir d’une réflexion abstraite mais en faisant dialoguer différentes expériences éducatives chrétiennes et musulmanes. Le cardinal Scola a eu la grande intuition de promouvoir la Fondation Oasis comme un espace pour favoriser la communion entre les diverses traditions chrétiennes présentes au Moyen-Orient, une communion qui, comme lui-même l’explique, tend à se dilater en cercles concentriques par sa propre dynamique interne. Et logiquement les premiers interlocuteurs réels de cette dilatation sont les musulmans, ceux que significativement Benoît XVI a dénommé « frères » dans son récent voyage à Chypre. Un terme que le Pape a choisi avec une exquise précision, en expliquant dans la foulée que « ce sont des frères malgré la diversité ».

Le même cardinal Scola a commenté le voyage du Pape à Chypre comme une démonstration de la capacité de la foi chrétienne à affronter les situations historiques les plus complexes et à offrir des réponses en cohérence avec les besoins concrets des hommes et des populations, en franchissant les barrières et les positions idéologiques contraires. L’intervention du professeur égyptien Wail Farouk a été remarquable en ce sens. Il a remercié pour le témoignage du Pape et a reconnu publiquement que les musulmans ont besoin de la présence chrétienne au Moyen Orient, précisément pour affronter avec succès cette croisée des chemins historique. Pensons que le monde islamique est aujourd’hui une fourmilière, tout le contraire de l’image monolithique que nous dessinons fréquemment en Occident. Pour cela il est indispensable d’en bien orienter les contenus, la méthode et les interlocuteurs, quelque chose que Benoît XVI affine en allant de l’avant depuis sa leçon délivrée à Ratisbonne.

Scola a expliqué que l'extension de la communion ad extra ne peut être que le témoignage, compris dans toute l’amplitude de sa signification, pas seulement comme bon exemple mais comme intention de communiquer la vérité. C’est quelque chose à laquelle les chrétiens du Moyen Orient ne peuvent renoncer malgré la dureté du milieu environnant, comme l’avait rappelé dans une prophétique intervention le vicaire apostolique d’Anatolie, Luigi Padovese. Le dialogue doit se développer sur différents plans : le dialogue théologique (qui a donné ses premiers fruits après la lettre au Pape des 138 sages musulmans), un dialogue qui pose les inévitables interprétations culturelles de chaque foi religieuse et ses implications sociales et politiques, et un dialogue qui se déploie dans la vie quotidienne des fidèles des deux religions, tant dans les pays à majorité musulmane qu’en Occident.

Une autre intuition de la Fondation Oasis consiste en ce que l’enseignement est un instrument privilégié pour favoriser une véritable relation entre les chrétiens et les musulmans dans les pays où ils cohabitent. Mais il est nécessaire de préciser, souligne le cardinal Scola, de quelle éducation il s’agit, parce qu'il existe aussi un type d’enseignement qui s’enferme en lui-même et même fomente la violence (là, c’est le cas des madrasas fondamentalistes) et un autre qui dissout toutes les certitudes et incline au nihilisme (comme ce qui arrive dans tant d’écoles de l’Occident). « Nous avons besoin d’un enseignement qui sache conjuguer vérité et liberté, insiste le Patriarche de Venise, c’est cela la base de tout discours sur le dialogue ». Le dialogue qui a lieu actuellement à Beyrouth peut illuminer au point qu’on puisse progresser dans des domaines aussi décisifs que la rationalité de la foi, la valeur de la liberté dans la recherche et l’avènement de la vérité, et bien évidemment le rejet du recours à la violence. Des thèmes tous cruciaux pour le dialogue entre chrétiens et musulmans, soit quelque chose de plus que des jeux floraux dans lesquels, c’est certain, on a l’habitude de sacrifier les épreuves des minorités chrétiennes qui souffrent au Moyen Orient.

Il y a un dernier aspect de la question qui jusqu’à maintenant on a peu évoqué. Nous connaissons l’expansion des communautés musulmanes en Europe, et le défit que cela pose au dialogue et pour la cohabitation au niveau de la cité. Mais ce qui nous est moins connu, c'est la présence croissante des immigrés chrétiens dans des pays comme l’Arabie Saoudite, le Yémen, les Émirats Arabes ou le Qatar. Il s’agit de chiffres déjà très conséquents, plus de deux millions, en majorité des travailleurs venant des Philippines, de l’Inde, du Sri Lanka, et aussi d’Amérique Latine. La situation de ces chrétiens, pour ce qui est de leur liberté religieuse et de leurs conditions de vie, oscille entre la clandestinité et la précarité la plus totale et il ne s’agit plus de cas isolés. Pour l’Église, c’est un nouveau défi du futur : accompagner et soutenir ces catholiques dans un contexte très difficile (Pensons, par exemple, que dans la majorité des cas, l’entrée des prêtres sur le territoire est impossible, ou la mise à disposition de lieux de culte), et également intégrer ce nouveau facteur dans le dialogue ouvert avec l’islam. Ce sera difficile, mais le pari d’Oasis, est de ceux qui gardent longtemps les lumières allumées.

Certains s'agitent, d'autres agissentů La nouvelle Mission de réévangélisation