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La catéchèse du 28 janvier

suite à la levée de la sanction contre les lefebvristes (28/1/2009)
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Ma traduction, d'après le texte en italien sur le site du Vatican.
http://212.77.1.245/news_services/bulletin/news/23273.php?index=23273&po_date=28.01.2009&lang=fr
Chaque mot est très important, à la fois dans la catéchèse (où le Saint-Père, à n'en pas douter, a envoyé un message aux évêques des deux bords (les destinataires sont mieux placés que moi pour en comprendre le sens exact), et dans les communications finales.

Avec sensiblité et délicatesse, mais fermeté, il a dit exactement ce qu'il fallait.

Chers frères et soeurs,

Les dernières Lettres de la correspondance paulinienne, dont je voudrais parler aujourd'hui, sont appelées Lettres Pastorales, parce qu'elles ont été envoyées à des figures particulières de pasteurs de l'Église : deux à Timothée et une à Tite, de proches collaborateurs. En Timothée l'Apôtre voyait presque un alter ego ; en effet il lui confia des missions importantes et ensuite il écrivit de lui un éloge flatteur: « Je n'ai personne d'un esprit pareil au sien, qui sache s'occuper ainsi du coeur des choses qui vous concernent » (Fil 2.20).
Selon l'Histoire ecclésiastique d'Eusebio de Césarée, au IVe siècle, Timothée fut ensuite le premier Évêque d'Ephèse. Quant à Tite, lui aussi devait avoir été très cher à l'Apôtre, qui le définit explicitement « plein de zèle… mon pareil et mon collaborateur » (2 Cor 8,17.23), et même « mon vrai fils dans la foi commune » (Tt 1.4). Il avait été chargé de plusieurs missions très délicates dans l'Église de Corinthe, dont le résultat redonna du courage à Paul (cf 2 Cor 7,6-7.13 ; 8.6). Ensuite, d'après ce qui nous est transmis, Tite rejoignit Paul à Nicopoli dans l'Epire, en Grèce (cf Tt 3.12), et fut après envoyé par lui en Dalmatie (cr 2 Tm 4.10). Selon la Lettre qui lui est adressée, il semble ensuite être devenu Évêque d'Argile (cfr Tt 1.5).

Les Lettres adressées à ces deux pasteurs occupent une place toute particulière à l'intérieur du Nouveau Testament. La majorité des exégètes est aujourd'hui d'avis que ces Lettres n'auraient pas été écrites par Paul lui-même, mais que leurs origine seraient dans l'« école de Paul », et reflèteraient son héritage pour une nouvelle génération, intégrant peut-être quelques bref écrits ou paroles de l'Apôtre lui-même. Par exemple, quelques mots de la Seconde Lettre à Timothée apparaissent tellement authentiques qu'ils ne peuvent venir que du coeur et de la bouche de l'Apôtre.

Sans doute la situation ecclésiale qui émerge de ces Lettres est-elle différente de celles des années centrales de la vie de Paul.
Lui, à présent, se définit rétrospectivement « héraut, apôtre, et maître » des païens dans la foi et dans la vérité, (cf 1 Tm 2.7 ; 2 Tm 1.11) ; il se présente comme quelqu'un qui a obtenu miséricorde, parce que Jésus Christ - c'est ce qu'il écrit - « a voulu en moi, en premier, montrer à tous sa magnanimité, afin que je serve d'exemple à ceux qui croiraient en lui pour avoir la vie éternelle ». (1 Tm 1.16).
Donc, il est essentiel que justement en Paul, persécuteur converti par la présence du ressuscité, apparaisse la magnanimité du Seigneur comme un encouragement pour nous, pour nous induire à espérer et à avoir confiance dans la miséricorde du Seigneur qui, malgré notre petitesse, peut faire des choses grandes.
Outre la période centrale de la vie de Paul, il y a aussi de nouveaux contextes culturels présupposés ici. En effet, il est fait allusion à l'émergence d'enseignements tout à fait erronés et faux (cf 1 Tm 4.1-2 ; 2 Tm 3.1-5), comme ceux qui prétendaient que le mariage n'était pas bon (cf 1 Tm 4,3a). Nous voyons combien cette préoccupation est moderne, parce qu'aujourd'hui aussi, on lit parfois l'Écriture comme un objet de curiosité historique et pas comme la parole de l'Esprit Saint, dans laquelle nous pouvons entendre la voix du Seigneur et connaître sa présence dans l'histoire. Nous pourrions dire qu’avec cette brève liste d'erreurs présentes dans les trois Lettres, apparaissent anticipés quelques-uns des traits de cette orientation erronée à venir, connue sous le nom de Gnosticisme (cf 1 Tm 2.5-6 ; 2 Tm 3.6-8).

À ces doctrines, l'auteur oppose deux rappels de base. L'un consiste au renvoi à une lecture spirituelle de la Sainte Écriture (cf 2 Tm 3.14-17), c'est-à-dire à une lecture qui la considère réellement comme « inspirée » et provenant de l'Esprit Saint, de sorte que, par elle, on puise être « instruit pour le salut ». On lit l'Écriture justement en se plaçant en dialogue avec l'Esprit Saint, pour en tirer ainsi la lumière « pour enseigner, convaincre, corriger et éduquer dans la justice » (2 Tm 3.16). En ce sens, ajoute la Lettre : « pour que l'homme de Dieu soit complet et bien préparé pour chaque oeuvre bonne » (2 Tm 3.17). L'autre rappel consiste en une allusion au bon « dépôt » (parathéke) : il s'agit d'un mot particulier des Lettres pastorale par lequel on indique la tradition de la foi apostolique à conserver avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous. Ce « dépôt » est donc à considérer comme la somme de la Tradition apostolique et comme le critère de fidélité à l'annonce de l'Évangile. Et ici nous devons garder à l'esprit que dans les Lettres pastorales comme dans tout le Nouveau Testament, le terme « Écritures » signifie explicitement l'Ancien Testament, parce que les écrits du Nouveau Testament n'existaient pas encore, ou ne faisaient pas encore partie du canon des Écritures. Donc la Tradition de l'annonce apostolique, ce « dépôt », est la clé de lecture pour comprendre l'Écriture, le Nouveau Testament. En ce sens, Écriture et Tradition, Écriture et annonce apostolique comme clé de lecture, sont liées et se fondent presque, pour former ensemble le « fondement solide jeté par Dieu » (2 Tm 2.19). L'annonce apostolique, c'est-à-dire la Tradition, est nécessaire pour pénétrer dans la compréhension de l'Écriture et y cueillir la voix du Christ. Il faut en effet être « fermement ancré à la parole digne de foi, celle qui est conforme aux enseignements reçus » (Tt 1.9). À la de base de tout il y a justement la foi dans la révélation historique de la bonté de Dieu, lequel, en Jésus Christ a manifesté concrètement son « amour pour les hommes », un amour qui dans le texte grec original est significativement qualifié de philanthropie (Tt 3.4 ; cf 2 Tm 1,9-10) ; Dieu aime l'humanité.

Dans l'ensemble, on voit bien que la communauté chrétienne se configure en termes très nets, selon une identité qui non seulement prend ses distances par rapport à des interprétations incongrues, mais surtout affirme son ancrage dans les points essentiels de la foi, qui ici est synonyme de « vérité » (1 Tm 2,4.7 ; 4.3 ; 6.5 ; 2 Tm 2,15.18.25 ; 3,7.8 ; 4.4 ; Tt 1,1.14). Dans la foi apparaît la vérité essentielle de qui nous sommes, qui est Dieu, comme nous devons vivre. Et de cette vérité (la vérité de la foi) l'Église est définie comme « colonne et soutien » (1 Tm 3.15). En tout cas, elle reste une communauté ouverte, au souffle universel, qui prie pour tous les hommes, de tout ordre et de tous niveaux, afin qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité », parce que « Jésus Christ s'est donné lui-même pour racheter tout le monde » (1 Tm 2.4-5).
Donc, le sens de l'universalité, même si les communautés sont encore petites, est fort et déterminant pour ces Lettres. En outre cette communauté chrétienne « ne dit du mal de personne » et « montre toute douceur envers tous les hommes » (Tt 3.2). C'est une première composante importante de ces Lettres : l'universalité et la foi comme vérité, comme clé de lecture de la Sainte Écriture, de l'Ancien Testament et ainsi se dessine une unité d'annonce et d'Écriture et une foi vivante, ouverte à tous et témoin de l'amour de Dieu pour tous.

Une autre composante typique de ces Lettres est leur réflexion sur la structure ministérielle de l'Église. Ce sont elles qui pour la première fois présentent la triple subdivision d'episcope, prêtres et diacres (cf 1 Tm 3.1-13 ; 4.13 ; 2 Tm 1.6 ; Tt 1.5-9). Nous pouvons observer dans les Lettres pastorales la convergence de deux structures ministérielles différentes et ainsi la constitution de la forme définitive du ministère dans l'Église. Dans les Lettres pauliniennes de la période centrale de sa vie, Paul parle d'« episcopes » (Fil 1.1), et de « diacres » : c'est la structure typique de l'Église qui s'est formée à l'époque dans le monde païen. La figure de l'apôtre reste par conséquent dominante et donc ce n'est que petit à petit que se développent les autres ministères.

Si, comme il a été dit, dans les Églises constituées dans le monde païen, nous avons des épiscopes et des diacres, et pas de prêtres, dans les Églises formées dans le monde judeo-chrétien les prêtres sont la structure dominante. À la fin, dans les Lettres pastorale, les deux structures s'unissent : il apparaît maintenant « l'épiscope », (l'évêque) (cf 1 Tm 3.2 ; Tt 1.7), toujours au singulier, accompagné de l'article défini « l'episcope ». Et auprès « de l'episcope » nous trouvons les prêtres et les diacres. La figure de l'Apôtre est encore déterminante, mais les trois Lettres, comme je l'ai déjà dit, sont adressées non plus à des communautés, mais à des personnes : Timothée et Tite, qui d'un côté apparaissent comme Évêques, de l'autre commencent à prendre la place de l'Apôtre.

On remarque ainsi initialement la réalité qui plus tard s'appellera « succession apostolique ». Paul dit sur un ton de grande solennité à Timothée : « Ne néglige pas le don qui est en toi et qui t'a été conféré, au moyen d'un mot prophétique, avec l'imposition des mains de la part des prêtres » (1 Tim 4, 14). Nous pouvons dire que dans ces mots apparaît initialement également le caractère sacramentel du ministère. Et ainsi nous avons l'essentiel de la structure catholique: Écriture et Tradition, Écriture et annonce, forment un ensemble, mais à cette structure, pour ainsi dire doctrinale, on doit ajouter la structure personnelle, les successeurs des Apôtres, comme témoins de l'annonce apostolique.

Il est important, enfin, de remarquer que dans ces Lettres, l'Église de définit elle-même en termes très humains, par analogie avec la maison et la famille. Particulièrement dans 1 Tm 3.2-7 on lit des instructions très détaillées sur l'episcope, comme celles-ci : il doit être « irréprochable, marié une seule fois, sobre, prudent, digne, hospitalier, capable d'enseigner, ne s'adonnant pas au vin, pas violent mais bienveillant, pas querelleur, pas attaché à l'argent. Qu'il sache bien diriger sa famille et ait des fils soumis avec toute dignité, parce que si quelqu'un ne sait pas diriger sa maison, comme pourra t'il prendre soin de l'Église de Dieu ? En outre… il est nécessaire qu'il jouisse d'un bon témoignage auprès des gens de l'extérieur ». Ici, on doit surtout remarquer l'importante aptitude à l'enseignement (cf aussi 1 Tm 5.17), dont on trouve aussi des échos dans autres passages (cf 1 Tm 6,2c ; 2 Tm 3.10 ; Tt 2.1), et ensuite une caractéristique personnelle particulière, celle de la « paternité ». L'episcope en effet est considéré comme père de la communauté chrétienne (cf 1 Tm 3.15). Du reste l'idée d'Église comme « maison de Dieu » prend ses racines dans l'Ancien Testament (cf Nm 12.7) et se trouve reformulée en Eb 3.2,6, tandis qu'ailleurs on lit que tous les chrétiens ne sont plus des étrangers ni des hôtes, mais concitoyens des saints et membres de la famille de la maison de Dieu (cf Ef 2.19).

Prions le Seigneur et saint Paul afin que nous aussi, comme chrétiens, nous puissions toujours davantage nous caractériser, par rapport avec la société dans laquelle nous vivons, comme membres de la « famille de Dieu ». Et prions aussi pour que les pasteurs de l'Église acquièrent toujours plus des sentiments paternels, à la fois tendres et forts, dans la formation de la Maison de Dieu, de la communauté, de l'Église.
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COMMUNICATIONS DU SAINT PERE

Après les salutations en polonais, le Pape ajouté :

Avant les salutationss aux pèlerins italiens j'ai encore trois communications à faire.

La première :
J'ai appris avec joie la nouvelle de l'élection du métropolite Kirill comme nouveau Patriarche de Moscou et de toutes les Russie. J'invoque sur lui la lumière de l'Esprit Saint pour un généreux service à l'Église orthodoxe russe, en le confiant à la protection spéciale de la Mère de Dieu.

La deuxième.
Dans l'homélie prononcée à l'occasion de l'inauguration solennelle de mon Pontificat j'ai dit que « l'appel à l'unité » est le devoir « explicite » du pasteur, et en commentant les mots de l'évangile relatifs à la pêche miraculeuse j'ai dit : « bien qu'il y eût beaucoup de poissons, le filet ne se déchira pas », poursuivant après ces paroles évangéliques : « hélas, aimé Seigneur, lui - le filet - est à présent déchiré, voudrions-nous dire avec tristesse ». Et je continuais : « Mais non - nous ne devons pas être tristes ! Réjouissons nous pour ta promesse qui ne déçoit pas et faisons tout notre possible pour aller vers l'unité que tu as promis…. Ne permets pas, Seigneur, que ton filet se déchire, et aide-nous à être des serviteurs de l'unité ».
Justement en accomplissement ce service à l'unité, qui qualifie de manière spécifique mon ministère de Successeur de Pierre, j'ai décidé il y a quelques jours de concéder la rémission de l'excommunication encourue par les quatre Évêques ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat pontifical. J'ai accompli cet acte de miséricorde paternelle, parce que de façon répétée, ces Prélats m'ont manifesté leurs vives souffrance pour la situation dans laquelle ils se trouvaient. Je souhaite qu'à mon geste, succède le prompt engagement de leur part d'accomplir les pas ultérieurs nécessaires pour réaliser la pleine communion avec l'Église, en témoignant ainsi une vraie fidélité et une vraie reconnaissance du magistère et de l'autorité du Pape et du Concile Vatican II.

La troisième communication.
En ces jours où nous nous rappelons de la Shoah, me reviennent en mémoire les images recueillies lors de mes visites répétées à Auschwitz, un des camps où a été consommé le massacre atroce de millions de juifs, victimes innocentes d'une haine raciale et religieuse aveugle. Tandis que je renouvelle avec affection l'expression de ma pleine et indiscutable solidarité avec nos Frères destinataires de la Première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah induise l'humanité à réfléchir sur l'imprévisible puissance du mal lorsqu'il conquiert le coeur de l'homme. Que la Shoah soit pour tout un avertissement contre l'oubli, contre la négation ou le réductionnisme, parce que la violence faite contre un seul être humain est une violence contre tous. Aucun homme n'est une île (*), a écrit un poète connu. Que la Shoah enseigne spécialement, tant aux anciennes qu'aux nouvelles générations que seul le pénible chemin de l'écoute et du dialogue, de l'amour et du pardon mène les peuples, les cultures et les religions du monde au but heureux de la fraternité et de la paix dans la vérité.
Que plus jamais la violence n'humilie la dignité de l'homme !

[Testo originale: Italiano]

(*)

Aucun homme n'est une île:
Une phrase célèbre du poète anglais John Donne (1572-1631) : http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Donne
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L'un des textes majeurs de John Donne, « No man is an island , entire of itself... » ...
« Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne ». (Devotions upon Emergent Occasions, 1624) »

C'est l'un des textes les plus célèbres de la littérature anglaise. Dire qu’ « aucun homme n’est une île » ne saurait faire une apologie du collectivisme, comme d’aucuns ont voulu croire. C’est une constatation d’évidence. Tout homme est « une partie de l’ensemble », grâce à quoi nous bénéficions du commerce et de la culture. « La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain » : nous en tirons l’enseignement qu’agresser autrui est s’agresser soi-même, c’est une règle morale sans exception et à laquelle nous pouvons souscrire sans réserve, mais sans voir qu’elle nous impose d’être au service d’autrui.

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Boniface, la fidélité au siège apostolique... Catéchèse du 18 février