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Protestantisme traditionaliste

Un texte très personnel d'Andrea Tornielli, suite aux réactions à l'interviewe du cardinal Canizarès (28/12/2010)

-> Voir ici:
Assez avec la messe créative

Je n'ai aucune légitimité à donner mon opinion sur la liturgie, sur le magistère... et je n'en réclame pas.

Dans ce texte au ton très personnel, Andrea Tornielli descend dans l'arène pour défendre le Pape contre une certaine intansigeance "traditionaliste", de plus en plus perceptible.
Si je ne souscrivais pas à son plaidoyer (Ubi Petrus ibi Ecclesia ), je ne me serais certainement pas donné le mal de le traduire!
(cf. aussi Overdose de vaticanistes, moralistes, théologiens )

Texte en italien: http://blog.ilgiornale.it/tornielli/...
Ma traduction.

Liturgie et "Protestantisme" traditionaliste
------------------
(..)

Avant tout, je m'étonne que face aux gestes de Benoît XVI, destinés à retrouver la sacralité du rite catholique, ainsi qu'aux concessions majeures comme le Motu proprio Summorum Pontificum , plutôt que de promouvoir la réconciliation souhaitée par le pape, selon cette herméneutique "de la réforme du renouveau dans la continuité" (n'oublions pas: non seulement "dans la continuité" mais aussi "de la réforme"), les attitudes de rigidité se soient renforcées.
(...)

Disons-le franchement: de nombreux (ou quelques-uns, ou peu, à vous de juger) traditionalistes n'aiment pas l'herméneutique de la continuité de Benoît XVI, parce qu'au fond, ils pensent que le Concile devrait être aboli. Parce qu'ils croient que la réforme liturgique devrait être abolie dans sa totalité. Ils en viennent à dire que Rome doit se réconcilier avec la Tradition. Mais quelle Tradition? Celle qu'ils ont fixée. La Tradition a toujours été vivante, parce que le christianisme est un événement qui entre dans l'histoire - Dieu s'est fait chair, est mort sur la croix pour nos péchés et est ressuscité en nous ouvrant les portes du paradis et en nous promettant le centuple d'ici-bas. L'Église se met à jour, vit avec les défis du temps, cherche à présenter de manière appropriée la vérité de toujours.

Voyez-vous, je crains qu'un certain traditionalisme n'en vienne à glisser vers son exact opposé, le protestantisme. Ou plutôt, le gallicanisme. Qui donne le droit à tel ou tel traditionaliste de dire: voilà la tradition, Rome se trompe? Qui donne l'autorité de décider: le traditionalisme n'est pas le Magistère? Qui donne le droit de jeter par dessus bord, parfois avec dérision et mépris, le Concile Vatican II? Peut-être le recours à l'autorité de Mgr Marcel Lefebvre (Dieu ait son âme), maintenant présenté de manière hagiographique, comme un Père de l'Église?
Qui permet à de nombreux traditionalistes - au motif que Vatican II n'a prononcé aucun nouveau dogme - de déclasser le Concile comme «pastoral» et donc sans influence et à ne pas suivre? 95 pour cent du magistère n'est pas dogmatique, mais ordinaire. Et pourtant, le catholique est tenu de le suivre. Et puis - je le dis sans intention polémique - comment peut-on vraiment croire que le Pape légitimement élu, à qui Jésus a assuré le pouvoir des clefs et l'assistance spéciale du Saint-Esprit, avec tous les évêques qui ont voté presque à l'unanimité les documents de Vatican II (Lefebvre inclus), réunis en Concile, a pu avoir tort?

Etre avec Pierre, et avec les évêques en communion avec lui signifie être catholique. Sinon, je pourrais dire que je considère Pie X comme moderniste (combien de réformes a-t-il faites, et si moi je ne les aimais pas ou considèrais qu'elles sont inappropriées pour l'époque et pas en conformité avec l'enseignement liturgique de Grégoire XVI et Léon le Grand ?), et que je veux m'arrêter à Vatican I et à Pie IX . Un autre pourrait dire qu'il n'accepte pas Vatican I et le dogme de l'infaillibilité pontificale (qui est un indéniable développement de la Tradition, et qui n'est pas accepté par les orthodoxes). Un autre pourrait dire que la seule constante est le Concile de Trente, alors qu'un autre encore pourrait chercher à prouver que le rite mozarabe célébré à Tolède n'est pas catholique ...

C'est cela le «protestantisme» traditionaliste, parce que si les positions de Mgr Lefebvre, de tel ou tel théologien (..), ou les vues de très respectables évêques ultra-conservateur sont mises en exergue et deviennent le seul critère pour juger le Siège apostolique et pour affirmer, en substance, leurs propres opinions sur la tradition et la "Messe de tous les temps", à mon humble avis, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Il s'agit en effet d'une position opposée, mais parfaitement symétrique à celle d'un certain progressisme qui présente le Concile comme une rupture totale avec le passé. Une lecture antithétiques à celle de Benoît XVI.

Et puis, il n'est pas possible de lancer continuellement des appels au pape pour qu'il explique, clarifie le Concile; et ensuite de faire semblant de ne pas lire et ne pas voir quand lui ou la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ou d'autres dicastères de la Curie romaine le font, fournissant la juste herméneutique à l'égard de certaines distorsions dues non pas au Concile et à ses textes, mais aux opinions du post-Concile. C'est ce qui s'est passé avec le discours de Benoît XVI à la Curie romaine en 2005 (où le pape a admirablement abordé la question de la liberté de religion, reprise également dans le Message pour la Journée mondiale de la paix de Janvier 2011), avec Dominus Iesus sur l'unicité salvifique du Christ, avec les précisions sur le “subsistit in”.

L'Eglise est plus grande que nos opinions, le Magistère du Pape doit être suivi même quand le Pontife parle ex cathedra, ce qui se passe dans la grande majorité du temps. Le catholique sait que l'Eglise n'est pas l'œuvre de nos mains, sait que nous avons été appelés par quelqu'un d'autre. Il sait que Jésus, l'unique vrai roc sur lequel l'Eglise s'appuie, a établi l'autorité de son vicaire - un pauvre vicaire du Christ, comme l'a dit Jean-Paul Ier dans d'inoubliables paroles - aussi fragile que tout n'importe quel homme, mais surtout aidé par l'Esprit Saint .

Si nous regardions le Pape de cette façon, peut-être utiliserions-nous d'autres mots pour décrire ce qu'il fait et ce qu'il nous demande. Peut-être saurions-nous nous remettre en question, parce que ce qui nous sauve, ce n'est pas notre idée de la Tradition, mais d'être unis au Christ dans son Église, sous la direction de son Vicaire et des évêques en communion avec lui. Pour cela, disait le cardinal Giuseppe Siri , les documents du Concile devraient être lus à genoux.

Permettez-moi un dernier mot sur Mgr Marcel Lefebvre, présenté aujourd'hui par certains comme un saint, un héros, un combattant du bon combat pour la vérité contre le modernisme des Papes... Je ne juge pas et j'espère vraiment qu'il est au ciel, en dépit de l'excommunication. Mais un catholique ne peut pas le présenter comme un exemple de sainteté. Si Lefebvre était un saint, en 1988, il aurait dit au Seigneur: "Mon Dieu, j'ai fait tout mon possible pour sauver la Tradition authentique que je sens en danger, et pour combattre ce que je crois être un éloignement effrayant de la vraie liturgie catholique. Maintenant, je suis confronté à un dilemme. Désobéir au pape pour assurer la continuité de la Fraternité Saint-Pie X, en consacrant de nouveaux évêques, ou accepter son invitation et laisser tomber .... ". Voilà, un saint (comme Padre Pio , le saint de Pietrelcina) n'aurait jamais désobéi au pape, n'aurait jamais rompu l'unité de l'Eglise. Il aurait dit à Dieu: "j'ai confiance en toi. Si tu souhaites poursuivre ce travail, tu dois à présent aller de l'avant, parce que j'ai fait tout ce qui était humainement possible, mais maintenant je ne peux pas désobéir à ton Vicaire. "

Je voudrais ajouter pour éviter tout malentendu (il y en aura inévitablement), que je partage l'avis de Canizares sur la réforme post-conciliaire, qui doit mettre un terme aux abus liturgiques, ainsi qu'au problème du manque d'autorité des épiscopats, une des causes principales de l'échec dans la correction des abus. En résumé, je ne suis pas en train de dépeindre une réalité rose, car rose, elle ne l'est pas...

Mais je tiens à exprimer ici une fois de plus, le manque de charité et parfois même le mépris que je lis dans certaines réactions. Il y a un débat qui révèle l'existence d'une guerre entre les chrétiens qui se dévorent les uns les autres.
Vous me direz 'pourquoi en ai-je seulement après les "traditionalistes" et pas après les "modernistes" qui sont beaucoup plus nombreux?'
Eh bien, voyez-vous, devant l'exemple de Benoît XVI, les gestes de réconciliation qu'il a posés vers le monde traditionnaliste, on aurait pu s'attendre à ce que le soutien pour le mouvement liturgique que le Pape (pas "Monsieur" Ratzinger ou le "pape" entre guillemets, comme parfois je le vois défini dans les délires sédévacantistes) croit être essentiel pour l'Eglise aujourd'hui, vienne en priorité de ce monde.

Le Magistère de l'Église, a dit l'archevêque de Munich, Joseph Ratzinger, défend la foi des gens simples, ceux qui n'écrivent pas d'éditoriaux dans les journaux, qui n'ont pas de chaires universitaires, qui ne publient pas de livres à succès ou des ouvrages théologiques, qui ne vont pas à la télévision.
Et la foi des catholiques ordinaires a toujours su que Ubi Petrus ibi Ecclesia .

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