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A propos du livre à scandale de Gianluigi Nuzzi et du énième épisode de Vatileaks, Carlota a traduit l'article d'un blogueur espagnol (25/5/2012, mise à jour ultérieure)

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Mise à jour: Le "corbeau" aurait été identifié. Je sais qui c'est, et s'il ne s'agit pas d'un énième bobard (ou d'une machination, pas exclue), son identité doit être une dure épreuve pour le Saint-Père, auquel vont toutes mes pensées et mon affection.

     



Mise au point préliminaire

Un livre "scandaleux" est sorti ces jours-ci en Italie. Le titre: «Sua Santità. Le carte segrete di Benedetto XVI». (Sa sainteté: les papiers secrets de Benoît XVI). Il contient ce qu'on a nommé des "vatileaks" , c'est-à-dire les documents et les lettres qu'une source anonyme, interne au Vatican, a confié au journaliste d'"investigation" (il vaudrait mieux dire "sensation" , "manipulation", "délation"... les mots ne manquent pas. Et nous avons nos propres specimen!) Gianluigi Nuzzi.

Le Saint-Siège a réagi avec une grande fermeté, par un communiqué du P. Lombardi en date du 19 mai:

"La publication de nouveaux documents internes au Saint-Siège ainsi que de documents privés du Pape n'est plus seulement une initiative journalistique discutable et malveillante, mais désormais un acte à caractère délictueux. Le droit à la discrétion et à la protection de la correspondance du Saint-Père et de certains de ses collaborateurs a été violé. Décidé à approfondir les divers aspects d'actions qui offensent la liberté et la dignité du Saint-Père, comme personne privée, comme autorité suprême de l'Eglise et de l'Etat de la Cité du Vatican, le Saint-Siège accomplira les démarches nécessaires afin que les auteurs de ces vols et de ces recels, de la divulgation d'informations secrètes et de leur usage commercial, en répondent devant la justice, réclamant si besoin la collaboration internationale".

J'avais décidé de n'en pas parler pour au moins trois raisons:

¤ La première est la plus évidente: je n'ai pas le temps de me plonger dans le détail des faits (la presse italienne, la principale source, est extrêmement prolixe, et il m'est matériellement impossible de tout lire, donc j'ai choisi de ne rien lire): je ne pouvais donc pas ouvrir un dossier et donner mon avis sur un sujet dont j'ignore presque tout, et qui en plus ne m'intéresse pas outre mesure, dès lors qu'il ne s'attaque pas directement à la personne du Saint-Père (à ce qu'il semble).

¤ La seconde raison est que l'affaire n'avait pas soulevé jusqu'à aujourd'hui l'intérêt des medias français - mais ça y est! la "spécialiste" du Monde s'en est emparée!!! voir ici (1). Il ne m'a pas paru nécessaire d'apporter de l'eau au moulin des ennemis de l'Eglise, suffisamment nombreux! Personnellement, je ne crois pas vraiment aux rivalités curiales et aux haines entre cardinaux. Le Saint-Père a fait justice (avec insistance) de ces soupçons lors du repas qu'il a offert au collège cardinalice la semaine dernière (cf. Le Pape déjeune avec les cardinaux), parlant à cette occasion de ses "grands amis". Ces histoires d'intrigues de (sacrés) palais ressemblent trop à la trame des innombrables "romans de gare" prenant le Vatican pour cadre, qui innondent les présentoirs des librairies depuis le Da Vinci code.

¤ La troisième est que cette affaire tient a priori plus de l'effet d'annonce que de la bombe. Comme pour l'affaire wikileaks, il semble (dixit Andrea Tornielli) qu'il n'y ait pas tant que cela de "révélations fracassantes" et que parmi les "révélations" beaucoup avaient fait l'objet dans le passé de recensions, en particulier d'Andrea Tornielli lui-même, dans son livre (paru en français) "Un pontificat sous les attaques", revenu malheureusement au premier plan de l'actualité.

Le dernier épisode en date (mise à jour: en fait, c'est le pénultième, il semble qu'il y ait eu pire depuis, voir plus haut), sans doute relié à la parution du livre, est la démission aujourd'hui, de Ettore Gotti Tedeschi, le banquier de l'IOR. Contrairement à ce qu'affirme Patrice de Plunkett, cette éviction n'a pas grand chose à voir avec ses prétendues sympathies "ultra-libérales" (c'est vraiment une lecture réductrice des faits, de tout ramener à l'"ultra-libéralisme"), et n'est presque certainement pas le fait du Pape, qui a, pour parler familièrement, d'autres chats à fouetter: il vaudrait mieux garder à ce sujet une réserve prudente, en attendant d'en savoir plus (si tant est que cela nous regarde, ce dont je ne suis nullement convaincue) avant de formuler des hypothèses.
Tornielli, encore lui, donne il me semble une explication assez claire, voir ici: http://www3.lastampa.it/; en particulier, il conclut son article par ces mots: "Derrière le désaveu d'hier, Gotti Tedeschi voit une sore de réglement de comptes. Motivé par les positions prises au cours de la dernière année par un homme de plus en plus isolé Outre-Tibre, mais qui avait toutefois maintenu ouvert le lien avec le secrétairre particulier du Pape, don Georg Gänswein".

Ce long préambule étant fait, je laisse la place à Carlota, qui a trduit l'article d'une vieille connaissance, modérément appréciée par ailleurs, José-Luis Vidal. Selon lui "on croise le fer au Vatican". Son papier est un raccourci de ce qu'on peut trouver de pire dans la presse catho-progressiste!!
Il va sans dire que je partage à 100% l'analyse de mon amie et que les accusations vidalesques contre le cardinal Sodano (qui a lui-même 85 ans, on peut donc douter qu'il se préoccupe de la succession du Pape!!!) sont totalement surréalistes .

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(1) Stéphanie Le bars et Philippe Ridet citent une rencontre avec les séminaristes qui se serait déroulée mercredi, ce qui est faux!!
Ils écrivent:
Le pape ne s'est pas encore exprimé publiquement sur les rebondissements de ces derniers jours, mais, mercredi, devant des séminaristes, il a semblé y faire allusion en déplorant qu'on "dise tant de choses sur l'Eglise de Rome", tout en espérant "qu'on parle aussi de notre foi".

Si tout le reste est au même niveau de crédibilité, c'est inquiétant. Je suppose qu'ils ont recyclé à la hâte un article ancien, mais ils confondent avec la Lectio divina au Séminaire de Rome (cf. http://benoit-et-moi.fr/2012-I), le... 15 février 2012!!!

     



Carlota


Si j’ai encore traduit ce texte José Manuel Vidal, ce n’est pas parce que je suis en accord avec ses explications sur la parution du livre en Italie, « Sa Sainteté. Les lettres secrètes de Benoît XVI » de Gian Luigi Nuzzi. Il distille des insinuations auxquelles s’ajoutent des banalités affligeantes et rabâchée depuis des lustres qui obligent à prendre un minimum de recul. Je pense en effet que cet article (comme toujours ?) se trouve à la limite de l’information et de la désinformation pour ne pas dire la diffamation, ou tout au moins il a tous les ingrédients pour semer le doute dans les esprits qui ne demandent qu’à douter et pour affaiblir l’Église romaine, car nous savons tous que la rumeur ne s’évapore jamais totalement et que les choses les mensonges les plus éhontés peuvent devenir dogmes.
En outre le côté de l’auteur, « moi je sais et voilà ce qu’il faut faire pour le bien de l’Église », ne me paraît pas du plus bon goût. Contrairement à ce qu’on peut penser, il y a des professionnels très compétents partout et notamment au Vatican ! Mais le discours tout récent de Benoît XVI aux cardinaux, où comme d’habitude tous les mots et les phrases ciselées ne sont pas là pour ne rien dire à ceux qui veulent et savent écouter, donne la véritable mesure à cette affaire de documents dérobés et divulgués (cf. Le Pape déjeune avec les cardinaux).
Et même si cette affaire est d’importance, elle va permettre de prendre les mesures qui s’imposent. Et l’administration bimillénaire de l’Église saura trouver des parades, en attendant les prochaines attaques.

Par ailleurs, et sans vouloir faire de l’ « espionnite aigüe », ni sombrer dans le complotisme, je ne vois pas pourquoi le Vatican ne serait pas aussi la cible de services d’espionnage financés par des puissances (je n’ai pas dit obligatoirement des États) hostiles à cette Église catholique dont le but ultime est le salut des âmes et non pas des intérêts particuliers.
Pourquoi des actions subversives d’origine extérieures contre le Vatican ne seraient-elles pas organisées? Cela s’est déjà vu (que l'on pense à la pièce "Le Vicaire").

Et quand l’on voit les mensonges d’État pratiqués par des gouvernants qui jurent la main sur le cœur qu'ils veulent le bien mais provoquent la déstabilisation durable de nombreux pays, ou quand l’on découvre les sommes démentielles consacrées à l’élection d’un président (les EU étant sans doute l’exemple le plus frappant mais pas que là. Je pense notamment à l’argent employé par des factions pour la réélection d’Obama, alors qu'une grande partie des évêques de ce pays ont fortement montré leur opposition à sa politique pro-avortement), l’on peut se poser des questions sur des affaires de fuites.
Quels sont les instigateurs du « crime » ? Je doute vraiment que cela soit uniquement ceux suggérés par José Manuel Vidal, mais cela en arrangerait beaucoup !
Les mots en gras dans la traduction sont repris du texte original ici http://blogs.periodistadigital.com


On croise le fer à la Curie romaine
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On croise le fer au Vatican (ndt l’expression en V.O. est croisement de « navajas », ce qui ne correspond pas à de simples coupe-papier !). Des armes symboliques, évidemment, mais hautement réelles. Même s’il s’agit de couteaux de papier, en forme de dossiers, de rapports, de documents et de lettres, que quelqu’un a envoyés, en quantité industrielle, à un journaliste italien. On a en tellement donné à Gian Luigi Nuzzi qu’il a publié «Sa Sainteté. Les lettres secrètes de Benoît XVI ». Un fait sans précédent. La diplomatie vaticane à terre. La crédibilité de l’Église touchée. Le numéro 2 du Pape, le cardinal Bertone, de nouveau sur la sellette. Et la figure du Pape lui-même, éclaboussée. Cui prodest? (ndt en latin dans le texte: À qui le crime profite?).

Mon ami Ángel [un fin analyste de l’Église depuis son coin des Asturies (*)] dit que la cause des maux ecclésiaux dont il est question ici, et d’autres par ailleurs, dérivent de ce que la papauté est « l’unique monarchie élective du monde ». Et quand les électeurs et les « lobbies » électoraux ecclésiaux sentent des élections en vue, débordent les intrigues et les luttes de pouvoir. Pour l’éviter, les empereurs romains ont opté pour l’ « adoptio » de leur successeur (ndt « adoptio » donc l’adoption, ce qui n’a pas été plus efficace, d’autant que l’argument ne tient pas puisque l’Église ne peut pas se comparer à une autre entité terrestre et encore moins à un État, surtout aujourd’hui). Et, avec les Visigoths (ndt nous dirions chez nous avec Clovis, premier roi franc à ne plus être élu par ses guerriers en étant hissé sur son bouclier) la monarchie est devenue héréditaire. Mais, la papauté continue à être une monarchie élective (ndt Nous y voilà : C’est le problème récurrent de l’auteur de l’article. C’est tellement gros comme approche que cela en devient risible !).

Pour analyser les sources des problèmes actuels de la curie il faudrait remonter à l’élection même de Benoît XVI. Un Pape élu presque au premier tour, parce que les diverses cordées (ndt dans le sens de faction, je pense) se sont mises d’accord. D’abord, en sa valeur personnelle. Il était parmi les rares à pouvoir prendre la relève du Grand Pape. Et ensuite parce qu’il était déjà très vieux. On a cherché un pontificat de transition et ils ont remis les hostilités à plus tard. Mais ce plus tard est arrivé. Ou c’est au moins ce que croit l’un des deux grands partis du Vatican. Le « Parti » ou la cordée que continue à diriger le cardinal Sodano.

Des manœuvres orchestrées dans l’ombre, donc, pour se positionner à la tête de la succession de BenoîtXVI. L’ex-Secrétaire d’État du Vatican et actuel doyen du collège des Cardinaux, Angelo Sodan, a commencé ouvertement les hostilités contre son successeur et chef de file de l’autre partie de la Curie, le cardinal Tarcisio Bertone. Duel de deux poids lourds qui entraîne les deux cordées. Sodano veut se défaire dès que possible de Bertone dans la salle des machines de l’Église, pour y mettre l’un des siens et amarrer la succession. Il ne s’agit pas, donc, de divergences théologiques ou ecclésiologiques, mais de simples luttes de pouvoir.

En plus, Sodano se sent « blessé ». Il considère que le Pape n’est pas sorti à sa défense, quand rien moins que le cardinal Shönborn , ami personnel du Souverain Pontife (ndt J’ai de gros doutes sur cette affirmation qui n’a qu’un but montrer au monde que Benoît XVI encourage le progressisme autrichien, donc double intérêt servir le progressisme et noircir le Pape auprès des catholiques traditionnels) et l’un des cardinaux avec l’un des plus grands prestiges de l’Église (ndt d’où-tire-t-il cette affirmation si ce n’est de l’habituelle presse progressiste aux ordres), l’a accusé publiquement et ouvertement d’avoir été un grand protecteur du pédophile Marcial Maciel (ndt je n’ai pas suivi de près le conflit Schönborn-Sodano mais parfois l’attaque fait partie d’une stratégie de défense, et malheureusement en Autriche, il y a sans doute beaucoup à faire avant de regarder les poutres dans les yeux des autres…). D’autres ont même été plus loin et accusé Sodano d’avoir reçu des quantités énormes d’argent du fondateur des Légionnaires du Christ. Sodano, semble-t-il est très blessé avec Benoît XVI qui ne l’a pas défendu publiquement face aux très graves accusations du cardinal autrichien et des médias.

Blessé, Sodano prépare le post-ratzingérisme. Et de sa cordée sont en train de sortir toutes les fuites. Et contre sa cordée, les très vieux cardinaux (Herranz, Tomko et De Giorgi) nommés par Bertone pour enquêter sur les fuites. De fait, cela fait un mois qu’ils opèrent et à ce qu’on sait, ils n’ont rien découvert. Ils n’ont même pas été capables de faire entrer la peur dans le corps des éventuels responsables des fuites ni d’arrêter la fuite des documents (ndt parce qu’évidemment l’auteur du texte, lui, sait exactement ce qui se passe au Vatican. Quel est donc son informateur ?).

Une fuite jamais vue qui ne peut bénéficier qu’à Sodano et aux siens. Nuzzi, et c’est logique de la part du journaliste qui reçoit un tel « scoop », attribue dans son livre les fuites à une supposée « source Marie » mue par le désir d’une plus grande transparence à la Curie et dans l’Église. J’ai du mal à le croire ! Entre autres choses, parce que le remède serait pire que le mal.

Parce que les conséquences de cette « bataille au sommet » sont brutales pour l’Église. Certains en arrivent à se demander si la propre sécurité du Pape n’est pas en danger, quand son intimité (sa correspondance) privée est rendue publique et que quelqu’un est capable d’accéder à son courrier personnel et de provoquer des fuites.

À tel point que le Vatican lui-même parle dans sa réponse, d’acte criminel, et qu’ont été violés “les droits personnels à l’intimité et à la liberté de correspondance”. Mais encore, il dénonce la « violation de dignité du Saint Père comme personne et Autorité de l’Église et de l’État de la Cité du Vatican ». Et il menace d’actions judiciaires.

Des actions pénales contre qui? Contre ceux qui ont provoqué la fuite des documents ou contre l’auteur du livre? Parce que le plus facile dans ces cas c’est de « tuer le messager ». Quand le véritable coupable est à l’intérieur. Le découvrir et le juger est un besoin urgent et capital de l’État du Vatican. Et de sa gendarmerie et de son armée dont l’image, si on ne l’obtient pas rapidement, restera traînée dans la boue. Parce qu’il ne doit pas non plus y avoir plus de deux douzaines de personnes qui ont accès à la correspondance privée du Pape. Est-ce si difficile de les faire « chanter » ?

En plus de poser des questions sur la sécurité du Souverain Pontife, le scandale met aussi question le choix des membres de la Curie (ndt nous y voilà!), étant donné que certain (s) sont capables de trahir le serment de conserver le secret pontifical pour favoriser sa cordée au pouvoir. Ils se sont attaqués à Bertone et ils ne s’arrêtent devant rien. Ni la crédibilité de l’Institution ni la sécurité du Pape lui-même ne leur importent. Et, comme l’a signalé en de multiples occasions Benoît XVI, « dans la vigne du Seigneur, sont entrés les sangliers » (???) . Aux crocs acérés, prêts à tout, parce qu’ils ne croient en rien. Seulement dans le pouvoir. Prenez-bien soin de vous, Votre Sainteté !

Plus encore, il ne serait pas mauvais que vous fassiez provision de vos forces et de la fermeté allemande que l’on suppose, pour donner un coup de poing sur la table. Fort et sonore. Même si cela vous coûte. Même si ce n’est pas votre style. Est en jeu la crédibilité de l’Église (ndt Ah bon !)

José Manuel Vidal

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Note de traduction

(*) Mon ami Ángel [un fin analyste de l’Église depuis son coin des Asturies]
Je ne cherche pas à savoir qui est ce fin vaticaniste asturien mais je ne pense pas qu’il s’agisse de Monseigneur Jésus Sanz, archevêque d’Oviedo (Asturies) qui a n’a pas autorisé un théologien dissident Juan José Tamayo à s’exprimer dans des locaux de son archidiocèse à l’occasion des journées de rencontre des « Chrétiens de base » (cf. ici et ) .